SYRIE ET PALESTINE
Grand college d instruction publique ouvert par les Franciscains dans la ville d Alep en Syrie, en 1860.
Alep, I 1 antique Bercea, queles gens du paysappellentHalebes-Shaba, est situee au 36 e degre", 11,25, de latitude nord, et au 32 e , 9 de longitude est, Greenwich; elle est a six milles de la mer, en ligne directe, et k quatre-vingt-dix milles d Antioche. Elle s eleve dans une plaine environnee partout de collines. Les voies de communication avec 1 Europe sont par Iskanderoun et Latakia, avec 1 Egypte par Damas et El-Arisk, avec 1 Asie-Mineure par Tarse, et par Diarbekir avec 1 Armenie.
Elleasucce de pourle commerced la celebre Palmyre et sa position geographique en a fait une des villes les plus florissantes du monde, jusqu a la decouverte du Cap de Bonne-Esperance. Lescaravanesde Bagdad etdeBassora, dontelleetaitle centre, y apportaient les riches derirees de 1 extreme Orient et de la Perse : mais quand la decouverte du Cap eut ouvert une autre route, Alep perdit beaucoup de son ancienne splendeur. Le iremblement de terre de 1822 la ddtruisit en grande partie. Cependant, & 1 heure qu il est, on y compte encore 70,000 habitants, de moeurs ge ne ralement sobres et pacifiques, si on fait abstraction du fanatisme.
L air y est pur et sain; le village voisin de Heylan 1 approvisionne d eau de nombreuses sources qui descendent dans la cite^ par un canal fort ancien, restaure par sainte Helene, mere de Constantin, et, plus tard, par le fils de Saladin, Al- Melek-el-Daker.
Elle est partagee en quartiers ou districts, habites chacun par un peuple distinct. Us s appellent: El-medine (la ville), ou
sont les demeures des Europe ens et des priricipaux d entre lesTurcs; El-Djedaide, oiine se trouventque des Chretiens de tout rite et de toute secte; et Il-Bahazita, occupe par les juif s. Les Turcomans, Arabes et Turcs vivent dans les faubourgs. On voit beaucoup de jardins dans la partie Sud-Est. Ce sont des espaces de terre cultivee le long d un petit ruisseau qui les arrose; des haies ou des murs de peu d ele vation forment les enclos. Du reste, rien de rare dans leur enceinte: des arbres fruitiers meles sans ordre & quelque plantes le gumineuses en font tout 1 agre ment; aucune de ces fleurs qui re jouissent dans les parterres europeens. Et cependant ils sont fort precieux durant les chaleurs du jour et meme pendant les nuits d e td : on y dort bercd par les chants harmonieux du bulbul ou du rossignol.
Le fameux pistachier (fistuk) dont nous avons emprunte le nomau langage du pays, croit sur certaines elevations, a Test et au sud-est. II y trouve le sol aride et pierreux qui lui convient. Sur les coteaux qui descendent jusqu au fleuve Kowih, on peut admirer de beaux vignobles,des figuiers, des oliviers. Ces lieux offrent les seuls sites un peu agreables autour de la ville. On a beau promener ses regards ailleurs, on ne voit que plaines arides et montagues sleriles.
A six lieues, au nord-est, subsistent encore les ruines du couvent de saint Simeon Stilite. Get endroit etait celebre au sixieme et au septieme siecle : on venait- y rendre de grands honneurs au saint; le monastere etait un edifice grandiose et magnifique. On y montre aux pelerins des restes de la colonne sur laquelle saint Simeon avecu tant d annees.
La langue commune a tous les habitants d Alep est 1 arabe vulgaire; cependant leur accent les distingue de toutes les autres gens du pays. Les personnes de condition apprennent le turc et ce dernier idiome est le seul en usage dans les contre es au nord d Alep. Les Europeens ou Francs se servent de Fitalien.
Nous ne pouvons nous detendre de transcrire ici un pas sage du Pere Alexandre Bassi. Noire confrere y traile de
rinfluence des Missionnaires Franciscains de Syrie et de Palestine, en ce qui conceme 1 extension et la connaissance de notre Jangue et I honneur de notre belle Italie.
A I c tablissement du Christianisme en Palestine, dit-il, toutes les anciennes religions disparurent pour faire place a la veritable, dont 1 inspiration divine e clata surtout dans ce glorieux triomphe. Avec les religions anciennes, s en allerent les anciennes nationalites dont elles formaient la croyance, et, de tous ces peoples, ilne resta queles grecs professant le christianisme de 1 eglise dite Orientale.
