‹ Annales des missions franciscaines Volume 1Chapitre 20 sur 67 · NOUVELLES DIVERSES · texte numérisé non relu

NOUVELLES DIVERSES

DES

Se-Tcheang, province de Tche-Kiang en Chine.

Le N 1-5 an IV du Musee des Missions Catholiques qui se publie a Turin, grace au soins zeles de M. le Chanoine Jo seph Ortalda, contient une lettre du pretre Jacques Scurati, datee de Se-Tcheang le 7 Septembre 1860, oiiil rend compte de Faccomplissement de la visite Apostolique ordonnee par le Saint Siege pour toutes les missions de la Chine et dont 1 exeeution est confie e a M^ r Gelestin Spelta, des Mineurs Observantins Reformes de Saint Francois. Nous en donnons ici le resume".

Cette lettre rapporte done que Monseigneur Spelta, parti de Shang-hai a bord du vapeur Portugais la Maria, est debarque, le 5 Septembre, a Ning-po, ville situee au bord du grand fleuve qui se jette dans la mer en face de File de Gusan. Ningpo a environ 30,000 habitants, tous payens, a 1 exception de quelquescentaines de Chretiens, parmi lesquels sont compris les Europeens stationnes dans le port. Elle possede deux maisons de la Sainte-Enfance dirigees par les sceurs de Saint Vincent de Paul.M* r Spelta a rendu visite a 1 Eveque, M* r Delaplace, Lazariste, residant a Ning-po ; de la, il a fait une excursion a Cusan poury visiter le Seminaire et la chretiente de 2000 ames converties par les soins des fils de Saint Vin cent de Paul.

Spelta s etant remis en route, a traverse de 1 Orient a TOccident tout le Tche-Kiang ; il est arrive a Se-Kiang, oil il a bien voulu ajouter a la lettre du pretre Scurati 1 apostille suivante, adressee au chanoine Ortalda : Tres-cher Monsieur le Chanoine ! Pourriez-vous jamais deviner d ou je vous ecris ? Du centre de la Chine, au milieu d un voyage, au fond d une tenebreuse caehette on je me fais un pupitre de mes genoux. Je me trouve au fond d une barque chinoise, et j y passe pour un trafiquant tartare : de facon que je n ai d Europeen que ma personne, parfaitement inconnue d ailleurs h mes bateliers. Mon leger bagage est tout chinois, tellement chinois que c est a grand peine que je puis vous ecrire ces lignes. Neanmoins, le doux souvenir de votre personne et de nos chers amis m oblige ci satisfaire une dette de ma reconnaissance en vous faisant parvenir de mes nouvelles.

Apres avoir termine la visite apostolique du Kian-nan, je passai dans le Tche-Kiang, et je me trouve a present sur les confins du Kiang-si, a 300 milles du port de Shang-ha i. Quelle desolation, mon cher Chanoine ! Voila vingt jours que je chemine sans rencontrer un seul Chretien. Tout ce pays est idolatre ! La province de Tche-Kiang, recemment visitee n a que 2500 fideles : le reste, c est-a-dire pres de 20 millions d habitants est plonge dans la superstition la plus grossiere. Dans tout le cours de ce long voyage, je n ai vu que pagodes en Fhonneur de Fo, de Lao-Tseu, de Confucius. Oh ! quel creve-cceur pour un voyageur catholique ! Du Kiang-si je passerai au Vicariat Apostolique de Hu-pe, d ou j espere pouvoir vous donner des nouvelles plus re centes.

Votre aflectionnd, L. G. SPELTA.

Toum-Chouen-fang, Vicariat de Kensi en Chine.

