‹ Annales des missions franciscaines Volume 1Chapitre 2 sur 67 · JO · texte numérisé non relu

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flammes, et le rdsultat vous fera cormaitre la foi vraie et la religion qu il faut embrasser. (i) A quoi le Soudan repliqua : Je suis sur qu aucun de mes pretres n oserait tenter Fentreprise, ni se resoudrait a souffrir pour ses croyances. Et il parlait ainsi parcequ il avait vu s esquiver auplus tot un des plus anciens et des plus renommes parmi les Imans. (2) Si vous me promettez de recevoir la loi du Christ, reprit Francois, je m engage h passer seul par le feu ; si je peris, ne 1 attribuez qu a mes peche s; si je sors intact du milieu du brasier, reconnaissez que le Christ est la vertu et la sagesse de Dieu, vrai Dieu et Seigneur. Mais le prince recula devant une telle promesse et fit observer qu il craindrait une sedition jmrmi le peuple. (3) II offrit neanmoins a Francois de riches presents que le saint amant de la Pauvrete dedaignacommes ilseussent etede la boue. Le Prince redouta qu une si haute vertu et les paroles de Fapotre venant a tou cher le cceur de quelques uns dc ses soldats, ne fussent capables de les attirer dans 1 armee chre tienne ; il fit done reconduire 1 humble religieux sain et sauf et entoure d honneurs jusqu au camp des croiscs, devant Damiette.

Apres avoir de nouveau preclie la penitence et la paix aux guerriers de 1 Occident, Francois resolut de partir pour la Palestine et d aller baiser les traces de la vie et de la mort du Sauveur du monde. II existe des te moignages certains et irrefragables de ce voyage ; nous les avons developpes dans le premier volume de notre histoire universelle des missions Franciscaines (4). Cependant tous les ecrivains ne s accordent pas a ce sujet dans les details qu ils nous en donnent. D apres le plus grand nombre, Francois aurait deux fois visite les Lieux-Saints : une premiere fois allant directement d Acre a Jerusalem avant de se rendre en Egypte, ou il serait arrive 7 par voie d eau. De ce dernier pays il aurait commence

(1) Sanuto, loco cit.

(2 N i S Bonav. loco. cit.

3) Sannto. ibid.

(4) Livre I, chap. I.

un autre trajet par terre, traversant les deserts difficiles et dangereux d Ethen et de Sur consacres par les pas de la sainte Famille quand elle se refugiait dans 1 empire des Pharaons. Voici quel est 1 itineraire qu ils lui tracent. De Damiette a Babylone et au grand Gaire; il s avance ensuite dans 1 Arabie et va visiter le celebre monastere de Sainte Catherine, au mont Sinai. II retourne au Caire, s engage dans les de serts nomme s plus haut, se porte sur Gaza, Ascalon, Azoth, Rama, Lida, Sophini ; voit Jerusalem, Bethle em, Nazareth, le Thabor et passe jusqu aux bords de la mer de Galilee. De la il se dirige sur Damas et Antioche en Syrie (i), revient au port d Acre et se remet en mer pour 1 Italie. Rentre dans sa patrie, il visite, chemin faisant, sa chere maison de Sainte Marie de la Portioncule, aupres d Assise, il parcourt Padoue, Bergamo, Brescia, Cremone, Mautoue, prechant lapaixet ouvrant des retraites a ses pauvres Freres-mineurs.

D autres historiens d accord avec les premiers quant aux lieux visile s par le Saint, intervertissent 1 ordre de ses voya ges. De Jerusalem ils le font aller en Egypte en suivant la route indiquee plus haut, et de 1 Egypte ils le ramenent sur ses pas en Palestine. (2). line troisieme opinion enfin le con duit d abord en Egypte, et 1 amene, par Acre, en Palestine et en Syrie d oii il se serait dirige sur 1 Italie. (3)

Fruits qu a recueillis Saint Francois dans ce voyage apostolique.

Le premier fruit et 1 avantage le plus important que Fran cois retira de son voyage, fut 1 etablissement de ses freres en Orient et, entre autres contrees, dans 1 ile de Chypre, dans la

(1) P. Calahorra, Storia cronologica della Sirin etc. lib. I, cap. II, III et suivants.

(2) P. Da Porto. Pafrimonio seraQco lib. I. cap. X ct suivants Rodriguezsobrino, HLstoire de la Terre-Sainte, tome II.

(3) Vovez Wading, annal.Jom. I.

ville d Acre, a Jerusalem, Antioche etc. La Province de la Terre-Sainte fut, d6s 1 abord, si solidement fonde e que nous la verrons bientot s accroitre avec rapiditd et rdpandre partout la renommee de sa prosperite. Dieu 1 avait ainsi voulu pour conserver les Lieux-Saints dans la possession de 1 Eglise ; car bientot les Croises devaient quitter ce poste, et les armes des Sarrasins allaient chasser de 1 Orient les armies chre tiennes. Le saint Patriarche, il est vrai, n avait amend de 1 Italie avec lui que douze de ses compagnons : mais Dieu se chargea du succes de son oeuvre. Plusieurs nobles chevaliers campes devant Damiette se rangerent sous la banniere de la Pauvrete ; en outre, tous les religieux d un grand monastere d Antioche, subjugue s par le charme de son extraordinaire saintete, s oppose.rent a son depart tant qu il ne les eut admis dans son ordre. Nous reviendrons sur ce fait.

Au sujet de { admirable vocation de plusieurs barons chretiens, nous avons le temoignage du Cardinal de Vitryqui alors e^ait dveque d Acre et delegue apostolique dans 1 armee des Croise s. Ce prelat eut 1 occasion de voir le Saint et vecut meme familierement avec lui. Dans une lettre qu il a ecrite a ses amis de Lorraine, il loue la vie toute apostolique de Francois et de ses disciples et raconte 1 incident en ces termes: Le seigneur Regnier, prieur de Saint-Michel a embrasse 1 ordre des Freres Mineurs. Cette nouvelle institution s est dej& repandue partout; elle rappelle la maniere de vivrede la primitive Eglise, et particulierement celledes Apotres. Son chefse nomme Frere Francois; il est si aimable qu il sefait venerer de tout le monde, meme des infideles. A la meme re gie se sont aussi voues Coin, Anglais, membre de notre clergd, et deux autres de ses compagnons, h savoir, Michel et Matthieu, a qui j avaisconfie le soin de 1 eglise; et le chantre et Henri, et d autres dont je ne me souviens pas. (i)

Venons aux monies de la Montagne Noire que certaines Chroniques qualifient de Be nedictins. Voici ce qu en rap-

(l) Kpist. ad Lotharing. apud Bongars. pag 1149.

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portent toutes les histoires de notre ordre. Quelque temps apres 1 arrivee de S ( Francois en Orient, 1 Abbe de cette famille de religieux vim a mourir. Avant de rendre le dernier soupir, il avait pre dit qu un saint homme, fort cher a Dieu, fondateur d un illustre Institut, vetu pauvrement, d humble apparence, mais digne de tous les respects ne tarderait pas d arriveraumonastere. L e venement justifiabientot ees paro les : un etranger dont 1 exterieur 6tait conforme a cette description apparut un jour sur le seuil du couvent. Aussitot tous les moines se porterent processionnellement a sa ren centre, ils Faccueillirent avec tous les te moignages de la joie y le considerant comme un envoye" du ciel, 1 honorant comme un pere, declarant qirils voulaient etre ses enfants. Le Saint se rendit a leurs prieres; il les admit au nombre de ses freres et b&iit la tendresse paternelle du Seigneur qui multipliait si merveilleusement dans toutes les parties de la terre son pauvre troupeau (i).

Au dire de la plupart des historiens , d autres monasteres encore embrasserent dans cette contree la regie de Francois. Le nombre s en accrut tellement qu ils formerent entre eux une vaste Province dont la renomme e et les effets salutaires durerent jusqu a 1 occupation totale de la Syrie et de la Pales tine paries Sarrasins (2).

II existe meme en ces lieux une tradition constante que nous n avons aucune raison de rejeter et qui attribue au me me Saint 1 institution primitive des hospices et convents non seulement du Chypre et d Acre, mais du mont Sion, du Saint Sepulcre a Jerusalem, de Bethleem, de Nazareth et d autres re pandus ca et la en Syrie et en Egypte. (3)

Le second fruit que retira S l Francois de son voyage apostolique en Orient fut la permission qu il obtint du Soudan

(1) Pisan, Coriformit. IX el XI. Wading, annal. torn. I ad an. 1219. Calahorra, Storia cronolog. della Siria, loc. cit. Da Porto, Patrimon. seraf ibid, voyez aussi noire Histoire tiniverselle des missions Franciscaines, lorn I.

(2) Voir notre Histoire univ. lib. I, cap. I. page 18.

(3) Histoire. univ. des missions Franc, loc. cit.

d Egypte pour lui et pour ses religieux la faculte de precher 1 Evangile dans les e"tats de ce monarque.

Defense fut faite a tous les Sarrasins de molester dans la moindre chose ces hommes de Dieu, injonction de les trailer toujours avec honneur. Sans cet appui exte"rieur cette nouvelle province de 1 ordre des Mineurs n eut pu avoir des succes aussi rapides. Le Cardinal de Vitry que nous avons de ja cite nous fournit, entre autres auteurs, le temoignage de la faveur si rare et si singuliere accordee par le prince musulman.Nous aimons de rapporter ici ses paroles. II commence par loner 1 excellence de la regie professee par les disciples de Francois. Ces hommes admirables, dit-il, s efforcent de faire renaitre la pSuvrete 1 et I humilite de la primitive dglise, en remplissant non seulement les prdceptes, mais meme les conseils de FEvangile. Le Pape a confirm^ leur regie et leur a donne le pouvoir de precher partout, mais du consentement des Pr&ats. Us s en vont deux a deux, sans besace, sans pain, sans argent, sans souliers; ils ne peuvent rien pos seder. Ils n ont ni monasteres, ni e"glises, ni maisons, nj terres, ni bestiaux. Ils ne se revetent ni de lin, ni de fourrures; ils portent seulement une tunique de laine a laquelle s adapte le capuce, sans manteau ou autre habit quelconque. Invite s a manger, ils prennent ce qu on leur offre : mais ils ne mettent rien en reserve pour le lendemain. Une ou deux fois par an ils se reunissent en chapitre, apres lequel ils se apparent de nouveau et se dispersent deux deux dans les differentes provinces. Leurs predications et plus encore leurs exemples excitent au mepris du monde, et ce ne sont pas seulement les personnes du commun mais meme les no bles qui, pour marcher sur leurs traces, abandonnent cites, terres, heritages et adoptent 1 habit des Freres Mineurs, une pauvre tunique et une corde pour ceinture. De cette fa^on, ils se sont tellement multiplies en peu de temps, qu il n est pas de province dans la chretiente ou on ne trouve de ces re ligieux. Ils admettent tout le monde, a 1 exception des per sonnes mariees ou de ceux qui suivent une autre religion.

Leur nombre ne les effraie pas, car ils remettent a la divine Providence le soin de leur subsistance. D ailleurs les homines de bien se font une joie de leur offrir 1 hospitalite et de les aider par des aumones. (i)

Tel est 1 apercu historique que nous fournit 1 illustre historien contemporain sur le caractere primitif de 1 ordre des Mineurs. Un peu plus loin, il nous decrit, en ces termes, les qualites des Freres envoyes chez les peuples infideles : Les Sarrasins eux-memes, dit-il, accueillent avec empressement ces predicateurs de 1 Evangile. Nous avons vu de nos propres yeux le Fondateur et Superieur general de cet Ordre, homme simple et peu lettre, aime de Dieu et des hommes, et qui s appelle Francois ; nous 1 avons vu si rempli d un zele divin qu il a quitte 1 armee des Croises devant Damiette pour se rendre au camp du Soudan. Tous les Sarrasins dcoutent volontiers les Freres Mineurs parler de Jesus Christ et de sa doctrine, tant qu ils ne touchent pas a Mahomet et ne le traitent pas d imposteur et d infidele. Gar alors ils se dechaineraient contre eux et les banniraient de leur cite, si la pro tection de Dieu ne couvrait pas ses serviteurs. Tel est 1 ordre des Freres Mineurs : il ne s accommode pas aux faibles qui courraient risque de perir en se hasardant sur les flots orageux du monde. (2) Voilk avec quels sentiments parlait du bienheureux Francois et de son ordre le Cardinal de Vitry, qui survecut pres de dix-huit ans au saint, et qui n attestait que ce qu il avait vu dans les pays infideles.

