‹ Annales des missions franciscaines Volume 2Chapitre 16 sur 99 · TARTARIE · texte numérisé non relu

TARTARIE

Histoirc de la mission que remplit en 1253 aupres des Tartares le Fr. Franciscaiii Guillaurae Rubriquis on Ruysbroeck, de la Province de Elandre.

Immediatement apres les Er. Jean de Pian-Carpino et Lau rent du Portugal, le plus grand missionnaire et en meme temps le plus celebre voyageur qui ait visite la Tartarie, celui qui, comme le premier, nous a laisse les plus interessants souvenirs de sa peregrination apostolique, c est sans contredit le Fr. Guillaume llubriquis ou Ruysbroeck, ne dans le Brabant en 1220. Youlant donner a nos lecteurs succinctement son liistoire, comme nous Tavons fait pour ceux-la, nous commencerons par signaler la veritable raison qui le decida a entreprendre cette difficile et laborieuse mission. Or, pour peu que 1 on connaisse Fbistoire de cette epoque, on aura certainement remarque qu 7 apres le voyage des premiers missionnaires Pranciscains en Tartarie , le bruit se repandit dans toute FEurope, avec beaucoup de persistance, que non-seulement cos peuples etaient fort disposes a embrasser la foi catholiquc, rnais que de nombreuses et eclatantes conversions s etaient operees parmi eux, telles que celles de Mangu-Ivhan , successeur de Cuyuk dans la dignite imperiale, de sa mere, de son premier secretaire, et du prince Sartak, fils de Batu, qui rognait entre le Tanai et le Volga 1 . Ces nouvelles remplirent de joie tous les chrctiens, et suriout les croises de Pa lestine, qui comprenaient a merveille que la conversion dc la nation Tartare an catholicisme leur procurait Tappui le plus

) Voir Hainaldi, annoe 12i 3, et Wadding, i::id.

solide ct le plus sur qu ils pussent desirer centre les Sarrasins, et leur permettrait bientot de s en debarrasser pour toujours, en recouvrant entierement les Saints-Lieux, et en retablissant le royaume latin de Jerusalem. Mais celui qui en concut les plus riantes esperances , ce fut S* Louis, roi de Prance : la premiere ambassade qu il avait envoyee a ces princes barbares, en la personne d Andre de Lonjumel et de ses compagnons, ireres Dommicains 1 , n avait produit que des resultats contraires a ceux qu/il attendait; neanmoins, en apprenant ces consolantes nouvelles, il resolut d en envoyer une seconde , dont il chargea le Pr. Guillaume Kubriquia et son compagnon Barthelemi de Cremone , avec des lettres d amitie et de paix, par lesquelles il cliercliait a instmire Sartak des principaux articles de notre foi , et le priait en meme temps de se faire Fami des chretiens , en s alliant avec eux centre les ennemis de la croix. Mais afin de ne pas exposer sa dignite de roi a Taffront qu elle avait essuye lors de la premiere ambassade, les deux Pranciscains devaient cette fois agir de maniere a paraitre ne se presenter que par Fordre de leurs superieurs 2 . Quand tout fut ainsi regie avec eux, ils se mirent sans delai en route le 7 mai 1253 , voguerent de Constantinople sur la mer Noire et aborderent a Soldaia.

S^etant ensuite muni de cinq chariots converts , dont deux devant servir de lits, et d un pareil nombre de clievaux de selle, le Pr. Krubriquis, sans autre equipage, avec les deux religieux ses compagnons, un intreprete et un domestique, se dirigea le l er juin vers la Tartarie, et commenca des le surlendemain a se trouver parmi les peuplades de cette region; et a leur vue , dit-il, il me sembla entrer dans un nouveau monde 3 . Ici nous regrettons vivement de ne pouvoir rapporter litteralernent les details bizarres qu ; il nous fournit en dix chapitres sur les Tartares et leurs habitations 4 , sur leurs

r ) On sait comment, arrives a la cour Tartare pen apres la mort de Tempereur Cuyuk , ils furent regus par la rtfgente Ougul ; elle affecta de les considdrer siniplement comine les envoyes d un roi qui par cette arabassade se reconnaissait trihmtaire des Tartares; en consequence, lorsqu ils prirent congd d elle et de son ills, proclame empereur, celui-ci leur donna pour S -Louis des lettres oil il lui eiijoignait d 1 envoj r er d^sormais un tribut annuel en or et en argent, sous peine, en cas de refus, de voir passer ses sujets au fil de r^pee. Voir Joinville, Hisloire de St-Louis. pag. 102; et Hue, Le christianisme en Chine f etc., torn 1, chap. VI.

