‹ Annales des missions franciscaines Volume 1Chapitre 19 sur 67 · La dure e des eludes est de cinq ans · texte numérisé non relu

La dure e des eludes est de cinq ans

9. L enseignement comprendra la lecture, I dcriture, 1 aritbmetique, les langues italienne, francaise, arabe et turque. Le dessin et la musique sont facultatifs.

10. Dans la classe externe, 1 enseignement continuera d etre gratuit pour tous, comme auparavant.

11. Pour satisfaire aux desirs des parents qui desireraient faire apprendre k leurs enfants la langue latine, il y aura un maitre special pour Tenseignement de cette langue.

ii^ au rouvent rle Trrre-Sainte, a /Vlep, le 3 octobrc I8of>. P. Fr. BERNARD d Orleans,

Min.Obs. de la Province d Amieris en France. Miss , Apost. en Syrie,

Directeur du College.

Vu ct approuve pour I execution P. Bonaventure DE SOLKRO. Custode de Terre-Sainle, w

Ce college a ete ouvert et solennellement inangure, 1 anne e derniere. II compte a present plus de 50 eleves inter nes etun nombre plus considerable d externes. L instruction et 1 education s y donnent au grand contentement de toute la ville qui souhaitait, depuis longtemps, une maison de ce genre.

Comme 1 a pressenti le lecteur, un pareil e tablissement n est que pour les jeuries gens de families aise es ; le pauvre peuple ne saurait payer une pension pour ses enfants.

L Ordre Franciscain a pourvu aux besoins de la classe necessiteuseen maintenant des ecoles gratuites. Ainsi les riches pourront assurer a leurs enfants toutes les connaissances necessaires et agreables, les indigents procureront h leurs fils celles qui leur sont utiles : ces derniers apprendront la lec ture, 1 ecriture, rarithmetique, les arts, metiers etc.

La lettre suivante du T. R. Pere Custode de Terre-Sainte fera mieux apprecier Tetendue de ce service.

Lettre duT.R. Pere Custode de Terre-Sainte, Bonaventure de Solero.auT.R. Pere Ministre General de I Ordre.Bernardin de Montefranco, touchant I organisation du grand college d instruction puUique d Alep.

Beyrouth, 17 Decembre 1860.

Mon Tres Reverend Pere,

Je reviens d avoir visite notre mission et le college d instruction publique fonde dernierement k Alep ; je m empresse de rendre compte de ma visite a Votre Paternite , afm qu elle puisse se rejouir et des succes que nous avons ddja obtenus, et de ceux, plus grands encore, qu avec la benediction de Dieu et 1 aide de la Vierge Immaculee, il nous est permis d esperer pour l avenir.

Arrive dans la ville d Alep, mon premier soin fut de re-

unir les Peres du College et ceux du Couvent pour faire tous ensemble, pendant dix jours, les exercices spirituels; mon but e tait d obtenir, par la, du Seigneur et les lumieres necessaires pour connaitre et les forces requises pour executer avec fermete et Constance tout ce qui pourrait tourner a sa plus grande gloire, au veritable bien-etre et a la civili sation de ces peuples.

Ensuite, je proposai de reunir Te cole gratuite des pauvres et celle des pensionnaires dans un seul college qui prendrait le nom de College de Terre-Sainte. Les Peres furent de mon avis, et la ville apprit notre resolution avec beaucoup de plaisir. Elle desirait, il est vrai, une instruction et une Education speciales pour les enfants des families aisees, mais elle aimait aussi, d un autre cote, de nous voir continuer nos soins aux enfants du peuple; et cela de maniere k maintenir autant que possible 1 unitd de 1 institut et k ne paraitre pas, en separant les deux dcoles, avoir moins de consideration pour ceux que leur pauvrete obligeait k fre quenter 1 ecole gratuite.

Cette reunion, vous le voyez, mon Tres Reverend Pere, nous est encore tres-utile k nous-memes : car ainsi nous ne formons plus qu une seule famille, et nous sommes toujours k meme de nous entr aider pour tout ce qui regarde les Mis sions et les e coles. C est pourquoi je vous envoie ci-joint 1 ordre fixe que doivent garderet que gardent dejk, le matin, les Peres du college pour celebrer la sainte messe dans 1 Eglise paroissiale du Couvent. En outre, on a rdsolu d un commun accord de reunir le college et le convent par un pont convert, afin qu en hiver et aux jours de pluie, les maitres et les eleves ne soient pas obliges de s exposer aux intempe ries de 1 air et ne nuisent pas h leur sante\

Neanmoins nous ne pouvons commencer k le construire tant que le Khan du college ou doivent etre jete s les fondements ne sera pas entierement debarrasse ; quelques membres du Divan s y opposent; mais nous travaillons k vaincre leur mauvaise volonte, et j espere que bientot nous y re ussi-

rons, grace au Consul de France qui est plein de zele pour le bon succes de notre Mission.

L eglise, mon Tres Reverend Pere, aurait aussi besoin de quelques reparations, et a vrai dire, elle n a pas la dignite qui convient a la maison du Seigneur. Nous 1 avions laissee dans cet etat, paree que nous comptions pouvoir en batir une nouvelle ; mais comme on n y consent pas encore, dans les circonstances actuelles, je suis d avis qu il faut absolument reparer 1 ancienne, le mieux possible, et la rendre au moins convenable a la celebration des saints mysteres. Quand Dieu le permettra, nous batirons 1 autre, et j ai tout lieu d esperer que les soins que nous prenons de la dignite de sa maison, seront couronnes d abondantes benedictions et nous obtiendront les plus puissants secours de sa divine Providence.

Revenons maintenant au college. G est une merveille de voir avec quelle rdgularite il marche. Tous nos religieux sont animes du zele le plus sincere pour le bien de la jeunesse qui leur est confiee. Sans la rare vertu et la Constance dont ils ont fait preuve dans le but de secourir ces peuples, il leur etait impossible de surmonter les difficultes qui, dans les premiers mois, ont entrave 1 leur bonne volonte : ils n ont recule devant aucun sacrifice ; aussi Dieu, en recompense, les a-t-il benis abondamment. Je les ai ensuite continues tous dans leurs fonctions : excepte le Pere Galliste de Saint Ze non, professeur de langue et de litterature italienne, que j ai transfere avec la meme qualite nos ecoles de Tripoli & la Marine, mettant ici a sa place le Pere Michel Ange des Graces de la Province Napolitaine d Alcantara. II habite le college avec les autres professeur s, faisant ses lemons le matin aux externes et le soir aux internes; j espere que les e leves en seront contents.

Quant a la Mission, jesuis heureux de pouvoir dire qu elle est administree avec fruit et avec honneur. Parmi les membres qui la composenl, je dois surtout vous signaler les Peres Gaudence de Matelique et Louis de Ravenne, pour le soiri qu ils mettent a etudier la langue arabe. Le second est de ja

capable de la parler et de 1 ecrire avec proprie te de termes et meme avec elegance; c estun jeune homme rernarquable par son innocence, ses talents et son abnegation vraiment exemplaire. L autre est plus jeune : il a les memes moyens et les ineines dispositions : je rie doute pas qu apres une anne e encore d etude, il ne devienne un sujet modele.

Voila, mon Tres Reverend Pere, en peu de mots, tout ce que j ai arrange et ce que font nos peres d Alep : je pourrais fmir ici ma lettre, mais je pense que vous entendrez encore avec plaisir la description de mon voyage d Alep a Beyrouth.

Le 9, nous partimes d icipour Alexandrie en passant par la montagne de Saint Simeon Stylite: le pere Fulgerice de Tu rin, Gommissaire de Terre-Sainte a Paris, qui, comme vous le savez, est pour le moment dans ces eontrees, et le bon Pere Jacques Rado, d Espagne, m accompagnaient.

Pendant notre voyage nous eumes une foule d incommodites a supporter, tant a cause du mauvais etat des routes que de la nature difficile du terrain : mais nous en fumes amplement de dom mages par la vue des ruines sacre es qui rappellent au voyageur la vie si austere des anciens anachoretcs qui y ve curent, et surtout de saint Simeon. Quels gemissements ne retentirent pas dans ces lieux! Mais aussi que de consolations celestes ne rejouirent pas les ames de ces bienheureux serviteurs de Dieu !

Comme ils sont touchants a voir ces murs de rancienne cathe drale de diee a saint Simeon ! C etait une masse gigantesque, e leve e d apres un plan grec et dont les murs n etaient formes que de rocs superposes sans aucun ciment. Chose etonnarite, les arcades de 1 atrium des deux grandes cliapelles late rales et du chceur subsistent encore parfaiteinent intactes. Mais la facade et les grandes colonnes qui 1 ornaient sont renversees et brisees. Ne anmoins, au milieu de 1 Eglise et pre ciseinent sous la coupole, on voit encore un gros bloc de pierre qui semble avoir servi debase a une haute colonne: d apres toute apparence, a celle sur laquelle on rapporte que le saint vecut tant d annees ; ou du moins, k une autre de

meme forme quel onaurait e rigee en souvenir deceprodige. A quelque distance, on voit les ruines d autres edifices grandioses.

