TRES-ESTIME ET TRES-AIME PERE
Ne me croycz pas en defaut, parce que je ne vous ai pas encore donne de mes nouvelles. Des notre arrivee j ai ecrit au Reverendissime Pere gene ral ; et en lui ecrivant, j ai entendu ecrire a tous ceux qui, comme votre tres-Reverende Paternite , communiquent avec lui d une maniere speciale. Mon C03ur se sentait neanmoins presse de remplir envers vous un devoir particulier de reconnaissance et d amitie, et pour m acquitter de ce devoir, je veux aujourd lmi profiter d une occasion cxtremement favorable qui se presente. Toujours je me souviendrai du cher, doux et aimable P. Ugolin de Macerata, et je verserai volontiers nne larme d attenclrissement et d afFection toutes les fois que son image venerable apparaitra a mon esprit, esperant qu en echange vous voudrez bien aussi vous souvenir de moi , surtout dans vos prieres. Vraiment mes besoms et ceux de mes compagnons sont si grands et si multiplies que pour y subvenir il ne nous reste d autre moyen que de lever les veux au ciel et d implorer 1 assistance speciale d en liaut. Nous ne pouvons pas nous plaindre du voyage, mais je dois dire de notre position actuelle que patientia nob is necessaria est , ut reportemm promissionem. Oui, la patience nous est necessaire pour que nous meritions la recompense promise. Douces et toutes puissantes paroles qui, au milieu des bois, parmi des peuples cruels et sauvages, remplissent nos cceurs d une joie telle que j ai cru parfois savourer une goutte des delices qui inondent le Paradis ! J ai dit que nous ne pouvions pas nous plaindre du voyage , parce que notre navigation a etc heureuse. Une fois seulement nous avons
VH s elever pres des lies du cap Vert un tourbillon impetueux qui pendant line demi-heure nous a inspire quelques craintes, mais ensuite le vent toinbu. Nous avons eu deux autres fois une mer un pen grosse en face du cap de Bonne -Esperance, mais sans danger. Partis du Havre le 4; septembre , et arrives sains et saufs a Auckland le 30 decembre , apres avoir souffert , qui plus qui moins, du mal de mer, surtout dans les quatre premieres semaines, nous avons done fait la traversee en quatre mois. Nous debarquames a Auckland un jour de dimanche a 5 heures du soir, au fort de 1 ete, pour etre assourdis par le chant des cigales. Nous fumes re9us au port, non-seulement avec pompe et solennite, mais avec des demonstrations de sincere affection., et de la conduits par une foule de peuple a la cathedrale , ou nous rendimes de justes actions de graces au Tres-Haut. Nous nous sommes re poses deux mois, et maintenant nous allons bientot nous mettre en route pour les Missions. Aujourd hui meine nous envoy ons par mer nos efiets a Purakau. Dans le courant de cette semaine tons les Missionnaires partiront, excepte moi , qui resterai encore quelque temps en cette ville pour regler toutes choses avec 1 Eveque, avec les magistrats et avec la Propagande. La partie que 1 Eveque a assignee a la Mission Franciscaine est tout le nord de la Nouvelle Zelande. Je suis alle dcja visiter cette grande mission. Tant par terre que par mer , en courant des dangers evidents de mort , en souffrant de la faim, de la soif, de la chaleur, etc. J y ai employe 45 jours, et je n ai vu que d immenses forets, des terres incultes, reduites a 1 etat de nature primitive , et couvertes de fougeres et d une autre espece d arbres du genre des cypres, mais ressemblants a nos bouleaux et appeles t itri. Les Europeens, liors d Auckland, sont rares et tous pauvres ; les Maori seraient assez nombreux , mais ils vivent tous disperses dans les bois ou sur les bords de quelque langue de mer qui s avance dans la terre. Nous avons resolu de fonder trois missions, chacune avec deux pretres et un frere laique. La premiere sera a Keroraneka, c est-a-dire au lieu dit la baie des lies, a quatre journees de distance d Auckland par mer; la seconde , a Vagaroa, a deux journees de distance de Keroraneka par terre, et a Test dc File; la troisiemc, dans 1 Okionga, a Purakau, aussi a deux journees de distance de Keroraneka , Tune par terre , 1 autre par mer , au dessus d une anse etroite a 1 ouest de la Zelande. II faudrait une quatrieme station a Vangori, au cen tre du pays entre Auckland et Keroraneka ; mais nous ne 1 etablirons que jjlus tard , si le Reverendissime general nous accorde encore deux autres pretres et un frere laique. Nous avons a evangeliser une region aussi grande que toute 1 Italie; les habitants, soit Maori, soit Europeens sont pour la plupart protcstants. Dans le grand trajet que j ai parcouru, en visitant tant de tribus, j ai pu trouvcr environ deux cents catholiques, mais rien que catholiques; car il ya quinze ou vingt aris qu ils out etc baptises. Sans doute dans les commencements, reduits a habiter des forets et des broussail-
