Annales des missions franciscaines Volume 1
Mes modestes etudes m ayant inspire" la pense e d ecrire une petite chronique des missions de notre ordre, depuis le temps de notre glorieux Fondateur jusqu a nos jours, j ai cru que ce serait pour cette oeuvre un grand honneur deparaitre sous les auspices de Votrenom. Ce n est pas seulement 1 Eveque Franciscain, dont le zele et le courage se ddploient au sein d un peuple mele de catholiques et de protestants, que nous vendrons dans Votre Excellence : Elle se recommande encore a nos hommages par les beaux souvenirs de vertu qu elle a laissds dans 1 Irlande, son pays natal. C est la qu Elle a fait la premiere experience des travaux et des fatigues du ministere apostolique; Elle y a donne des preuves de science, de prudence et d activite , qui lui ont merite dans le champ Evangdlique une portion plus grande et beaucoup plus dif ficile.
Un autre motif encore m a engage a dedier a Votre Excel-
lence Reverendissime ce premier essai de mes veilles. Dans ce vaste diocese de Terre -Neuve qu Elle gouverne, et dans le voisinage de cette contree, vivent encore des traditions, subsistent des monuments qui Lui rappellent les genereux efforts desanciens missionnaires de notre ordre. Je ne doute pas que son coeur ne brule de continuer leurs gestes glorieux; Elle voudra bien, j espere, me renseigner sur les sou venirs qui restent de ces epoques reculees comme sur les travaux plus recents de nos zeles confreres, et de cette facon assurer de la valeur a mon entreprise.
J offre done a Votre Excellence Reverendissime ce premier volume de 1 histoire ancienne et moderne de nos missions : c est la, j aime a le croire, un heureux augure pour la conti nuation de mon ceuvre. Daignez, Monseigneur, agreer cet humble hommage et donnez-moi Votre benediction.
Rome, Ara-coeli, le Quatre d octobre, jour de la fete de notre Saint Patriarche, 1860.
Votre tres-humble, tres-devoue et tres-obeissant serviteur
FR. MARCELLING DE CIVEZZA M. 0.
Aux Lecteurs ,
La propagation de la Foi est en meme temps un droit, un devoir, un besoin et une des gloires les plus grandes du Catholicisme. Car la mission de la charite universelle ne peut atteindre ses effets qu en faisant rayonner ses inspirations de Rome, qui est son centre, jusqu aux regions les plus lointaines. La capitale du monde Chretien est la source d oii le fleuve des pures doctrines Evangeliques doit couler e ternellement et se repandre sur toute la terre. Et ce n est pas seulement le zele de la religion, c est aussi 1 amour de la famille humaine qui invite a porter la lumiere aux nations barbares et sauvages. Graces en soient rendues a la foiau divin Crucifie , la connaissance du vrai Dieu fait revivre dans les ames les idees de la saine morale; racheter les hommes de, la ser vitude du demon, c est les delivrer en meme temps de 1 esclavage de 1 ignorance, de la barbarie, des lois brutales et des coutumes criminelles. L onction sainte de la foi rapproche tous les hommes : elle en fait devant Dieu comme une
famille d anges, aux yeux du monde elle les unit en un peuple de freres.
Qu on ne prenne pas mes paroles pour une vaine declama tion : je n avance qu une veritd solennelle appuyee sur des faits. La simple histoire en fournitle temoignage, et, aujourd hui plus que jamais, c est la le fruit de 1 apostolat catholique dans toutes les contrees de la terre.
Aussi, d apres moi, c est une ceuvre belle et infiniment utile qu ont entreprise les e*diteurs des Annales de la Propa gation de la Foi, paraissant a Lyon. En publiant les rapports et les lettres qu ecrivent, de toutes les parties du globe, les missionnaires catholiques et principalement ceux de la magnanime nation franchise; en faisant connaitre les voyages, les travaux, les fatigues, les dangers des hommes e vange liques qui s efforcent de repandre la vraie lumiere parmi les peuples encore assis dans les tenebres etl ombre de la mort, ils out montre a tout I univers, ils out prouve aux ennemis les plus envieux du catholicisme, que c est de Rome, centre de la vraie foi, sidge du vicaire de J. C., que part vraiment Faction civilisatrice des races humaines. A qui appartient-il en effet de regene rer le peuple, si ce n est a la veritd et a la charite parfaite du Christ ?
