‹ Annales des missions franciscaines Volume 1Chapitre 16 sur 67 · AFRIQUE · texte numérisé non relu

AFRIQUE

Accroissement de 1 Ordre des Mineurs en Afrique;

etablissement definitif de leurs Missions dans

cette parlie du monde; eveche a Maroc;

gloire des nouveaux martyrs.

Comme 1 Egyple, la Syrie, la Palestine et autres contrees de rOrient, 1 Afrique vit accourir de nouveaux Freres Mineurs apres le glorieux niarlyre des Freres Berard, Pierre, Adjutus, Accursius et Olhon. Enflnmmes d un saint zele pour le salutdes ames, ces apotres precherent la Foi sur tous les points des cotes de Barbaric et souvent penetrerent dans Pinlerieur du pays, pour y fonder des bourgades chreliennes qu ils cimentaierit de leur sang. Leurs noms ecrits dans le livre des Cieux sont ignores sur la terre; nous ne pouvons les signaler a la benediction des hommcs.

L annee 1220 vit encore pariir de 1 Europe pour PAfrique une riombreuse expedition de Franciscains. Nous trouvons parrni eux sainf Antoine de Padoue, qui n eut pas le bonheur de trouver dans ces contrees loinlaines la morl qu il desirait. Quand la Providence le rappela en Europe, ses compagnons ne 1 y suivirent pas ; il est pro bable qu ils donnerenl leur vie pour J C.

Atitoine, dans le monde Fernandez, naquit a Lisbonne, en 1195. Son pere, Martin de Bouillon, etait de la meme famille que Pheroique Godefroid, la fleur de la chevalerie chretienne; sa mere Dona Teresa Tavcra, apparlenait a une des meilleures maisons du Portu gal. Comme on le praliquait alors chcz les nobles, pour assurer I educalion ch etienn^ des enfants, le jeune Fernandez fut eriferme, des Page de ciriq ans. dans un couvent de chanoines reguliers de S l Auguslin. II y grandil sous PoBil de Dieu, se forma nt aux sciences et aux lettres humaines, s exercant a combattre les heretiques,nourrissant son esprit et son coaur de Pelude de PEcriture sainte et des Peres.

La translation solennelle des reliques des cinq martyrs Berard, Pierre, Adjutus, Accursius < ; t Oihoti produisil sur son aine une emotion prcf onde et lui inspira le desir de mourir aussi pour son Dieu. O .u lquos Treres du couvenl de saint Antoine d Olivaren etant alles demander Paumone chez les chanoines de sainlc Croixje jeune etudianl demanda d enlrer dans leur Ordre. Ici nous devons rendre

a rinslilut de saint Augustin un hommage bien rnerile. C est lui qui a nourri et pourvu d une seve feconde cet arbre puissant, qui, transplante dans un autrc terrain, y jela de profondes racir.es et couvrit s? s rarneaux vigoureux de fruits de salut.

Fernandez revetit done 1 habilFranciscain et pritle nomd Antoine. Pour obeir a la voix de Dieu qui Tappelait, il demanda d etre envoye en Afrique pour y marcher dans les traces des derniers martyrs. Son vo3u ful exauce. Mais c elaient d aulres vues que la Providence avail a son egard : une hcurcuse navigation venait a peine de le deposer sur la plage etrangere, qu une malndie subite el grave le forca de relourner en Europe. Dieu le destinait a une autre mission el au martyre de la penitence Comme il voguait vers le Portugal, un vcMtt contraire arreta la marche de son vaisseau el le fit entrer dans les ports de la Sicile. 11 sejourna quelque temps dans ce pays pour retablir sa mauvaise s.nte et se rendit ensuite au Chapilre General de I Ordre convoque a sainle-Marie-des-Anges, pres d Assise, en 1221. Zele, comme il elait, pour les inlerets de la Mission Africaine, il esl a croire qu il en plaida chaudemenl la cause dans celle reunion solennelle; il appuya sans doule la resolution de Daniel, Ministre Provincial de Calibre, qui bienlot se mit en route avec de notiveaux apolres. Nous avons dit precedemment que tous obtinrent la couronne du martyre. (i)

L annee menie ou leur sang coulail a Ceuta, 1 Eglise fonda de si grnndes esperances sur les Missions d Afrique que le Pape Honorius III ordonna a presque tous les Eveques d Europe d envoyer au nioiris deux pretres recommandables de leurs dioceses respeclifs pour coniiriuer, parmi les idolalres et les Sanasins, 1 oeuvre si bien iriaugureo par les disciples de saint Dominique et de saint Francois. Or bon nombre de ces nouveaux missiorinaires appartenaient encore aux Ordics des Freres Mineurs et des Freres Prechcurs. Us se diriperenl sur lous les jioints connus du globe et specialement sur TAfriqu ou les attirail I espoir de inourir pour J C. (>) II est a regretter que 1 hisloire ne nous ait pas conserve les noms et les prouesses de ccs beros evangeliques. D ailleurs ces apotres avaient Julre chose a faire que consigner leurs actes et leurs travaux dans des documents destines a Tavenir; ct quand les chroniques ont voulu rctrouver leurs traces, ils ont du se contenter de traditions peu delaillees.