Nous ajouterons ici que, d apres presque tous nos anciens chroniqueurs, se repandit 1 opinion generale, que saint Fran cois promitau Soudan, avant de le quitter, qu en recompense de la grande bienveillance dont il avait fait preuve en sa faveur et en celle de ses Freres, il lui obtiendrait la grace de mourir reg6n^r6 par la foi chretienne. Voici les na ifs et charmants details que nous tiouvons h ce sujet dans un livre d or du treizieme siecle, qui a pour titre : Les fleurs de saint

(t) Hist, de I Occid. ch. XXX.

(2) 4 Hist. de I Occid. ibid.

Francois. Le saint patriarche etait sur le point de retourner en Egypte, lorsque le Soudan lui dit en secret : Frere Fran cois, je me convertirais volontiers a la foi du Christ, mais je crams de le faire a present : car si mes sujets venaient a le savoir, ils nous mettraient & mort, vous, vos compagnons et moi-meme. Vous pouvez rendre encore de grands ser vices et j ai a terminer, de mon cote, plusieurs affaires tres importantes ; je ne veux done compromettre ni votre exis tence, ni la mienne. Mais veuillez m enseigner les moyens que je dois employer pour assurer mon salut : je suis tout dispose a suivre vos conseils. - - Seigneur, repondit le saint, je vais vous quitter; mais quand je serai de retour dans ma patrie, quand, par la grace de Dieu, j aurai etabli ma demeure dans les cieux, je vous enverrai deux de mes freres qui vous donneront le bapteme, et vous serez sauve. Voila quels sont les desseins de Dieu sur vous, et voila ce qu il m a revele. Mais, d ici la, hatez-vous de vous degager de toute sollicitude, aim qu au jour oil la grace descendra sur vous, elle vous trouve entierement dispose a recevoir la foi.

Le Soudan promit de se conformer h ces avis, et il les suivit en effet. Apres cette entrevue, saint Francois et ses venerables compagnons quitterent le pays des inlldeles, et, quelques annees apres, le Saint rendit son ame a Dieu.

Cependant le Soudan, devenu infirme, attendait 1 accomplissement delapromesse qui lui avait etd faite. Des gardes postes en plusieurs endroits de ses frontieres avaient ordre, des qu ils verraient deux freres portant 1 liabit de saint Fran cois, de les lui conduire immediatement. Son attente ne fut pas trompee. Vers ce temps-la, le Saint apparut a deux de ses freres et leur ordonna d aller, sans retard, trouver le Soudan, et de lui procurer la grace du salut, suivant la promesse qu il lui en avait faite. Ces deux freres obeirent sur le champ, traverserent la mer et furent conduits par les gardes au Soudan, qui, en les voyant, s ecria, rempli de joie : je le reconnais maintenant, oui, c est Dieu lui-meme qui m envoie ses serviteurs pour me sauver, et c e tait vraiment

d apres une inspiration divine que Francois m en avail fait la promesse. Aussitol il fut instruit des verite s de la foi, recut le bapteme que lui confererent les freres et, ainsi regendre en Jesus-Christ, il mourut de la maladie dont il etait atteint, et son ame fut sauvee par les merites et les prieres de saint Francois (i).

Tels sonl les principaux fruits que le grand Patriarche des pauvres recueillit de son voyage en Orient.

Nous pourrions en signaler beaucoup d autres : il ne faudrait que glaner ca et Ik dans les antiques souvenirs de 1 histoire les recits pleins d interet et d edification qui nous rapportent les conversions particulieres operees par le saint durant ce pele rinage. On peut dire que tout son long trajet fut un vrai triomphe pour la foi ehretienne (2).

Pour ne pas nous perdre dans des details sans fin, nous nous contenterons de reproduire un seul trait qui terminera cette premiere partie.

Une femme Maure eut 1 impudence de dresser des embuches a la chastete de Fadmirable apotre. Francois feignit de correspondre a ses desirs, mais a la condition que luimeme preparerait la couche. Et quelle couche ! Elle devait etre la depositaire de voluptds d un nouveau genre ! C etaient des charbons embrases, sur lesquels il se jeta hardimenl et de gaite de coeur en presence de la seductrice. Avoir son empressement, on eut cru qu il s etait choisi un lit de roses. Eifrayee et remplie d une confusion salutaire, la Mauresque rentra en elle-meme, pleura el, nouvelle Samaritaine ou nouvelle Madeleine, elle se convertit sincerement a Dieu (3).

Le bruit de ce miracle volant de bouche en bouche attira grand nombre d infideles k la vrai foi el augmenta, dans ces contre^es, 1 influence du saint Patriarche et de ses enfants.

(1) Les fleurs de Saint Francois, chap. XXVI.

(2) Voyez Calahorra ct Da Porto, loc. supra cit

(3; Idem etspecul. vita3 B. Francisoi, cap. LXX1V. Ugolin. cap, XXXIIf. Marc do Lisbonrie, chroniquc, liv. I. chap. LV1J, Wading, luc. cit.et Hisloive uiiivcrselle des Missions Franciscaines, loc. cit.

Le e crivains anciens et modernes qui se sont occupes des origines de 1 ordre se raphique retracent tous des faits de ce genre. Ces legendes prouvent au moins I impression merveilleuse que la presence et la sollicitude de Francois pour son institutet pour 1 Eglise du Christ produisirent dansl ame de ces peuples.

Maintenant encore le souvenir de ses miracles se retrouve parmi les infideles.

Jleiixieme partie.

SXSTCIR

Palestine et Syrie.

Rapport sur I etat de la mission des Freres Mineurs en Pa lestine, en 1860, adresse aux Eveques de France par le P. Fulgence de Turin Commissaire de Terre-Sainte a Paris.

Paris, 19 Mars 1860.

Excellences Reverendissim es .

De retour a Paris de mon voyage en Terre-Sainte oil j ai eu le bonheur de porter le produit de collectes faites en France, le vendredi saint , pour le soulagement de cette Mission, j adresse a vos Excellences ces quelques ddtails sur les travaux apostoliques de nos freres dans ces contre es. Us pourront offrir, j espere, aux fideles de vos dioceses Tun ou Fautre sujet d edification.

La province Minoritique de Terre-Sainte, a qui est confie la garde des lieux, theatre de la Redemption, et inaugure e par notre Patriarche Saint Francois lui-meme en 1219, compte, jusqu a ce jour, 28 couvents, sur 1 espace compris entre les Pyramides et les Steppes d Alep. Le plus grand nombre de ces maisons est dans la Palestine : les voyageurs et Pelerins de toutesles nations ysontaccueillis gratuitement etpourvus de tout ce qui leur est necessaire pendant toute la duree de leur se jour.

Ces couvents avec leurs eglises sont les suivantes :

1 A Jerusalem , deux : a savoir celui du Saint Se pulcre et celui du Saint Sauveur; 2 a Bethleem, celui de Sainte Cathe rine; 3 a Saint Jean sur la montagne, celui de Saint-Jean- Baptiste; 4 h Nazareth, celui de 1 Annonciation ; 5 a Larnaca de Ghypre , celui de Notre-Dame des Graces ; 6 dans la ville d Alep , celui de Sainte-Marie de Jesus ; 7 dans la ville d Alexandrie, celui de Sainte-Catherine; 8 au Grand-Caire, celui de 1 Assomption; 9 a Jaffa, celui de Saint-Pierre; 10 a Ramia, celui de Saint Nicodeme; 11 h Saint-Jean d Acre, celui de Saint-Jean-Baptiste; 12 a Tiberiade, celui de Saint-Pierre; 13 a Damas, celui de Saint-Paul (brule naguere paries Turcs, les huit religieux qui 1 habitaient y ontetetue s. Nous reviendrons plus tard sur cet evenement). 14 a Beyrouth, celui de Saint Joseph; 15 a Sidon, celui de 1 Annonciation; 16 dans le bourg d Arizza, celui des saints Pierre et Paul; 17 a Tripoli de Syrie celui de Saint-Joseph et un autre; 18 a Lattachia, celui de la Sainte-Croix; 19 un autre du meme nom a Nicosie de Chypre ; 20 a Limasol , celui de Sainte-Catherine ; 21 & Constantinople , celui des Sept-Douleurs ; 22 a Bosetta celui de la Sainte-Famille ; 23 a Mansurah , celui de 1 Immaculee Conception; 24 & Faium, celui de Saint-Antoine de Padoue; 25 a Damiette , celui de Saint-Louis ; 26 a Cafayat d Egypte.

A tous ces couvents est unie une paroisse et les freres Mineurs y exercent charge d ames. Ce qui ne les empeche pas d etendre leur ministere apostolique aux eglises et chapelles suivantes : de la flagelation a Jerusalem ; de Saint-Francois au Vieux-Caire; de N. D. du mont Carmel, & Bolac; idem, a Larnaca; de Saint-Antoine de Padoue, a Katal sous Alep. Us sont en outre charge s d entretenir et de pourvoir de tous les objets necessaires au culte les sanctuaires suivants :

D abord dans la ville meme de Jerusalem : 1 le saint Se pulcre ; 2 la chapelle du crucifiement sur le sommet du calvaire ; 3 au meme endroit, Ubi stabat Mater dolorosa juxta crucem lacrymosa dumpendebat Filius, une autre chapelle de Notre-Dame des Douleurs; 4 la chapelle de Sainte Marie Ma deleine au lieu ou Notre Seigneur lui apparut apres sa resu-

rection ; 5 celle de 1 Apparition, oil d apres la resurrection le Sauveur s est montre pour la premiere fois a sa sainte Mere ; 6 1 autel de la colonne de la flagellation, oil Ton conserve une relique de ce monument ; 7 1 autel de I lnvention de la Sainte Croix dans une chapelle souterraine ou fut retrouve ce Bois sacre; 8 enfincelui de la Pierre de 1 Onction sur laquelle le corps de Notre Seigneur fut depose et embaume par Joseph d Arimathee etNicodeme avant d etre depose dans lesepulcre.

Sur le Mont Calvaire en dehors de 1 Eglise, ils prennent soin de la chapelle situce a 1 endroit ou se trouvait la sainte Vierge, au moment oil Ton mettait en croix son divin Fils.

Sur la voie douloureuse, ils veillent a la conservation du sanctuaire de la Flagellation, au lieu ou Notre Seigneur fut battu de verges. Des secours envoyes de la Baviere permirent aux Freres Mineurs de le restaurer en 1838. Dans le voisinage, se trouve un petit couvent oil Ton put accueillir une partie de la nombreuse caravane francaise, lors du Pelerinage de Paques 1859. La Casa-Nuova, oil sont d ordinaire heberges les pelerins, n avait pu suffire en cette occasion.

Sur le Mont des Olives, ils ont a entretenir :

1 Le jardin de Getsemani ; 2 la Grotte de 1 Agonie a un jet de pierre du lieu oil factus est sudor ejus sicut guttce sanguinis decurrentis in terram.

A Bethleem : 1 la creche oil fut couche 1 enfant Jesus, quia non erat eis locus in diversorio; 2 1 autel des Bois Mages, dans la partie de la Grotte oil ces princes de 1 Orient se prosternerent pour adorer le Nouveau-Ne et lui offrirent de Tor, de la myrrhe et de 1 encens ; 3 la crypte oil se trouvent 1 au tel de Saint Joseph, le tombeau des Innocents, ceux de saint Eusebe, de sainte Paule et de saint Eustache, aussi bien que 1 oratoire et le tombeau de saint Jerome; 5 la Grotte du lait, oil la sainte Vierge nourritson divin Fils.

A Nazareth : 1 le sanctuaire de 1 Annonciation oil etait autrefois la maison de la sainte Vierge, et oil le Verbe s est fait chair; 2 la chapelle oil fut 1 atelier de saint Joseph, restau-

ree naguere par les Fibres Mineurs ; 3 la chapelle de la table du Christ dans le voisinage de Nazareth.

La chapelle qui occupe 1 emplacement de la maison de saint Jacques le Majeur, a Jaffa.

A Tiberiade : 1 Eglise qui s e leve au lieu oil Notre Seigneur designa saint Pierre comme chef du College Apostolique .

A Damas : la chapelle de saint-Ananie et une autre a 1 endroit oil saint Paul fut renverse de son cheval et frappe de cecite.