Apres avoir passe par Antioche, nous arrivames, le 12, a Alexandrie, oil il me fut donne de visiter les ruines de notre ancien hospice dont nous avons conserve 1 eglise et le terrain voisin. M r le Vice-Gonsul de France est charge d administrer et de veiller a la conservation de ce lieu ; je ne sais s il y a &t6 envoye^ par nos Peres de Terre-Sainte, ou s il en a pris lui-meme possession. Je ne pouvais m eclairer a ce sujet, car il est absent : le gouvernement 1 a rappele", il y a quelques jours en France. Les personnes qui m accompagnaient dans ce voyage, me dirent que le peuple avait une deVotion particuliere pour cette eglise : si quelqu un tombe gravement malade, on s empresse d y faire allumer des cierges pour obtenir du Ciel sa guerison. Une ancienne tradition raconte que, dans cette eglise, fut enterre jadis un de nos missionnaires mort en grande reputation de saintete . G est pourquoi M. Bernardin Colucicchi me temoigna le desir de la voir restaurer. J ajouterai qu il serait tres-utile de rebatir tout 1 Hospice et d y faire resider quelques religieux. Nous nous en occuperons plus tard.

En ce moment, je recois la lettre de Votre Paternite du 10, qui feral objet de ma serieuse attention. J attends ici le pere Fulgence qui s est rendu a Arisse; nous nous embarquerons

avecle pere J. Rado pour nous diriger sur Jaffa. Ce dernier a fait le voyage avec moi sans souffrir le moins du monde de sa faible sante.

Je finis en demandant la benediction sdraphique pour moi et pour tous vos enfants Missionnaires en Syrie, en Palestine et en Egypte, et suis

Votre tres-humble et obeissant fits en J. C.

Fr. BONAVENTLRE DE SOLERO,

Custode de Terre-Sainte.

Elat des Missions Franciscaines dans les iles Philip pines, 1 annee 1860.

Dans differentes notices du premier nume ro de ces Annales des Missions Franciscaines, nous avons promis a nos lecteurs de leur faire connaitre 1 etat de nos Missions dans les iles Philippines, durant 1 anne e 1860 : ce document nous a dtd fourni par notre confrere, le pere Vincent Albignana, Gommissaire Apostolique pour 1 Espagne a Rome. II le tient luimeme; du pere Paschal Adeva, procureur de nos Missions dans Tile de Romero, en dehors de 1 enceinte de Manille. Par les iles Philippines on entend, comme on sait, ce vaste Archipel de la Malaisie qui, baigne a 1 Est par le grand Ocean Equinoxial, au Sud par la mer de Celebes, au Sud-Ouest, par celle de Mindoro et a 1 Ouest et au Nord par la mer de Chine, s etend de 5, 22 a 21 de latitude Nord et de 114. 35 a 123. 43 de longitude Est. II comprend plus de cent iles, en ne comptant pas les Calamianes, les Guio, les Babuanes, et les Batanes ; les principales sont Luzon, Maindanao, Mindoro, Leite, Gamar, Panai, Bughas ou Vegros, Zebu, Masbate, Bool, Palavuan et Catanduane.

Placees dans la zone torride, ces iles jouissent d une prodigieuse fertilite et du climat le plus delicieux du monde : on ne peut doutcr que ce n aient ete la les insuke gentium, iles des nations, dont parlelaSainte Ecriture, qui furent peuplees par des descendants de Japhet(i). II n y a pour lant pas longtemps qu on lesde couvrit: cefut Ferdinand Magellan qui les apercut le premier en decembre 1519; il y descendit le 16 Marsl521, parcourant d abord Maindanao, puis Ze bu et Muctan oil il perit malheureusement dans un combat. Quelques amides apres, Philippe II d Espagne resolut d en faire 1 acquisition, en mettant a la tete de cette entreprise Villalaboz qui, du

(1) Voyez le savant travail du P. Emmanuel Bujeta, Augustin Chauss6 : Diclionario geografico, statistico, bistorico de las islas Filippinas. Madrid 1850.

nom de son maitre, les appela Philippines; mais 1 entreprise ne reussit point. Ce fut seulement en 1565 qu une petite escadre espagnole partie du port de la Nativite, en novembre 1564, sous le commandement de Lopaz de Lagapsi, eut la bonne fortune de pouvoir prendre terre k Tandaia et k Abaioa. Repoussee par les naturels, elle se dirigea sur les Bissaies et jeta 1 anere a Bool. De la, continuant sa route vers Zebu, elle s empara du chef-lieu, y construisit une forteresse et put de la sorte etendre ses conquetes. Manille fut bade en 1571 et entouree de murailles.

Dans la suite, les Chinois, les Anglais et les naturels essayerent, plus d une fois, de deloger les Espagnols : leurs ef forts demeurerent inutiles. La derniere revolution de 1824 fut

elle-meme etouffee et vaincue par la valeur et la fidelite des soldats.

Les Franciscains furent au nombre des premiers missionnaires catholiques qui mirent pied sur cette terre, pour precher le saint nom du Christ. Us aborderent a rile prineipale de Luzon, le 24 Juin 1577. Voici quelques details sur cet evenement.

Le venerable frere Antoine de saint Gregoire, quoique simple frere la ique, se sentant appele par Dieu k porter la lumiere de la ve rite aux iles Salomon, obtint de ses supdrieurs, du roi d Espagne Philippe II et du Souverain Pontife, 1 autorisation de choisir, parmi les religieux de la Province de saint Joseph, des ouvriers evange liques. II trouva bientot 16 compagnons, se mit avec eux en route pour Seville, et Ik ils choisirent tous pour leur chef le serviteur de Dieu frere Pierre d Alfaro. Ils allaient se diriger sur le lieu de leur des tination, quand le roi d Espagne, informe par le pere Diego Herrera, del Ordre de saint Augustin, queles besoins spirituels des iles Philippines reclamaient plus vivement des apotres que ceux des iles Salomon, ordonna que la Mission Franciscaine fit voile vers ces contrees. Nos Freres obe irent et ils quitterent les eaux de San-Luca di Barrameda, au commencement de juin 1576.

Une heureuse navigation les avait deja conduits jusqu a la Nouvelle-Espagne, quand une epidemic, eclatant a bord, leur fournit 1 occasion d exercer leur charite. Quatre Franciscains moururent sur mer, un cinquieme succomba a Vera- Cruz, un sixieme a Jalapa. Aussitot s offrirent pour les remplacer autant de freres de leur Ordre, de la Province du Saint-Evangile, auMexique.Neanmoins, FrereAntoineretourna en Espagne pour y demander de nouveaux Missionnaires; il revint avec eux et, apres avoir rejoint ses premiers compagnons a Jalapa, tous ensemble partirent pour les Philip pines, oil ils arriverent, le 17 juin 1577.

Nous renoncons a decrire la joie de toute la citd deManille a 1 arrivee des fils de saint Frangois. Le Mestre de Camp Don Pietro Chares, qui commandait la place au nom du Gouverneur,etleCapitame General don Francesco de Sande, vinrent les recevoir solennellement au rivage, en tete de toute la garnison. Espagnols et naturels, accourusenfoule, les saluaient de leurs cris, les cloches sonnaient de joyeuses voltes, le canon faisait retentir de tous cotes ses salves bruyantes. Entre s danslaville, nos religieuxtrouverent un geiiereux accueil aucouvent des Peres Augustins. (i) Telsfurent les pre miers auspices de 1 etablissement de notre Province des iles Philippines. On 1 appela d abord Custodie de saint Philippe; lePape Gregoire XIII la mit ensuite sous 1 invocation de saint Gregoire et Sixte V, par sa bulle Dum ad uberes fructus, de 1586, 1 e leva a la dignite de Province.

La nouvelle mission e tait fort etendue. Outre les iles Philippines, nous verrons les Franciscains eVange liser File de Luzo peuplde par 200,000 idolatres et Tile de Mindanao qui en compte 800,000. Pour bien comprendre la nature de cette entreprise apostolique, il est necessaire de faire connaissance avec les naturels de ces pays. Provisoirement,

(1) Vo\e7, VEstadogdogrttfico, topograficocstadisticOf histori

de la sacra y apostolica provincia </<; son Greiiorio Ma-gno de Menoresetc. par le Pre Felix <\c Hucita, 3Ianille 1855.

ntus laisserons de c6t^ les Chinois. Les negres Actas ou Itas habitant les cimes des plus hautes montagnes. Dans leur nudite 1 sauvage, ils ne se couvrent quela moitie du corps, au moyen d une e corce d arbre, se nourrissent de racines, des fruits des forets et des produits de leur chasse. Dans leurs courses vagabondes, ils sont suivis par leurs femmes qui, les cheveux e pars, portent leurs enfants suspendus a leur cou, a leurs epaules ou attaches a leur sein par une ecorce d arbre qui les enveloppe quatre fois. Ils dorment ou la nuit les surprend, tantot places a califourchon sur des branches d arbre, tantot etendus sur le gazon. Pour toute propriete, ils n ont qu un arc, un etui de bambou pour leurs fleches empoisonnees, une sorte de tablier et un manteau de peau d animal. Les chefs des tribus et les guerriers de quelque importance ont en outre une palme passee dans leurs cheveux.

Les tribus des Dumaya, des Malanais, des Manebi et des Tagaboti habitent 1 ile de Mindanao ; d autres peuplades feroces parcourent les provinces de Nuova-Ecija et celle de Luzon. On les classe toutes dans la grande famille des Negres.