D ailleurs la lecture de ces annales contribue singulierement a rammer dans Tame des fideles des sentiments de foi et de piete; a faire naitre le desir de prendre part a de si grands merites, a une si noble gloire, au moyen de prieres et
d aumones.
Or, parmi les societes religieuses qui se consacrent plus que jamais a 1 oeuvre de 1 apostolat, il faut compter 1 ordre de S l Francois ; il fut des premiers a s y vouer, et bon nombre de missions sont dues au zele de ses enfants. On les trouve en Asie, en Afrique, en Amerique, en Oceanie repandant partout la connaissance du saint nom de Jesus et travaillant au salut des peuples.
Et cependant il n est aucun institut dont les fatigues, les souffrances, les merites et les gloires soient autant ignores.
II n est personne qui songe a les publier, a les faire connaitre pour 1 edification du peuple Chretien. II en resulte pour nous un desavantage aupres du public pieux; nos confreres le savent et bien souvent ils se sont plaints de cet oubli.
Pour combler cette lacune qui tourne a notre prejudice, nous nous sommes proposes de faire paraitre tous les deux mois une chronique de nos missions ; nous 1 intitulerons : Travaux des Freres Mineurs pour la Propagation de la Foi. Chaque numero sera un in-8 de quatre feuilles d impression et formera, a la fin de 1 annee, un fort volume de 384 pages. La matiere sera distribute en quatre parties. Dans la pre miere, nous donnerons, d apres 1 ordre des temps, un court apercu historique de nos Missions, depuis leur origine jusqu a nos jours ; dans la deuxieme, nous reproduirons les rapports sur les travaux apostoliques de nos confreres ; ils nous seront envoyes regulierement de tous les lieux ou ils prechent le nom de J. C. ; dans la troisieme, ce seront differentes notices ayant toutes trait a cet important sujet ; la quatrieme enfm contiendra des re cits divers.
Nous y publierons des voyages, des relations anciennes et importantes encore ineditees ; nous y rappellerons des faits presque perdus dans un oubli total et d autres plus recents mais qui n offriront pas moins d interet et n auront pas moins de valeur. Nous y ajouterons encore de remarquables memoires etrangers qui deja se trouvent en nos mains, ou que nous esperons obtenir dans la suite au sujet de Faction apostolique de notre ordre dans toutes les contrees du monde.
Le present fascicule que nous livrons au public n est, pour ainsi dire, qu un premier essai; c est comme le prologue de toute 1 ceuvre que nous commencons. Nous nous reservons d introduire toutes les ameliorations qui pourront augmenter 1 importance de notre entreprise, tourner a Futilitd de la foi et assurer le plaisir et rectification de nos lecteurs.
Nous croirions offenser la haute intelligence et la charite de nos R.R. P. P. Provinciaux, Gardiens, Lecteurs, Prddicateurs et des personnes instruites et pieuses qui out montre
tant d empressement a re"pondre a notre appel et se sont associes anos vues avec tant de zele, si nous nous arretions de nouveau a leur prouver 1 interet de notre publication. Aujourd hui surtout, les peuples meme les plus Chretiens et les plus sincerement catholiques aimerit de s assurer que les ordres re guliers, et specialement le notre qui s inspire de la charite universelle de son fondateur, suivent les nobles et merveilleux exemples de leurs devanciers.
GHROillQOE DES MISSIONS
Premiere jmrtie
SISTOIRB
Egypte, Palestine, Syrie.
Premier voyage deS 1 Francois dans les pays infideles.
Tous les ecrivains de 1 ordre des Freres Mineurs conviennent que S l Francois se disposa plusieurs fois a passer la mer dans le but d aller precher 1 EvangileauxSarrasins. Son coeur transporte de 1 amour des ames, qui le rendait si semblable a J. G., se sentait attird vers ces lointains climats, soit qu il voulut animer par son exemple les freres de son ordre, soit qu il y trouvat le moyen d etancher la soif ardente qu il avait du martyre.