2 ) Voyage de Rubriquis en Tartarie, chap. 1. Paris, par Pierre Bergeron, 1634.

3 ) Chap. I. 4 ) Chap. 2.

lits et leurs vases a boire 1 , sur la nature cle leurs boissons et la maniere dont ils s excitent mutuellement ft s enivrer 2 , sur leurs aliments 3 et en particulier le lait de jument, quails appellent Cosmos 4 , sur les animaux dont ils se nourrissent, sur leurs chasses et les ornernents dont ils se parent, surtout les femmes 5 , sur leurs manages 6 et sur la maniere de rendre justice et de donner la sepulture aux morts 7 . Car ces inissionnaires du moyen age nous ont laisse de ces peuples un portrait si exact, si ressemblant, qu aujomxFhui meme, quand on parcourt ces contrees, on trouve encore qu il repond a la realite 8 . Mais nous n avons pas le courage de pas ser outre, sans communiquer aux lecteurs au moins quelques donnees qui prouvent avec quelle precision ils ont redige leurs recits. // Et d abord, dit Rubriqms, les Tartares n ont point de demeure permanente, de sorte qu ils ne savent point du jour au lendemain ou ils fmiront leur sejour. Cependant chaque chef de horde connait les limites dans lesquelles il doit se renfermer durant Fune ou Fautre saison de Fannee; car de meme que, a Fapproche de Fhiver ils descendent vers le inidi, de meme, avant Fete, ils se retirent dans les froides regions du Nord : leurs maisons en bois , larges a la base et etroites an faite , a Finstar d une cheminee , sont placees sur un systeme de roues que peuvent tirer des boeufs, et ont devant la porte une toile de feutre sur laquelle ils peignent des fleurs, des arbres, des oiseaux et cFautres aniinaux de fantaisie. Mais ces maisons la appartiennent a des chefs; les autres , en forme de cone, sont beaucoup plus petites, de sorte qu un seul boeuf suffit pour les trainer. // Quant a la maniere de chasser des Tarta res, la voici. LorsqiFils veulent chasser, continue le Erere, ils se reunissent en grand nombre pres de la partie de la plaine on ils savent que se tiennent les animaux ; puis ils forment un cercle immense quails retrecissent peu a peu, jusqiFa ce quails les enfermeiit comme dans un filet, et quand ils s en trouvent assez rapproche s, ils les tuent au javelot . Mais voyons quelle etait la forme des vetements des Tartares. // Ce sont poursuit Kubriquis, de grandes tuniques, fermees sur le cote droit, comme celles dont usent les Turcs se ferment sur le cote gauche; et en cela, il y a peu de difference entre les hommes et les femmes : seulement celles-ci portent sur la tete

M Chap. 3. -- 2 ) Chap. 4. -- 3 ) Chap. 5.--*) Chap. 0. -- ) Chap. 7 et 8. r> ) Chap. ,). - - 7 ) Chap. 10. - 8 ) D avezac , relation des Mongols ou Tarta res , [i. ir^i. 9 ) Chap. 2 cit.

une tres-haute coiffure, tellement qu a les voir de loin, quand elles sont a clieval, on dirait qu elles ont le kepi et la lance levee; elles montent, du reste, a clieval comme les liommes 1 . Quant au reglement des differencls , voici comment ils y proeedent. Lorsqu une dispute s eleve entre deux Tartares pour une cause quelconque, il n est permis a personne d y intervenir, pas meme ~au pere en faveur du fils : mais celui qui a recu Finsulte ou le dommage, en appelle au tribunal du chef; efc cela fait, il devient, sous peine de la vie, inviolable pour tout le monde; mais il est en meme temps oblige de mener en prison celui contre qui il demande justice. Neanmoins ils ne punissent jarnais de mort que celui qui est surpris en fla grant delit ou qui fait Faveu de son crime" 2 . // Enfin, voici comment notre religieux rend compte des ceremonies que les Tartares pratiquent envers leurs morts. // Lorsque, dit-il, Fun d eux vient a mourir, ils le pleurent avec force cris et hurlements , et sont pendant toute cette annee exempts de tribut. Mais quiconque est par hasard temoin de la mort, doit bien se garder, si le defunt est un homme fait, de mettre cette annee la le pied dans le palais du Khan ; si le defunt est un enfant, cette interdiction est limitee a la duree d une lime. Ils apportent ensuite pres de la tombe une case ou liutte du defunt; mais si c est un noble, ils ne font jamais connaitre le lieu precis ou ils Fenterrent, bien quails batissent aux alentours un logement qu occupent ceux qui sont charges de garder la tombe. Usage contraire a celui des Comans, qui elevent un monticule de terre sur la sepulture du defunt , et y posent sa statue , le visage tourne vers Forient , et la main tenant une coupe penchee vers le nombril. Aux riches et aux grands ils dressent de hautes pyramides ou maisons a pointe, ou des tours en briques , la ou Fon manque de pierres. <Pai vu un tombeau de ce genre, dans lequel se trouvaient jusqiFa seize paires de chevaux attaches a de grandes perches, quatre de chaque-cote, avec du Cosmos a boire et de la viande a manger; quoiqu^on me dit que le defunt avait recu le bapteme ! Je rencontrai aussi du cote de Forient d autres tombeaux que figuraient de grands edifices en pierre, les uns carres , les autres circulaires , avec quatre hautes pierres sur les cotes , comme pour designer les quatre parties du monde 3 . // C est en observant ainsi tout ce qui lui parait digne d attention chez ces peuples, que le sage Pranciscain commence la narration