les , sans maison , sans autre nourriture que des pommes de terre, an milieu
de penplades tellement sauvages qu elles n ont presque rien de 1 homme, nous aurons a sonffrir; mais nous ne nous en effrayons pas, nous aurons toujours presente a 1 esprit la sentence de 1 apotre : non sunt condigna passiones hujus temporis ad futuram gloriam qnoe revelabitur in nobis ; les souffrances passageres de la vie actuelle ne sont rien en comparaison de la gloire future qm se manifestera en nous. Dans la suite, si Dieu et Saint Franfoisnous benissent, nous nous promettons les plus heureux succes. La Nouvelle Zelande est naturellemcnt fertile ; mais elle attend une main qui la fasse sortir de son etat d abjection et de misere. La plupart des emigres sont des Irlandais ; ils tiennent des vaches , des cochons, de la volaille, mais seulement autant qu il en faut pour leur propre usage : ils ont , mais quelques-uns seulement (et c est le petit nombre) , une petite hutte en bois , sans aucun ornement a 1 interieur. Les indigenes ne comprennent rien et ne savent rien , tant ils sont stupides. Ils ont le visage tatoue, surtout les chefs, se nourrissent de pommes de terre generalement donees et habitent des huttes ; ils vont nus, on se couvrent soit d une natte soit d une couverture de laine; ils n ont aucune tradition ; ils mangent , dorment , vivent , se multiplient comme les animaux , dont ils n ont ni la timidite ni le courage , mais bien la force et la brutalite. Maintenant ils sont en guerre avec le gouvernement , parce qu il prend leurs terres et les vend a qui il veut. C est pour cela qu en 1845 ils ont deja briile Keroraneka ; aujourd hui on craint qu ils ne brulent aussi Auckland. Mais une voix influente promet la paix. Notre eveque a fait tout ce qu il a pu pour 1 assurer , et il parait que les Maori 1 ont ecoute de sorte que le gouverneur suspend tout preparatif de guerre . Quoi qu il en soit, nous n avons rien a craindre , car c est au sud de 1 ile qu on se bat , et la guerre est toute civile. Neanmoins priez le Seigneur afin que tout nous reussisse et que nous atteignions le but de notre mission ; autant dire afin qu apres avoir abandonne notre belle Europe et notre chere Italie , avoir choisi d habiter parmi des peuples encore barbares et infideles , dans les forets et dans les deserts , pour eclairer les nations encore plorigees dans les tenebres de la mort, nous n ayons point le malheur de nous perdre nous-meme. Priez le grand Patriarcne St Eranjois , pour que , ayant ete parmi de si grands fondateurs d ordres le premier a envoyer ses fils au bout du monde , il obtienne en notre favour 1 accomplissement des fidcles promesses que lui a faites le Seigneur, quand il lui a assure que sa postcrite scrait comme celle d Abra ham etde Jacob, et que ses descendants se multiplieraicnt comme les etoiles du ciel et se repandraient dans toutes les parties du monde , sans jamais s eteindre. Communiquez ma presente lettre a tons mes amis de la bas, a qui je n ai pas le temps d ecrire , faites-en part aussi ii 1 abbesse de San-Lorenzo et a toutes ses religieuses, afin qu elles prient pour moi. Veuillez saluer pour moi d une maniere particuliere le Tres-Reverend Fran9ois de Lucques,
lc Pore Basilc, Dom Pompilio, le digne professeur d eloquence et cle linguistique le P. Laurent Dantini, etc. Recevez ensuite vous-meme mes salutations et celles de tons mes collogues, principalement dcs Peres Dominique et Joseph, et da Er. Sante, lesquels se portent tons bien. Cependant le P. Dominique , que j etablis superieur a Purakau , a beaucoup souffert du mal de mcr. J ai fait quelques additions an reglcment de 1 Eveque ; si la Propagande les approuve, j espere que la Mission operera d cxcellcnts fruits. Adieu, je vous embrasse, je vous salue et reste
Votre tres-affectionne confrere.