Nous citerons ensuite les Indes que de legeres pirogues, poussees par le souffle duMozon, ontcertainement amene s de I Oce an Pacifique aux iles Philippines. Ils ressemblent beaucoup auxMalaispour la couleur, laphysionomie et.les usages. A la premiere vue, ils paraissent d une race essentiellement distincte des negres. On ne pent douter que les negres d abord et ensuite les Indes, appeles Tayoli n aient ete les premiers habitants de ces iles ; les Metticci tiennent des uns et des autres ; ils se rapprochent cependant davantage de la race Malaise, souche commune de tous ces peuples. Les autres tribus que nous allons enume rer different des Negres et des Tagolis par la couleur et les usages; elles proviennent des divers melanges des Negres, des Tagoli et d autres nations voisines.

Ce sont, en premier lieu, les Igorroti qui occupent toute la cote de la Cordillere, depuis la province de Pangassinan

jusqu k Istuy et la partie orientale de cette meme province jusqu au commencement de la vallee d Agno. Hommes robustes et d assez belle figure, ils ont la peau couleur poire de coing, les yeux grands et noirs presentant Tangle exterieur fort aigu et I interieur quelquepeu releve , les cheveux lisses mais noirs et brillants. Ils ont le corps tatoue et se peignent sur la main 1 image du Soleil, comme le font aussi les femmes de Nuke-Hiva, aux iles Marquises. Les hommes portent une sorte de tablier, qu ils appellent Baee, en e corce d arbre, et ils endossent une espece de chape dont ils se couvrent les epaules et qu ils rattachent aux reins. Les femmes ont un pourpoint ouvert par devant et une piece de toile ou d e corce d arbre qui leur va jusqu aux genoux. Le blanc est, comme en Chine, la couleur du deuil. Dans la vallee de Bauguet, ces peuples habitent sous des cabanes de bambou et de forme triangulaire a leur base. Le toit en est convert d une herbe qu ils appelent Cogon; la lumiere n y penetre que par la porte qui est assez etroite. Ceux qui occupent le centre de la Cordillere sont plus habiles en construction. L arc est leur arme principale; ils se nourissent de fruits sauvages, de patates douces, de racines de Letaro, de riz, de chair de buffle et de cerf. On rencontre parmi eux quelques anthropophages que Ton reconnait a leurs traits feroces, et aux eruptions cutanees de leur corps.

Les Buriks sont dgalement des peuples robustes. Ils se tatouent et se peignent sur le corps un habitamailles, comme les peuples de la mer du Sud. Nous croyons que c est le me lange de ces derniers avec les Negres qui a donne origine h la race dont nous parlons. Ils habitent la partie de la Cordillere qui s etend dans la province d llocos-sur jusqu a la crete de la chaine centrale ; leurs voisins sont, au midi,les Igorroti, les Busai au nord. Leurs usages ont conserve quelque chose d humain.

Le Busai s e tendent jusqu aux montagnesS/^w^/i.s-; au nord, ils touchent au territoire des feuriks; a 1 ouest, a celui des Tinguiani; h Test, aux Itetapani. Ils se distingnent de toutes

les autres tribus par leur caractere assez doux et par leurs moeurs qui sont peu sauvages. Us ontla coutume de ne se peindre qu un bras, sur lequel ils represented toutesortede fleurs. Quelques uns d entreeux se parent de larges boucles d oreilles. Get usage leur est commun avec les peuples de Vanikoro, de Ta iti et autres de 1 Archipel Pacifique; ces naturels, lances par la tempete sur les cotes desilesPhilippines, 1 auront importe avec d autres modes encore. De part et d autre les vetements se ressemblent, a part la coiffe cylindrique, ouverte des deux cote s, faite en bois ou tressee de joncs et ornee de divers rangs de plumes, que portent les Busais. Au lieu du Palibong des Igorroti, ils out pour arrne une espece de haclie en fer, presque carree, avec un manche fort court, qu ils appellent Aliva. Ils la forgent eux-memes, car leurs montagnes leur fournissent, en grande abondance, le metal dont ils ont besoin.

Nous dironsun mot des Itetapani, moinsnombreuxque les Igorroti qui bornent, au nord, leur territoire. Leurs autres voisinssont, a Test, les Busai et, a 1 ouest, les Gaddani. Ils sont de stature petite, mais bien faits ; leurs yeux ronds e tablissent une difference assez sensible entre leur physionomie et celle des Igorroti et des Tinguiani. Ils rappellent exactement le type Chinois. Pour la taille, la couleur, la for me des narines, ils se rapproclient des Negres, mais leurs cheveux ressemblent a ceux des Indiens primitifs ou Tagali : ce qui permet de croire qu ils proviennent d un melange de ces deux races. Ils sont, comme les Negres, tres passionnes pour la viesauvage alaquelle il est presque impossible de les arracher. Ils ont emprunte aux Busai le casque de forme cylindrique qu ils peignent d une couleur chair assez vive, et les armes qui sont pour eux la lance, les fleches et la haclie, Aliva. Dans la saison des vents du nord et des pluies, ils se garantissent le cou d une sorted echarpe en feuilles d Anajao, qu ils appellent Annos. Les Tagali ont aussi Fusage de cette piece de vetement : ils la tfssent de Ills de Cocco (Bonote), de feuilles de palmier, et d une herbe sauvage (cogonales,

iervum), qui croit avec profusion dans les iles Philippines.

Les Itanegs ou Tinguianl confinent avec la province d llocos-sur, depuis la peuplade de S te Croix jusqu a 1 interieur de 1 Abra.

Leur physionomie, leur couleur, leur caractere physique et moral, leur industrie, leur commerce, leurs manufactures, les distinguent, au premier coup d ceil, de leurs voisins des montagnes. Leur ressemblance avec les peuples civilises ne nous permet pas de les appeler sauvages, mais seulement infideles, car ils ne sont pas encore convertis a la foi catholique. Ils proviennent des Chinois : de la leur gout pour le travaux de I agriculture et le commerce. Peu differents de leurs ancetres par le teint de leur peau, ils s habillent comme les pecheurs du Fo-Kien, province du Celeste-Em pire la plus rapproche e, au nord, des iles Philippines. Ils vivent en peuplades se pare es les unes des autres, a peu pres comme les Indes soumis. Deja les Missionnaires calholiques ont arnene a la verite les peuplades de Banguet et de Tayum; ils mettent tout en ceuvre pour faire participer toutes les autres au meme bienfait. Les Itanegs transported du riz, des anirnaux, de la cire, du bois, dans les provinces voisines ; ils y e changent ces marchandises centre d autres objets dont ils ont besom. Ils possedent de vastes et fertiles rizieres qu ils cultivent avec soin et de nombreux troupeaux de buflles, de chevaux et de boeufs.

Pres d eux et a la partie orientale de la Cordillere, se trouvent les Guinaani. Cependant il -n existe pas de communicalion entre ces races si voisines. Les derniers sont audacieux et cruels, tandis que les premiers sont humains et pacifiques. Les Guinaani ne descendent de leurs montagnes que pour porter le ravage dans les champs des Tinguiani.

Les Ifugai leur ressemblent beaucoup, surtout pour la ferocite. II suffit de les voir pour reconnaitre en eux le sang des Japonais, dont ils n ont pas garde toutefois la douceur de caractere. Fort enclins au vol, ils de vastent souvent los terres de leur voisiuage. Souvent. aussi, caches dans les

fourre s de leurs bois, ils attendent I occasion d assassiner les passants et reportent ensuite fierement & leurs cabanes les cranes de leurs victimes. Ils comptent ces horribles ex ploits par autant d anneaux de bambou qu ils s attachent aux oreilles. Leurs armes sont la lance, 1 arc, la Rujia, I Aliva et le lacet qu ils lancent de leurs embuscades avec une telle adresse que leur ennemi est jete sans defense sur le sol ou il est massacre. Acharne s contre les Gaddani, ils les poursuivent sans relache.

Ces Gaddani occupent les rives du ReuveMargal apeu pres jusqu au petit ruisseau de Cagayan; leur territoire est borne , au nord-ouest, par celui des Calaui. Leur teint a la meme couleur que celui des Itetapani, mais il est plus fonce que celui de tous les autres sauvages. Ils sont petits de taille, out les yeux ronds et les narines larges. Ge peuple est sale et grossier. Gonverti, depuis quelques amiees, h la foi Catholique, il aide beaucoup les Missionnaires dans leurs travaux apostoliques aupres des autres tribus iufideles.

Les Calaui habitant le territoire de Jabes sont voisins des Guinaani. Ils different neanmoinsen tout de ces derniers, sauf pour leurs vetements. D un caractere pacifique, ils vivent en famille et dans une union parfaite. Ils cultivent 1 orge et les autres cereales, mais surtout le tabac qu ils echangent ci Ilocos contre du coton, dt, la toile et des ustensiles de fer.

Sur les montagnes qui divisent les provinces de Cagayan et d Ilocos, on trouve les Apayos qui se nourrissent de Mais et de racines. Ils se distinguent des autres tribus par la maniere dont ils construisent leurs cabanes. Gelles-ci sont de forme carree: chaque angle est sontenu par une solide piece de bois incorruptible. Au lieu d en couvrir le sol de bambous entrelaces de jonc, ils y etendent des planches fort minces d un bois qu ils appellent Danigga ou Calusta et qui est une espece de cedre. Les interstices sont remplis par des feuilles de pal mier. La localite qu ils habitent leur rend aisee la contrebande du tabac qu ils exercent avec les provinces voisines. Ils passent des valle es d Aboluc aux plages de sertes d llocos, ou ont soin de poster d avance des eclaireurs.