A saint-Jean sur la Montague : le sanctuaire de la nativite du Precurseur et 1 autel de la Visitation oil retentit, pour la premiere fois, le sublime cantique de Marie : Magnificat an ima mea Dominant.

A Ramla, la chapelle de saint-Nicodeme. Elle s eleve a la place de la maison de ce fidele disciple du Sauveur, qui demanda et obtint de Pilate la permission d oter de la croix le corps de son divin Maitre.

Les Freres Mineurs ont encore conserve de tout temps, ou recouvre , le droit de celebrer a certains jours aux stations suivantes :

1 Sur le Mont des Olives , au lieu d oii Notre Seigneur monta glorieusement au ciel. 2 A Bethanie, au Sepulcre de Lazare, ou le Sauveur opera la resurrection merveilleuse de son ami. 3 Surle Mont Sion, aupalais de Caiphe, aujourd hui au pouvoir des Armeniens Schismatiques. 4 A Jerusalem, dans 1 Eglise de Saint-Jacques le Majeur e galement entre les mains de cette nation. 5 En Galilee, sur le mont Thabor , ou Ton a commence la restauration de 1 ancien sanctuaire de la Transfiguration; car les Mineurs possedent de temps imme morial, le droit d habiter, de ree difier, de garder la station de ce lieu memorable. 6 A Cana, dans 1 endroit oil Jesus-Christ fit son premier miracle en changeant 1 eau en vin. Ce poste est la propriete de nos Peres de Terre-Sainte. 7 A Nazareth : 1 dans I dglise dite de la Synagogue, cedee, depuis peu, aux Grecs Catholiques; 2 i la Fontaine <*e la Sainte Vierge.Dans le voisinage de Nazareth : 1 sur la montagne du Precipice

(Foil les Juifs voulaient lancer Notre Seigneur; 2 au lieu dit de 1 Evanouissement de la Vierge. A Sephoris enfin, dans 1 e glise erige e sur I emplacement de la maisondes Saints Joa chim et Anne. Dans ces dernieres stations, les Mineurs doivent apporter avec eux 1 autel quand ils veulent ce le brer la messe.

Voila , en abrege et en partie, 1 oeuvre confiee a la grande Mission Franciscaine en Palestine. Veiller et prier aupresdes sanctuaires les plus precieux de la chretiente , les conserver aux catholiques , les defendre , au prix de sacrifices de tout genre, contre les pretentious incessantes des Schismatiques et des infideles, braver la peste et tant d autres maladies mortelles, souffrir sans relache les avanies des ennemis de la croix , telle est la vie de ces gene reux disciples du Patriache d Assise.

Cette Mission ne compte jamais moins de 270 religieux, auxquels est remis le soin de vingt-deux-mille Catholiques distribue s en vingt-deux paroisses. En vertu du Bref In Su premo de Benoit XIV confirme par Pie IX, deux freres de chacune des provinces de FOrdre soumis au Re ve rend Pere Ministre general re sidant au couvent de Sainte Marie d Araco3li a Rome , out droit de travailler dans ces contre es a la vigne du Seigneur. L Institut de Saint Francois est rdpandu sur toute la terre : il n est done pas etonnant qu on trouve en Palestine des Freres Italiens, Espagnols, Slaves, Allemands , Portugais, Flamands, Frangais. II yen a meme d origine Orientale et sujets du Sultan.

Nous croyons inutile de faire ressortir 1 avantage que la reunion de tant de nationalite s dans un meme ordre peut offrir aux pelerins de tous les pays.

N allons pas croire toutefois que les soins des Freres Mineurs se bornent & la garde et a la conservation des sanc tuaires, aux offices de charite vis-a-vis des pelerins et des voyageurs; ils ont encore a distribuer, chaque jour, d abondantes aumones aux pauvres de toute secte et de tout pays.

On peut compter 477 families, pres de 1924 individus qui

recoivent leur subsistance de ces religieux. Us fournissent r habitation a 250 autres families. Dans la seule anne e 1857, ils n ont pas paye moins de 285,473 piastres turques en vetements, vivres, medicaments, loyers de maison. La piastre e tant de 20 centimes, cette defense represente une somme de 57,095 francs.

La meme anne e, les pauvres Franciscains ont accueilli dans leur convent 7,196 pelerins on voyageurs, etles ont nourris, en moyenne, 1 espace de 26, 280 jours.

Cette generosite" leuracoute 157,680 piastres. Nous avouerons que parfois les etrangers loin de vouloir etre a charge aux bons freres, leur laissent d abondantes aumones en recon naissance de leurs soins; mais ces exemples sont fort rares et le plus grand nombre jouissent , sans defrayer les religieux, de 1 hospitalite que leur offre une charite sincere et desinte resse e.

II ne faut pas oubtter qu ils ont a entretenir un grand nombred ecoles. L e tendue de leur besogne neleur permet pasd y donner tout renseignement par eux-memes : force leur est done de recourir a des maitres seculiers qu ils retribuent. Outre les seize Franciscains et les huit so3urs de Saint-Joseph voues a Finstruction, vingt-deux instituteurs et six institutrices Arabes leur coutent par an, 55,594 piastres, soit 11,119 francs. Et cette ddpense est necessaire : il n y a que les indi genes pour apprendre aux enfants la veritable prononciation de leur langue maternelle. Ces ecoles sont frequentees par 2,181 e leves des deux sexes. Or ce n est pas seulement 1 instructionreligieuse, litte raire, professionelle, laconnaissance des langues europe ennes, surtout a Jdrusalem, que les religieux ont a donner a cette jeunesse ; livres, papier, logement, entretien sont encore a leurs frais; souvent meme toute une famille est a nourrir. A moins de faire ces sacrifices, les missionnaires verraient les enfants deserter leurs dcoles et tomber entre les mains des schismatiques et des protestants qui mettent en oeuvre toutes les seductions pour acheter et corrompre les ames des pauvres arabes.

On conceit que les Freres Mineurs y depensent de 25 a 30,000 francs par an.

Dans le but de fournir a tous ces Sieves les livres necessaires, les religieux ont, depuis quelques annees, etabli une imprimerie dans leur couvent du Saint Sauveur a Jerusalem. Us la doivent principalement aux secours de la commission ge ne rale de Terre-Sainte en Autriche. Us n ont cesse, des lors, de publier des ouvrages dents en langue europeenne ou orientale. L avantage qui en re sulte n est pas borne aux e coles : grace a ce nouveau moyen de propagande, la doc trine catholique peut aisdment se repandre en Palestine, en Syrie, en Arabie, en Afrique, en Egypte et la vraie Foi trouve un appui contre les menees du Schisme et les funestes ef forts des socie tes Bibliques protestantes.

Au nombre des ouvrages imprimes en 1854, il faut citer particulierement la thdologie morale de S* Alphonse de Liguori reduite en abrdge par Neyraguet, en 2 volumes grand in-4. Une traduction arabe en a ete faite par le pere Louis Omegna, missionnaire apostolique de Terre-Sainte. Un re ligieux Lazariste attache a 1 apostolat de ces memes contrees nous a declare que le travail de riotre confrere rendait la pensee et la doctrine de 1 auteur avec autant d exactitude que le texte original latin.

La creation de cette imprimerie est un grand service rendu a la religion, mais elle entraine bien des depenses.

Et encore faut-il y ajouter les frais d entretien des Colleges d Arriza et de Damas ou de jeunes missionnaires venus d Europe etudient la langue Arabe dont la connaissance est absolument ndcessaire pour le gouvernement des paroisses.

Le Grec qui est egalement indispensable est enseigne dans deux couventsde Tile de Chypre. C est ainsi que, grace a une constante perse ve rance et a de lourds sacrifices, les peres Franciscains sont parvenus a fonder ou k faire refleurir les ecoles dans tous les lieux de la Custodie de Terre-Sainte.

Je viens de dire faire refleurir : en effet les e coles de garcons >i Jerusalem qui ne comptaient, en 1816, que 90 e lrvos

en renferment maintenant 140. Et il en est ainsi de toutes les autres. J ai visile , dans mon voyage, toutes celles de 1 un ou 1 autre sexe dans la ville d Alexandrie, a Jaffa, a Jerusalem, a Bethleem, a Nazareth, et j ai vu et comme touche de la main qu elles sont en voie de sensible progres. J ai distribue aux enfants qui les fre quentent des medailles, des images, des livres que des personnes pieuses de Paris m avaient fait obtenir d une societe de saint Francois de Sales. Je ne saurais dire avec quelle reconnaissance maitres, maitresses et ecoliers ont recu ces petits cadeaux. II serait neanmoins a de 7 sirer que les locaux fussent agrandis et mis en meilleur e tat.

En resume, les de penses faites par la Custodie de Terre- Sainte en 1857 s eleventa 1,170, 796 piastres turques qui font 292,699 francs et 25 centimes. Cetle sornme a etd repartie comme suit : 1 pour le culte, 107,736 piastres. 2 pour medecins, drogmans et autres serviteurs, 56,308. 3 pour 1 entretien de ceux qui se livrent a Fe tude de 1 urie ou 1 autre profession, 48,482. 4 pour les pauvres, 252,943. 5 pour loyers de maisons ou logements de ne cessiteux, 32,530. 6 pour les ecoles 163,636. 7 pour l imprimerie, 34,000. 8 pour les de penses occasionnees par 7,196 pelerins heberges pendant 26,280 jours, 156,680 piastres. Ajoutez 289,540 autres piastres fournis par les memes Peres au Patriarche ; 12,500 au Delegat Apostolique d Egypte et22,520 consacrees a 1 achat d un couvent a Damiette. Nous ne parlerons pas de la distribution de toute espece de secours en nature que les religieux avaient rec;us d Europe.

Cette merne annee les Freres Mineurs ont celebre gratuitement, dans les divers sanctuaires de Terre-Sainte, au dela de 1,500 messes pour leurs principaux bienfaiteurs morts ou vivants et 28,977 autres messes pour tousles fideles qui leur preterit secours d une facon quelconque.

Pour faire face a ces^normes depenses, ils n ont d autres ressources que les aumones qui leur arrivent du dehors et quilts re^oiveiit de la chreliente.

Aujourd hui, comme aux premiers temps du christianisme,. les Catholiques de la Palestine sont fort pauvres, et les Franciscains perpetuent, pour ainsi dire, 1 oeuvre de charitd foridee par S 1 Paul et recommandee si ardemment par cet Apotre : Quant aux collectes qui se font pour les saints, conformez-vous a la regie que j ai tracee aux e glises de Galatie. Que le premier jour de la semaine, chacun de vous mette a part et serre ce qui lui plaira : aim qu on ne com mence point a recueillir, lorsque je serai venu. Et quand je serai la, ceux que vous aurez choisis je les enverrai porter vos liheralites a Jerusalem ; et, s il est a propos que j y aille moi-meme, ils m accompagneront. (i)

Nous croyons superflu deciter les BullesApostoliquesqui, depuis le temps d Alexandre IV jusqu au regne de Pie IX, n ont cesse de recommander a 1 attention des Catholiques les enfants de Saint-Francois. 11 y a plus de six siecles que ces intrepides missionnaires veillent a la garde des Lieux Saints; bien des Ibis ils ont laisse leur vie entre les mains des bourreaux, et Ton peut dire que leurs jours se sont pas ses au milieu de persecutions continuelles. Les Souverains Pontifes ont constamment appele sur eux la sollicitude de 1 Episcopat et mis tout en oeuvre pour faire prospe rer les. quetes au prolit de la Terre-Sainte. C est aiusi que les Fran ciscains ont pu se maintenir dans cette difficile mission de puis 1219 jusqu a nous, grace au secours et a la protection des potentats Catholiques d Europe. Parfois cet appui leur a fait defaut : alors les regards des pieux apotres se sont tournes vers I Amdrique et ils ont demande aux habitants du Nouveau Monde les moyens de sauver les precieux sanctuaires confies a leur garde.

II est bon de faire remarquer ici que le Portugal ne fait plus parvenir d aumones en Terre-Sainte, depuis 1834.