) Chap. 8 cit. -) Chap. 10 cil. - 3 ) Chap. 10.

de son voyage et des aventures qu il rencontre 1 , a partir de Soldaia jusqu au camp de Sartak, c est-a-dire dans uu voyage de plus de deux mois, sans jamais se reposer dans line inaison ou sous une tente, toujours en plein air on sur les cliariots tartares , ne voyant pas la moindre trace de villes, de bourgs on d habitations quelconques, mais seulement d enormes tumu- Ins regorgeant d ossements humains 2 . II arriva enfin au camp de Scakatai , officier de Sartak , qui voulait a tout prix connaitre la teneur des lettres que liubriquis portait a son maitre; mais pen satisfait encore, il tacha de savoir ce que Fenvoye europeen lui clirait de vive voix; celui-ci repondit que sa mis sion ne se rapportait qu a la religion catholique. Alors Scakatai se montrant curieux de savoir ce que c etait la religion catho lique, continue le pieux religieux, // je nie mis a lui expliquer, le mieux qu il me fut possible, le symbole de notre foi, par Fintermediaire de mon truchement, qui etait mallieureusement depourvu d^esprit et d^eloquence ; mais Scakatai , apres F avoir ecoute attentivement, finit par branler la tete, sans proferer une parole 3 . // En verite, dit a ce propos le savant abbe Hue, c est une cliose singulierement consolante de voir ces moines, aussi prudents ambassadeurs que zeles missionnaires du christianisme, qui, tout en poursuivant leur chemin, annoncaient, suivant Tardent desir de leur cosur, les verites de FEvangile aux nations barbares, au milieu desquelles ils passaient 4 . // On est saisi de pitie a la vue de Fetat miserable d un grand nombre de cliretiens quails trouverent plonges dans une telle ignorance et dans des superstitions si grossieres, qu^on ne saurait rien imaginer de plus repugnant. Ainsi, pour en citer mi seul exemple, les Moscovites et les Hongrois craignaient de ne point pouvoir se sauver, s ils buvaient dn cumiz; cela equivalait, dans leur maniere de voir, a une veritable apostasie! II parait incroyable, mais il n est que trop vrai que Eubriquis et ses compagnons ne parvinrent point a les desabuser de leur erreur a cet egard. Us partageaient ces superstitions avec les Sarrasins, a tel point que Fun d eux, s etant converti et ayant ete parfaitement instruit de la foi, se refusa, a cause de cette boisson , a recevoir le bapteme 5 .

Cependant nos missionnaires, bravant la faim, la soif et une foule d incornmodites de toute espece, s avancerent avec cou rage vers FOrient, passerent le Tanai dans de petites barques,

M Chap. II.- 2 ) Chap. !!.--) Ibid.

4 ) l.c Cti/ istianisnic fin Chine, etc., vol. 1, chap. VI. - - 3 ) Chap. 13.