En. OCTAVE BARSANTI, M. 0.
Prefet des Missions Franciscaines dans la Noitvelle-Zelande.
TBOISIEME PAETIE.
IVourelles diverges coneernant les Missions fraiiciscaines.
ALEP EN SYEIE.
1861. Nous einprantons au Portafoglio dc Malte les correspondances suivantes qui font connaitre 1 enseignement public donne par les Franeiscains dans le college qu ils out fonde en cette ville 1 annee derniere (1860).
(Du 11 juin 1861).
On ne saurait passer sous silence le grand bien que les lleverends Peres de Terre-Sainte font en cette villc d Alep, pour ^instruction et 1 cducation morale de la jeunesse studieuse. Us out etabli sur une hauteur un college ou ils enseignent plusieurs langues et tiennent une ecole gratuite pour les pauvres ; et cette ecole a atteint en peu dc temps un tel degre de perfectionnement, grace au devoucment et aux efforts de ccs habiles religicux, que, malgre les inquietudes et les vexatious que leur font sonffrir les lenrs, meme pendant les heures de classe, clle pent rivaliser avec les etablisseincnts europeens.
Le 5 juin M. Villecroze, fraiifais d origine, fort zele pour 1 instruction et 1 education de la jeunesse, a envoy 6 au P. Michel Archange de Putignano et au P. Pascalin de Lecce, professeurs de langiie italienne, quatre decora tions en argent, sur lesquelles sont imprimees les armes de Terre-Sainte, pour 1 ecole gratuite, afin d encourager les eleves ; et en effet, ces venerables Peres eurent soin, il faut le dire a leur louange, de decerner ces decorations a quatre jeunes gens qui s etaient distingues. La recolte promet d etre abon-
dante; neanmoins le commerce est dans un calmc plat; dans ma prochaine lettre je vous donnerai de nouveaux details.
(Du 30 juin}.
A 1 occasion de la fete de saint Louis de Gonzague tons les cloves du col lege ont fait leur premiere communion ; et tous nos zeles Peres out donne un diner, auquel assistaient M. Chatry de la Eossc, consul de Erance, le chevalier Vincent Tommassini, consul d ltalie , ct le consul d Espagne, ainsi que plusieurs autres personnages. M. Antoine de Gantuz Cubbe, qui a fait ses etudes a Tuniversite de Pise, prononca ensuite un discours que je vous transmets ci-apres et qui a etc souvent interrompu par les applaudissements des eleves, de MM. les consuls et de tous les autres convives.
Probitas laudatnr et alyet. JUVENAL.
(On Xante la vertu et on la laisse se morfon&re}.
Aux Reverends Peres BERNARD a" Orleans, de la province de France, et PEIIPETUE DE CASTEL SAN PIETRO, de la province de St- Thomas de Turin, dignes fondateurs du College.
a Si dans beaucoup d occasions la bonte du Dieu supreme s est manifested a notre ville par des signes visibles , elle me parait aujourd hui, Messieurs, se montrer de la maniere la plus eclatante. En eifet, que nous soyons enfin arrives au moment ou pourront etre arrachees les profondcs racines de 1 ignorance grossiere, mallieureusement repandue dans ces terres classiques par le fanatisme impie des faux croyants et des aveugles seetateurs du grand imposteur dc 1 Arabie, et oil desormais pourra etre deploye librement Fetendard de la science, de rerudition et de la civilisation, voila certainement ce qu on ne saurait attribuer qu a une faveur divine toute particuliere.