Ce n estpas ainsi que la loide Mahomet a supplante la Foi de Je sus-Chrisl. L Islamisme ne doit sa victoire qu a la cor ruption et au demembrement de 1 Etat: de la naquirent les schismes Orientaux qui ane antirent toute espe rance de reorganisation, affaiblirent de plus en plus le sentiment chre tien et lirent des communions religieuses qu ils fondaient autant de nationalites rivales.
Le commerce avec l Italie,aumoyen-age,les Croisades, la Mission Franciscaine, dite de Terre-Sainte, e tablirent ca et la le rite catholique latin qui, depuis lors, s y est maintenu. De nos jours, on compte, en Palestine, des Grecs schismatiques, des Armeniens schismatiques, des Catholiques du rite latin, des Arabes mahometans et des juifs. Les catholiques du rite grec sont en petit nombre. Nous ne devons pas oublier les Turcs qui, depuis trois siecles, oppriment ce malheureux pays. Quoique mahometans comme les Arabes, leur orgueil leur interdit tout rapport avec ce peuple. Ajoutons encore d autres juil s et musulmans schismatiques, quelques sectateurs de 1 un ou 1 autre culte encore plus barbares, et nous aurons une statistique complete de la Palestine. Coritree infortunee, nouvelle Babylone ou vous e tourdissent de tous
cotes
Diverse iingue, orribili javelle.
De toutes ces langues, la plus en usage en Palestine c estl arabe; on 1 y parle avec plus de purete et plus de douceur de prononciation qu en Syrie, moins bieri qu en
Egypte, ou cependant elle n atteint pas la precision et 1 elegance qu on lui trouve chez les habitants de 1 Iemen. La langue turque est celle des employes du gouvernement et des milices regulieres qui ne font en ee pays qu un se jour passager. Les Armeniens se servent entre eux de I idiome de leur pays, comme les juifs de 1 espagnol, souvenir de leur ancienne residence dans la peninsule Iberique. Les Grecs, surtout les moines, parlent le grec moderne qui est au grec ancien et classique ce que 1 italien est au latin. Les Arabes ont peu de gout pour les langues europeennes ; celle qu ils preferent a toutes, dit Volney, c est 1 italienne. II n y a presque pas de village en communication avec 1 Europe ou je n aie entendu quelques mots de ma lange maternelle, ne futce qu un buon giorno, signore ! Je ne saurais vous dire combien ce peu de paroles re sonnaient harmonieusement a mon oreille. J allais tout en me les rdpetant a moi-meme et en songeant avec amertume que, pendantque le gouvernement Francais met tout en oeuvre pour apprendre la langue de la Seine aux Syriens, et le gouvernement Anglais celle de la Tamise aux Cophtes del Egypte, usanttous deux de 1 influence religieuse des Missions, le gouvernement Italien, absorb^ chez lui par les soucis des destinees futures de 1 Italie, perd de vue les Missionnaires de Palestine, presque tous Italiens, et fixes dans ce pays depuis plus de six siecles. Un jour, peut-etre, nos descendants nous demanderont compte de cette negligence. Si les bohemes de notre litte rature contemporaine etaient des hommes de tete, je voudrais encore leur dire un mot sur ce sujet. Us croient accomplir une grande oeuvre en versantle mepris sur les Ordres Mendiants, et ce sont pre^cisement ces memes Ordres qui maintiennent des Missionnaires en Palestine, en Egypte, en Syrie et continiient 1 intluence italienne autrefois exercee par les re publiques du Moyen-Age. Un pauvre Franciscain qui, pour precher le Christ, fait entendre la langue de Dante aux mines de Jerusalem, de Memphis et de Thobes, morite plus de la pa trie que toute I engeance de ces souille-papiers et raba-
til
cheurs des feuillctons. Mais & quoi bon parler de I lnfluence italienne en Orient a des taupes qui veulent contrefaire 1 aigle,
E non veggeno piu lunge d unaspanna ! (i)