Us me reste a dire un mot des Ibilao ou Ilongoti et des / nayes. Les premiers, convertis eu grande partie au Christianisrne, se rencontrent surtout sur la montagne de la Nuova- Ecija et du Carvallo del Betel. Ils sont petits, mais robustes et cruels. Comme les Ifugai, bon nombre d entre eux passent leur vie dans les bois, oil ils volent et tuent les passants.

Les Isinayes, maintenant catholiques, sont sujets du gouvernement Espagnol; ils ne different point des Igorroti.

A ce court apercu sur 1 origine et le caractere des peuples des iles Philippines, nous joindrons quelques mots au sujet de leur religion. Ils reconnaissent un Etre supreme, maitre de toutes choses et tiennent pour indubitable 1 immortalite de Tame. Ils adorent aussi differentes idoles, mais inferieures au grand auteur de 1 univers. S imaginant qu il est impossible de vivre sans femme, ils donnent une deesse pour e pouse a leur Dieu souverain. L idole de la tribu des Ilamunt et des Altasani s appelle Cabiga et son e pouse Bujan. Ce dernier nom vientdu mot Buhayqui signifie vie. La divinite des Gaddani est Amanaboay, son epouse Dalingayo. Les Ifugai et la plus grande partie des Igorroti adorent Cubunian auquel ils donnent deux fils, Lumalit et Cabigat, et deux filles Baingan et Daungan souches d autres generations de dieux et de la famille humaine.

Ils appellent la pluie /?? ; ils en font une deesse bienfaisante a qui s adressent de nombreuses prieres. Balitoe, Piit, Sanian, Linian, Tatao, Bangiuis, Sejat, Batacagan, Sadibubu, Oasiasoias, Delig, sont autant de dieux; Libongon, Tibagon, Limoan et une foule d autres, autant de deesses.

Toutes ces divinites sont representees en statues de bois, mais toutes dans une attitude diverse. Les plus elevees en diginite tiennent la tete appuyee entre les mains et les coudes sur les genoux: cette position est le symbole dela beatitude et du repos. Cependant vous chercheriez en vain, parmi ces peu ples, un temple ou autre lieu destine au culte; toutes les ce remonies de la religion se font en famille et elles consistent surtout a se rdjouir ou a se plaindre ensemble, selon les oc casions de la vie.

Quelques tribus sauvages adorent aussilesoleil et out une veneration profonde pour le reste des astres, a qui neanmoins ils ne rendent pas de culte proprement dit.

Us accordent Jes honneurs divins aux ames des ancetres, qu ils appellent Aniti.

Les Apayai suspendent aux parois deleurs cabanes les armes et ornements de leurs parents defunts; ils les conserverit avec un soin jaloux, les environnent de diverses figures tresse es en jonc et peintes en couleur chair et attachent en dessous unvase de terre pour servir aux libations en I honneur des Aniti. Aux jours de fete, ils implorent la protection de ces ombres cheres et venerees. Quand il tonne, ils croient que Cubanian est en colere et ils s efforcent de Fapaiser en lui sacrifiant un pore. Ils adressent des actions de graces a l Arc-en-ciel qui apparait apresla tempete. Ils serait trop long d enumerer leurs superstitions; se proposent-ils de faire un voyage? Us allument un feu et observent de quel cote se porte la fumee; si elle se dirige a 1 opposite du but de leur course, ils restent chez eux, tenant pour assure qu il leur arriverait malheur en chemin. Je me contenterai de cet exemple pour donner une idee de leurs vaines pratiques.

De regime politique, ils n en ont aucune espece ; chaque peupleest independant deson voisin. Le territoiredesvallees est partage entre les premiers chefs des families qu ils nomment Barnaaset qui sont les principaux des tribus. Ils ont a leurs ordres un certain nombre de Caglianes qui sont, non pas seulement des serviteurs, mais des esclaves, obliges a tous les travaux qu on leur impose.

La puissance paternelle est illimitee ; mais les enfants des pauvres naissent au service des riches. Ils ne peuvent avoir qu une femme, toutefois, ils larepudient quandbonleursemble. L adultere est puni de mort.

Tel est le champ apostolique qu offrent les iles Philip pines; il est vaste et difficile. Depuis 1587 jusqu a nos jours, les Franciscains n ont jamais cesse d y precher 1 Evangile ; ils ont mis tout en amvre pour re unir ces peuplades disse"-

rninees, les instruire et les civiliser. Ce n est pas ici le lieu de raconter leurs fatigues, leurs souffrances, leurs dangers, les fruits qu ils ont recueillis : nos lecteurs pourront en juger par la setile liste des peuplades qu ils ont converges, conquises a 1 humanite et qu ils gouvernent maintenant en qualite de Cures Missionnaires, aussi bien que par le nombre des Missions qu ils continuent parmi les sauvages. Le releve que nous leur mettons sous les yeux est emprunte au document cite en tete de cet article et envoye par le P. Pascal Adeva, Procureur des Missions Franciscaines aux iles Philippines, au T. R. P. Vincent Albignana, commissaire Apostolique pour 1 Espagne, a Rome.

Peuples deja convertis et civilises que gouvernent actuellement les Franciscains, en quctlite de Cures Missionnaires.

Province de Manilla : Sainte-Anne, Saint-Jean, Saint Philippe de Wen , Dilao, Sam pal oc. Pandacam, Saint Michel en tout 33,265 ames; les prinoipaux Peres occapes Hans ces localites sont : Torquato Tndela, Emmanuel Beltran, Joachim dc Corva, Joseph Cuesla et Charles Pena.

Province de Bulacun. Maycanayan, Bocavi, Polo, Saint Joseph. Ohando, Sainte Marie de Pauli, Marilao ; ensemhle 52,627 ames Les principaux Peres sont : Louis de Namhrola, Bertoit de Madridejos, Joseph Lalluerce^ Antoine de Guadalaiara, Joseph Mirales, Agapif Aranujez.

Province de Morony : Morong, Cardona, Pilille, Tanay, Baras, Binangonan ; ensemhle 25.760 amps. Les principaux Peres sont : Antoine de Moral. Matthieu Garcia, Firmin de Viilalha. Thomas de Sisante, Antoine de Llerena.

Province de La gun n : Pila, Zumbaug, Majayjay. Siniioan. Pangil, Nagcarlarig, Paete. Cahoan. Sainte Croix, Lilio, 3Javitaa, Cavintij Los Bagnos, Longos., Paquil^ Paj sanlian, Saint Antoine. Bay, Magdalena> Luiciana ; en tout : 84,551 ames. Principaux Peres ; Joseph Diaz, Benoit de Quintanar. Maxime Rico, Andre Vega, Francois Guzman, Vincent Velloc, Augustin de Conzuegra, Jean-Antoine Marzo, Emmanuel Benites., Joseph Soto^ Francois Feni^s, 4gafhoti Martinez, Gregoire Dominguez, Joseph Jorda, Felix Fernahdrz.

Province de Batanyfis et Nuova- Ecija : Saint Paul, Panlahanjjan. Caranglan, Puncan, Unin^an^ Rosales , en tout 34,724 flmes. Principaux Peres occupes : Secondo Cherta, Mvacinte Franco. Luc Martinez, Denis Martin, Joseph di Val.

Provinces de V Infant, de I Infante et de Camarines : Buler, Dipaculao, Casignan, Casiguran, Binangonan, Polillo, Naya, Nabua, Bula, Qnipayo. Boubon, Minalabay, Iriga, Milaor, Ligmanan, Canaman, Buhi, Sangay, Tigaon, Lupi, Marguirin, Goa, Calabanga, Magarao, Bato, Ragay, Baao, Camaligan, Sipocot, Pili. Mobatohato, Tinambat, Siruma ; en lout 1 1,680 ames pour les deux premieres provinces ; 105,866 pour la troisieme, celle de Camarines. Principaux Peres de ces missions : Samuel Mcna, Louis Garcia, Timothee Calderon, Joseph de Lillo, Jean de Toledo, Jean Ramas, Bernardin Melendreras, Saturnin Hernandez, Thomas de Guada lajara, Frar^ois Baydal, Gabriel de Lillo, Andre Baracchina, Jean Ontiveros.

Province de Tayabas : Tayabas, Lueban, Sariaya, Gumaca, Lopez, Mauban, Tiaon, Antimonan, Pagbilao, Dolores; en tout, 77,714 ames. Principaux Peres employes : Benoit della Pila, Joseph Urbina, Andre Alvarez, Francois Costa, Christophe Belda, Francois Gonzales, Antoine Picayo, Etienne Mena, Dominique Atorin.

Province d Albay : Libon, Camalig, Polanguy, Pas, Cagsaua, Ligao, Gninobatan ; en tont 96,857 ames. Principaux Peres occupes : Vincent de Dos Banos, Michel de Barcela, Isidore Pons. Mariano Valfermoso, Vincent de Lillo, Thomas d Alfafara, Zephyrin de Quintanar.

Province de Samar : Catbalogan, Buat, Bangahon, Dapdap, Capul, Calbaijog, Catarman, Bobon, Catubig, Binantoan, Lauang, Palapag, Pambujan, Tubig, Paric, Oras, Sulat, Libas, Borongan, Calviga. Umavas, Pinabagdao, Paranas, Tiabon, Guignan, Quinapundan, Balangiga, Basey, Santa Rita, Lnanang \ en tout 126.801 ames. Principaux Peres occupes ; Martin de Yepes, Francois de Montalvanejo, Sebastien Almonacid, Henri de Barcclone, Manuel Lozano, Emmanuel de Fregenal, Salustien Bus, Laurent Pinto, Mariano Pardo, Pierre ?<Ionasterio, Dominique de Madrid.