" Car, en verite, Messieurs, il n y a, ce me semble, rien d aussi merveilleux que de voir deux religieux zeles, soumis aux celestes regies du Serapliique St-Eranfois, pleins de confiance dans la Providence divine, se mettre en route, 1 un du centre de la Erance, 1 autre de 1 extremite dc I ltalic, sculement avec le pauvre vetement qui les couvrc , les reins eeints d une corde, la poitrine armce de la croix, leur unique esperance, prives de toute autre rcssource, penetrer liardiment dans ces pays infideles et barbares, apres avoir vaincu les plus grands obstacles et surmonte toutes les difficultcs, cliaque jour nouvelles, que leur opposaient 1 envie et une liaine brutalc, puis entreprcndre et mencr enfin a terme 1 ceuvre la plus importante dont Ton ait jamais pu concevoir 1 iclee en faveur dc cette ville.
C est pourquoi, Messieurs, la chose la plus vile, I mgratitudc la plus noire qu on put imaginer, serait de ne point signaler et dc ne point loner nne oeuvre si cminemment utilc ;\ la societc luiniainc. En cffct, les avanljiges
que cet etablisseinent salutaire a deja commence a produire pour 1 Orient sont innombrables , tandis qu auparavant la jeunesse de cette ville , faute d avoir un moyen facile de s introduire dans le temple sacre de la science , source unique de la veritable civilisation et present de la religion catholique, etait obligee d entreprendre de longs et penibles voyages pour aller a la re cherche de la sagesse , ou bien, faute de moyens pecuniaires , etait condamnee a 1 ignorance, oil elle devait croupir dans la honteuse lethargic des passions les plus abjectes, unique science et seule etude en honneur dans ces contrees.
Mais a vrai dire, Messieurs, vouloir considerer tous les avantages que naturellement la science a toujours produits, serait chose trop longue , malaisee, et aussi peut-etre de nature a fatiguer votre bienveillante atten tion dans ce jour solennel. Je tacherai done et m efforcerai , autant que me le peraaettront 1 inferiorite de mes forces et les limites du temps pendant lequel il me sera donne , grace a votre particuliere indulgence , de vous entretenir de ce sujet, je tacherai , dis-je, de vous paraitre le moins ennuyeux qu il me sera possible.
Or, Messieurs, parmi tant de connaissances excellentes que pourrait-on trouver de plus utile et de plus agreable aux hommes que la science des belles lettres et surtout que 1 art de 1 eloquence ? L eloquence ne se deploie pas , comme les autres arts , en se renfermant dans des bornes determinees, mais elle ne connait aucune limite; tantot elle traite des merveilles de 1 univers, tantot elle decrit la grandeur, 1 orbite et les mouvements des astres, ou bien elle discourt sur les pierres , les metaux , les plantes , et parle avec etendue des animaux , des fleuves et des lacs. Mais pretends- je done vous enumerer dans un temps si restreint les avantages qu on a toujours vu decouler de cette noble science ? Ce serait la un vain desir et presque une temerite ; car pour y reussir les forces humaines ne suffiraient pas : tant sont grandes et multiples les ressources de 1 eloquerice !
Tournons, je vous prie, Messieurs, nos regards vers les peuples primitifs, qui ne suivaient que leurs instincts sauvages et feroces : si, sortant de leur barbaric naturelle , ils out embrasse une maniere de vivre plus paisible, s ils se sont unis par les liens de la societe civile, s ils out adouci leurs moeurs , a qui faut-il en attribuer la gloire , sinon a ceux qui les ont persuades par leurs discours et les ont charmes par 1 elegance de leur pa role ? Comment , sans 1 aide de la science , les plus sages legislateurs auraient-ils pu arracher au vice, a la licence, a l insubordination les peuples accoutumes a une vie dereglee , et les initier aux principes de 1 honnetete et de la justice , en les decidant a se soumettrc volontairement au Moderateur Supreme ? Ainsi Evandre, qui a eu 1 empire du Latium , ne Teut pas obtenu sans la science, par laquelle il s attacha cette nation. Et que dois-je dire de Numa, qui, en etablissant les lois immortelles des Remains, a demontrc combien est grande , vraie et singuliere 1 utilite de la science ?
Si done il en est ainsi, Messieurs, il faut forcement reconnaitre que, sans le concours des sciences, on voudrait en vain arriver a la civilisation, sans laquelle on peut a bon droit comparer I homme aux animaux des forets, comme on aspirerait en vain a conquerir un jour 1 estime publique sans 1 aide des belles-lettres.