Les guerres civiles et les bouleversements politiques de 1 Espagne ont aussi diminue considerablement les secours

(1) Ad Corinth. I . cap. XVI. V. I cl suivants.

de tout genre que nos freres recevaient de ce pays. L Autriche elle-meme qui, depuis 1845, avait commence a soutenir I ceuvre des Peres Franciscains, semble s etre ravise e a cet e gard. II ne reste done plus que 1 obole de la Baviere envoyee depuis le voyage du prince royal en Palestine, I anne e 1840, celle de la Belgique, de la Societe du S l Sepulcre a Cologne et des Commissariats des Freres Mineurs d ltalie, les dons que recueillent les De legats de 1 Ordre en Ame rique et les generosite s de quelques bienfaiteurs particuliers de Fun ou 1 autre pays.

Mais qu est devenu, me demandera-t-on, le grand tre sor de la sainte Custodie?

II n y a d autre tresor, entre les mains des Freres que des calices, des ostensoires, des lampes, des croix, des chande liers, des vetements et ornements sacre s donne s au S l Se pulcre ou a quelque autre sanctuaire de Palestine par les rois de France, d Espagne, de Portugal, de Baviere, de Naples, par les empereurs d Allemagne et d Autriche, et par quelques pieux personnages. Les religieux n en sont pas les gardiens jaloux. Ces richesses ne diminuent pas leur pauvrete, elles sont plutot pour eux une occasion de mille dangers de la part des barbares qui voudraient les en depouiller. Neanmoins, ils veillent avec courage a la conservation de ce prdcieux depot, heureux de pouvoir en etaler les magnificences dans les solennites du culte et d en faire briller 1 e clat aux yeux desGrecs etArme niens schismatiques dont le luxe Ori ental s e tudie a faire palir la splendeur de nos ceremonies.

La foi elle-meme trouve un grand avantage dans cette pompe des offices. L imagination des Arabes est Irappe e de tant d appareil et ils jugent de la religion elle-meme d apres 1 imposante majeste de ses rites.

Toutes les de penses que nous avons signalees plus haut sont deja bien nombreuses et cependant nous n avons pas ete complets jusqu ici. Avec les seules aumones mentionne es, les Freres Mineurs out construit ou i i estaure un grand nombre d eglises et de couvents. En voici le relcve depuis 1827 jusqu cn 1860.

En 1827, ils ont rebati Fe glise et repare le couvent de Sidon. En 1829, ils ont restaure I e glise et ouvert un nouveau couvent k Laodicee ; en ont fonde un autre a Beyrouth ; ont e leve une e glise et uri couvent k Faium. Renverses par les Arabes, ces edifices ont e te retablis en 1841. En 1830, ils ont refait I e glise et les convents de Jaffa; en 1832, le couvent de Ptole maide. En 1834, ils ont erige un nouveau couvent dans la ville d Alexandrie. En 1838, ils ont rebati 1 eglise de la Flagel lation a Jerusalem. Ils en ont construituneautrea Larnaca, en 1842.Gette derniere localite a e te gratifie e d une chapelle et d une ecole, en 1845. En 1847, ils ont re pare une eglise et bati un petit couvent k Tiberiade, edifie dans la ville d Alexandrie une grande et belle eglise ouverte en 1850, erige une vaste habitation pour les pelerins, a Jerusalem. Cette maison fut consacree, plus tard, & d autres usages. L annee 1849 leur estredevable d une eglise a Katal, faubourg d Alep. Le cou vent de la Flagellation, a Jerusalem, date de 1850; une cha pelle et un couvent a Limasol, en Chypre, sont de la meme epoque. Cette meme annee encore, ils ont jete les fondements d une chapelle et d un hospice, a Gaza, dans un ter rain qu ils venaient d acquerir, et ont commence, au Caire une autre grande eglise terininee en 1854.

En 1852, ils ont entrepris la construction d un nouveau cou vent, a Larnaca, en Ghypre ; celle d un college a cote de la belle e glise paroissiale d Alexandrie, en 1853. Acheve en 1857, cet e tablissementa ete confie aux Freres des Ecoles Chre tiennes.

En 1854, ils ont fonde un grand college dans une maison du Caire appartenant aux Mineurs de Terre-Sainte. En 1855, ils ont achete une maison aMansourah; depuis, elle a ete convertie en couvent avec chapelle. Ils ont aussi commence une e glise & Beyrouth. Les travaux de I eglise et du couvent de Tripoli remontent a 1856. Ils ont et termine s en 1858. En meme temps, les Franciscains achetaient, h Damiette, une eglise dont ils firent un couvent avec chapelle; ils acqueraient, a Cafaiyat, un terrain oil ils ne tarderent pas de cornmencer la construction d un autre couvent avec cha-

pelle presque terming aujourd hui. En 1857, ils ont restaure et agrandi 1 eglise de Latakia, donnd plus d &endue au couvent de Damiette. En 1858, ils ont mis la main a la construc tion d une ehapelle en 1 honneur de la Vierge, au Caire. En 1859, ils ont inaugure un nouveau cimetiere a Latakia, rdpare le petit couvent du Vieux-Caire, entourd de murs en pierres les sanctuaires du Mont Thabor et de Cana en Galilee, afm d en mieux garantir la proprie te ; protdgd d une enceinte solide le sanctuaire de la Visitation en Judee, et fonde" un grand college dans la ville d Alep.

(La suite a la prochaine livraison} .

Lettre du Ires-Reverend Pere Bonaventure da Solero, Custode de Terre-Sainte au Tres-Reverend Pere Eernardin deMonte franco, Ministre General de tout I Ordre des Freres Mineurs, au sujet des huit Frandscams mis a mart en haine du Christ, a Damas, au mois de juillet 1860.

TreS Reverend Pere,

Vous m avez fait 1 honneur de me demander une esquisse biographique sur nos huit confreres tombes victimes de la fureur des Turcs, a Damas, au mois de juillet 1860 ; je vais essayer de repondre a vos de sirs. J aurais voulu tracer en raccourci le tableau des massacres faits par les Druses au Liban, car nos Missionnaires de Sida et de Beyrout y furent en butte aux plus grands dangers. Mais les journaux Europdens vous ont mis au courant de ces affreuses nouvelles : tous se sont longuement entretenus de ces evenements. Je puis done les passer sous silence. II est probable que vous connaissez egalement les particularity des tristes scenes dont Damas fut le theatre: cependant permettez-moi de vous en resumer le commencement ; j ignore si les feuilles d Europe s*en sont occupees.

On etait au sept de juillet. A cette dpoque, les Musulmans de cette ville sont plus insolents que de coutume, pendant plusieurs jours. Us avaient pris cinq chiens et leur avaient donne par moquerie les noms des cinq grands Potentats d Europe. A chaque Chretien qui passait ils disaient en les lui montrant: Tiens, voila ton roi, ton empereur, toirministre. Ils firent ensuite quelques croix de bois, les suspendirent au cou de ces animaux et forcerent les Chretiens a fle chir les genoux : Adore, s ecriaient-ils, adore cette croix attachee au cou de tonlmonarque.

En meme temps, tracant d autres croix sur le sol, ils forcaient les enfants a les fouler aux pieds et frappaient les re calcitrants.

Indigne s de tant d outrages, les Chretiens s adresserent au Pacha. Celui-ci donna 1 ordre d emprisonner quelques Musulmans; mais au lieu de les faire amener au palais, il voulut qu ils traversassent le quartier des chre tiens. C e tait faire appel aux passions fanatiques.

A la vue de leurs freres garrottes, les Turcs deviennent furieux : ils se re voltent, se precipitent et commencent un carnage sans exemple. Les soldats feignent, un instant, de venir au secours des victimes : le son de la trompette et un coup de canon parti de la demeure du Pacha les avertissent de ce qu ils ont a faire. Ces signaux les rappelaient a la citadelle et leur enjoignaient de laisser les Chretiens et leurs habitations en proie a la rage des Musulmans. L incendie et les scenes de meurtre prenaient des deVeloppernents epouvan tables,

Quelques Bachi-Bouzouks accourent pour mettre fin au tumulte, mais les soldats rdguliers les contraignent a rebrousser chemin pendant qu eux-memes s unissent aux re volte s pour prendre part au pillage.

La nuit arrive : les lueurs de 1 incendie attirent dans la ville les Be douins, les Druses et autres barbares du dehors.

Les assassinats, les vols se multiplient, I enroi gagne les coeurs les plus intrepides. Toutes les propriete s des chre -

liens sont ravages ; notre couvent, celui des Lazaristes, des Soeurs de Charite", le Patriarcat grec, les differents Heche s du pays, les e glises, sont reduits en cendres. Deux mille maisons deviennent la proie des flammes, presque douze mille^chre tiens sont tuds et, avec eux, tous nos religieux sans exception.

Quelques uns durent la vie aux quatre mille soldats Algeriens d Abd-El-Kader qui traita ces infortunes avec une gene rosite digne des plus grands eloges.

Pour ce qui regarde nos freres, voici un court essai biographique.

En premier lieu, figure le Pere Emmanuel Ruiz, de cinquante-six ans. Ayant pris 1 habit des Freres Mineurs de I Observance dans la Province de I lmmacule e Conception d Espagne, il y e tudia la philosophic et la the ologie avec assez de succes. Obeissant aux inspirations du ciel, il se voua aux Missions dans les pays infideles, et fut destine a 1 apostolat en Terre-Sainte. II apprit, en peu de temps, la langue des Arabes et s appliqua tout entier au salut des Chretiens de ces centre" es. Ses efforts ne furent pas perdus pour les arnes.

Apres douze ans de fatigues, sa saute* s affaiblit et il se trouva sur le point de devoir retourner en Espagne.

Cependant un leger retour de forces lui permit de redemander ses premieres fonctions de missionnaire. Son desir fut exauce en I#o2. Ses grandes vertus avaient inspire une telle veneration qu il fut de signe d abord comme President de 1 hospice de Ramla et ensuite du couvent de Damas. C est dans ce dernier lieu qu il tomba sous les coups des ennemis de la Croix.

Apres lui, vient le Pere Carmelo Botta, aussi d Espagne, de la Province de Valence. II entra dans 1 Ordre et professa la regie des Mineurs en 1825. Ayant termine ses etudes en 1831, il desira faire partie de la Mission de Palestine.

II apprit la langue Arabe dans une telle perfection qu il fut etabli Cure et nomine maitro des novices qui, a Damns,

se preparaient aux missions. II s acquitta de ces offices avee beaucoupde zele et de succes, et sa mdmoire restera toujours en benediction parrni nous.

II employait le peu de temps qui lui restait a enseigner aux jeunes gens des environs la litterature italienne qu il possedait fort bien ou a vaquer aux soins de sa petite dglise.

Le troisieme fut le Pere Engelbert Kramsck, observantin reforme de la province de S l Leopold, dans le Tyrol Allemand. II etait ne a Ramsan en 1827, avait pris 1 habit franciscain en 1847, et, sur 1 invitation des superieurs, il etait parti pour la Terre-Sainte en 1855. Ayant te moigne quelque gout pour 1 etude de la langue arabe, il fut design^ pour la resi dence de Damas ou on lui contla, dans la suite, 1 offiee de deuxieme cure.

II remplissait cette fonction avec un zele vraiment apostolique, lorsqu il tomba victime de la fureur des Musulmans. C est une grande perte pour 1 Ordre et pour la Mission de Pa lestine, car c etait unhommede beaucoup de talents et d une vertu peu commune. II possedait parfaitement six langues : 1 Allemand, 1 Italien, le Francais, 1 Espagnol, le Latin, 1 Arabe, et il avait e tudie profonde ment Fhistoire litteraire des na tions qui les parlaient.

Le quatrieme martyr queles massacres de Damas ont donn6*a notre ordreestle Pere Nicanor Ascanio, observantin de la Province de Castille. Nd en 1814, il avait pris 1 habit des Freres Mineurs en 1830. Bientot apres, la revolution ayant chasse les religieux de leurs couvents, il se retira dans son pays, se livra a de fortes etudes ecclesiastiques et s occupa du ministere dela predication avec grand fruit pour les ames. En 1859, une ge nereuse resolution le conduisit en Palestine. Envoye au college de Damas pour y appreudre la langue Arabe il y trouva une mort pre cieuse devant Dieu.

Les deux autres pretres furent le Pere Nicolas Albarea ob servantin de la Province d Andalousie et le Pere Pierre Soler, dela Province de Murcie. Le premier, ne en 1830, prit 1 habit de Saint Francois en 1857, au couvent de Priego ouvert

avec I autorisation du gouvernement pour les Missionnairesde Terre-Sainte . Notre confrere se renditen Palestine en 1859. II lui fallait aussi dtudier la langue Arabe ; c est la raison qui le fit envoyer a Damas, oil il termina glorieusement sa vie.