Province de Leite ; Palo, Dulag, Burugo, Abuyog, Tanauan, Inapusong, Boraven, Dagami, Carigara, Capoocan, Tacloban, Hinunangan, Hinundayan, Jaro, Alangalang, Leyte, Saint Michel, Babagnon, Malibago, Biliran, Maripipi, Cabiran, Liloan, Cabalinn, Sogod, Malitgoh ; en tout 112,038 ames. Principaux Peres occupes ; Leon de Tembltque, Francois Marquez Francois Lopez, Antoine Sautiago : en tout 217 Franciscains.

Le centre detous cesetahlissementsapostoliques des filsde saint Francois dans les lies Philippines est le couvent de Manille, fonde en 1577, et qui compte a present 39 religieux, dont26 se prdparent soit a desservir les paroisses indiquees plus haut, parmi les populations civilisees, les autres a continuer les missions parmi les sauvages. II faut observer que

13 d entre eux donnent dessecours religieux a 1 hopital royal de saint Lazare & Manille, et k I infirmerie de santa Anna, province de Laguna, et a celle de Vasa, province de Camarines.

Missions parmi les Sauvages.

Elles sont actuellement au nombre de 17. Mais comme trop de details donnerait une extension exagere e a cet article, nous nous bornerons a donner la relation d une ou deux de ces missions. Le lecteur pourra se faire une idee assez exacte des autres. Nous esperons d ailleurs revenir sur ce sujet dans les numeros suivants de ces Annales pour leur procu rer une lecture pleine d interet et d e dificatlon. Voyons d abord la mission de Pungcan.

D apres les documents que nous avons compulse s, cette mission a etd fondee en 1701 par les re ve rends Peres Angustins, dirigee par eux jusqu en 1759, epoque ou ils la cederent aux Franciscains. Le premier religieux de cet Ordre qui s y rendit fut le reverend Pere Mathieu Gastuera. Elle est situee 15 36 15" de latitude, entre les deux defile s du mont Caraballo de Baler, et sur la rive droite du fleuve Digdig qui des cend de cette montagne. Elle confine au Nord avec les monts qui separent cette province de la Nouvelle-Biscaye, au Nord- Est avec la mission deCaraglan,al Ouest-Sud-Ouest avec celle d Umingan. L air y est frais et salubre ; il n y regne presque pas de maladies, sauf les ndvralgies et les eruptions cutanees.

L Eglise, construite en briques est dddiee au Sacre Coeur de Jesus. Elle a e te batie en 1801 par le reverend Pere Jo seph Cordero, au moyen des aumones qu il a recueillies h cet effet, des e pargnes qu il a r^alisees sur sa chetive subsistance, et dequelques secours de la part des naturels.C est& cememe P^re que revient le merite d avoir construit une demeure so-

lide pour les missionnaires. Outre cesdeux edifices, il y existe encore une rnaisonRoyale(ou cornmunale),construite enbambous entremeles d argile, une ecole pour les enfants, et cent autres cabanes re unies, habitees par 302 naturels qui y out ete recueillis, et auxquels les religieux essaient petit a petit, grace aux efforts d une patience infmie et en bravant des dan gers tres se rieux, de reunir d autres sauvages qu ils gagnent d abord par des presents et qu ils apprivoisent peu a peu par 1 instruction.

Cette mission s etend du cote du nord sur un terrain d environ douze lieues, entierement forme d apres montagnes qui offrent a la vue un admirable coup d oeil et qui sont couvertes de grands arbres detoute espece. Ces forets sont remplies de bois de construction et de luxe, de palmiers, de bambous et de saules. Ony trouve quantite de betes fauves, et on y recueille la cire en abondance.Mais, dans la partie mise eri culture, la couche de terre vegetale est si peu profonde qu elle peut a peine fournir assez de ble, pour la subsistance des naturels. Neanmoins, depuis 1852, les Mission naires sont parvenus a leur faire planter du tabac, dont la culture, en les habituant d ailleurs a la fatigue, leur procurera un notable prolit. Cependant ils font toujours de la chasse leur occupation principale, et vont echanger leur gibier au marche de Gapan contre des toiles et autres objets utiles a la vie.

Nous parlerons, en second lieu,de la mission deMarguirin. Elle commenca en 1701, lorsque le zele infatigable du Reve rend Pere Mathieu de Valdesoto vint planter la croix au mi lieu des tribus re pandues sur les hauteurs du mont Isaroc. En 1753, on put y envoyer un Gouverneur. Mais, 1 annee suivante, sept Peres Franciscairis y e tant tombe s gravement malades, defa(;onque cinq d entre eux y laisserent Ja vie, on re solut de transporter la mission dans un autre lieu noinme Himarugat, ce qui tut fait en 1756 par les soins du Pere EtienneGascuegna.Malheureusement, en 1757, tous les nalurels Fabandonnerent a 1 improviste pour se replonger dans

les forets de la montagne ou ils resterent jusqu en 1762. A cette epoque, ils furent de riouveau reunis par le Pere Antoine Bisquer, au premier emplacement de Marguirin, seul endroit ou ils declarerent vouloir se fixer.

Cette mission est situee au 13* degre 37 min. de latitude, sur la cime oecidentale du grand mont Isaroc, et elle est arrose e par plusieurs ruisseaux descendant des hauteurs de cette montagne. Elle confine au Sud avec la mission de Pili, au Sud-Ouest avec la ville de Nuova Caceres, au Nord-Ouest avec le territoire de Bombon. L air y est humide et malsain. Depuis 1 annee 1740 jusqu en 1774, plus de 47 Franciscains y tomberent malades, presque tous au peril de la vie, tous de facon a y perdre irremediablement la sante.

L e glise, de diee a la Sainte-Croix, est construite en bambous meles d argile, de meme que la residence de mission, qui sert aussi de Iribunal. II y a une ecole pour les enfants, et environ cent vingt cabanes des plus miserables, habitees par 1981 naturels.

Le territoire de la Mission est entierement forme de montagnes richement boisees, oil Ton trouve en abondance le palmier, le bambou, le saule, les racines alimentaires et le gibier. Le terrain defriche produit du ble , du mais, des cocos, et serait infiniment plus fertile, si les habitants, dociles aux exhortations incessantes des rnissionnaires, pouvaient se decider a tirer parti des nombreux ruisseaux qui descendent du mont Isaroc.

Nous n en dirons pas davantage pour le moment sur les travaux apostoliques des Missionnaires Franciscains dans les iles Philippines, laissant au monde qui s appelle civilise, le soin d appre cier si elles sont dignes du souvenir des hommes et de leur reconnaissance. Qu il nous suffise de sig naler un fait. C est que le gouvernement Espagnol, de qui relevent les Philippines, lorsqu il a decretd la suppression des ordres religieux, n eut pas le courage de comprendre dans cette proscription la tres florissante province Franciscaine de Saint Gre goirc, voue e aux Missions des Philippines.

Bien plus, convaincu non seulement de 1 utilit^, mais de la ne cessite de ces missions, le gouvernement espagnol autorisait, en 1853, 1 Ordre de S l Francois a ouvrir im nouveau couvent a Pastrana, pour soutenir ces missions et leur pro curer le renfort des sujets qui viendraient s y pre parer a recevoir la bure seraphique. Vers le meme temps, il permettait aussi 1 erection du couvent de Priego, destine a fournir des missionnaires de 1 Ordre a la Palestine et aux missions d Afrique (i). Le couvent de Pastrana compte actuellement, outre les supe rieurs, 30 pretres, 12 etudiants en Theologie, 11 etudiants en Philosophic, et 18 novices ; tous ces religieux iront les uns apres les autres exercer leur ministere apostolique aux iles Philippines. Et si c est la une gloire pour 1 Ordre de S 1 Francois, c est aussi un honneur pour cette illustre Nation Espagnole, ou le grand arbre monastique plante par les mains Seraphiques continue a produire des fruits abondants de salut et de civilisation pour les peuples de la terre.

ALBAMIE.

Beau trait arrive dans la mission Franciscaine de Gioagni, Diocese de Pulati en Albanie.

Nous recevons de notre jeune et excellent confrere le Pere Cyprien, de Trdvise, Lecteur de Philosophic a Venise, la relation d un fait biene difiant, jointe a cette lettre que nous nous empressons de publier.

Venise, 16 FeVrier 1861.

Voici la relation promise dans ma derniere lettre du beau trait arrive dernierement dans notre mission d Albanie, a

(1) Voyez le IS" 2 de celtc chronique.

Gioagni, diocese de Pulati, grace au zele et aux sollicitucles ddployees par notre confrere le Pere Mariano, de Palmanova, Mineur Observantin de la province de Venise. J espere que les lecteurs de la Chronique des Missions Franciscaines y trouveront im sujet d edification, bien qu elle soit ecrite avec la plus grande simplicite, d apres les details qui m ont ete fournis par notre Missionnaire ; ils, y verront au moins dans quel champ barbare le courage de nos missionnaires trouve a s exercer.

En vous saluant, etc. Fr. CYPRIEN, de Tre vise,

Lecteur de Phil. M. O.

Relation.