et arriverent enfin au camp de Sartak. Une des premieres ques tions que le lieutenant de ce prince leur adressa fut pour savoir quel etait le plus grand monarque des chretiens occidentaux ; et Eubriquis ayant repondu, Y Ewpereur de France \ ce n est pas empereur, repliqua-t-il , mais roi que vans deviez dire : ce qu il avait appris, continue le missionnaire, de Baudouin du Hainaiit . A son tour Eubriquis lui demanda si Sartak, comine le bruit en avait couru en Occident, etait vraiment chretien; et il cut pour reponse qu il etait non chretien mais mogol; d ou il parait que les Tartares remplacaient le nom de la religion que Fon professait par celui du pays ou Fon etait ne. Einalement, lorsque ce prince consentit a les recevoir en sa presence, il temoigna le desir qu ils se rendissent pres de lui avec leur chapelle portative et les livres de leur foi. En consequence, Eubri quis, ayant a la main une belle Bible que lui avait donnee saint Louis, et un psautier de grand prix, tout historic de charmaiites images de dilferentes couleurs, clout lui avait fait cadeau la Eeine, son compagnon le Er. Barthelemi de Cremone, avec le missel et la croix, et 1 acolyte avec Fencensoir, tous revetus de leurs ornements sacres, se dirigerent processionnellement vers sa tente. Lorsqu ils s en appro clierent, la toile de feutre deroulee devant la porte fut levee, afin que tous piissent jouir de ce solennel spectacle, jusqu ; a ce qu arrives an senil et avertis de bien se garder de le toucher, ils furent invites a entonner quelque cantique de benediction pour le prince. Ils se mirent alors a chanter le Salve Recjina, en Fhonneur de la glorieuse Mere de Dieu. On ne saurait dire combien tous les Tartares resterent ravis de cette scene religieuse, apres laquelle ils se plurent a examiner miniitieusement les riches ornements et les livres des religionx; puis Sartak, prenant la Bible dans ses mains, demanda a Eubriquis si c etait la FEvangile. Je repoudis, dit le Erere, que ce livre contenait toute TEcriture Sainte 2 . Et au meme moment je lui presentai les lettres de S fc Louis traduites en arabe et en syriaque. Apres les avoir lues, Sartak fit repondre le lendemain aux religieux que, quant a demeurer dans ces contrees, il fallait quails en obtinssent la permission de son pere Batu, a la residence duquel il les ferait accompagner 3 . C etait sur les rives du Yolga. Quand il y arriva , Enbriquis fut frappe d etonnement en voyant le camp du prince convrir, sur une longueur de quatre a cinq licues, un cspace plus etendu qu une grande ville, avec une population innom-

M Chap. 17. *} Ibid. - 3 ) Chap. 17 et 18.

brable 4 . Conduits a la tente qu occupait Batu, les religieux i urent invites a entrer, mais a pieds nus, en gardant toutefois notre habit, dit le Frere (privilege que n avait point obtenu riotre confrere Jean de Pian-Carpino ) . Cette scene emerveilla tons les Tartares, qui nous regardaient fixement et en silence; lorsque nous fumes pres de Batu, qui nous considerait de son trone avec la plus grande attention, j eus ordre de dire a genoux ce que j etais charge de lui transmettre. Lors je commencai en ces termes : //Seigneur nous prions Dieu, de qui tout bien precede et qui vous a fait don de toutes les richesses terrestres que vous possedez, de daigner maintenant vous accorder les richesses celestes , sans lesquelles les pre mieres ne peuvent servir de rien. Mais il ne vous sera donne d acquerir celles-la qu en vous faisant chretien; car Dieu a dit : celui qui croira et sera baptise, sera sauve; celui qui ne croira pas et ne sera pas baptise, sera condamne" 2 . // Mais Batu se mit a rire de ces paroles du missionnaire , et avec lui tous les mogols presents , qui , se frottant les mains , donnaient clairement a entendre quails se faisaient un jouet des saints religieux 3 . Apres cela, R-ubriquis lui exposa les motifs de son ambassade; mais quand il parla de la faculte de demeurcr dans ces contrees et d y precher la foi, Batu repondit, comme Favait deja fait son ills Sartak, qu il n etait pas en son pouvoir de Faccorder, et que, pour Fobtenir, il fallait qu ; ils s adressassent a Mangu-Khan, empereur supreme, el eve au trone en 1250 4 .

La-dessus ils n hesitent pas a se diriger aussitot le long des rives du Volga vers la cour de Mangu , dans un voyage de plus de cinq semaines, fait presque toujours a pied, et souvent sans aliments pour se sustenter. A ces souffrances se joignirent ensuite un froid intolerable, et la funeste nouvelle que leur transmit leur guide, en leur annoncant qu j ils devraient encore marcher pendant plus de quatre mois pour arriver a leur destination, dans un pays ou Fhiver etait si rude qu on y voyait se fendre jusqu^aux arbres et aux pierres. En consequence, cet homme leur demanda s ils avaient assez de courage pour aller en avant; a quoi les intrepides Apofcres repondirent qu avec la grace de Dieu ils s en sentaient bien asscz pour endurer ce que supportaient les autres hommes 5 . Munis d une grande veste et de culottes de peau de mouton, et de bottes de feutre, avec un ample manteau de la meme etoffe, ils s avancerent done

) Chap. 21. - - 2 ^ Ibid. - - *} Ibid. - - ) Ibid. - - *) Chap. 24 et 2:>.