II en est de meme d une autre expedition apostolique enlreprise encore sous le Pontifical d HonoriusIlI, en 1224, et recommenceeen

(1) Voyez aussi 1 Hist. Univ. des Miss. Francisc. Liv. I. chap. V.

(2) Wading, annal. torn II, an 1221.

1225 par les Mineurs et les Dominicains: le but en elait la conver* sion du Maroc.

Elle elait composee d hommcs d une eminente vertu : ce qui le preuve c est qu ils ont ele nommement designes pour cette importante et difficile mission par le Vicaire de J. C. et qu ils en ont recu des privileges signales. De telles faveurs ne s accordent qu a des apolres d une perfection eprouvec et dont 1 Eglise attend avec confiance de nombreuses conquetes spirituelles. Les^nouveaux envoyes elaient aulorises a precher, baptiser, confesser, dans loute I etendue de 1 Afriquc; ils pouvaient absoudre de toutes les censures reservees au saint Siege, lancer { excommunication conlre les heretiques, en un mot, ils elaient nantis de toutes les facultes necessaires ou utiles a la propagation de 1 Evangile parmi les infideles, et a sa defense conlre les apostals. Ils avaient egalement la permission de porter 1 habit seculier, en se conformant aux costumes des divers conlrees, de ne se raser ni la barbe ni les cheveux, d user de viande et de laitage aux jours d abstinence ; il leur etail accorde d aulres graces encore, ainsi qu on peut le voir dans les lettres du Pape Honorius mentionnees dans noire Histoire universelle des Missions Franciscaines.

Animes par tant d encouragements, ricbes de tons ces privileges, les rnissionnaires coururent au devant des fatigues et des dangers. Ils esperaient bientot repandre et consolider le regrie du chrislianisme dans les pays qu ils allaienl evangeliser. Leur altente ne fut pas trompee : tin evenement extraordinaire vint seconder leurs efforts et vaincre des resistances jusque la insurmonlables. Deux lerribles fleaux, la pesle et la famine, decimerent. pendant cinq ans, les sujets du roi Miramolin. Us ne cesserent que quand les infideles eurent imoque a haute voix les norns des saints martyrs qu cux memes avaienl immoles. Mais ce qui elonna surloul le prince ce fut de voir les saints religieux braver la mortalile qui ravageait le royaurne et se multiplier au lieu de fuir. Est-ce par crainto d un plus grand chatimcnt de Dinu, est-ce par un mouvement d une inspiration celeste, il leur permit en fin de precher librement la foi du Christ et meme il Youlul a Maroc un Eveque de 1 Orclre de saint Francois. II fit en outre concession d un couvent et d une eglise dans sa capilale.

Apprenant cette mervoilleuse nouvelle, le Souverain Pontife refusad abordd y croire. Quand le doute fut impossible, il en eprouva une joie profonde et une immense consolation et il chercha un Frere Mineur propre a rem[lir les functions episcopales. Son choix tornba sur Frere Agnello homme aussi celebre par sa science que par sa saintele, a qui les esperances de 1 Eglise pouvaient etre confides en toute surete.

Frere Agriello elait un des compagnons de saint Francois. Envoye par lui en E<pgne, il avat travaille beaucoop pour retablir, en ce pays, TOrdre Seraphique. II se mil en route pour sa uouvelle desti nation, vers 1 an 1227, accompagne de plusieurs de ses confreres. Ces derniers devaient, rion seulesnent le seconder dans les graves obligations de sa charge, rnais aussi precher la Foi dans toutes les villes et terres de cet immense continent. Une partie d enlre eux s etablil au couvenl de sainte Marie, que le roi Miramolin venait de ceder a Plnstitul par son decret du 17 mars 1226, el qui devait etre la residence de 1 Eveque Agneilo; les aulres se disperserenl ca et la dans I Empire et en parcoururent les plages les plus reculees. Ils y precherent I Evangile, cornbatlirent genereusement les superstitions mahometanes et ne larderent pas de j;agner a Jesus-Christ bon nombre de Sarrasins. Les Maures souffrirent impatiemment la defaile de lenrs erreurs; ils tmnberent sus a nos zeles religieux et les mirent cruellementa morl dans tousles lieux ouilspurent les rencontrer. (i)

D apres des documents contemporains, d autres membres de I Ordre re^ureni, a la meme epoque, la couroune du martyre, sur d autres points de la cote d Afrique; mais 1 histoire en tail les

Cependant \gnello, plein de sollicilude et de zele apostolique pour Teglise qui lui etait confiee, veillait, nuit. et jour, sur son troupeau et le proiegeait conlre tons les dangers et toutes les erreurs. De nouvelles conversions recompenserent ses soins. Plusieurs Snrrasins, attires p;ir la grace et touches de la vie simple et edifianle du Prelat el de ses compagnons, demanderent et obtinrent le saint bapteme de Jesus-Christ.