L Albanie (Epirus) , province de la Turquie d Europe situee sur la plage del Adriatique,comprend les villes de Scutari, Durazzo, Jannina etPrevesa ;pres de cette derniere ville, s eleve le celebre promontoire ftActium. Le pays est montagneux sur presque toute sa surface. La langue de 1 Albanie est un com pose de Grec et de Slave, et les Albanais, appeles aussi Arnautes, sont Chretiens pour la plupart. Depuis le temps de S* Frangois, 1 Ordre des Mineurs possede une mission parmi eux. Cette nation belliqueuse est tombe e sous le jong du Croissant depuis la mort de son fameux prince George Castrioto, surnomme Scanderbeg: il en est resulte que ses moeurs genereuses et hospitalieres ont pris, sous cette do mination, une teinte de barbarie et de fe rocite , qui trouve son expression la plus detestable dans la vengeance impla cable des moindres offenses. C est principalement dans les villages, ou la vigilance et la repression de 1 autorite sont a peu pres nulles, que cette soif de vengeance se reVele plus frdquemment et s exerce avec plus de cruaute. Tout Albanais offense se tient pour oblige" de laver les injures dans le sang

des fils ou des parents du coupable, quelque innocents qu ils puissent etre a son egard. En consequence, les Albanais ne sortent jamais sans porter des pistolets a la ceinture, et sans etre armds d un large couteau, nomme Kandjar, et d un long mousquet a la Turque. Les missionnaires, pour combattre ces tristes coutumes, n ont d autres moyens que la parole et la persuasion ; et c est a force de temps, de patience et de supplications qu ils parviennent a obtenir, mais tres rarement, et avec les plus grandes difficultes, une paix solide entre Toffense et 1 offenseur qui a pu reussir a se soustraire par un exil volontaire a une vengeance imme diate.

Une reconciliation de ce geni;e, et qui a eu le plus grand retentissement dans ce pays, a ete conclue le 5 De cembrelSGO par Fentremise du R. P. Mariano de Palmanova, Min. Obs. de la Province de Venise, Miss. Apost. dans les montagnes de Pulati.

Un certain Stak-Ndue (Eustache, fils d Antoine), du village de Gioagni, diocese de Pulati, avait recu pour un leger mo tif, un souffet de son cousin Lulase Deda. Inutile de dire la fureur qui s empara de Stak et de toute sa parentd par suite de cette offense, regardee chez eux comme tres grave. Le malheureux Lulase fut, par suite de cet outrage, voue par eux a une mort irremissible. Pour eViter ce malheur, il dut se resoudre a fuir de son pays natal, ou il lui devint impossible de reparaitre, hors du temps de certaines treves qui s observent aux jours des grandes solennites de 1 Eglise, et pendant le temps des semailles. Les tourments que ce malheureux eut a endurer ne peuvent se de crire, attendu que toutes ces populations, malgre leurs coutumes hospitalieres, ont horreur de celui qui offense un membre de sa parente. Errant ainsi de village en village, Lulase vit passer trois annees sans que les bons offices d une infinite de personnes qui s interposerent entre lui et son cousin Stak, fussent couronnes de quelque succes. Stak avait bien promis de pardonner sur les instances de M^ r Pascal Vuicic, Min. Obs. Eveque du Diocese, mais, a vrai dire, il se souciait fort

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peu de tenir sa parole. Ce prelat ayant du quitter le Diocese pour aller occuper, en qualite de Vicaire Apostolique, le Siege d Alexandrie en Egypte, le P. Mariano de Palmanova, jeune religieux de 25 ans, resolut d obtenir ce qui avait e te refuse a 1 eveque, et s y prit de la maniere suivante. Ayant par hasard recu Lulase dans sa demeure, il 1 y tint cache jusqu & la vigile de S l Nicolas de Bari, dont la fete est ce lebree comme celle du protecteur special de 1 Albanie, dans le dessein de se servir de la solennite de ce jour pour amener 1 offense a des sentiments plus misericordieux. Mais rapportons ici les propres paroles du missionnaire.

Le matin de la vigile de S 1 Nicolas, nous dit ce religieux, je pris en main le grand crucifix que nous avons dans notre maison, et me faisant suivre de six personnes de bonne volonte, je me rendis a la demeure de Stak, afm de 1 engager a pardonner a son cousin Lulase. Celui-ci marchait au milieu de nous, sans armes, et les mains lie es derriere le dos. Mais, a mon seul aspect, Stak devinant le motif de tout cet appareil de ma visite, devint bleme de colere, et il se serait enftii, si nous n avions pris soin de lui couper la retraite. Nous etant done assis, je me disposai d abord a 1 apaiser ; puis je lui remontrai la douleur qu avait dprouvee M^ r notre Eveque Pascal Vuicic, de n avoir pu obtenir cette reconci liation, le bonheur que lui donnerait la nouvelle du pardon, le merite que cet acte ge nereux obtiendrait pres du Seigneur. Alors, decouvrant le crucifix que j avais jusque la tenu couvert d un voile, je 1 invitai a considerer combien notre bon Sauveur Jesus avait souffert pour les hommes, pendant le temps de sa vie mortelle, combien il recevait encore d outrages de notre part, lui qui cependant pardonne a tout coeur repentant qui 1 invoque. Et en retour, ajoutai-je, il fautaussi que pour 1 amour de ce Dieu, de S l Nicolas, de notre Eveque bien-aime", de moi, de tout le village, tu te reconcilies avec ton cousin qui te demande bumblement pardon de 1 offense dont il s estrendu coupable a ton egard ! Mais a cette conclusion, Stak bouillonnant d inrlignation, fit eclater la

fureur d un possede\ au point que moi-meme je desesperai presque de jamais lui enlever du coeur sa haine centre son ennemi. Neanmoins, fort de 1 appui divin, j insistai de toutes mes forces, ainsi que mes compagnons. Et soudain, 6 prodige ! voila que ce furibond, tout emu, se leve avec son ami Pres Martini, disant qu il pardonne. Et en effet, apres avoir d abord baise le crucifix, il delie lui meme les mains de son cousin et 1 embrasse en versant des larmes de consolation. Qui pourrait jamais dire le bonheur qui inonda notre ame en presence de ce resultat ? Tout le village de Gioagni fut en fete pendant plusieurs jours, et nous esperons que cet exemple aura la plus heureuse influence pour retirer les Albanais des traditions abominables qu ils ont recues des barbares, et verser dans leurs cceurs ces sentiments de douceur et de charite que fait seule naitre la predication de 1 Evangile.

tTATS-ONlS D AKSERIQUE.

Lettre des Peres Augiistin de saint Damien d Asti, Pacifique Marir et Felix deCannobio,Mineurs Observantins Re formes, an R. P. General de I Ordre, sur les esperances et I etat florissant de la mission Franciscaine du Texas.

Tres- Reverend Pere.

Houston (Texas) 6 Decembre 1860.

Fils devoues de Votre Paternite Reverendissime, nous venons par la presente lui rendre compte de nos travaux dans ces regions de 1 Amerique, afin d obtenir les lumieres et les conseils necessaires pour que tout soit k la plus grande gloire de Dieu, et que ces travaux contnbuent au salut des ames, au triomphe de 1 Eglise et k 1 honneur de notre Sdraphique Institution.

Votre Paternite apprendra que, munis de la permission de nos supe rieurs immediats, nous nous rendimes en ces lieux, appelds par M^ r Odin, Eveque du Texas, terre fecondee deja par les fatigues et les sueurs de nos ancetres, et surtout des Espagnols. Ce prelat nous donna une maison, une eglise et une mission tres-e tendue. Avec son aide, nous sommes occupes a construire une autre habitation, ce qui, avec la premiere, nous donnera un petit couvent oil nous pourrons vivre selon la Regie et les Constitutions de notre profession. Cela n entre pas seulement dans nos desirs mais aussi dans ceux de M^ r Odin, qui aimant beaueoup notre Ordre est dispose a nous donner d autres maisons et a nous accorder d autres missions.

Mais pour cela, cornme vous le voyez, il faut bien plus de religieux que nous ne sommes ! Nous ne pouvons compter sur 1 aide de nos confreres d Allegany, eloignes de deux mille milles, m sur ceuxde Cincinnati, eloignes dequinze cents milles, ni sur ceux d Alton ou de Teutopolis que separe dgalement de nous une distance de plus de mille milles.

II nous viendrait bien de ees lieux quelques pretres et quelques la ics pour augmenter le nombre de nos religieux ; mais, outre 1 enormite des frais de voyage, cela ne nous procurerait qu un secours momentane ; cela ne nous donnerait pas les forces necessaires pour soutenir les fatigues apostoliques et nous soupirons apres la diffusion de la religion catholique dans ces contrees. Admettons qu en un cas donnd et dans un pressant besoin nous fussions dans 1 impossibilite de recourira nos confreres ou que quelques-uns d entre eux vinssent a etre frappes de mort inattendue, qu adviendrait-il de notre mission commencee sous d aussi heureux auspices ?

II est vrai que la divine Providence ne manque pas de moyens de nous secourir a nous inconnus ; mais nous ne devons pas tenter le Seigneur ni pre"tendre a des miracles, mais bien faire en sorte que notre soliicitude produise des re sultats efficaces t durables.