Que les plus grand es actions de graces soient done rendues au haut merite de nos Reverends et zeles religieux, qui ont accompli en faveur des habitants de cette ville le plus bel acte de philanthropic qui fut possible, et su agir du maniere qu apres avoir obtenu 1 approbation unanime des gens de bieu, ils transmettent leur nom a la posterite la plus reculee. Oui, tant que durera 1 arnour des sciences et des lettres , leur nom et leur eloge ne periront pas dans la memoire des homines sages et reconnaissants.
Et vous, chers jeunes gens, si plus d une fois j ai cherche par mes paro les et mes exhortations a vous exciter a acquerir de precieuses connaissances, sachez que je ne 1 ai p? v s fait sans une raison grave et serieuse. Car tout ce que nous admirons dans cette universalite de choses, doit certaiuement correspondre a la fin particuliere pour laquelle tout existe. C est en s appuyant sur ce principe que 1 illustre Ciceron disait : de memo que le cheval est ne pour la course, le bceuf pour la charrue, et le chien pour la chasse, de mme I homme est ne pour la fatigue, pour le travail et surtout pour V etude des sciences. Si d ailleurs vous vous mettez a considerer avec attention les grands avantages qui en decoulent, vous serez forces d avouer que c est la 1 unique voie dans laquelle vous pourrez vous anoblir.
Courage done, dociles jeunes gens! Pourquoi tarder, pourquoi hesiter, pourquoi rester en suspens? Secouez toute mollesse d ame, aspirez a la gloire, marchez d un pas rapide a la sagesse. Mais dira peut-etre 1 un de vous, comment pourrons-nous y parvenir? Tandis qu autour de nous tout chancelle, tout menace, tout fait trembler, comment pourrons-nous vaquer sans crainte a nos pacifiques etudes? Non, n hesitez pas, je vous le dis, 6 braves jeunes gens. 11 est vrai qu un image couvre cette partie de I Oricnt ; mais bientot il sera chasse de ces regions australes vers les plages occidentales. Et alors, je vous le promets, vous pourrez, tranquilles sur le rivage, rcgarder impunement ceux qui sur la vaste mer lutteront centre les vents et centre les flots irrites : non pas que le spectacle des malheiirs d autrui doive jamais etre pourvotre esprit unhonteux sujet de plaisir, mais parce que ce sera pour vous une espece de consolation de vous sentir a 1 abri d un danger au milieu duquel vous en verrez d autres qui gemiront pleins d angoisse. Oh ! s il en est ainsi, que le bonheur de votre sort est assure et qu il est digne d envie ! Tandis que la guerre eclatera, comme un vaste incendie, presque sur tous les coins de 1 Europc, et que toutes les nations se disputeront la richesse, 1 empire, la liberte, et jusqu a la vie meme, en semant en tous lieux le carnage, la desolation, 1 epouvante et la
mort, parmi vous tout sera caline et tranquiile. Ni le fracas des arm.es, ni la detonation des engins de guerre, ni le tumultc des assaillants nc viendront troubler votre repos.
C est ainsi quo vous pourrez dans un calme propice nourrir plus facilement votre esprit de connaissances utiles, en rccueillant avec soin les prccieuses lepons que vous donneront cliaque jour des maitres habiles et infatigables. Jcunes gens, faites votre tresor de la science, enrichissez-vous en; car vous trouverez enfin 1 occasion de faire valoir le tresor que vous
aurez acquis.
(Du 8 aouf],
C est le. 9A juillet qu ont eu lieu les examens du College des Reverends Peres de Terre-Sainte a Alep : ils etaient diriges pour 1 arabe par Mr Elie Earage et pour 1 italicn par le P. Michel Archange de Lecce; les examinateurs etaient les Peres du Convent de la paroisse, joints a d autres personnes.
Quant aux eleves , dits pensionnaires , ils se presentment a I exameu dc la deuxieme annee scolaire les 29 , 30 et 31 du mois ; on examina d abord ceux du premier et du second cours de franpais , sous la presidence du P. Bernard d Orleans et d un autre Franciscain de Paris ; le 30 on passa les examens des premier et second cours d ltalien , de 1 un sous la presidence du P. Perpetue Damonte, italien, et de 1 autre, sous celle dudit P. Micliel Ange. Enfin le 31 eurcnt lieu le premier et le second examen d Arabe, sous la presidence d Elie Earage , et dans 1 apres-midi les deux examens de Turc, sous la presidence de Sciak-Talia-Calusi , professeur de langue turque.