En ce temps la , les Sarrasins remplissaient 1 Europe du bruit de leur nom : guerriers farouches et puissants, ils occupaient presque tout 1 Orient; la Terre-SahUe, 1 heritage le plus pre cieux des peuples chre tiens, e tait soumise a leur joug et leur audace repandait 1 e pouvante jusque dans 1 Gccident, meme quand ils n y langaient pas les flots de leurs banci?s innombrables. A la suite des chroniqueurs Franciscains et surtout du grand docteur S l Bonaventure, Wading place done en 1212 le premier depart de S* Francois pour les contre es infideles (i). Mais les desirs de 1 apotre ne purent etre satis-
(1) Annales, tome, T. Voyoz aussi noire Histoiro uiiivorsfilo dos missions Franciscaincs, liv. I, chap. I.
fails dans ce premier voyage. Quand il se fut mis en mer, une violente tempete le jeta sur les cotes de I Esclavonie, d ou il eut toute la peine de regagner 1 Italie. II traversa des pays etrangers, depourvu de toute ressource, privede tout secours humain, mais riche des consolations que la divine Providence accorde a ses serviteurs.
II arriva enfm a Ancone, de la, il parcourut les Marches en prechant, en fondant des convents et en conquerant des ames a J. C. Au dire de nos anciens chroniqueurs, c est alors qu il eut le bonheur de gagner a 1 ordre un des homines qui en devaient faire la gloire. 11 recut au nombre de ses diciples Frere Pacifique de Sanseverino, ce lettre* si fameux que le grand Frederic II, son admirateur, couronna roi desPoetes et que S 1 FranQois nomma plus tard son premier Ministre Pro vincial en France, (i)
Deuxieme voyage.
Relance" dans son pays natal comme par la main de la Pro vidence, le Saint n en eprouva pas moins le desir de recommencer son entreprise. Des 1 annee suivante 1213 , nous le voyons avec Frere Bernard de Quintevalle et d autres de ses premiers compagnons, prendre, atravers 1 Espagne, la route de Maroc, dans 1 intention de precher 1 Evangile auMiramolin et a ses sujets. Le nom de ce roi signifie Prince des croyants : on le donnait aux princes Mahometans de 1 Afrique et les nations chre"tiennes de 1 Occident le leur ont conserve* dans la suite. Nos apotres traverserent 1 Italie et franchirent les Alpes en prechant la penitence et la paix, faisant des miracles, gagnant des disciples et fondant des convents. La saintetd de Francois repandait alors une lumiere si vive qu un acte de
(1) Voir Wading, annales, loc. cit.
donation de cette epoque commence en ces termes ; Nous accordons a un homme du nom de Francois, que tout le monde regarde pour un Saint, etc. Aucun obstacle ne put arreter ces pauvres missionnaires. Malgre" la faiblesse de sa constitution, Francois voyageait avec promptitude et devaneait les disciples qui Faccompagnaient. Le desir de la mort stimulait son ardeur. Apres avoir traverse a pied les pro vinces meridionales de la France, ils entrerent en Espagne par la Navarre. Francois prit imme diatement la route de Burgos pour faire part de son projet au Roi Alphonse IX de Castille, pere de la reine Blanche. Ce prince lui permit d introduire son ordre dans ses etats et lui donna, pres de Burgos, une petite eglise de die e a Saint Michel. Quelques freres y etablirent leur residence, pendant que le saint etait alle fonder a Logrogno, dans la Vieille Castille, un autre couvent. 11 fixa des religieux de son ordre dans une maison que lui avait donnee le pere d un jeune homme gueri miraculeusement par ses prieres. Les Espagnols, toujours disposes a toute sorte de sacrifices, entrerent a 1 envie dans 1 ordre et le nombre des monasteres s accrut considerablement.
Une violente maladie surprit Francois au moment de pas ser en Afrique. II lui fallut done immoler ses desirs a la volonte divine, et il resolut de retourner en Italie, d y attendre un moment plus favorable et de s occuper soigneusement jusqu alors du gouvernement de son institut. Laissant en Es pagne un eternel et precieux souvenir de ses vertus, il passa en France, sans pourtant s arreter dans le Languedoc naguere d^sole par 1 herdsie et les armes des Albigeois : car cette partie de la vigne du Seigneur etait confie e aux soins de saint Dominique. La nouvelle et fervente famille d Assise ressentit une grande joie du retour de son pere. Dans la retraite qu il s e tait choisie a Sainte-Marie-des-Anges, le saint ne s occupa qu a prier et a pourvoir aux besoins spirituels et temporels de son ordre.