Le Pere Jean-Paul de Parme, Mineur Observantin de la province de Bologne, parti pour la Chine en qualite de Mis-

sionnaire, rend compte en ces termes de son voyage depuis Shang-hai jusqu a Toum-Chouen-fang a son confrere, le P. Vincent, de Forli, meme province. Mon tres-cher Pere Vincent ! Si je voulais essayer de vous donner une relation detaille e de mon voyage depuis Shang-hai, force me serait d ecrire au moins un volume ; vous aurez done la bontd de vous contenter d un rapide apercu. Je viens deparcourir, en 55 jours pres de 1200 milles, en partie par voie de terre, en partie naviguant sur les fleuves. Impossible de vous dire ce que Ton souffre sur ces routes entierement abruptes, dans des chariots qui vous font, a chaque instant, bondir de maniere a vous briser les os et a vous arracher les nerfs. Mais, grace a Dieu, j ai echappd a tout accident de la part des bommes, bien que je sois tombe deux fois au milieu des soldats imperiaux, qui ne m ont pas reconnu. J avais eu le meme bonheur de n etre pas reconnu par les gardes des confins, quoiqu ils m aient, & trois reprises differentes, visite et fouille. D un autre cote, apres quelques jours de voyage sur les chariots dont je vous parlais tout a 1 heure, je suis tombe" gravement malade d une fievre chaude qui atteignit son paroxysme, tandis que je me trouvais dans un village oil il me fut impossible de trouver je ne dis pas un remede, mais un soulagement. Je me vis rdduit, pour la premiere fois, & me coucher sur un lit de briques, et je ne pus meme obtenir un oeuf, que je demandais pour me rafraichir. Accable par la fievre, et, pour ainsi dire, abandonne detout le monde, (car mes guides ne savaient faire autre chose que pleurer dehors sur mon infortune) je me sentis oppress^ d une desolation indicible. En serez-vous etonne ? Je cheminais depuis trente jours au milieu d un monde payen, oil je n avais entendu ni une cloche, ni une horloge ; oil je n avais vu ni un pretre, ni une eglise, ni meme un Chretien! Oh! oui, jel avouej eus besoin, en ce moment, deconcentrer toute mon ame dans la meditation de Notre Seigneur crucifid, auquel j onris de nouveau le sacrifice de ma vie. J invoquai le secours de la douce mere des affliges, Marie, afin qu elle m obtint de son

divin fils, pour autant que ce fut sa volonte, d expirer au moins dans les bras de mes fibres. Beni soil le Seigneur ! Ma priere ne resta pas sans effet, car je me sentis un peu ranime, et je pus supporter huit heures continues de route a travers d affreuses montagnes. Arrives a un gros village, je m enquis d un medecin, qui par 1 e fficacite du sue de certaines plarites me de livra en six jours de la fievre et de i inflammation, et qui plus est, ne de couvrit pas ma qualite d Europe en, continual et terrible sujet d apprehensions pour mes guides. Mais a peine nous etions-nous remis en route, que la fievre me reprit, et ne me quitta plus jusqu a Toum- Chouen-fang ; maintenant encore elle continue, mais elle s est transformed en fievre tierce. Je ne m en soucie pas le moins du monde, etant pleinement resigne a la volonte du Ciel, dont j ai eprouve la protection d une telle maniere que je n aurai jamais assez de ma langue pour le benir et le remercier. Je ne vous dirai rien aujourd hui de 1 e tat de la Mission, re servant ce sujet pour une prochaine lettre. Mon office, a ce que j apprends, sera pour le moment d enseigner la philosophic et la the ologie aux Sieves du seminaire, qui sont au nombre de 17 ; entretemps je m exercerai a 1 usage de la langue chinoise. Vous me feriez plaisir de m envoyer a 1 occasion les Institutions Philosophiques de notre P. del Giudice, et celles du P. Denis de San-Giovanni a Galdo. Adieu, cher Pere Vincent : mille choses de rna part au tresre v. pere Procureur, au T. R. P. Antonio de Cento, et a Fr. Philomene. Recoinmandez toujours au Seigneur

Votre affectionne confrere,

Page 1