Les examinateurs du premier cours franpais furent M. Vincent Marcopoli, consul d Espagne et de Portugal; M. Desire Villecroze, negotiant franpais, decore du Medgidie ; M. Auguste Geoffrey, M. A. Zanchetta, et Antoine de Gantuz-Gubbe ; ceux du second cours, M. J. Paurricre, agent des Postes franpaises, M. Isidore Villecroze et un Pere de la Pa roisse. Les examinateurs du premier cours de langue italienne furent le chevalier V. Tommasini, consid d ltalie, le docteur Barnabei, et Antoine de Gantuz-Gubbc, qui pronoupa un petit, mais eloquent et beau discours pour encourager les jeunes gens. Les examinateurs du second cours d italien etaient MM. Nicolas Marcopoli, Zanclietta et Erederic Voker, nego ciant; ceux des deux cours d arabc, M. Marnach, poete d Alep, et une autre personne ; ceux du cours de langue turque, un interprets, un Antabin et un Turc.
Le dimanche 4 du mois courant on a precede a la distribution dcs prix, apres deux representations dramatiques, Time en italien, de la piece de Metastase intitulee : Joseph reconnu, et jouee par Benjamin Villecroze (dans le role de Joseph), Georges Aggiuri (dans celui de Tan etc), Gabriel Huri (dans celui de Juda), Alfred Gerardi (dans celui de Simon), Gozalc Habib
(dans cclui d Asemcta) et Charles Sola (dans celui de Benjamin); 1 autre, en franfais, debitee par les eleves eux-memes devant une nombreuse assis tance, composee du fils du paclia civil, de Hafns, pacha militaire, des consuls des diffcrentes nations et de beancoup d antres europeens res pectables uvec Icurs families, qui se felicitaient des progres faits par les eleves ; on distribua cnsuite les prix , ct la ceremonie se termina par de cordiaux remerciements adresses aux Reverends Peres.
Le 5 aout, lendemain de cette solennite , le P. Bernard, le P. Perpetue et nn antre partirent pour Beyrouth par la voie d Alexandrette, aim de visiter eette capitale, le mont Liban et d autres lieux. On espere que leur absence sera de tres-courte duree.
Qui cut pu croirc que dans ces deux annees les lleverends Religieux fussent parvenus a fairc prosperer 1 etude non-seulement des langues europeennes, mais ineme des belles langues orientales? Qu ils vivent done, ces excellents Peres, afin d eclairer et de civiliser de plus en plus nos enfants, puisqu ils out pousse le dcvouement et la charite jusqu a quitter leur patrie, leurs parents ct 1 Europe, pour venir vivre duns les deserts et parmi des Turcs fanatiques.
DEPART DE MISSIONNAIKES
EN SEPTEMBHE, OCTOBHE ET XOVEMBEE 1861.
Pour 1 Afrique ceiitrale , le P. Jean Reinthaler de Ducla, avec 33 compagnons ; pour le mont Liban, les Peres Mathieu Lesicki, polonais de 1 Observance (province dc Bologne), ct Michel Angc Giuntoli dc Pescia, de 1 Observance (province de Toscane) ; pour 1 Egypte, le P. Joseph de San- Ilemo, Observantin de la province de Rome, avec deux Tierciaires Franciscaines, soeur Marie Candide de Saint Pierre d Alcantara, et soeur Marie Celeste de Saint Antoine ; pour la Tcrre-Sainte, le P. Emmanuel de Chiaravalle, avec les deux freres lais Nicolas dc Montefortino et Jean de Sirolo, Observantins de la province des Marches ; et cnfin, j)our 1 Albanie, les Peres Bonavcnture d Offida, Observantin do la province des Marches, et Pierre de Cogorno, Observantin dc la province de Genes.
QUATEIEME P ARTIE.
Dialogues avec des negres de la tribu des Kic, a la station de Santa- Croce 1 . {Mission Franciscaine de VAfriqus Centrale).