II blama vivement frere Pierre Cattani son Vicaire General d avoir construit pour le service des etrangers une vaste ha-
bitation qui lui semblait trop somptueuse : car il voulait voir briller en tout la sainte pauvrete ; ce n etait que dans cette vertu qu il faisait consister le luxe et la magnificence, (i)
Troisieme Voyage.
Le troisieme Voyage de Saint Francois pour les contre es infideles eut lieu 1 an 1219. Apres avoir ce lebre le second chapitre general de son ordre a Sainte-Marie-des-Anges, il envoya solennellement ses enfants dans les quatre parties du monde et il se disposa lui-meme a partir pour la Syrie et la Palestine. II s etait reserve cette mission parce qu elle lui semblait la plus dangereuse ; il esperait y satisfaire plus aisement le desir ardent du martyre qui le consumait. (2)
II s adjoignit un petit nombre de compagnons et semitaussitot en route pourAncone, ou ilse proposait de s embarquer. Mais un bon nombre de religieux de s empresser autour de lui et de vouloir tous faire partie de 1 entreprise du saint Apotre. Malheureusement la barque etait trop petite pour recevoir taut de missionnaires. Le Saint n eut voulu contrarier les genereuses aspirations d aucun de ses freres : il resolut done d en remettre le choix a un des enfants que la curiosit^ avait conduits au port. Ceux que designerait la volonte de Dieu ainsi manifestee prendraient la mer avec lui, les autres resteraient. L enfant tira au sort : le lot heureux echut aux fre res Pierre Cattani , Barbaro , Sabbattino , et Leonardo , tous quatre d Assise et a frere Illumine, de Rieti. L histoire tait les noms des sept autres, carils e taient au nombre de douze. La mention speciale qu elle fait des cinq premiers tient peut-
(1) Cbavin de Malan, Hist. deS. Francois, Chap. V. Voyez aussi noire histoire universelle des missions Francisc. loc. cit. ; Wading, ibid.; Mari ana, de rebus Hispanic, lib. VI. cap, XI ; St. Bonaventure, VitaSancli Franc, cap. XI.
(2) Voir Histoire Universelle des missions Franciscaines, loc. cit.
etre b ce que le saint Patriarche les avail amenes avee lui d Assise ou qu ils etaient des plus notables de 1 ordre, iaisant partie du college de ses tout premiers disciples.
II se mit done en mer avec les compagnons de signe sparla Providence et au milieu des applaudissements de la multitude accourue sur le rivage. Les religieux condamnes a rester en Italie assistaient aussi a son embarquement. Bientot le batiment quitta le port et une heureuse navigation Famena a la hauteur de Chypre et de la lui permit demouiller dans la rade d Acre. Parvenu a cette partie de son voyage, Francois ne garda pres de lui que frere Illumine de Ridti, et, pendant que les autres se dispersaient dans les differents pays de 1 Orient, tous deux se rendirent pres de 1 armee chretienne retenue au siege ds Damiette.
Au douzieme siecle, dit un ecrivain, quand deja les croisades avaient, par une sublime impulsion de la foi, vaincu le sensualisme et le materialisme mahometan, sauvd 1 Europe , et ouvert pour les peuples occidentaux de nouvelles voies aux progres de 1 intelligence et de 1 industrie, alors, ceux qui avaient dans la poitrine un coeur ge ne reux et capable de sa crifices, voulaient aller combattre etmourir aux lieux consacresajamais par la vie et la mort duSauveur Je sus. AuConcile de tatran, le Pape Innocent III, apres avoir de peint avec attendrissement et chaleur la triste condition ou etaient re"duits les chre tiens en Orient, avait annonce une nouvelle croisade. II voulut aller lui-meme la precher en Toscane : mais il mourut dans cette province dcrase sous le poids des fatigues de son glorieux Pontificat. Honorius III, heritier de son zele et de sa puissance, realisa ce grand et genereux projet. Cependant au lieu de se porter directement sur la Pales tine, comme on 1 avait pratique jusqu alors, 1 expe dition se dirigea vers 1 Egypte, sanctuaire de la puissance Mahometane. Tel avait e"te aussi le plan d Innocent III. Et c est ainsi que nous trouvons les croise s occupe s au sie ge de Damiette. (i)
(1) Voir Cbavin deMalan, Histoirede Saint Francois, chap. VII.