Le second, ne a Orca, en 1827, fit profession dans le meme college, fut le compagnon de voyage et d etudes du Pere Albarea et mourut comme lui.

II me reste a dire un mot des deux Freres la iques, Frere Francois Pinaz d Aspuentes et Frere Jean-Jacques Fernandez, tous deux Espagnols.

Le premier, observantin de la Province de Valence, dtait ne en 1812, et avait pris 1 liabit des Mineurs en 1831. Parti pour le service de la mission de Terre-Sainte, il habita diverses residences. Cependant il sejourna plus longtemps qu ailleurs au convent du Saint Sepulcre a Jerusalem et a celui de Damas oil il trouva une mort glorieuse. II ne laisse d autre renommee que celle d un religieux d une grande per fection.

L autre Frere etait un observantin de la Province de Saint Jacques. II naquit en 1808 et entra dans 1 Ordre des Mineurs en 1831. II montra des 1 abord un vif ddsir de se consacrer aux Missions de la Palestine, mais ses voeux ne furent exauces qu en 1859. Arrive dans cette contree, il visita denotement tous les Lieux Saints et fut definitivement etabli dans la maison de Damas. II y donna les plus beaux exemplesde ferveur et d humilite. Dieu le recompensa de ses vertus en lui accordant la couronne du martvre.

Une chose qu il importe de remarquer, c est que nos hero iques confesseurs ne perirent pas tous de la meme maniere.

Le Pere Ruiz poussd par les Turcs en dehors de son couvent fut somme jusqu a sept fois de renier le Christ et de confesser Mahomet. Le voyant demeurer inebranlable, les barbares lefrapperent a coups de cimeteres et hacherent son corps en quatre parts. LePere Carmelo Botta, fut atteint d un coup de fusil , au moment oil il cherchait son salut dans la fuite. LePere Engelbert fut,8ussi, comme le Pere Ruiz, invite

plusieurs fois \i renoncer a sa ibi; il s y refusa constamment avec une intre pidite heroique,il necessad affirmerquejamais ses bourreaux n obtiendraient un signe de faiblesse d un chr^tien, d un ministre du Sauveur. II mourut dans cette ad mirable resolution. Les trois autres pretres et les deux freres la iques pe rirent sous les ruines et dans 1 incendie du couvent, ainsi que beaucoup de Chretiens qui s y e"taient refugies. Religieux et seculiers retires aux pieds des autels y priaient en attendant la mort ; ils avaient fait a Dieu le sa crifice de leur vie pour le salut de leurs ennemis, quand 1 eglise s ecroula sur eux et les ensevelit sous ses de combres.

Je dois ces details aux relations de personnes bien informe es et qui les ont fournis de vive voix ou par dent.

Ils me vierment presque tous de temoins oculaires ou d hommes qui ont consult^ les assistants de ces horribles scenes.

Nous en saurons davantage encore lorsque les informa tions juridiques commenceront a Damas.

Les lecteurs qui ne connaissent pas la localitd aimeront peut-etre d avoir quelquesrenseignements topographiques.Le couvent de Damas, actuellement detruit, prdsentait un carrd parfait d une superficie d environ 500 metres. II etait divisd en quatre enclos dont trois e taient arroses par un cours d eau. II se composait de deux e tages : le premier tout en pierres, le second en briques et en charpente.

II renfermait dans son enceinte une e glise assez vaste ou se trouvaient huit autels et une sacristie. L habitation comprenait, en bas, quatre places, deux depenses, deux magasins, deux grandes salles de classe, une cuisine avec fontaine, une arriere-cuisine avec puits, une cave, etc. En haut, elle comptait vingtchambres pour les religieux. Les frais de con struction s etaient eleves a 227,30 francs.

Ajoutez 50,000 francs pour la valeur de la Bibliotheque riche, comme on sait, en livres rares, surtout en ouvrages orientaux et en pre"cieux manuscrits. Parmi ces derniers, il y avait une Bible en parchemin dont une Societe de bibli-

ophiles anglais avait offert 1000 livres sterling. Tout est perdu !

Veuillez, mon tres-Reverend Pere, m accorder votre be nediction ainsi qu & tous vos enfants de la Mission de Pa lestine.

Votre ires-humble et tres-obeissant fils, Fr. BONAVENVURE DE SOLERO.

Custode de Terre-Sairite.

Jerusalem, ee 31 aout 1860.

Lettre du rneme Pere Custode de Terre-Sainte pour recommander les martyrs de Damas aux prieres des Missionnaires de la Palestine.

C/iers et Reverends Peres!

Pe ne tres de la plus profonde douleur, nous venons nous acquitter d un devoir de notre charge en vous faisant part d une bien triste nouvelle. Le 9 juillet, la ville de Damas a ete le theatre d un affreux soulevement des Turcs unis aux Druses contre les Chretiens. Les exces de ces barbares attestent une cruaute sans exemple jusqu a nos jours; le nombre de leurs victimes est considerable. Nous avons a de plorer la perte de presque tous nos religieux, parmi lesquels : Le Pere Emmanuel Ruiz, Observantin. de la Province de 1 Immaculee 1 Conception, et president ; le P. Carmelo Botta, Ob servantin de la Province de Valence, Curd ; le P. Engelbert Kramsch, Observantin reTorm^ de la Province de S l Leopold, Vice-cur^ ; le P. Nicanor Ascanio, Observantin de la Province de Castille ; le P. Pierre Soler, Observantin de la Province de Murcie; le P.Nicolas Albarea, Observantin de la Province d Andalousie ; le Fr. Francois Pinaz, Observation de la Pro-

vince de Valence et le Fr. Jean-Jacques Fernandez Observantin de la Province deS 1 Jacques. Les trois premiers furent tues pendant qu ils cherchaient a fuir, les cinq autres perirent dans 1 incendie de 1 hospice.

Ce n est pas la premiere fois que nos chroniques de Terre-Sainte enregistrent de pareils e venements : cependant nous n en devons pas moins deplorer des pertes aussi sensibles a nos Missions. Re signons-nous et adorons les jugements inpe netrables de Dieu. Une pense e, d ailleurs, bien propre a nous consoler, c est que deux de ces Religieux, le P. President et le P. Vice-Cure, sommes de renier la foi chretienne avec promesse d avoir la vie sauve, orit rejete avec un saint mepris cette horrible proposition et ont preferd la mort a cette lachete. Get exemple d hero isme, tous les autres 1 auraient donnd si 1 occasion les avail places en presence de leurs bourreaux. Aussi nous pouvons etre surs que Dieu a recompense leur sacrifice en leur accordant la couronne des justes. Mais cette confiance ne peut nous dispenser de leur menager les secours de notre foi. C est pourquoi nous ordonnons a tous les superieurs locaux de Terre-Sainte, de leur faire appliquer les messes et prieres flxc es par les lois en vigueur dans cette Sainte Cuslodie, et nous accordons en outre le merite de 1 Obeissance a ceux qu une pieuse inspiration porterait a y joindre leurs suffrages particuliers.

Nous donnons a tous la benediction Seraphique et nous nous disons,

De vos RdvereMces

Le tres-affectionne serviteur en J. C.

Fr. BONAVENTURE DE SOLERO,

Cusluiie de Terre Sainte.

Jerusalem, au couvent du S l Sauveur, 6 Aout 1860.

Lettre adressee par le meme Pere Custode a M. Bentivoglio, Consul-general de France a Beyrouth, pour obtenir le moyen de restaurer le convent de Damas.

Monsieur le Consul!

Les douloureux evenemerits dont les Chretiens de tout rit ont ete victimes a Damas, le 9 du mois de juillet, sont deja connus de tout le moride. Les assassinats commis par les Musulmans et les Druses, 1 incendie de notre couvent de Terre-Sainte fonde dans cette ville en 1664, les cruautes commises sur la personne de nos Peres qui exercaient le ministere Apostolique et remplissaientles fonctions de Cures pour les Latins sont aussi parvenus aux oreilles de votre Seigneurie illustrissime ; Elle comprend trop bien la charge dont 1 a honoree le gouvernement Imperial Franc, ais et son devoir de proteger les interets des Latins foules aux pieds par des barbares, pour avoir ete insensible a ces tristes nouvelles. Lamort de huit religieux Franciscains, dont six pretres et deux laiques, le pillage de tous les meubles de notre maison et des objets les plus sacres de notre eglise, la des truction totale de tout le couvent abime dans les flammes, voila les pertes subies par le pauvre Ordre des Freres Mineurs !

C est done au nom de I liumanite, de la civilisation et de la Religion catholique que nous invoquons la protection efficace de la France tres-chretienne ; nous la supplions de faire restaurer notre maison, d une facon quelconque, afin d*y pouvoir continuer notre mission et travailler encore au bien spirituel et temporel des Chretiens que la mort a epargnes.

Plonge dans la profonde douleur que me cause la mort de mes huit confreres et fils bien-aimes, je n ai d autre conso lation que la pense e qu ils jouissent maintenant de la gloire des Cieux ainsi que 1 espe rance de voir Votre Seigneurie nous preter son appui. Digue representaiit de la genereuse nation

Franchise, vous voudrez bien, j en ai la corifiance, vous inteYesser pour nous aupres de votre gouvernement et i aire parvenir aux pauvres Missionnaires Franciscains de la Pa lestine une partie des aumones que les Chretiens de toute 1 Europe et surtout de la France envoient avec tant de liberalite.

J ai 1 honneur d etre,

Monsieur le Consul,

Votre tres-humble et tres-obeissant serviteur, Fr. BONAVENTURE DE SOLERO,

Custode de Terre-Sainte.

Jerusalem, Couvent du S l Sauveur, 20 Aout 1860.

Lettre du Pere Valentin de Vernazza, Missionnaire Apostoliqne et President du convent desMineursd Beyrouth, au tres- Reverend Pere Custode de Terre-Sainte.

Damas, 1 Septembre I860.

TreS Reverend Pere !

Parti, avant-hier, de Beyrouth, en compagnie de notre Drognan Germanos et d un autre monsieur Europeeri, j arrivai dans cette ville de Damas, hier au soir, apres un heureux voyage. Nous avons rencontr^ en route de nombreux soldats Turcs qui ernmenaient prisonniers a Beyrouth, atln de les diriger dela sur Constantinople, 150 Musulmans.

Un peu plus loin, ce furent des Druses armes, qui nous lan^erent des regards de travers mais, sans oser rien nous dire. Comme nous entrions a Damas, quelques Turcs se mirent a murmurer : Tenez, nous avons done laisse la vie a uu de ces chieiis-la ! Je fis semMant de ne pas entendre. Jo me rendis cliez M. le Consul de France <iui nous accueii-

-<-O

lit avec beaucoup d empressement et d affabilite et nous installachezM. Bambino, freredel anciendrogman de Beyrouth.

Accompagne des superieurs des Grecs catholiques, des Syriens et des Maromites, j allai faire visite a Fuad-Pacha. Le Gouverneur nous recut parfaitement. II causa d abord longtemps avec nous, puis il nous dit : Messieurs, je pars demain pour Beyrouth, oil je compte m arreter douze jours. Pendant mon absence, vous n avez rien k craindre. Les ordres les plus severes dependent de molester le moins du monde les Chretiens. Comme vous le savez, c est par une condamnation capitale qu Ahmed-Pacha et tons les officiers et soldats out paye leur complicite aux meurtres du mois de juillet dernier. Vous avez essuye* bien des pertes, mais, pour les compenser, vous etes maitres de choisir telle maison qu il vous plaira, de restaurer vos eglises et vos dcoles, de reinplir tous les offices de votre ministere, d exiger tout ce que reclament les besoins de volre position. On satisfera atoutes vos demandes. Je veux meme que les Chretiens me de noncent tous les Musulmans complices des derniers attentats et que la justice n aurait pas decouverts encore. Et si dorenavant des audacieux penetrent dans vos eglises, pillent et detruisent vos maisons, tuent vos freres, ils n e chapperont pas h la rigueur des lois. II nous congedia la dessus avec infiniment de courtoisie.

