‹ Annales des missions franciscaines Volume 1Chapitre 10 sur 67 · AMERIOUE SEPTENTRIONALE ET MERIDIONALE · texte numérisé non relu

AMERIOUE SEPTENTRIONALE ET MERIDIONALE

Lettre du R. P. Gregoire lanknecht, Ministre Provincial de Westphalie, an R. P. Bernard Van Loo, Procureur General des Recollets a Rome, au sujet des deux Missions Franciscaines d Eff ingham et de Quincy, dans I Amerique Septentrionale.

Dusseldorf, 15 novembre 1860.

Mo n Reverend Pere en J. C.

De retour de ma visite dans les deux missions que la Province Franciscaine de Westphalie dans 1 Ame rique Septentrionale, je m empresse de vous faire part de mes heureuses impressions et de vous rapporter ce que j ai vu a Effingham et a Quincy. Dans la premiere de ces deux villes, quatre Peres pretres sont charges du gouvernement d une paroisse. Us en desservent encore deux autres, voisines de ce territoire; ils sont en course continuelle et leur ministere apostolique les appelle parfois assez loin. En outre, tout est dispose pour qu on leur confie le seminaire des jeunes gens qui te moignent de la vocation pour Tetat eccle siastique.

C est un projet qui sera re alisd dans les premiers jours de 1861. A Quincy, pres du fleuve Mississipi, cinq autres religieux pretres de notre ordre vivent en communaute" . Us ont a precher sans cesse, ce qui ne les empeche pas d enseigner les belles-lettres, dans un Lycee public, h 50 jeun6s gens de la plus belle esperance. Tout le monde sait que Fobservance de la Regie et de la discipline religieuse n est pas facile k conserver dans toute sa rigueur en ces pays : neanmoins, elle se pratique dans ces deux maisons avec une telle per fection que les journaux ne tarissent pas d eloges. Ainsi, chose assez rare dans ces contrees, les religieux sortent de leur convent avec Fhabit Franciscain. Us ne quittent leur sainte livree que pour faire des voyages assez considerables; alors seulement aussi, ils ont de 1 argent avec eux. Mais, dans Finterieur de leur maison, ils s conferment h toutes les prescriptions de notre Institut. Je ne saurais vous dire jusqu aquel point ils sont attaches et devoues k leur position: nous n avons pas eu le moins du monde k nous occuper de la construction des deux residences. Notre eglise de Quincy mesure 120 pieds en longueur et 45 en largeur. Elle a trois autels et un choeur, selon Fusage de notre province. Le convent, termine seulement d un cotd, est long de 90 pieds etpeut fournirle logement a 15 religieux.

Un personnage distingue de ce pays, recormaissant de I hospitalite qu il avait recue dans une de nos maisons d Allemagne, vient de donner k nos Missionnaires quatre arpents de terre pour y construire un autre couvent et y avoir un jardin. Que Dieu recompense ce bienfaiteur !

Je vous remercie des soins que vous avez bien voulu prodiguer k notre Province et vous prie de me croire, dans les Saints Goeurs de Jesus et de Marie,

Votre tres-humble confrere et serviteur, Fr. GREGOIRE IANKNECHT

JVJinislre Provincial.

Lettre du Pere Joseph Giannelli de Lucques, de I Ordre des Freres Mineurs, Missionnaire ApostoliqueaBolivie, dansl Amerique Meridionale, au Pere Angelica Lucarini, egalement Mis sionnaire eji ce pays.

Mon cher ami et ancien compagnon de mes fatigues,

Par les soins paternels de la Divine Providence, je survis a une infinite de perils. II y a quatre ans, j ai entrepris de fonder la Mission de Tarairi, sous les auspices de Marie Immaculee : le demon n a pas tarde de ressentir les effets puissants du pied qui lui a ecrase la tete et il a mis en oeuvre toutes les ressources de sa malice infernale pour combattre les progres de 1 Evangile. II a souleve contre moi et mes neophytes vingt-cinq tribus de barbares Tobi qui sont venus assieger ma pau\re mission. Les circonstances etaient critiques; nous e tions prives de toute espece de secours et, qui plus est, reduits h la famine, n ayant pour toute nourriture que de miserables racines. Gependant, apres un furieux combat de trois heures et une grele de traits de nouveau genre, ils furent soudain frappes de terreur et disparurent comme un leger nuage cbasse par le vent. Un cavalier mysterieux leur avait apparu dans les airs : il avait Taspect menagant et brandissait un glaive enllamme. Aucun de mes neophytes ne re^ut, en cette rencontre, la moindre egratignure, tandis que, parmi nos ennemis, il y etit grand nombre de morts, et cinquante blesses que je fis transporter sur notre territoire. Je les gueris avec la cascarille de Sainte Croix que je trouvai dans mon coffre, sans savoir ni d ou, ni comment elle y dtait venue. Depuis iors, ma Mission n a fait que prospe rer. Au commencement, elle ne comptait que cinq cents families, actuellement elle en comprend pres de mille. Geuxqui, tout d abord, etaient les plus acharnds a sa ruine sont inaintenant les plus ardents k embrasser la Foide J. C. et les plus fervents k se soumettre a ses saintes maximes. J ai confi^ tous ces chers neopliytes aux soins du Pere Francois Siloni. Pour moi, il m a fallu m eti dessaisir

le jour oil j ai eu le triste honneur d etre elu Prefet de toutes les Missions. Une tbis revetu de cette charge, je me suis transporte dans la Mission d Aguairenda qui est le point le plus central. La, je puis me mettre plus ailment en rapport avec les religieux Missionnaires et avec les fideles de leurs districts.