hardiment, n ayant pour se nourrir durant toute cette parti e d un si long voyage que du millet, de Feau et du cuiniz 1 , jusqu a ce qn enfin le ciel voulut qu ils arrivassent a la cour de Mangu- Khan. La Rnbriqnis, voyant pres du palais imperial un edi fice surmonte d une croix, en ressentit dans son ame, dit-il, > une joie si vive qu on ne saurait Fexprimer par des paroles. C est pourquoi, pensant que ce devait etre le signe d une grande chretiente . fentrai dans le monument avec une sinsnliere

anxiete; mais apres y avoir remarqne un autel magninquement orne, avec les images du Sauveur, de la "Vierge, de saint Jean-Baptiste et de beaucoup d^anges, historiees sur des etoffes brodees en or et parsemees de pierres precieuses , et de plus une grande croix d argent au milieu de Fedifice, je n y trouvai personne qu un moine armenien, have, stupide, et seuleinent convert jusqu^a mi-jambes cVune tunique grossiere. Neanmoins avant dele saluer, nous nous jetames a genoux et nous chantames I Ave Regina Ccelorum , priere a laquellc il s unit. Nous nous saluames reciproquement et nous commencames a causer, a cote d un brasier 2 . Le moine pria llubriquis d^ engager Mangu ji se faire chretien , en lui promettant que le roi de Prance et le Pape se declaraient Tun et Fautre ses snjets. A cela notre religieux repondit : je mVfforcerai tres-volontiers, 6 mon Prere, d amener le Khan a la religion cliretienne; c est pour ce motif que je me suis rendu ici; je lui promettrai, si vous le voulez, que, s il recoit le bapteme, les Prancais comme le Pape s en rejouiront grandement, qn ils le reconnaitront et le traiteront en frere , mais non qu ils pourraient devenir ses sujets et ses tributaires; car, en agissant de la sorte , j^agirais contre ma conscience et Fobjet de ma mission. Apres une pareille reponse , le moine n osa plus insister 3 .

Sur ces entrefaites vint le jour oii les religieux devaient etre presentes a Mangu; c etait le 4 fevrier 1254. On enleva la toile de feutre qui couvrait la porte de son palais , dit Kubriquis, et nous y entrames, en chantant Fhymne :

A solis ortus cardine Ad usque terras lirnitem , Christum canamus principem, Natum Maria Virgine 4 .

Le Khan, homme de moyenne stature, au nez un peu epate et releve, age d^environ quarante-cinq ans, etait assis sur un

) Il)kl. -) Chap. 30 et 31. -- = i Ibid. 4 ) Ibid.

petit lit, richement vetu, ayant a ses cotes line de ses lilies, nominee Cyrine, egalement assise, et dans mi autre lit voisin, plusieurs enfants qui se reposaient 1 . II fit apporter aussitot, pour faire honneur a ses notes, du cumiz, de Fhydromel et du vin de riz , venu de Chine; quand ils en enrent bu, Manga adressa a Eubriquis line foule de questions sur Fobjet de son voyage, et demanda quelles etaient les dispositions du Pape et de tons les autres princes occidental!* a Regard des Tartares. Mais le cumiz avait telleinent alourdi Firitelliffenee et

embarrasse la langue des interpretes, qu il etait absolument impossible de comprendre ce quails disaient // de sorte, ajoute Eubriquis, que tout ce que je compris, c est que mon interprete etait ivre, et que Fempereur ne Fetait pas moins" 2 . // Les saints missionnaires remarquerent ensuite que le Khan et toute sa famille etaient indifferents pour toutes les religions, dont les ministres , Nestoriens, Sarrasins , Bonzes ou Lamas, se rendaient a la cour , afin de prier pour un prince qui leur faisait distribuer tout ce dont ils avaient besoin. Un jour cependant il appela en particulier les religieux , et quand ils furent en sa presence, il voulut quails lui chantassent quelque hymne catholique. Ils entonnerent done le T eni, Sancte Spiritus , tandis que Marign s amusait a examiner minutieusement leur Breviaire et la Bible, bien qu ils n attendissent rien de cet examen. En eftet, il dit peu apres nettement a Eubriquis que tous les hommes de sa cour devaient, puisqu^ils adoraient tous le meme Dieu, etre libres de I houorer de la maniere qui leur plaisait le mieux. Neamnoins , quand le prince tartare se transporta quelque temps apres avec sa cour a Karakorum, les missionnaires tinrent a Fy suivre. Cette ville parut a Eubri quis inferieurc a celle de saint Denis en France, dont 1 abba ye, dit-il, est* mille ibis plus considerable que le palais entier de Mangir*. Elle se composait de deux grands quartiers, Tun dit des Sarrasins, ou se tenaient les marches et les foires, I autro dit des Chinois, qui Fhabitaient, ainsi que des artisans de tous les metiers. Les religieux remarquerent ensuite, entre autres edifices, douze temples paiens de diverses nations, deux mosquees et une eglise nestorienne 4 .

