SYRIE
Lettre du P. Valentin de Vernazza Min. Obs. au ires-Reve rend P. Custode de Terre-Sainte, sur la situation des Chretiens latins au Liban et a Damas.
Beyrouth, 15 novembre 1860.
Mon Tres-Reverend Pere, A Beyrouth, rien de nouveau. Mais, il y a quelques jours
que m est arrive e une lettre de Son Excellence Fuad Pacha. Ce haut dignitaire me conseille de me transporter a Damas avec toute la Mission latine. Quant a moi, je ne vois aucune difficulte a prendre ce parti; reste a savoir si les Latins sont disposes a me suivre : je ne le pense pas, car ils ont trop peur des Turcs. Cependant, comme c est aussi 1 avis du Patriarche, je ferai mon possible pour les decider. On m ecrit d Alep que, le 24 octobre dernier, le feu a pris au plus beau bazar de cette ville, qui appartenait a des Chretiens. Treize boutiques ont ete brulees avec toutes les marchandises qu elles contenaient. Les maisons voisines epargnees par 1 incendie ont eu beaucoup a souffrir des mouvements des soldats accourus au secours. On ne connait pas 1 auteur de ce de sastre.
Bisons un mot du Liban. Le Pere President de Saida, dans une lettre que j ai recue hier, me fait un tableau desolant de la province de Caorab. II vient de la visiter pour porter quelque assistance aux Chretiens. Durant les trois jours qu a dure son voyage, il n a rencontre que maisons detruites, brule es, saccagees, champs de vastes, arbres arrache s ou tellement endommages qu ils ne porteront plus d ici a plusieurs anne es, pauvres Chretiens errant ca et la, n ayant rien pour se proteger du froid ni pour apaiser leur faim.
A ce malheur est venu s en ajouter un autre plus grand encore : le danger de 1 apostasie.Les protestants abusent du triste e tat des catholiques, et s efforcent de les gagner a prix d argent. Par ce moyen, qui estleseulagissantsurlesOrientaux, un certain Sempson, Ame ricain, est parvenu recruter unevingtainedejeunes garcons, en achetantla consciencede leurs parents. Un de ces peres denatures est un catholique latin, homme oisif et dissipateur. Sans avoir Fexcuse d etre re"duit, comme tant d autres, a une extreme misere, il eut le coeur de sacrifier son propre fils. Et, pour que ces pauvres creatures retournent plus difficilement a la vraie religion, on les eloignera de leur patrie et on les, mettra dans un college
protestant ! Oh ! que les bonb catholiques d Europe prennent done pitie de ces infortunes ot leur tendent une main secourable ! Voila le vrai moyen d acquerir le tre"sor de la vie eternelle !
Je termine en priant Votre Reverence de me donner la benediction et de me croire
Son tres-humble et tres-obeissant fits en J. C. Fr. VALENTIN DE VERNAZZA. Miss, apost. M. O.