Oh ! Reverend Pere, noire coeur se brise a 1 aspect de ces immenses regions seme es jadis de convents de Franciscains et evangelisees par nos saints confreres dont la memoire reste encore benie, desertes maintenant de nos maisons en ruines. Personne n ignore que la cause de ce malheur fut la persecution que les ordres religieux eurent a subir, a la fin du siecle passe et, petit a petit, pendant ce siecle, en Europe, d ou partaient les ouvriers Evangeliques en destination de ces contre es. Gela doit etre pour nous un enseignement pour mieux prendre nos precautions a 1 avenir relativement aux Instituts Monastiques, car le sort de ces derniers ne s annonce pas sous d heureux auspices en Italie d ou toutes nos missions tirent actuellement leur principal soutien.

Cependant, nous prenons la liberte de proposer a votre Paternite Re veVendissime le moyen suivant qui seul nous parait utile et en meme temps pralicable : ce serait de nous accorder la faculte d eriger ici un Couvent de 1 Ordre, d y recevoir des novices et les jeunes gens qui donneraient des preuves d une veritable vocation a la vie de Franciscain et de Missionnaire. Le convent que nous annoncions plus haut comme etant en construction sera certaiuemerit acheve a 1 arrivee de vos lettres.

Oh ! Reverend Pere, ce sera un grand bienfait pour ce pays et nous ne doutons pas que votre zele pour la conver sion des infideles et des he retiques, pour la propagation de la Foi et la gloire de nos Missions ne nous accorde cette faveur.

Demandant votreSeraphiqueBene diclion, nous nous disons

Vos fils les plus humbles et les plus devoncs

Fr. ACGUSTIN de S l Damien d Asti, Fr. PACI PIQUE MARIR, Fr. FLIX de Cannobio,

s Apostoliques do 1 Ordrc de Si. l r ranQos f .

Nous sommes heureux d annoncer que ces bons religieux ont eu du Pere General de bonnes paroles et des encoura gements ; il leur accorda meme par sa lettre du 11 Janvier 1861 1 autorisation d instituer une communaute reguliere de Religieux, et d y aflilier des jeunes gens du pays qui montreraient de veritables dispositions a la vie des Franciscains.

Lettre du Pere Emilien Zerbi d Azzano, Min. Obs. Ref. au Reverend Pere Ministre General de I Ordre des Francis cains, pour demander la permission de venir chercher enltalie des Missionnaires pour le Massachusetts

T res-Reverend Pere.

Lowel, Massachusetts, 19 Juillet 1860.

Voila trois mois que je me trouve dans cette ville a la tete d une paroisse de dix mille ames ; j y fus envoye par mon superieur, a la demande du Vicaire General du diocese de Buf falo, neveu du cure de cette paroisse. Ce dernier etant fort age et inlirme, tout le poids du soin de tant d ames repose sur mes seules epaules.

Poids bienlourdpourcelui qui, accomplissarit son devoir, veut remplir scrupuleusement toutes les charges que lui im pose 1 instruction spirituelle d aussi nombreuses ouailles !

Ma sante s en est tellement alteree, que, la semaine derniere, Monseigneur 1 Eveque etant venu administrer le sacrement de Confirmation, je Pai prie de vouloir bien m adjoindreun autre pretre, car il m est absolument impossible de continuer seul a administrer convenablement la paroisse. 11 me fit entendre que ce n e tait pas une chose facile et protita de Poccasion pour m expliquer combien une plus grand e diffusion de notre Ordre dans ces contrees serait utile a la propagation de la foi. Quant a lui, ill encouragerait de toutes ses forces.

Le vieux cure dont j ai parle plus haut m offrit une bonne somme d argent, afin de me rendre de suite en Europe pour y chercher des Missionnaires de notre Ordre et les amener dans ces regions.

Je dois aussi vous dire, Re ve rend Pere, que, Fan dernier, pendant le voyage que j ai fait aux Etats-Unis, tous les Eveques m ont offert des maisons et des e glises, insistant fortement pour que nous vinssions les occuper. II serait bon, je pense, d accepter ces propositions, de rassembler en Europe de nombreux detachements de nos religieux et de les envoyer a cette immense vigne du Pere celeste qui promet les fruits les plus beaux de vie eternelle.

Si votre Paternite Reverendissime le permettait, je partirais immediateinent pour 1 Italie, aim d accomplir les voeux de FEveque et du cure de cette eglise du Massachusett.

Je sais bien, Reverend Pere, que Ton ne trouve plus la cette foule de Religieux qui e taient la vie de toutes nos mis sions de la Chine, de 1 Albanie, de 1 Epire, de la Palestine, de la Syrie, de 1 Egypte et des immenses territoires des Ame riques Meridionale et Septentrionale, attendu que nous voyons notre Ordre, comme les autres, supprimd en Italic, au moins quant a ce qui regarde Fadmission des novices ; naturellement, cela concourt a sa destruction. Malgre cela, je me flatte de trouver dans le Piemont seul de quoi suffire a nos missions.

En attendant votre Reponse, je vous demande la Seraphique benediction

Fr. EMILIEN d Azzano,

de I Ordre de S. Francois.

Le Ministre General de FOrdre, R. P. Bernardin de Monte Franco, repondant a ce digne missionnaire, accede son desir, en lui exprimant le regret de voir que FItalie, cette

terre classique du catholicisme, commence a e prouver la pe nurie des religieux qui puissent se de vouer en aussi grand nombre qu autrefois au soin des missions e trangeres. Malheur bien deplorable, parce qu il atteste que 1 Italie est en voie de perdre une de ses plus belles gloires, celle de porter par ses missionnaires aux contrees lointaines les enseignements de la foi et la civilisation. Nous croyons devoir reproduire, ausujet dece triste etat de choses, les paroles d un de nos confreres deja cite es au quatrieme volume de notre Histoire universelle des Missions Franciscaines :

A ne considerer les ordres religieux qu au point de vue des missions, j affirme que leur maintien est reclame par le sentiment de riiumanite. Supposons que 1 Europe puisse, sans grand danger pour elle meme, se priver du secours des ordres religieux, ne voyez-vous pas que les convents sont les retraites ou 1 Eglise eleve les hommes apostoliques qui, disse mines sur la terre entiere, yrepandent la civilisation de 1 Evangile? Parcourez les annales les plus recentesde laPropagaride catholique, et vous y trouverez la confirmation de ce que j avance. Us sont religieux pour laplupart,cescourageux apotres qui se devouent a convertir a la foi 1 Australie et la Polynesie, 1 Inde et la Chine. Ce sont des religieux, ceux que 1 Eglise envoie au milieu des sauvages des deux Ameriques, parmi les Fe tichistes et les Mahometans d Afrique ; les religieux out des residences par toute la Syrie ; ils sont mele s aux peuplades du littoral de 1 Afrique comme aux montagnards de la Grece, de 1 Asie Mineure, du Montenegro et de 1 Albanie; ils parcourent 1 Arme nie et la Perse; partout ministres de la parole de Dicu. Chaque anne e, on voit partir d ltalie et de France d hero iques pelotons de ces precurseurs de la Foi, de ces pionniers de la civilisation ; le Benedictin se rencontre avec le Franciscain, le Dominicain avec le Car melite, 1 Augustin avec 1 Oblat de Marie ; et tous, par des routes diverses, mais unis dans une pensee commune, ils marchent h la conquete morale du monde. Bien plus, il semble que 1 idde de mission soit inseparable de celle d ag-

gregatiori religieuse ; les pretres sdculiers qui se consacrent a 1 apostolat se mettent eux-memes sous sa protection ou s organisent d apres son type. Or, si vous aneantissez ces foyers de 1 apostolat, comment ddsormais instruire, comment arracher a 1 abrutissement ces peoples innombrables, qui tendent leurs mains suppliantes vers FEurope et surtout vers 1 Italie d ou viennent en plus grand nombre leurs anges consolateurs, leurs peres dans la Foi ? Le canon, le commerce, i invasion des Europeans ne sont pas, et ne seront jamais des moyens capables d atteindre le but realise par la croisade pacifique des Ordres religieux !

On ne m opposera pas, je pense, qu il ne nous appartient pas de nous preoccuper d autrui : a ce prix, les mots eclatants et superbes de philanthropie et de solidarite des peuples auraient en outre d une sonorite mensongere qui leur est propre, la signification diame tralement oppose e de cruelle indifference. Que si nous, fils de 1 Italie, nous tirons une vanite bien justifiee de ce que, sans notre concours, 1 Italie a donne aux peuples la lumiere de la civilisation, 1 enseignement et 1 exemple des lois et des moeurs, le remede a des maux inveteres ; pourquoi done, fils dege ne res de la patrie, vous epuiser a renverser aujourd hui ces insti tutions pacifiques qui continuent dans les terres lointaines nos traditions et nos gloires les plus pures, qui dtendent le nom sacre de 1 Italie, de FOrient a 1 Occident, qui font benir ce nom par les peuples, et qui portent aux plus lointains rivages la langue harmonieuse de nos freres ? Nous ne leur demandons pas, aces concitoyens denatures, de venir partager les fatigues et les humbles travaux du cloitre. Nous vous demandons seulement de ne pas effacer la derniere des gloires qui nous soit restee, de ne pas briser, et arracher du front de la patrie cette couronne qui 1 embellit encore, de ne pas aneantir cette Italie errante dont tous les pas sont marques par des bienfaits que tous les tresors du monde sont impuissants a re tribuer ; de ne pas perdre cette arme e d historiens voyageurs qui apprennent aux peuples Strangers