Mais cctte ibis la Providence voulut menager aux saints missionnaires ^occasion de faire une proi ession solennelle de leur foi en presence de Fempereur Mangu et de toute sa cour. En cffet, il appela tous les chefs des nombrcuses sectes reli-

) Ibid. - - 2 ) Ibid. - - 3 ) Chap. 42. - ") Ibid.

gieuses qu il tolerait dans son empire , et leur ordonna d entamer devant lui entre eux et avec les envoves de saint Louis,

une discussion publique.sur la vraie foi, afin de reconnaitre parmi tant de religions quelle etait la vraie; et il voulut en meme temps qiFon lui en remit le symbole par ecrit. II y avait des Mahometans, des Bouddhistes , des Nestoriens et Eubriquis avec ses compagnons, qui tous obeirent. En con sequence, la veille de la Pentecote, ils se reunirent en tresgrand noinbre dans une grave assembled, avec trois juges depu tes par Mangu, un Chretien, un Musulman et un Bouddhiste, qui defendirent severement a ses membres , au nom de leur inaitrc, de s injurier, ou d entraver de quelque maniere que ce fut la liberte de la discussion 1 . Et sur le champ Rubriquis, jete a dessein au milieu de tous ces Bonzes, ces Imans et ces docteurs Nestoriens ., fut invite a entrer en discussion avec un des premiers, qui etait venu de la Chine. Celui-ci, se mettant debout , interpella ainsi le Franciscain : // Mon ami , par quel point de doctrine voulez-vous que nous commencions? Par la creation du inonde ou par les destinees des ames apres la mort? // II ne me semble pas vraiment, repondit le missionnaire , que tel doive etre Fobjet de notre controverse. Car, etant admis que toutes choses viennent de Dieu, principe et source de toute la creation, il est clair que c est par lui qu il convieut de comrnencer, puisque nous n en avons pas la meme idee , et que Mangu-Khan desire savoir lequel de nos Dieux est le meilleur. // Les iu;es lui avant donrie raison.

n se mit a demontrer Fexistence et Funite de Dieu par des arguments philosophiques. Quand il les cut developpes, le Bonze Chinois s ecria : // Mais il faudrait etre fou pour n admettre qu un seul Dieu ! II appartient aux sages d en reconnaitre plusieurs; car dans le monde n y a-t-il pas plusieurs princes, plus ou moins puissants , au-dessus desquels tous est Mangu-Khan ? II faut en dire autant des Dieux. Quel serait done ce Dieu unique dont vous parlez? // Eubriquis, prenant la parole, commenca a en retracer les souverains attributs, et en particulier la toute puissance. Mais le Bonze, elevant plus haut la voix, protesta ne pas comprendre ce qiFetait ce Dieu tout-puissant. //Ainsi done, reprit Eubriquis, vous etes force d avouer qiFil iFy a pas un seul de vos Dieux qui puisse vous garantir des maux? Cela pose, a quoi sert la priere? A quelle fin honorez-vous Dieu d^un culte? // Ces considerations decisives eu-

irl.; chap. 43.

rent une si grande force sur les juges et sur tons les autres auditeurs, y compris le Bonze qui avait soutenu la lutte, que le Eranciscain fut unanimement declare vainqueur. Apres llubriquis , ce furent les ISIestoriens qui entrerent en lice avec les Mahometans. Mais ceux-ci protesterent qn il n y avait point de discussion possible entre eux et les premiers , puisqu ils admettaient la verite de la loi des chretiens et de tout ce que contient 1 Evangile, ainsi que Fexistence d un Dieu unique, auquel ils s adressaient cliaque jour par la priere. Cette confe rence terminee si promptement, ajouta Rubriquis , ils se mirent a chanter ensemble a haute voix, a Fexception des pa iens , qui n eurent point le courage de dire un mot, quoiqu ils commencassent bientot a boire lar^ement avec les autres 1 .