Revenons a notre sujet. Les Franciscains s etablirent definitivemenl clans la ville d Alep, en 1571. Us y e taient venus de Beyrouth avec des marchands Venitiens qu ils assistaient dans les choses spirituelles et ils s installerenl dans leur couvent de Saint-Sauveur qui est maintenant une mosque e turque. Ils commencerent 1 exercice de leur ministere apostolique dans la chapelle du Consulat de la nation Venitienne. Cette situation provisoire dura jusqu en 1632, epoque oil le Ires-Reverend Pere Custode de Terre-Sainte fonda une eglise publique de son Ordre, sous le vocable de de saint Antoine.Elle fut brule e par les Turcs, 13 ans apres, c est-a-dire en 1645. Depuis lors jusqu en 1681, les divins offices se cele brerenl dans la chapelle du Consul Fran^ais, qui leur avail e te offer te en attendant une nouvelle eglise paroissiale. En 1681, comme le roi de France aimait de la ce der aux Peres de la compagnie de Jesus, les Franciscains s adresserent a Constantinople par I intermediaire de Fambassadeur de Sa Majeste tres-chretienne et ils obtinrent du gouvernement Ottoman i autorisation de se conslruire une eglise sous le litre delta Madonna. En 1710, les Turcs essayerenl de la convertir en mosque e; mais ils en furent empeches par un firman que nos religieux solliciterent aupres de la Sublime-Porte et qui leur fut accorde. C esl ainsi que les Franciscains conserverenl jusqu a nos jours, malgre mille Iraverses, leur eglise el leur couveril qui s e levenl dans le Khan El-Sekebene. (2)
Ce n esl pas ici le lieu de nous elendre sur ce que tirenl el endurerenl les Franciscains, en un temps si difficile et dans uneMission si lie risseed obstacles. II en esl parle loul aulong
(1J Pelcrinago historiqtie el descriptif de Torre Sainle, par le P. Alexandre i, iVIin. obs vol 1. chap. VIII. Turin, 1837. >l6noircs manusc. des Archives de Terre-Sainle.
dans 1 liistoire des fatigues apostoliqucs de 1 Ordre en Syrie, en Egypte et en Palestine. Gontentons-nous de noter le zele dont ils firent preuve, en ouvrantun grand college d instruction publique, pour re pondre aux besoms des populations orientates. Les precedents numeros de ces Annales nous ont d ailleurs donne une idee de leurs travaux dans toutes les villes et localites fle ces pays. Nous ne saurions mieux faire apprecier a nos lecteurs la porte e de ce nouvel institut d une importance a la foisreligieuseetsociale, qu en leur en mettant sous les yeux le programme. Ce document imprime en trois langues, en italien, en francais et en arabe, et sortant des presses des Peres Franciscains a Jerusalem, porte ce qui suit:
Messieurs, parmi les institutions qu inspire le genie de la charite, celles qui ont pour objet 1 e ducation de la jeunesse meritent sans doute une place irnportante. Sans elles, grand nombre de jeunes gens abandonnes a eux-memes grandissent dans 1 ignorance, tombent dans le vice et font bientot le deshonneur de leur famille et 1 effroi de la societe. C est pourquoi tant d hommes ge ne reux, convaincus de cette verite, se sont occupes, en tout temps, d ouvrirdes etablissements d education religieuse et scientifique. Get enseignement public est le moyen le plus efficace pour former a la connaissance de la religion, de la morale, des bonnes manieres et des devoirs de cliaque etat. Ges etablissements, en recevant rhomme au sortir du berceau, le guident facilement et surement dans les premiers pas de la vie, et, apres quelques annees, le rendent a sa famille vertueux et instruit, riche de toutes les connaissances proportionnees k son age.
Pene tre s eux-memes de la souveraine importance de cette oeuvre, les Peres Franciscains de Terre-Sainte ont re solu d ouvrir, dans la ville d Alep, un college dont le but sera Instruction religieuse et morale des jeunes gens et la culture de leur esprit. On y enseignera la lecture, 1 ecriture, 1 arithmetique, les langues dont on jugera 1 etude la plus avaatageuse. Les heureux effets qui doivent rdsulter de cette nouvelle fondation, permettent aux Franciscains d espe rer
que leur projet obtiendra 1 approbation du public et ren-
contrera partout un sympathique concours.
Les conditions d admission sont les suivantes : 1. Seront admis au college les enfants qui ont accompli
Fage de Bans et qui ne sont atteints d aucune maladie con-
tagieuse.
2. Pour mettre le bienfait de I e ducation a la porte e d un plus grand nombre, le prix de la pension estaussi reduit que possible. II est:
De 1000 piastres turques pour les eleves internes, (pen sion entiere).
De 600 piastres pour les externes, (demi-pension ).