‹ Annales des missions franciscaines Volume 1Chapitre 40 sur 67 · PERE · texte numérisé non relu

PERE

Je m empresse de vous informer par la presente de tout ce que je vieus d observer par moi-meme dans cette ville. Je vous dirai d abord qu elle n offre plus cet aspect effroyable qu elle avait naguere ; il me semble nieme quc , loin de molester les Chretiens en quoi que ce soit , les Turcs ont maintenant beaucoup d egarda pour eux.

Le lendemain dc mon arrivce, je me rendis sur 1 ancien emplacement qu occupait notre couvent, accompagne du Docteur Biagini, medccin en cette ville, de son jannissaire et de quclques autres Chretiens. Je n y trouvai plus qu un amas de ruiiies et d ossements epars ; le pavement de 1 Eglise detruite est encore tout teint de sang chretien. Je m empressai de recueillir ces reliques et de leur donner une sepulture honorable. Je ferai de meme pour celles du P. Engelbert, qui ont ete jetees dans une citerne au voisinage dc notrc couvent. La mort de cet excellent confrere est encore pleuree generalement , et c est a qui fera 1 eloge de ses eminentes vertus. II en est de meme du P. Carmclo. On ne dit rien ou peu de chose des

cinq autres, attendu qu ils venaient *\ peine d arriver H Dam as ou ils trouverent la mort.

Les fetes du Ramadan termine es , on commencera a deblayer les ruines du convent., et je ferai foniller soigneusement partout pour trouver, s "il est possible , qnelque miserable reste de ce qui nous a appartenu.

Avant mon arrivce, les pauvres Chretiens qui ont survecu etaient dans un ctat d abandon presque complet , tant pour le spirituel que pour le temporel.

A present , je tache , selon que mes forces le permettent , de les assister de mon ministere apostolique et de leur procurer tous les secours compatibles avec ma pauvrete.

On aurait besoin ici , mon rev6rendissime Pere , d une eglise assez vastc pour contenir les fideles qui ont eu le bonheur d echapper a la mort pendant les jours de terreur. Le terrain qui nous est assigne est reellement trop resserrc pour cette construction.

Pour ce qui me concerne , qu il me suffise de vous dire que j J ai en cc moment pour couclie le sol tout nu, et que je vous ecris cette lettrc par terre , n ayant pas meme une petite table , mais ce n est pas de quoi je me plains ; n est-ce pas la notre vocation?

Sur ce, je me dis de nouveau

Votre tres-humble et tres-obeissant Flls en J.-C. ,

Fn. HENRI COLLADO, Miss. op. et Cure , Mineur Observantin.

TEOISIEME PAETIE.

Notices divems sur les Missions franciscaines

TAMJA. REPUBLIQUE BOLIVIENNE.

Le P. Zephyrin Mussani 6crit de Tarija, a la date du 14 decembre 1860, au R. P. Paul de Moretta, definiteur general de 1 ordre a Rome : Par le present courrier , j adresse au R. P. General un precis des travaux que nous avons entrepris en faveur taut des infideles que des fideles de ee pays (1). Yous y verrez que la main du Seigneur n est pas raccourcie et que le zelc pour sa gloire et pour le salut et la civilisation des peuples n cst pas eteint parmiles pauvres Franeiscains. Notre P. Fortune Lombardi, missionnaire a Aquairenda , mission composee de Chiriguiens infide les, y travaille avec la ferveur d un Apotre. Outre les catecliismes et les instructions qu il leur fait journellement , il est occupe a batir une nouvelle eglise destinee a rcmplacer la petite cliapelle erigee dans le principe. A present je touche du doigt les motifs du profond silence qui a laisse ignorer au monde les glorieux travaux de tant de nos zeles missionnaires : les uns se soucient peu d instruire les homines de leurs bonnes ceuvres , il leur suffit que le Seigneur les agree ; chez d autres , c est scrupule : il leur semble que le vent de la gloire terrestre n est propre qu a leur donner de Tenflure et a leur faire perdre pour une vaine fumee d lionneur Feternelle recompense qu ils attendent au Ciel. Et c est la precisement ce qui a toujours empeclie notre jeune et excellent missionnaire , le P. Alexandre Corrado de Rome, de publicr lerecit des merveilles que Dieu a daigne operer par son moyen, specialement pour la conversion de la feroce pcuplade des Tobas. Mais enfm la voix de 1 obeissance lui a fait surmonter scs repugnances. Bientot done nous en aurons T admirable relation. Continuez dc prier, mon bon pere Paul, et de faire prier pour nous et pour les peuples confi6s a notre sollicitude apostolique. "