Cependant le lendemain Mangii fit appeler Tintrepide mis-

sionnaire Franciscain , et quand il 1 eut en sa presence, il lui

parla en ses termes : Vous devez savoir que nous Mogols

nous cro} r ons en un seul Dieu , pour lequel nous vivons et

nous mourons, ayant sans cesse nos coeurs tournes vers lui. //

n Qu^il vous en fasse la grace , interrompit adroitement Eu-

briquis , sans cela ce que vous dites ne saurait etre. n Et

Tempereur continuant : // comme le meme Dieu , dit-il , a muni

la main humaine de plusieurs doigts , ainsi il a ouvert aux

hommes plusieurs voies pour arriver au ciel : FEvangile aux

chretiens , qui ne Fobservent pas , et la divination aux Mogols,

qui accomplissent fid element tout ce que leurs devins leur pre-

scrivent, et jouissent par la d^une paix parfaite. n II conclut en

disant que , comme il y avait deja longtemps que Eubriquis

et ses compagnons demeuraient dans ses Etats , ils n avaient

plus qu a se disposer a en sortir. Des lors, dit le saint mis-

sionnaire , je pris conge du Khan , pensant que, si Dieu m arait

accorde la grace d operer des miracles semblables a ceux de

Mo ise , faurais eu le bonheur de le convertir 2 . Mais quand

llubriquis lui demanda, si apres avoir porte sa reponse au roi

de Erance qui F avait envoye, il pourrait revenir en Tartarie

]>our donner ses soins aux chretiens qui y etaient etablis, Mangu

fit semblant de ne point le comprendre. Toutefois il lui ofirit

trois vetements pour son usage durant sa route. Lc saint reli-

gieux partit le 8 juillet 1254, laissant neanmoins dans le pays

le Er. Barthelemi de Cremone, qui ne voulut plus rctourner

en Occident 3 . Chemin faisant , il rencontra sur la fin du mois

d^aout Sartak, qui se rendait a la cour dc 1 empereur , ct. qui,

l ] Ibid. - ) Ibid.(rlio|>. i4. -) Ibid. chap. 47.

manifestant une joie extraordinaire de le revoir, lui fit don de deux vetements de soie , Fun pour lui, Fautre pour le roi de Prance 1 . Le 16 deceinbre il arriva au camp de Batu , d ou il gagna le Caucase , traversa FArmenie et la Syrie, et arriva le 15 aout 1255 a son couvent de saint Jean d Acre , on il ecrivit la relation de son voyage et de sa mission 2 .

Tel est en abrege Fhistoire de la mission du Fr. Guillaume Rubriquis pres du grand Khan des Tartares, mission dont il Tie faut point considerer les resultats comme mesquins et peu importants pour la foi catliolique dans ces contrees. Pour s en convaincre, il n j a qu a songer que c est la ferraete avec laquelle ce missionnaire sou tint a Kara-Korum Fexistence et Funite de Dieu centre la pretendue pliilosopliie des bonzes chinois, qui lui a acquis une telle reputation parmi toutes ces tribus, et leur a donne une si haute idee de la sagesse et de la vertu des pretres de FEglise Romaine, qu elle se repandit a travers ces immenses regions jusqu en Chine. II s ensuivit, comme nous le rapporterons dans un autre article de cette Chronique*, que peu de temps apres, Kublai-Khan, empereur supreme de tous les Mogols et du vaste empire celeste, qu il s^assujettit par la force des armes, envoya au Pape drs messagers charges de lui demander bon nombre de missionnaires, pour enseigner a ses peuples la veritable phi losophic et la religion. Nous avons vu, en outre, avec quelle adresse il travailla, durant son voyage dans ces vastes regions vers le lieu de sa destination , a instruirc ceux qui Faccompagnaient des verites de notre foi; c etaient des etincelles qui contribuerent aussi jusqiFa un certain point a faciliter le ministere de ceux qui remplirent plus tard parmi ces peuples le role de predicateurs de FEvangile , et y recueillirent, on pent le reconnaitre, des fruits de vie eternelle assez abondants et bien admirables 4 . II importe encore de faire mention des baptemes, des confessions et des communions que le P. liubriquis administra dans cette ville de Kara-Korum aux Paques de 1254, et il convient ineme de citer a ce sujet ses proprcs paroles. II y avait la, dit-il, un grand nombre de chretiens de toutes les nations, Hongrois, Alains, llusses, Georgiens et Armeniens, qui n avaient plus participe a la sainte commu nion, depuis quails s etaient etablis dans ces contrees. C ; est

J ) Ibid. -- 2 ) Ibid. chap. 51. - - 3 ) Voir en attendant le chap. IV du livre II de notre Histoire des Missions Franciscaines. - 4 ) Voir les vol. I, II, III et IV de notre Histoire des Missions Franciscaines,