Ce fut parmi les retards et les vicissitudes de cette solennelle entreprise que saint Francois parvint en Egypte. Ce fut alors aussi que de miserables discordes parmi les croises, les ou trages reciproques de chevaliers a fantassins, des pretentions ridicules, amenerent le roi de Jerusalem, Jean deBrienne, a livrer bataille a 1 ennemi (i). Cette resolution temeraire causa une grande douleur a saint Francois, qui savait que, si Dieu benit les genereux sacrifices, il couvre aussi de confu sion et de honte les homines qui s abandonnent a la haine et selaissent dominer par cette redoutable passion. Setournant done vers Frere Illumine, il lui dit : Le Seigneur nfa revele que les Chretiens auraient le dessous dans cette rencontre. Mais si je 1 annonce publiquement, le moindre mal qui m en reviendra sera d etre tenu pour fou, et d un autre cote, si je cache cet avis, ma conscience en aura du remords. Que devrais-je done faire, d apres vous? Mon frere, re pondit Frere Illumind, peu vous importe le jugement des homines : ce n est pas d aujourd hui qu ils vous regardent pour un fou.Soulagez done votre conscience, et craignez Dieu plus que le monde ! (2) Et, sans plus hesiter, Francois donna de salutaires avertissements aux croises, leur predisant 1 insucces de la bataille. Mais la passion aveuglait tellement les esprits que les paroles du Saint furent traitees de reveries. Cependant 1 evenement ne justifia que trop la prophetic du saint apotre : car les Chretiens perdirent dans cet engage ment six mille hommes morts ou prisonniers. Ainsi Dieu fit voir qu il ne faut jamais mepriser la sagesse du pauvre : 1 ame du juste decouvre la verite mieux que sept sentinelles assises dans un lieu el eve (5).
Revenons a notre Saint. Apres avoir longtemps prie, il se leva de son oraison tout radieux de confiance et se mit en route pour le camp des infideles, en chantant les paroles du prophete : Meme en marchant au milieu de 1 ombre de la
(1) Jac. Vitry, Histor. orient, lib. III. an. 1219, apud Bongars, torn. II.
(2) S. Bonaverit. vita sancti Francisci, cap. XI. (a Eccli. XXXVII. 18.
mort, je ne craindrai aucun mal, parce que vous etes avec moi, Seigneur (i). On avait eu beau lui repre senter les dangers d une pareille entreprise; en vain lui avait-on dit que le soudan d Egypte promettait un besant d or pour chaque tete de Chretien qu on lui apporterait ; rien n arreta le valeureux champion du Christ. Chemin faisant, il rencontra deux brebis et concut de ce hasard une grande joie dont il fit part a son compagnon : mon frere, dit-il, ayez conflance dans le Seigneur, car aujourd hui s accomplit pour nous la parole de 1 Evangile : Voila que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups (2). En effet, un peu plus loin une bande de Sarrasins se jeta sur eux comme des betes feroces sur deux moutons. Abreuves d injures et meurtris de coups, ils furent conduits lie s en presence du Soudan. Ce prince demanda aux deux religieux au nom de qui et a quelle fin ils etaient envoyes, et comment ils etaient parvenus jusqu a lui. Francois lui repondit avec intrepidite : Je ne viens nullement de la part des hommes, mais je suis envoyd par Dieu pour enseigner a vous et a votre peuple la voie du salut et vous annoncer 1 Evangile de la verite (3). Etaussitot il se mit a precher avec une telle force d ame et une telle chaleur 1 unite de Dieu en trois personnes et Jesus-Christ Sauveur du monde, qu en lui se veYifierent ces paroles : Je vous donnerai I eloquence et la sagesse, et tous vos ennemis ne pourront vous contredire. (4)
En effet, le Soudan e merveille a lavue d un si gendreux cou rage, non seulement 1 ecouta volontiers, mais alia jusqu a faire des instances pour Fengager a demeurer pres de lui. Je le veux bien, repondit Francois, si vous et votre peuple vous voulez vous convertir au Christ. Si votre coeur est trop attache a la loi de Mahomet, ordonnez qu on allume un grand feu : vos pretres et moi nous nous avancerons au milieu des
(1) Ps.XCII.
(2) S. Bonavent. Cap. XL
(3) Marino Sanuto, secreta fidelinm crucis, lib, HI. pmrt. XT. cap. vrr.
(4) Luc. XXI.