(1) Ce precis aete public dans leNoprccedent de cette chrouique, p. 267.

~- 384 CALCINES. NOUVELLE-GRENADE.

Le P. Aurele Boidi, missionnaire apostolique, a ecrit de Calcines, (a 10 lieues de Santa- Fe, Nouvelle Grenade), a son Lecteur de la pro vince seraphique de 1 observanee. Nous tirons de sa lettreles details qui suivcnt sur la vie que les missionnaires franciscains menent en ce pays , ct sur les industries qu ils emploient afin de civiliser les infideles et d en faire des homines et des Chretiens. De retour depuis peu a Calcines, pres de Santa- Fe, de la mission que nous sommes en voie de fonder a 30 milles d ici , je vous dirai un mot de la vie que nous menons au milieu de ces barbares dont les frequentes incursions ne cessent de desoler les lieux deja civilises de la contree. Comnie eux, nous habitons une maison de paille, n ayant pas encore eu le temps de leur apprendre a petrir et a cuire des briques , et nous vivons de legumes , d oignons et de la chair des animaux ; la depouille des tigres et des cerfs nous tient lieu de vetements. Pour eux , ils vont absolument nus ; mais nous esperons les determiner sous peu a se couvrir comme nous : quelques uns out deja commence. Nous leur apprenons aussi a cultiver la tcrre , a seiner le ma is , les pommes de terre , les feves, etc., c est ce que nous avons deja fait pour les habitants de Calci nes , qui jadis etaient plutot des animaux sauvages que des homines et qui aujourd hui forment une belle colonie, toute civilisee et toute chretienne.

Le moyen qui nous a reussi le mieux pour les attirer et les rendre dociles a la religion , c est la musique. Aussi avons- nous chacun notre instrument. Le mien estle piano. A peine commence- jc a le toucher, que je me vois assiege d une foule de sauvages qui ne veulent plus me quitter. Je vous prie done a 1 occasion de m envoyer une bonne provision de musique italienne qui est si belle. Yous avez si bon gout a cet egard que je ne doute pas que vous ne m envoyiez ce qu il y a de mieux.

"II y a un mois , nous avons achete une statue de N.-D. de la Merci, ct 1 ayant placee au milieu de nos sauvages nouvellement convertis , nous en avons fait la dedicace , en chantant une messe a deux voix avcc accompagnement de piano. Ils en furent si enthousiasmes qu ils jurerent de nous suivrc , quand meme nous irions au bout du monde ; les accords de mon instrument les charmaient a tel point qu ils s ecriaient a tout instant dans leur languc : Vive la guitarc du saint pore ! Quoiquc surcharges de travaux, nous jouissons tons d unc sante excellente. Sous peu, nous etablirons un grand village pour nos nouveaux convertis ; le terrain qu il doit occuper est dej t a mesure et prepare.

Le P. Constant Ferreri est parti, il y a quelques mois, par le Rio Salato, pour le pays central des Indiens. II nous informe qu il en a dejfi convert! par le meme moyen plus do 200 ; il demande en consequence que Fun de nous aille le rejoindre pour seconder son entreprise. Leur langue barbare est tres-difficile a apprendre ; mais avec 1 aide de Dieu on surmonte tousles obstacles.

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