‹ Annales des missions franciscaines Volume 1Chapitre 5 sur 67 · JEAN D ACRE EN SYRIE · texte numérisé non relu

JEAN D ACRE EN SYRIE

A la date du 14 Septembre 1860, le P. Bonaventure de Gardito, Superieur du couvent de S l Jean d Acre, ecrit au Pere General de 1 Ordre pour 1 informer que les catholiques de ce Pays (2,000 environ) commencaient & redouter depuis quelques temps les attaques des Turcs qui avaient aftlche plusieurs placards menacants aux portes du couvent des Grecs ; ces fanatiques Musulmans avaient meme provoque leurs coreligionnaires au massacre des Chretiens par des propos se ditieux.

Sur ses entrefaites, on vit entrer dans le port une fregate

Sarde, I Euridice, capitaine Boyl. Celui-ci n eut pas plutot ete informe par quelques chefs de la communaute de Fagitation qui re gnait en ville, qu il se rendit sans delai, precede de tout son etat-major, a la maison du Pacha auquel il intima sur le champ Fordre de pourvoir a la se curite des Chretiens. Le Pacha obe it a Finjonction en faisant immediatement arreter les plus exaltes d entre les perturbateurs ; on les embarqua sur un vaisseau qui faisait voile pour Beyrouth. Malheur a nous, ajoute la lettre, sans cette assistance providentielle; nous aurions ete tous massacres, comme Favaient ete deja plusieurs Chretiens et nos confreres de Damas.

LATAKIA, EN SYRIE.

Aujourd hui, 29 octobre, nous recevons du Pere Gusto de de Terre-Sainte la lettre suivante que le Pere Mathias Arnolo Superieur du convent des Freres-Mineurs de Latakia lui adresse de cette ville a la date du 27 septembre 1860. Tres Rd verend Pere ! Je profite du depart d un vapeur franc.ais faisant le service des postes pourvous expedier quelques lignes concernant notre situation actuelle. Nous avions vecu sans trouble jusqu au 9 courant ; mais, ce jour-la, la crainte d etre massacres s empara vivement des Chretiens, quand on leur cut donne connaissance des lettres trouvees, Fune dans la maison du Consul de Russie, Fautre dans-celle du Consul de sa Majeste le roi des Deux-Siciles.

La premiere, remplie d horribles blasphemes centre notre sainte religion, contenait en outre des menaces de mort a Fadresse du representant de FEmpire russe et de ses gens ; Fautre trahissait les memes projets sanguinaires vis-a-vis de huit personnes parmi lesquelles figuraient les Consuls de France et d Autriche ainsi que FEveque grec. La dessus, je me rendis incontinent au Consulat de France pour savoir ce que nous avions a faire. Le Consul m ordonna d amener chez lui tous nos freres et d y transporter les objets les plus x du couvent. II lit en memo temps coimailre a tous

les Chretiens qu ils etaient places sous la protection de la France. Comme nous venions d executer ces ordres, survint a son tour le Gouverneur de la ville, accompagne des principaux chefs du Divan, pour nous dire qu on n avait rien a craindre et que nous devious bannir toute inquietude. For tifies par cette assurance, nous rentrames au couvent. Cependant, vers les quatre heures de 1 apres-midi , le bruit se repandit soudain que les brigands accouraient des montagnes, a 1 appui desTurcs, pour les aider a egorgerles chre tiens: nous allons de rechef nous refugier au consulat de France sans perdre un moment. Le Pacha nous y suivit, et, sur ses nouvelles protestations, nous reprimes pour la seconde fois le chemin du couvent. La confiance commencait a renaitre lorsque, le 12 du mememois, de vagues rumeurs circulerent de nouveau dans la foule avec plus d insistance que jamais ; cette fois, le Pacha fit prier le Consul de s armer pour la de fense avec tout sonmonde, ajoutant qu il manquait des forces suffisantes pour empecher le massacre des Chretiens. Je vous laisse a penser, mon tres-Reve rend Pere, la consternation poignante ou chacun se trouva plonge. Arrives sur les dix heures du soir au Consulat de France, nous y fumes temoins des scenes les plus dechirantes. Les uns sanglotaient d une inaniere lamentable; d autres petrifies, pour ainsi dire, par lapeur avaient perdu jusqu k la parole; d autres enfm demandaient a se reconcilier avec Dieu. Je passai toute la nuit a entendre des confessions.

Mais, graces au Ciel, 1 affaire n eut aucune suite, et, dans la matine e, il nous arriva quelques troupes de renfort qui s employerent a re tablir le calme dans la ville. Nous ne pouvons nous empecher ici d adresser nos vifs remerciments a Monsieur le Consul de France qui a pourvu a la defense com mune autant qu il etait en lui, avec une e nergie egale a sa prudence, en distribuant des armes h tous ses gens pour les mettreen mesuredes opposer auxenvaliisseurs, s ils avaient ose nous attaquer.

Que Dieu daigne nous conliiuK-M- sa saiutc protection et

vous, mon tres reverend Pere, accordez nous le secours de vos prieres.

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