1 ^clat merveilleux de notre ciel, les gloires antiques de notre terre, et qui les attendrissent au rdcit de nos malheurs. Un jour, peut-etre, il adviendra que ces peuples aujourd hui 1 objet des sollicitudes infatigables de nos missionnaires, sortis a leur tour de 1 enfance et de la tutele de I dducation, comprenant 1 abime des maux dont on les a sauves, le prix inestimable des biens qu on leur a fait connaitre, enverront les preuves de leur reconnaissance a la vieille Ausonie. Peut-etre, un jour, emules de 1 antiquite qui couronna d honneur les noms de Cecrops et de Minos, de Solon et de Lycurgue, de Charondas et de Numa, ces peu ples entoureront d une veneration profonde les noms des premiers Italiens que Dieu fit aborder sur leurs plages, 16gislateurs du cbristianisme et promoteurs du regne de la justice et de la charite. Pour tout homme qui aime d un coeur sincere notre patrie aujourd hui si avilie, si meprisee, si foulee aux pieds, et pourtant objet d une dternelle envie, cette reflexion me parait assez forte pour dissiper toute antipathie contre les ordres religieux. Pour moi, j avoue m etre senti attendri jusqu au fond de 1 ame, lorsque j ai lu les re cits des acclamations et des cris deivivent lesMissionnaires italiens! dont retentissaient naguere les rues de la cite della Pace, perdue dans 1 interieur de la Bolivie. Ce sentiment patriotique inspire la chaleureuse protection que la France accorde aux missions nationales, quelle que soit d ailleurs la forme de son gouvernement. Pourquoi les Italiens voudraient-ils s isoler et abandonner a une nation rivale une influence qui s dtend tous les jours, avec une tendance a miner la notre, si c etait possible ? Si les gouvernements italiens ne retirent pas grand avantage de cette influence pour le moment, en sera-t-il toujours ainsi dans un temps a venir ? De toute maniere, 1 Italie doit y gagner et en retirer le meme interet qu y trouvent certainement toutes les na tions qui font concourir a leur bien et a leur gloire ces bienfaisantes institutions (i).

(1) Hist. univ. des Missions Franc, iiv. IV. Ch. X.

AMtRIQUE MERIDIONALS,

Lettre du Reverend Pere Jean de Castelplanio, Mineur Observantin de la Province des Marches, Missionnaire Apostolique, a son frere, le Pere Settimio, religieux du meme Ordre, auquel il rend compte de son voyage depuis I ltalie jusqu a Call dans la Nouvelle-Grenade.

Call, 17 Septembre 1860.

Mon tres-cher frere,

Parti de Turin, le 24 avril, avec mes compagnons, sous la direction de notre chef, le Pere Octaae de Fenestrelle, nous avons traverse rapidement la Savoie et line partie de la France ; le 26, nous etions a Paris ; apres trois jours de halte dans cette ville, nous avons pris, le 26 au matin, un convoi pour Le Havre oil nous sommes arrives a 4 heures du soir, et aussitot embarques pour Southampton, nous etions, le lendemain matin, en Angleterre.

C est le 2 Mai seulement que nous avons heureusement commence notre voyage sur 1 Ocean, a bord du magnifique vapeur le Tasmanian. Apres quatorze jours de navigation, nous avons vu surgir a I horizon File de Sombrero, puis celle de S l Thomas, dont nous avons cotoye le rivage. Nous allames Jeter 1 ancre devant cette forteresse, delicieusernent assise sur une colline pittoresque, entouree de maisons peintes de diverses couleurs, et dominant un port merveilleusement creus^ par la nature. De la, nous avons continue notre course vers le continent sur un autre vapeur nomme Gamar, et apres avoir pris terre sans encombre, nous nous sommes rendus par chemin de fer a Panama. Nous y fimes une halte forcde de 13 jours, en attendant le vapeur du Pacifique qui devait nous porter a notre destination. Pour vous dire un mot de Panama, je remarque que cette ville est par-

tage e en deux parties : la ville haute et la ville basse ; celleci, plus populeuse que 1 autre, se nomme El-Varal. Cite affreuse dans toute la force du terme ; maisons de bois ou d etoupe ; ruelles etroites, obscures, encombrees d immondices, telle est Panama. II n y a guere en fait d edifices dignes d etre vus que la cathe drale etl hopital. Les environs, au contraire, sont charmants, et tout converts d orangers, de bananiers, de figuiers, de citronniers, de tamarins et de cacao.

Le vapeur etant arrive, nous nous embarquames, le 6 Juin, pour la Nouvelle-Grenade; apres quatre jours de mer, nous etions au port de Saint Bonaventure. Ici, il me serait reellenient impossible de vous de crire 1 accueil qui nous fut fait par les naturels. Notre arrivee fut une fete veritable. LePre sidentde 1 endroit etant descendusur la plage pour veniranotre rencontre, toute la population se mit a sa suite et voulut nous accompagner, au milieu de mille demonstrations de joie, jusqu au logement qui nous avait ete prepare. Pendant les quatre jours que nous passames au milieu de ce bon peuple, ce fut un va-et-vient continuel de personnes desireuses de nous souhaiter une heureuse arrivee, un ernpressement sans^egal a nous demander quelque petit objet de devotion et notre benediction, des supplications unanimes pour nous decider & nous fixer parmi eux, attendu qu ils n avaient plus qu un vieux pretre a peine encore capable de leur administrer les Sacrements. Et quand ils eurent appris que nous etions destines a une mission plus lointaine, ils se mirent a prier Dieu et les Saints pour nous faire condescendre aux necessites de leur isolement. Tant ils sont depourvus de ministres du Seigneur qui puissent prendre soin de leurs ames ! Que je voudrais faire connaitre cet e^at de choses a tant de pretres et de religieux qui sont en Europe, et specialement en Italie, afm qu ils accourent ici pour se devouer aux travaux du ministere sacerdotal qu ils ont peine a exercer dans leurs pays a cause de leur grand nombre.

Ce fut done au milieu des larmes de ce bon peuple, qui

nous avail profondement emus, que nous commencames, le 13 juin, a remonter, dans une pirogue, le fleuve qui vient de Finte rieur des terres, et qui nous deposa, le 17, au village de Cuentas. Ici encore 1 accueil fut une fete, une ovation veritable, accompagne e de musique, de detonations, de vivats, de larmes de joie, tout comme si des anges fussent deseendus du ciel. Pauvre peuple de Cuentas ! II est tout a fait prive de pretres ; et Ton peut dire de lui en toute veritd : Parvuli petiere panem, et non erat qui frangeret eis. Notre de part qui dut s effectuer quelques jours apres le jeta dans une veritable desolation. Mais force nous fut de le laisser, en le recommandant au Seigneur. De la, nous avons voyage, toujours a travers monts et forets, toujours a cheval, jusqu a Call. Arrives a trois quarts de lieue de cette ville, nous vimes arriver a notre rencontre le Vicaire accompagne de plusieurs notables, qui avaient ete prevenus de notre arrivee. Mais quelle ne fut pas nofcre surprise, lorsque, apres avoir gravi une petite colline, au moment oil la ville se decouvrit & nos regards, nous entendimes toutes les cloches se mettre en branle et sonner h toutes volees ! Aussitot nous nous vimes entoures d une multitude de peuple, hommes, femmes, vieillards, enfants, riches, pauvres, toutes les classes de la societe confondues, nous saluant aux cris de : Vivent les Missionnaires Franciscains ! nous tendant de toutes parts des bouquets de fleurs, en semant sur notre passage, et nous accompagnant de ces manifestations joyeuses jusqu a 1 interieur de la ville. Cette allegresse, je dirais mieux ce triomphe, alia croissant pendant un quart d heure, aux sons des harmonies, aux detonations des mortiers, et aux cris mille fois repetds de : Vive la religion de Saint Francois ! Vivent les Missionnaires italiens !

C est en vain, mon cher frere, que j essaierais de decrire les sentiments qui agitaient alors notre cosur. Je vous dirai seulementqu enpleuranta chaudes larmes je ne pouvais que repdter : Non nobis Domine, sed nomini tuo da gloriam !

Mais la fete n etait pas terminee. A peine etions-nous des-

cendus a notre couvent, oil nous etions recus dans les bras de nos freres, voici que toute la noblesse de Cali vint solennellement nous rendre visite, tout comme s il se fut agi d un personnage royal. Je dois ajouter que nous continuous a jouir de cette faveur extraordinaire : a peine sortons-nous du couvent, que le peuple se precipite pour baiser notre ha bit et demander notre benediction. En verite, nous ne pouvions desirer un meilleur augure du resultat de nos travaux apostoliques pour le salut de ce bon peuple de Cali comme pour celui des Sauvages. Oh ! Dites done a nos freres d ltalie qu ils viennent dans ces regions oil la religion est si fort en honneur, et oil s ouvre un champ si large au zele qui cherche la gloire du Seigneur. Cette ville qui a enviiron 18000 habitants est situe e sur le versant occidental des Andes, dans un climat excellent ; les alentours sont magnifiques; les rues, tirees au cordeau ; les maisons construites en briques et en argile blanche. Mes compagnons et moi, nous jouissons d une parfaite sante.

Saluez, mon cher frere, tous ceux de notre maison, saluez tous mes amis mais surtout recommandez moi, chaque jour, au Seigneur dans le Saint Sacrifice, afin qu il m accorde la grace de devenir un bon missionnaire pour le salut de ces peuples et ( extension de la sainte Foi. Je vous embrasse tendrementen Je sus-Christ, et je suis

Votre affectionne frere.

Fr. JEAN DE CASTELPLANIO.

M. Miss. Apost. en An^rique.

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