Helas ! il est trop vrai de dire que I liomme propose mais que Dieu dispose. Pendant que je m occupais des moyens d activer les progres de notre colonie evangelique, m arrive la nouvelle que le Pere Francois est a Fagonie. Je me mets en route; le grand ileuve Pilcomaio me barrait le passage : je m elance dans son cours impetueux, ayant deux barils attaches k ma ceinture. Mais 1 eau etait plus forte que je ne le croyais, et il me fallut des efforts extraordinaires pour atteiiidre le rivage. J etais extenue. Apres rn etre quelque peu retabli, je continuai mon voyage

Me voici enfin au terme de ma longue course : mais, jugez de ma douleur, le Pere Francois etait dt4jaenseveli. Ah ! quels tristes souvenirs m accablerent en ce moment ! en revoyaut cette maison qu il habitait, ces livres laisse s a son usage, je me sentis remue jusqu au fond du coeur et je me retirai pour dormer un libre cours a mes larmes.

Cependant ce qui m affligeait le plus, c etait de voir cette pepiniere nouvelle, qui avait ete arrosee de taut de sueurs, privee maintenant de la main devouee qui la cultivait. Je me chargeai de nouveau de la direction de cette Mission jusqu au moment ou les devoirs de mon emploi me rappelerent a ma residence d Aguairenda. Mon projet etait de nommer a ce poste le Pere Vincent Gentili qui travaillait h la Mission de Carapari. Aussitot apres la reception de ma lettre, celui-ci vint me trouver. En vain essaya-t-il de me dissimuler ses infirrnites. Pendant les trois jours que je le retinspres demoi, il fut attaque de la fievre et pris de vomissements violents. Deux jours apres, ce fut mon tour. Lui, voyant que son rnal allait s aggravant, se fit transporter a la Mission de Caisa,

pour y etre soigne; et moi, je demeurai cloud \\ mon lit, preta recevoir toutes les epreuves des mains de la Providence Divine. Huit jours s etaient ecoules a peine ; la flevre continuait a me travailler, quand j appris que le P. Vincent avait essuye" une rechilte et se trouvait, une seconde fois, en danger de mort. Je recueillis tout ce qui me restait de forces, je me mis a cheval, malgre 1 heure avancee de la nuit, et, au point du jour, j arrivai a la maison ou mon pauvre confrere se ddbattait centre les angoissesde la mort.Je lui administrai comme je pus les derniers sacrements ; j etais moi-meme extenue par suite de frequents vomissements et une sueur abondante me trempait de la tete aux pieds. Je m assis au chevet du rnalade, et, bientot apres, il rendit, entre mes bras, son ame au Cre"ateur.... Je ne saurais vous exprimer, mon cher ami, quel fut alors mon accablement : j etais comme une statue ; je voulais parler et ne le pouvais. Je parvins a faire comprendre par signes que je voulais que le corps fut transporte a la Mission d Aguairenda. Je repris aussi la direction de cette localite, monte sur mon cheval, livre a une douleur sans consolation. Parvenu au terme de ma route, jeme couchai. Vers la brune, le triste son des cloches annonca 1 approche du funebre convoi. Je fis 1 impossible pour aller a sa rencontre, je 1 accompagnai a 1 eglise : mais bientot il me fallut rentrer chez moi. Oh! quelle impression m avaient faite ce lugubre appareil, le tintement du glas, la douleur des neophytes! Je demeurai, toute la nuit, en proie aux reflexions les plus ameres et les plus tristes. Le matin suivant, je rappelai toutes les pensees de la Foi et je celebrai le saint sacrifice pour le repos de 1 ame de mon cher con frere; apres les ceremonies, je fis inhumer le Pere Vincent a cote du P. Francois et retournai chez moi avec un redoublement de fievre. Le lendemain, j Stais a 1 agonie. Mais Dieu qui a compte le nombre de nos jours permit qu une crise se ddclarat et le danger disparut insensiblement. Je fus cependant encore six mois a lutter contre le rnal; j avais resolu d abandonner cette Mission dont 1 dglise cachait les froides

depouilles de mes bien-aimes confreres. Des que je fus ca pable de prendre la plume, j ecrivis au Pere Mariano Mariani, notre compatriote et au Pere Alexandre Conrado, remain, de se rendre immediatement a Tarairi pour se charger du soin de cette paroisse. Us y sont en ce moment; leur sante est parfaite, leur ame est contente. 11s s occupent de 1 education de leurs jeunes neophytes. Quant a moi, apres avoir informe le reverend Pere Gardien du tristeetat de ma sante, j airemis ma besogne entre les mains d un religieux etje me suis transporte au couvent pour m y retablir. Je me trouve actuellement dans la Mission de Cimeo ; je ne suis pas encore tout-a-fait gueri , mais je me suis exerce a endurer les tribulations et la souffrance. A force d affronter les dangers et de surmonter les obstacles, j ai reussi a bannir toute crainte. Je me sens une telle confiance en Dieu que, si meme je voyais 1 enfer ouvert sous mes pas, je passerais sur le gouffre sans le moindre emoi. II s agit, a 1 heure presente, d une nouvelle conquete, aussi perilleuse que celle de Tarairi : mais j en espere des fruits plus abondants encore. Demandez au Seigneur qu il me permette de voir 1 accomplissement de mes desirs.

N oubliez pas celui qui se dit de tout coeur, De votrePaternite Re ve rendissime

Le tres-affectionne compagnon et ami, Frere JOSEPH GIANNELLI,

Aiiss. apost. Min. Obs.

Cimeo, 19 Janvier 1859.

iio Troisfeme par tie,

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