J eus ensuite un long entretien avec son secretaire qui me dit etre Italien et se nommer Danick Effendi Daleggio. Get homme me parut un bon Chretien et fort attache a notre Ordre. II me parla beaucoup de nos Freres Missionnaires h Constantinople et m assura qu ils etaient les seuls amis qu il eut dans cette capitale. II ajouta que nous pouvionsnous fier & la parole de Fuad-Pacha dont il vanta la severe justice. Tous les Chretiens n auront qu a se louer de son gouvernement, poursuivit-il. Quant aux soldats Francais, ils ne viendront pas a Damas : le traite de paix signe avec la Russie et mettant fin a la guerre de Crimee est un obstacle k 1 execution d une parcille inesure.

JSQ

Demain, je visiterai les mines de notre couvent en compagnie du Consul de France et escorte par quatre ou cinq Algeriens. C est une precaution qu on m a conseillee et qui me garantira peut-etre des attaques de 1 un ou 1 autre assassin. Lundi, je retournerai a Beyrouth d oii je compte vous ecrire avec plus de details.

En attendant, veuillez accorder votre benediction a celui qui se dit,

Tres-R ever end Pere,

Votre tres-humble et tres-devoue fils en J. C. Fr. VALENTIN DE VERNAZZA.

Missionnaire Apostolique M. O.

Lettre du meme au meme.

Beyrouth, 14 septembre 1860.

Tres-Reverend Pere,

Hier, je suis revenu de mon voyage a Damas. J ai encore rencontre sur mon chemin des Druses, des Bedouins, des Turcs, tous en armes : mais aucun d entre eux n a ose m inquieter. Seulement, dans le voisinage de Damas, quelques Turcs m ont void la bride de mon cheval : il me fallut bien faire acte de resignation. Maintenant, voici quelques particularites au sujet de la mission que j ai remplie.

D abord, on serait dans 1 erreur si on s imaginait que la tranquillite est retablie a Damas : les Turcs sont plus que jamais furieux contre les Chretiens. Differentes fois, en parcourant les rues de cette ville, je me suis entendu apostropher avec la menace suivante : D ou sort-il done ce chien de Frere ? Comment ? nous ne les avons pas acheves tous dans le grand couvent? En voila encore un !

D autres disaient: Voyez 1 orgueil de ce Frere maudit de Dieu! Mais, par Allah! nous 1 arrangerons comme les autres ! Je n avais garde de riposter. Une fois seulement il me parut necessaire de rompre le silence et je dis : Malheureux ! vous n etes done pas satisfaits de I horrible massa cre des pauvres Chretiens ? Tenez-vous bien tranquilles, ou je rdclamerai pres du Pacha. Les insulteurs eurent bouche close et disparurent.

Le Dimanche, avec la permission du Pacha et du Consul de France, j allai visiter les ruines de notre couvent et du quartier des Chretiens. Helas ! mon Reverend Pere, quelle desolation ! Tous les recits rie sont qu un reflet bien pale de la ve rite. Sauf quelques de bris d une voute en pierre, il ne reste plus aucune trace de notre maison : tout a et consume par le feu. L eglise, les cellules des religieux detruites des 1 abord par les barbares, ont entierement disparu. Ayantpe ne tre dans une mosquee, j y reconnus plusieurs vases de cuivre qui nous avaient appartenu, tin calice d argent, trois chasubles, une lampe d or, une autre d argent, dix livres et d autres objets de moindre importance qu il serait trop long d &mmerer. Au local de la Commission Turque pour la res titution des choses voices, je trouvai six tapis de 1 e glise, cinq couvertures, douze sieges et six livres.

Un manuscrit arabe des plus precieux et contenant les quatre evangiles me tomba par hasard, entre les mains, dans un cafe. Quelques musulmans me le pre senterent pour douze piastres. Je le reconnus aussi pour avoir fait partie de notre bibliotheque et le reclamai. Comme nous e tions a nous disputer a ce sujet, un Effendi vint a passer qui me donna raison, saisit le volume et le porta a la Commission oil il me fut restitue".

Je me suis mis en possession d une maison louee; clle appartient a unMusulman et peut contenir quatorze chambres ; j en ai confie les clefs au medecin Biagini qui les remettra aux nouveaux Missionnaires de Damas. En tout cela, j ai agi d accord avec le Consul de France. En meme temps, j ai pre-

sente une supplique a la Commission dont j ai deja parle, a 1 effet d en obtenir une centaine de matelas avec couvertures pour les pauvres Chretiens latins plonges dans une extreme misere et la plus profonde desolation.

Les chasubles et 1 argenterie de I dglise qu on a retrouve es et reconnues seront restitutes a nos Freres. L Ordre pourra rouvrir un couvent au ineme endroit et Fuad- Pacha avisera aux moyens de relever une chapelle. Du moiris il m en a donne sa parole.

Maintenant, mon Tres-Reverend Pere, vous parlerai-je de la joie de nos Chretiens, des qu ils me virent a Damas ?

Transported de bonheur, ilsmedemandaient tousdequelle maniere j avais dchappe a nos ennemis ; car ils pensaient, qu au moment du massacre, je me trouvais sur les lieux.

Apprenant que je venais en ligne directe de Beyrouth, plusieurs se jeterent a mon cou, d autres me baiserent qui les mains, qui les pieds, qui les pans de mon habit,

Et moi, tout en deplorant leur sort, j essayai de les con soler, je les serrai centre mon coeur. Vraimentjenepouvais me re soudre a leur dire que je devais m en aller : il le fallut bien pourtant, mais je leur promis que bientot arriverait un autre confrere, puis toute une nouvelle famille pour habiter le couvent. C est ainsi que je parvins a les calmer.

Aussi, mon tres-Reverend Pere, ne puis-je trop louer votre resolution d envoyer ici, sans de lai, un missionnaire an courant de la langue Arabe, pour prendre soin de ces malheureux abandonnds. J en ai parld a Monseigneur le Patriarche qui m objecta que la situation actuelle de la ville ne promettait pas encore beaucoup de sdcurite a nos religieux. Je lui repondis qu il y avait un remede a cette dificulte : on n a qu a declarer, lui dis-je, que ce missionnaire vient uniquement pour assister les pauvres chrdtiens dans leurs besoins spirituels. II me parut satisfait de cet arrangement. Que votre Re ve rence dispose de moi : je suis pret a repartir aussitot ou a donner, s il le faut, ma vie pour les ames des disci ples de J, C. comme nos huit confreres martyrs. Ah! quel

grand bien un pretre pourrait faire ici ! Surtout que M. le Consul de France a mis a notre disposition 10,000 francs pour les distribuer en aumones !

Voici maintenant quelques autres nouvelles. Les maisons des Chretiens saccage es et detruites s elevent au nombre de 2750 ; il y a dix eglises renverse es, deux des Grecs schismatiques, une des Grecs catholiques, une autre des Syriens, une des Armeniens schismatiques, une des Maronites, quatre des Latins, en comptant celle de S l Ananie. On pourrait les relever facilement. Mardi dernier, 1050 soldats Turcs sont partis de Damas pour Hauran, dans le but d y combattre les Druses re unis au nombre de 15,000 hommes. II y a deja eu une premiere rencontre. Les derniers ont perdu, dit-on, cinq cents des leurs, quatre cents morts et cent prisonniers.

Les troupes Franchises sont toujours a Beyrout et se dis- Dosent, parait-il, a occuper le Liban ; trois-cents soldats Turcs se sont deja mis en route pour Sa ida. Fuad-Pacha vient d ordonner que tous les Chretiens de Damas refugies ici reprissent le chemin de leur ville natale. Us s y refusent, car ils ne sont pas encore rassures du cote des Turcs. Le gouverneur a, en outre, somme tous les chefs des Druses de se rendre pres de lui pour donner raison de leur conduite. Jusqu a present, il n y en a que sept qui aient obe i. Daigne le Seigneur nous protdger. Veuillez, tres-Reverend Pere accorder votre benediction a

Votre tres-humble et tres-devout fils en J. C. Fr. VALENTIN DE VERNAZZA,

Missionnairc Apostoliquc M. O.

Nouvelle Zelande.

Depart de neuf Franciscains pour fonder dans ce pays ime Mission de leur Ordre.

Dans la prochaine livraison, nous esperons pouvoir fournir a nos lecteurs quelques notes historiques et geographiques sur cette contree si lointaine. Elles nous seront transmises par nos confreres qui viennent de partir et se proposent de fonder en cesclimats une Mission Franciscaine. En attendant, il nous semble utile et inleressant de reproduire une esquisse de la situation religieuse de ce pays deja publiee precedemment. Monseigneur Pompallier venu en Europe en 1860, s etait rendu a Rome pour les affaires de son ministere apostolique. G est la q il a fait imprimer cette courte notice dans le but d exciter la charite des fideles a prier pour le salut de ses ouailles. Ce ze le prelat, par Fintermediaire de la Congregation de la Propagande, a aussi obtenu du chef general de notre Ordre, le P. Bernardin de Monte- Franco, des ouvriers pour 1 aider dans sa vigne spirituelle.

Neuf de nos Freres sont partis avec lui. Voici maintenant le contenu de sa notice.

Monseigneur Pompallier, en sa qualite de Vicaire Aposto lique de rOceanie Occidentale, fonda, avec 1 aide de trois pretres et d autant de catechistes, les premieres missions de ce Vicarial a Wallis et a Futuna.

Depuis lors, second^ par un plus grand nombre d ouvriers evange liques, il en dtablit deux autres, une dans 1 ile de -Lakemba, Archipel de Fidji, 1 autre dans File de Tongatabou, Archipel des Amis. II les gouverna toutes lui-meme jusqu en 1843. Alors le S* Siege, ddsireux de pourvoir plus efficacement aux besoins de ces peuples, crea quatre nouveaux eveques et partagea 1 Oceanie en autant de Vicariats Aposto-

liques. Les iles de Wallis, de Futuna, de Lakemba et de Tongatabou firent partie du Vicariat de I Oce anie Centrale.

Cependant la mission de la Nouvelle-Zdlande demeura spe"cialement confide a Monseigneur Pompallier. C est lui qui 1 avait fonde e, lui qui 1 avait dirige e jusqu en 1838. Get Archipel mesure en longueur 4 a 500 lieues sur une largeur moyenne de 80. D apres le relevd de 1838, il compte 120,000 habitants : il pourrait en contenir 20 millions. Le climat en est tempere*, le sol tres fertile ; il est arrose par des eaux excellentes, il a des mines en abondance. II offre toutes les conditions necessaires a Fetablissement de grandes et belles villes; rienne manque a ceux qui voudraient convertircepays en florissantes provinces.

Un nombre assez considerable de naturels, jadis infideles et anthropophages, ont renoncd a leurs cruelles superstitions et sont devenus catholiques. C est Monseigneur le Vicaire Apostolique qui leur a porte la bonne nouvelle du salut. Malheureusement plusieurs de ces tribus se sont trouvees depuis lors comme des brebis sans pasteur : separees les unes des autres par des distances sans fin, elles n ont pu etre Fobjet des soins spirituels necessaires.

Cette situation a inspire au S 1 Siege, en 1850, la pensee de partager le Vicariat Apostolique de la Nouvelle-Zelande en deux Eveche s titulaires, 1 un conM a Monseigneur Pom pallier avec residence a Auckland, capitale du pays, et comprenant la plus grande partie du Nord de 1 Archipel, 1 autre remis au zele de Monseigneur Viard avec residence a Wel lington et s e"tendant sur tout le Sud de la Nouvelle-Zelande.

Or, voici ce qu on peut dire du diocese d Auckland, depuis 1850 jusqu en 1859.

II est d une longueur de 200 lieues sur une largeur moyen ne de 80 et se compose d au moins les trois quarts de la popu lation indigene de 1 Archipel. A en juger d apres les rapports extraits de documents officiels, le nombre des habitants est considerablement diminue. Ilfaut expliquer ce facheux resultat par les maladies, les manages mixtes, les speculations

de la marine marchande qui transporte ies naturels dans les iles et colonies voisines. Ainsi le diocese d Auckland compte h peu pres 45,000 ames, dont 25,000 catholiques. Restent encore 30,000 colons Europe ens venus la,plupart d Angleterre, parmi lesquels 5,000 catholiques.

Malheureusement, pour veiller aux interets spirituels d autant d ouailles, il n y a que dix pretres et une communaute de Soeurs de la Mise ricorde. Ces bonnes religieuses introduites par 1 Eveque en 1859 sont aujourd hui au nombre de vingt. Elles travaillent sans relache a 1 education et au salut de la jeunesse et des autres personnes de leur sexe. Dans la ville d Auckland, elles ont une ecole pour les petites filles, un asile pour les orphelines, deux etablissements pour les enfants des blancs et des mulatres, entretenus aux frais des colons du pays. En tout, elles comptent 300 jeunes. person nes h soigner. Toutes ces jeunes plantes portent des fruits d e dification et font 1 honneur des mains genereuses qui les cultivent.