Ces frequenies abjurations du Mahometismc exciterent la fureur dt S Iinans, preties de la lui musulniane. Ils organiserent une conjuration, provoquerent les mauvaises passions du peuple et, un beau jour, ils envahircnt, les arrnes a la main, I eglise chretienne. Franciscains et ficleles y elaient reunis pour une ceremoriie religieuse. Ils (ireiit un lei massacre, que personne n echappa sain et sauf. Cette catastrophe epouvanta les esprits, et personne, a Maroc, n eut plus le courage dc se declarer chreiien. Elle cut lieu en 1232, annee ou les disciples de saint Francois furenl egorges sur presque tout le littoral de la Barbaric, ainsi que nous Tavons raconte plus haul. Panni les victimes de la lu>eur populaire a Maroc, on comple les cinq martyrs Leon, Hugue, Dominique, Eleclus et Jean.

Mais le Seigneur, dans sa raisericorde, daigna manifesler la saintete de ses serviteurs. Bientot le bruit se repandit qu une vive

\1) Wading Annal. torn 22. anno 1232.

De Gubernatis, de Mission, antiq. hb III. Hist. Univ. des Miss. Franc

lumiere apparaissait dans !a chapelle ou ils avaient ete frappes; les cloches sonnerent d elles-tnemes, comrne pour anrioiicer leur triomphe, et des concerts angeliques chanlerent leur gloire a la grande slupeur de loule la ville.

Ces rnerveilles sont peut-etre, en partie, la creation poelique de quelque ame pieuse enthousiasmee de i heroi sme des martyrs; mais leur credit sur I esprit des masses n enattesle pas moins la gloire des bienheureux apotres. La foi chrelienne (>st commeun souffle puissant qui, dans les choses d ici-bas surtout pour ce quiregarde les saints, eleve les imaginations au dessus de la terre et les feconde de celestes inspirations. Cependant les prodiges que nous avons relates ne se trouvent pas settlement enregistresdans toutesles histoires de i Ordre Seraphique, le grand saint Anlonin, Archeveque de Florence, les a juges dignes d une mention speciale.

Agnello echappa au carnage. Apres que le roi Miramolin, qui n avail rien su de la conjuration, eut ictabli I Ordre, ce prelat, aide d autrcs Franciscains, continua de gouverner son eglise. De nouveaux Sarrasins qui ne pouvaienl resister a [ evidence des miracles operes dans la chapelle se converlirent el la Foichrelienrio reprit sa rnarche progressive parmi ce peuple. L evequeadministra en paix son diocese jusqu en 1246. A cette eq<;que. la guerre ayant eclate cnlre le Maroc et le royaume de Fe,z, au sujet des fronlieres, il rendit a Mir unolin un sirvice signale ; Agnello s engagea a reiablir la paix. II envoya pres d prince ennemi trois de ses confreres et ceux-ci accoiupagnerenl leurs discours de prodiges si eclaiants qu ils obi in rent tout ce qu ils desiraient. A leur retonr, Miramolin leur donna audience solennelle pour apprendrc le re.sultat de leur ambassade. ISfut sliij)efail de leur succes. Deja il veneiait dans son coeur la religion chretierine; ces nouveaux miracles le remplirent pour elle d une vivo admiration, et il rnontra que ir.erne il n etait p;is lain de IVmbrasser, en changeaut I etendard de Mahomet, conlre celui de Jesus -Christ. Quand le Pape (iregoire IX fut inslruit de ces heureuses dispositions, il ecrivit au monarquc Africain pour rencour.iger dans la voie ou il etait erilre et confia sa letlre a des Franciscains allant renforcer le nombre de leurs freres dans cetle Mission loinlaine. De nouveaux privileges furent en outre accordes aux religieux du Patriarched Assise, afinde faciliter 1 exlension (t le trion>phe de la Foi cliretieone. Lesouverain Pontife leur accordait le pouvoirdc conferer les Ordres mineurs a ceux qui voudraient se consacrer a la vie sacerdotale. Si les vceux du Saint Siege n ont pas ele completetnent satisfaits, si Miramolin n a pas abjure ses erreurs, au moins 1 Eglise ;i-t-elle pu se glorifier de grandes conquetes dans ce pays, ainsi que nous le verrons dans la suite.

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