Quant aux pretres, les fatigues de 1 apostolat n epuisent pas leur zelc. Quatre d entre euxsont charges de la direction d autant de colleges fre quentes par des jeunes gens indigenes et par nos rares seminaristes : en tout 100 Sieves dont les progres dans la vertu tdmoignent en faveur de leurs maitres. II ne faut pas oublier d autres dcoles confiees a des institutrices la iques ou 500 enfants sont dleves dans les principes de la foi chretienne.

Dans la paroisse de la cathe drale d Auckland, on vient d instituer la confrerie du Rosaire-Vivant, 1 Archieconfrerie du Coeur Immacule de Marie, la Propagation de la foi et une Societe de Temperance. Les membres qui les composent pratiquent les oeuvres de priere, de zele et de salut au bon exemple de tous. Monseigneur s est egalement occupe de la pu blication de petits cathe chismes, destructions religieuses, de cantiques, de refutations faciles des erreurs du ProtestantismeenlangueNeo-Zelandaise et Anglaise.Ilavoulu par ces rliffiirents moyens, instruire son peuple, le guider surcment

Se dans 1 observance de la loi chre tienne et conserver intacte la foi de 1 eglise romaine. Aussi, grace a Dieu, le Paganisme a disparu presque entierement de la Nouvelle-Ze lande. Mais There sie travaille avec une effrayante activite a corrompre surtout les Blancs. L emigration europeenne a importe dans ce pays jusqu a onze ou douze sectes du Protestantisme.

II y a, dans ce diocese, 19 dglises construites en bois et une en pierres, c est la cathedrale d Auckland ; elle est en style gothique, son interieur est elegant et d un caractere religieux. Son achevement exigera de nouvelles depenses, car elle manque encore de portail et de clocher.

Malheureusement le nombre des ouvriers evangeliques est insuffisant. Pour repondre aux besoins spirituels des peuples et surtout des indigenes, il faudrait 20 missionnaires de plus. On ne compte que 17 pretres pour les offices du saint ministere et trois instituteurs religieux pour Tinstruction de la jeunesse. Ces derniers pourraient fonder leur institut dans le pays, s y agrandir, s y developper comme Tout fait les Soeurs de la Misericorde.

Pour amener d Europe au diocese d Auckland une vingtaine de ces cooperateurs si desire s, lesfrais seraient helas! considerables. Us s eleveraient a 3000 francs par personne pour le trajet et le modeste mobilier.

Nous avons dit un mot de Tach^vement de la cath^drale : le devis estimatif reclame a cet effet une somme de 10,000 francs.

Les Soeurs de la Misericorde et leurs el&ves occupent une maison en planches dont les ais disjoints, be ants depuis 19 ans, tombent en ruine. Ce ne serait pas trop d une demeure en briques avec un cloitre convenable. La de pense pre sumee est de 80,000 francs.

Les ressources du diocese ne peuvent faire face a tant de ne cessites. Les naturels sont pauvres ; leurs rdcoltes sont peu productives, Tindustrie et le commerce actif sont nuls parmi eux. Aussi ne doit-on pas attendre qu ils pourvoient, d ici a qiiolques annees, a IVnhvluMi de leurs Missionnaires.

La Propagation de la foi a fait les efforts les plus genereux ; mais elle ne saurait, a elle seule, rdpondre a tous les besoins et elle se trouve requite k confier aux mains de la Providence la consolidation des pieuses entreprises qu il lui est impos sible de soutenir jusqu au bout.

La grande difficult^, ce n est pas tant de trouver en Europe des pretres zele s pour le salut des ames et disposes a partir pour les missions, mais plutot de subvenir aux frais de leur voyage et a leur entretien dans ces lointains climats.

Les Ministres protestants sont fort nombreux dans la Nouvelle-Zelande ; la gendrosite" de leurs coreligionnaires rdpandus ck et la dans le pays leur fournit abondamment ce dont ils ont besoin.

Us ne sont done point a charge aux peuples. On les trouve partout oil il y a des pretres catholiques, ils s etablissentaux lieux ou nos missionnaires deque s d aide et de moyens ne peuvent se maintenir. Faut-il s &onner que plus d une tribu d indigenes convertie a la foi catholique se decourage en se voyant abandonee et livree sans defense aux assauts continuels des apotres de 1 erreur? C est un veritable miracle de la grace si elle persevere dans nos saintes croyances et les pratiques de la vie chre tienne.

II est bien a craindre que ces peuples entres depuis peu au bercail de 1 Eglise, apres bien des efforts, bien des voy ages, des defenses, des dangers et des tribulations, ne deviennent enfm la proie du Protestantisme, du relachement ou de la corruption, s ils n ont a cot6 d eux un plus grand nombre d ouvriers evangeliques. II leur faudrait, comme nous 1 avonsde ja dit, 20 pretres et instituteurs de plus.

Le clerge, les fideles de 1 Europe permettront-ils a nos pauvres ouailles de croire qu il y a plus de vie et d activit^ dans les rameatix separes du tronc que dans 1 arbre divin de notre mere la S te Eglise ?

Ces peuples ont faim et soif de la parole de Dieu. Voici ce que disait, un jour, & ce propos, un chef de tribu a Monscigneur Pompallier : Eveque, il y a d^ja six ans quo tu es

venu parmi nous et que tu daignes nous instruire. Mais oil sont done les pretres que tu nous avals promis ? Oil est 1 Eglise Catholique dont tu nous parlais ? Oil est-elle cette grande Eglise que tu comparais a un arbre vivant dont les rameaux s etendent sur tout I univers et qui nourrit de ses fruits les peuples des nations ? Oh ! cet arbre ne peut-il pousser jusqu a nous une de ses branches ? Que nous sommes malheureux! Nous aliens aux rameaux separes (aux seetes protestantes), pour cueillir des fruits que ne nous pr6sente pas la main de notre mere !

La vieille Europe n a rien a craindre : ses largesses aux Missionnaires ne feront pas de breche a sa prospe rite. Dans 1 Evangile, le Sauveur promet de rendre le centuple a 1 aumone ; il comblera de ses benedictions ceux qui soutiennent son oeuvre, il detournera les fleaux dont la justice divine frappe de temps a autre les cites, les provinces et les royaumes.

Ce n est pas seulement d individu a individu qu il y a des riches et des Lazares, mais aussi de peuple a peuple, de na tion a nation. Que de belles e glises, que de precieux sanctuaires, que de somptueux palais, que destitutions utiles pour tous les besoins de la societe, que de moyens de salut dans les villes d Europe ! Dans les pays lointains, en Oceanie, les populations sont, au contraire, dans 1 enfance de la vie chre tienne ; elles manquent de tout et particulierement d apotres de la vraie foi pour leur rompre le pain de la pa role de Dieu.

Dans leurs prieres, dans le saint Sacrifice de la Messe, dans les bonnes ceuvres de la communion des saints, elles s unissent a leur eveque, leur premier pasteur qui fait inscrire dans les registres de son diocese les bieniaiteurs de ses ouailles et le montant de leurs gdnerosites. Iloffreet fait of- Irir a Dieu des messes et des prieres pour les vivants et pour les morts afin d attirer les benedictions du Ciel sur les no bles ames qui le secondent.

Ainsi done dum temvus hnbc-muti, o)>en } mnr boniim (Galat.

vi. r>\.

C est en ces termes, a peu pres, que Monseigneur Pompallier s adressait a la France et a 1 Italie surtout, le 8 novembre 1859.

II reclamait du secours, il demandait des missionnaires pour sa chere eglise d Auckland, clans la Nouvelle-Ze lande. L Ordre des Freres-Mineurs a reponduacetappeliilaenvoye , avec 1 autorisation de la sacre e Congregation de la Propagande, neufde ses enfants, sixpretres ettroisfreresla iques, a savoir : le Pere Octave Barsanti de Pietrasanta, Observantin de la province d Ombrie, chef de la Mission. C est un jeune homme de grand merite ; il professait la The ologie au convent de Sainte-Marie d Araceli, a Rome, et il commencait a jouir d une belle reputation d orateur sacre. 2 LePere Nivardo Jourdan de Fe nestrelle, Observantin de la province de Turin. 3 Le Pere Dominique Galosi de Castignano. 4 Le Pere Joseph Gregori de Mosciano, tous deux Observantins de la province des Marches. 5 Le Pere Francois Delmonte de Cotignola, Observantin de la province de Bologne. 6 Le Pere Etienne Passinetti de Bergame, Observantin de la pro vince de Venise. 7 Frere Frangois Monvoisin de Boyelles, Observantin de la province de Rome. 8 Frere Egide Ba iardi d Olevano, de la meme province. 9 Frere Sante Renzoni du Poggio, Observantin de la province des Marches.

Apres avoir obtenu I agre ment de la sacree Congregation de la Propagande, fortifies par la benediction du Vicaire de Jesus-Christ et celle de leur Ministre General, ils quitterent Rome, sur la fin du mois d aout 1860 et se dirigerent vers Paris, ou les attendait Monseigneur Pompallier.

A Marseille, a Lyon, dans la Gapitale, ils furent accueillis avec toutes sortes de preuves de devotion et d affection.

Us logerent a la maison de la Commission de Terre-Sainte oil ils se preparerent par la retraite et Toraison a leur depart pour rOce anie. Pendant toute la dure e de leur se jour dans cette residence, on chanta chaque matin a leur intention la Messe votive de 1 Immacule e Conception, le soir, les litanies de la Vierge suivies d un sermon eloquent prononce par un de leurs confreres, orateur bien connu a Paris, le P. Engelvin.

La benediction du S l Sacrement terminait 1 office. Se conliant & la garde de Dieu, ils prirent enfin le chemin de fer pour le Havre, au milieu des embrassements, des adieux de leurs confreres et de plusieurs personnages de distinction accourus pour les saluer et se recommander h leurs prieres. Parti de Paris, le 3 septembre, a 4 heures et un quart de 1 apres-midi, le convoi arriva sans encombre a sa destina tion, le lendemain matin, a 11 heures et quart. Ils se rendirent a bord du vaisseau qui devait les conduire dans les regions les plus e loigne es de 1 Oceanie, a nos antipodes, et, apres une fervente priere a Celui auquel obeissent la mer et les vents et a Marie, 6toile mystique des navigateurs, ils firent voile vers les contrees confie es a leur apostolat. Le ciel dtait pur et serein, 11 semblait applaudir a leur voyage. Nous esperons qu ils sont heureusement parvenus au terme de leurs voeux et nous attendons qu ils nous envoient pour nos lecteurs une relation de leur traversee etde leurs premieres impressions.

Chine.

Lettre du Pere Cesar de Telve, Mineur Observantin reforme, au Pere Procureur des Missions, a Saint Pierre in.Montorio de Rome.

Han-cheu-fu, Vicarial Apostolique de Hu-nam, le 9 juillet 1860.

Tres-Reverend Pere Procureur,

Notre confrere le Pere Candide de Rigoli qui vient d arriver au Celeste-Empire, m a prie , en votre nom, de vous adresser quelques details tant au sujet des Chretiens de ce

Vicarial de Hu-nam qu au stijet des merabres qui composent la Mission de notre Ordre. Je m empresse de repondre a vos de sirs.

C est en 1857 que je suis venu ici a mon depart de Hu-pe, dans le but d eriger un Semiriaire et d y donner des lecons aux eleves reduits au nombre de 9. Nous espe rions que le chiffre en augmenterait au mois de septembre suivant, ce qui eut lieu en effet. L enseignement a ete jusqu a present ma principale besogne, si vous exceptez quelques mois durant lesquels de graves dangers nous ont contraint de fermer le Seminaire et de disperser ga et la nos jeunes geris dans des maisons chre tiennes pour les mettre en surete. Mais la tempete dtait a peine passed, que tous nous reprenions le chemin de notre pieux e tablissement. Et, grace a Dieu, les menaces qui grondaient encore au dehors ne nous ont fait aucun mal. Quoique la chaleur soit tres intense, nous sommes ici a 27 degres de 1 Equateur, ma sante n a pas souffert. Apres tout, il est doux d endurer quelque chose pour 1 amour de Dieu et le salut de nos pauvres freres Chretiens.

Votre Reverence n ignore pas que notre bien-aimd Vicaire Apostolique, Monseigneur Navarro, a ete pris et arrache a son troupeau en 1858. II reussit bientot a se ddlivrer et retourna sans de lai au milieu de son bercail. Des lors, le gouverneur de Han-cheu-fu n a plus suscite de persecution centre notre modeste eglise, bien qu il y fut pousse par quel ques paiens. Nous espe rons que le calme continuera et que les machinations de nos ennemis demeureront sans effet. Le tribunal doit connaitre la saintete de notre Religion et la bontd des Chretiens qui ne sont pas hostiles au Gouvernement et qui ne voudraient pas se rendre coupables du moindre mal pour tout 1 or du monde. N^anmoins, il est de notre prudence de nous tenir sur la reserve et sur nos gardes. Les calomnies contre les Europdens trouvent aise ment cours. Aussi le Vicaire Apostolique, Monseigneur Navarro, qui f ut plus spe cialement le point de mire des altaquos livrces au

n om cliretien, n ose point encore reparaitre dans la ville de Han-cheu-fu; 11 .se cache, pour ainsi dire, ca et la dans des cabanes de pauvres fideles, dans des lieux humides et malsains. Vous ne sauriez croire combien sa situation me de 7 chire le coeur !

Sur mon invitation, les Peres Candide deRigoli et Eusebe se sont rendus dans cette ville et se sont applique s, sans perdre de temps, a 1 etude de la langue chinoise. Le second s est bientot rendu capable de precher avec fruit a nos ne"ophytes ; le premier a eprouve beaucoup plus de difficulte s a plier sa langue aux cadences de cet idiome : mais necessitas.ad grandia impellit. On a done envoye le Pere Candide a une station oil il ne trouvera personne pour lui parler italien ou latin. II faudra bien qu il s habitue au Chinois puisqu il n aura que des Chinois autour de lui. Avec 1 aide de Dieu, cette mesu.re lui sera profitable, le ciel le recompensera de sa grande piete par le secours de ses lumieres. Ce religieux est fort aime de tous les Chretiens.

II nous faut bien avouer que le Vicariat Apostolique de Hu-nam est toujours pusillus grex; les fideles sont disperses ca et la dans chaque coin de la Province, in testimonium gentibus. La Providence 1 a peut-etre ainsi dispose pour menager a son Eglise un triomphe complet. Douze pretres se partagent le soin des ames; ils jouissent tous d une excellente sante, a 1 exception d un chinois. Ils s efforcent sans relache de faire penetrer la lumiere de la verite au sein de ces peuples qui jacent in tenebris et umbra mortis.

La grace d en Haut feconde nos sueurs. Malgre les calomnies repandues centre la Religion, malgre les menaces continuelles, le nombre des disciples de J. C. va s augmentant ; a la fin de 1860, nous espdrons en compter 100 de plus.

De Janvier jusqu a present, nous avons baptise 70 adultes et recu en outre 50 catechumenes.

De son cote, la socie te de la Sainte-Enfance fait des progres assez sensibles : cette annee, elle a procure le bapteme a plus de 2400 enfants, elle en a recueilli un grand nombre

jete s dans les rues par leurs pere et mere. La divine Provi dence accorde a presque toutes ces creatures infortune es la grace spdciale de les rappeler au ciel. II y a 16 personnes payees, chaque mois, pour administrer lebapteme; 24 petites filles survivantes sontnourriesetelevees : ladepensemensuelle peut s dvaluer de 16 a 20 ecus. Trois dcoles sont ouvertes aux enfants : une, eri cette ville, aupres du Seminaire, une autre dans le voisinage de la residence de Monseigneur Navarro, la troisieme dans la partie septentrionale du Vicariat.

Nous devons ces institutions aux gene rosites de 1 Europe chretienne. Que Dieu la recompense de ses benedictions.

Ce pays est d une admirable fertility : il peut produire une double moisson. Mais le chinois a tant d aversion pour le tra vail qu on ne voitque des fruits et du riz. Et encore, ce der nier vient en telle abondance qu on 1 expedie a 1 e tranger.

Generalement les Chretiens sont pauvres et gagnent leur pain a la sueur de leur front. Je voudrais vous faire quelques demandes. J aimerais d avoir, quand vous en trouverez 1 occasion, un exemplaire de la regie du Tiers-Ordre de notre Patriarche S l Francois et un auteur de physique et d astronomie. L idolatrie chinoise repose en majeure partie sur 1 ignorance des causes naturelles. Je tiens done a bien instruire mes eleves, afin que, devenus pretres, ils puissent combattre avec profit les prdjuges de leurs compatriotes. II nous manque aussi un Missel de 1 Ordre.

Enfin, mon Pere, veuillez presenter mes sentiments de fili al respect a notre tres-Reverend Pere Ministre General, lui demander la benediction Seraphique et me croire vous meme,

De votre Reverence

Le tres-humble et tres-devone fils en J. C.

Fr. CESAR DE TELVE

Min. Observ. Ref.

Alissionnairc Ajiostolique au Hu-nani.

Lettre de Monseigneur Navarro, de I Ordre des Freres Mineurs Observantins, a Monseigneur Joseph Rizzolati, du meme Ordre, autrefois Vicaire Apostolique en Chine, actueUement a Rome.

Hu-nam, Ibfevrier 1860.

Monseigneur,

Je fais tous mes efforts pour assurer les progres

de 1 OEuvre de la Sainte-Enfance. Je n epargne ni defenses, ni fatigues, j essaie de tenir tete k toutes les difficulte s que le demon suscite a cette pieuse entreprise.

La premiere amide de mes fonctions apostoliques, est ve nue ici une jeune chre tienne de Hu-pe, assez entendue en me decine, qui s est mise a la : tete de 1 Association et a fait beaucoup de bien. Un premier orage dclata contre elle : je parvins le conjurer. Cependant les remedes qu elle donnait aux enfants et meme aux femmes malades ayant souvent obtenu du succes, la persecution recommenca plus forte, surtout par suite de la jalousie des me decins. Ces derniers rdclamerent d elle unesommed argentpourroffriraune idole dans une fin supperstitieuse. N ayant pu reussir, ils pretendirent la soumettre k un examen sur la science medicale.

Elle ri y consentit pas et, la dessus, on la menaca des tribunaux. Bref, elle dut quitter le Vicariat. Pareil desagrement est arrive a mon serviteur Tin-tien-min qui ^tait mon bras

droit pour 1 OEuvre de la Sainte-Enfance J ai fait de mon

mieux pour suppleer a 1 absence de deux personnes qui m e taient si necessaires. Mais il me fallait ici des hommes experts pour aller c& et la administrer le bapteme et donner leurs soins aux enfants. Dans ce but, je fondai une ecole dirigde par un medecin chrdtien pour y faire enseigner la therapeutique.... Apres trois mois d etude, jugeant que mes nouveaux docteurs se connaissaient assez bien aux maladies des en fants et des vieillards proches de la mort, je les envoyai dans diverses directions. Je ne tardai pas a me convaincre qu ils s occupaient plus a distribuer des medicaments que le bap teme. Jc les rappelai pour mieux leur inculqucr le but de leur mission.

Surcesentrefaites,rEnnemi detout bien suscita centre un de nos baptiseurs une furieuse persecution dans la ville de Pao-chin-fu.

On venait de trouver sur la place publique un libelle contre le mandarin : aussitot des mediants de re pandre le bruit que e etait 1 oeuvre du Chretien qui donnait des remedes aux enfants.

Ordre de prise de corps fut lancd contre lui. Heureusement, il exercait alors son ministere dans des villages en dehors de la ville ; il fut averti a temps et s echappa. Les satellites ne le trouvant pas, trainerent en prison le maitre du logis qui 1 avait accueilli. Get homme etait pa ien, on lui donna cinq Chretiens pour compagnons de captivite.

Toutes ces contrarietes ne nous ont pas empeche de baptiser!22S enfants en 1857.

Depuis cette epoque, j ai voulu aviser au moyen d assurer toute liberte a ceux que nous chargeons d administrer le premier Sacrement.

II me semblait qu il ne serait pas hors de propos d etablir une pharmacie publique dans la ville de Han-cheu-fu. Je fais batir une petite maison sur un pont et je propose au debit de nos remedes un bon vieillard de Su-tchuen. Mais voila que les medecins plus irrites que jamais citent le nouvel apothicaire devant le mandarin Heng-iang-hien. Ce magistrat est un honnete homme. II envoie d abord quelques uns des siens inspecter 1 etablissement incrimine et bientot s y rend lui-meme. II trouve tout si bien en ordre qu il n a pas assez d e loges a ddcerner au vieillard. La colere de nos ennemis se change en rage. La maison, petite comme elle etait et expose e au soleil de tous cotes, n etait pas habitable durant les chaleurs. II en fallait une autre et dans une position meilleure: de la, occasion a une nouvelle tempete. Les mechants pretendent que la distribution des remedes n estqu un pretexte pour fomenter la rebellion, qu on avait, a cet effet, mis de cote 10,000 taels dans le nouveau logement que j nvais procure 1 . Le tribunal a vide d argent adiiK.M Tnc

lion et se transporte & 1 improviste dans cette demeure ou etaient, en ce moment, les se minaristes et beaucoup de chretiens. Dieu permit qu il n y eut que deux de nos me decins qui fussent saisis. On a, dans la suite, reconnu leur inno cence, la libertd leur a dtd rendue apres deux mois et la pharmacie a etc* publiquement rouverte par ordre du Mandarin. Ne vous parait-il pas qu il y avait clans ce resultat matiere a se rejouir? Hdlas ! 1 envie n est jamais en repos. Pour nous faire du tort, nos ennemis imaginerent de restaurer une pagode dans le voisinage de nos chre tiens et leur demanderent de contribuer aux frais. Naturellement ils eurent a esssuyer un refus. Les pa iens s indignent et se vengent en nous accusant de preter asile a des Europe ens possesseurs d armes et d or pour repandre dans le peuple et provoquer une revolution. Cette calomnie fut trois fois lancee contre nous devant le Mandarin de Hancheu. Au moment done ou nous nous rejouissions du traite de Tien-kin-Wei, une troupe de satellites et gens de police tombent sur nous a 1 improviste et m emmenent avec le Pere Paul Chang, Kosan-ieu et deux de nos serviteurs. Pendant quinze jours, mon sort fut en balance : le Madarin Fu voulait ma mort, Heng-iang-hien demandait ma mise en liberte. Enfin, apres quarante-quatre jours d emprisonnement, on resolut de m envoyer & Quang-tung et je fus remis entre les mains d un vieux Mandarin grand ami de Fargent et qui m en demanda plusieurs fois. II se nommait Li-pu-i.

Je tirai profit de son faible pour me degager de ma captivite. II fit la sourde oreille a mes propositions tant que nous fumes dans la province, mais, une fois arrives a Lo-cbang, il me relacha moyennant 30 ecus. Les Chretiens de Quangtung m accueillirent avec beaucoup de charite. Douze jours apres, je retournai a mon Vicariat par d autres chemins, j y suis rentre le trente Janvier de la prdsente annee 1859

Maintenant il m est doux de pouvoir dire que, malgre tant de traverses, 1 OEuvre de la Sainte-Enfance se,soutient, au point qu en 1858 on a baptise" plus de 2000 petits malheureux.

Avec 1 argent que nous y consacrons & Hu-nam, on en aurait baptist plusieurs milliers de plus a Hu-pe. Car dans cette derniere ville il y a des maisons de Chretiens dans toutes les rues, tandis que dans la premiere localite les fideles sont peu nombreux et timicles ; bon nombre d entre eux se sont meme retires pres de Han-cheu. Ne amoins, ils out reeueilli au moins une trentairie d enfants dont dix sont allds trouver leur Pere au del ; les autres sont confles k des nourrices.

II y a quelques jours, nous avons trouve 7 une pauvre petite fille dans un egout; on 1 a tiree de la boue, on 1 a baptisee et elle est, en ce moment, remise aux soins d une bonne chretienne. L annee derniere, une autre a ete sauveeal instantou sa mere se disposait h la jeter dansunpuits. Un catechiste 1 a emportee. Je me recommande a vos prieres etc.

Fr. MICHEL NAVARRO de 1 Ordre des M. 0. Eveque de Cucusi,

Vicaire Apostolique du Hu-nam.

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