pourquoi dans le conrs de la Semaine Sainte et a Fapproche de la fete de Paques, ils me prierent instamment de vouloir bien celebrer la Messe, apres avoir entendu leurs con fessions. Je condescendis volontiers a leur desir, en me servant d un interprets pour leur rappeler le mieux qu il me fut pos sible les dix commandements de Dieu, les sept peclies capitaux, et les autres principaux articles de notre religion, qn/il est necessaire de bien connaitre pour que la confession soit valable, et pour exciter le cceur a la contrition. Seulement, quant au peche du vol, ils s en excusaient en disant qu il ne leur etait pas possible de vivre sans le commettre, puisque leurs maitres ne leur fournissaient ni la nourriture ni les vetements dont ils avaient besom, et qu ils n y trouvaient une compensation que dans ce qu ils parvenaient a leur dcrober, sans qu ila s en apercussent. Considerant done qu en agissant ainsi, ces maitres etaient les iniques usurpateurs des biens de ces pauvres gens, je dis a ceux-ci quails pouvaient en con science prendre les choses necessaires a la vie; et cette doc trine, je n eusse pas hesite a la soutenir, en cas de besoin, devanfc le grand Khan lui-meme. D autres etaient soldats, et s excusaient, aussi par cette raison de la misere, d avoir embrasse le metier des armes. Je les encourageai par des paroles affectueuses, en leur defendant seulement de combattre centre les cliretiens leurs freres, ou de leur causer aucun dommage ; je les exhortai a etre plutot prets a mourir, pour devenir ainsi les martyrs du ciel, et a ne pas craindre d etre accuses aupres du grand Khan, devant qui je les defendrais, meme par des predications solennelles. Et ces paroles, je les prononcai en presence des Nestoriens qui etaient la, ne doutant point qu ils ne les rapportassent aussitot a Mangu 1 . Cependant Forfevre maitre Guillaume de Paris, que j^avais rencontre a Kara-Korum, nous avait procure un fer a hosties et quelques ornements d eglise. C^est encore lui qui avait sculpte, dans le gout francais, une belle image de la Yierge, autour de laquelle il avait finement burine Fhistoire de FEvangile, et un petit ciboire en argent, pour y renfermer la Sainte Eucharistie; en outre, il nous avait arrange un petit oratoirc, mervcilleusement orne et historie de traits de la vie des Saints. Quand j eus beni chaque objet, je fis faire quelques hosties a, notre usage, et me servant du baptistere que les Nestoricns m^ avaient cede dans leur eglise pour y celebrer, j y offriy le Jeudi- Saint le sacrifice non sanglant avec un calice et uiir patenc en argent d unc grandeur

a ) Chap. 40.

extraordinaire. J en fis autant le joui de Paques, ou je distribuai la communion au peuple et lui donnai la benediction, apres avoir deja baptise la veille plus de soixante personnes, avec grande pompe et dans un ordre parfait, a la joie inexprimable de tons les chretiens 1 .

Nous pourrions terminer le present article, s il ne nous paraissait important de signaler plusieurs details d un interet general pour Fhistoire, qui se trouvent dans la relation de Tintrepide voyageur et saint missionnaire Rubriquis. Et d abord, relativement aux Missions Pranciscaines, il faut attirer 1 at tention sur le nom et la memoire d un de ses confreres, nomme Andre, qu il rappella plusieurs fois, et qui, s essayant a la vie apostolique, avait parcouru et visite avant lui toutes ces regions reculees de 1 Asie , sans qu il en soit fait aucune mention ni dans les annales et chroniques de FOrdre ni ailleurs. Eubriquis en parle pour la premiere fois, a propos de Tenduc et du celebre pretre Gianni, prince Souverain de ce pays, dans le chapitre dix-neuvieme, ou il dit : // On fait partout grand bruit de ce pretre Gianni; cependant, lorsque je passai dans son pays, personne, si ce n est quelques Nestoriens, ne sut m en dire un mot. C est la que residait le Khen-Khan, a la cour duquel se presenta le Pr. Andre, et que je m arretai moi-meme a mon retour. // Plus loin il le nomme de nouveau au chapitre suivant (vingtieme), en decrivant ainsi les bords de la mer Caspienne : n Cette mer est entouree de montagnes de trois cotes, mais au norcl on ne voit que de rases campagnes. Le Fr. Andre avait fait le tour des cotes meridionale et orientale, et moi j explorai les deux autres, celle du nord, en quittant le camp de Batu pour me rendre pres de Mangu Khan, et celle du couchant, en retournant en Syrie de ce camp en Syrie. On pent faire le tour de cette meme mer en quatre mois, mais il est tout a fait faux qu elle soit un golfe de la grande mer, elle ne se rejoint d aucun cote a FOcean, elle est au contraire entierement entouree de terre. // Le chapitre vingtcinquieme contient encore Vindication suivante : Apres avoir passe la mer caspienne, je m informai de la ville Talas, qu habitaient des allemancls soumis a Bury, dont m avait parle le Pr. Andre. Puis il ecrit au chapitre vingt-neuvieme : //nous entrames ensuite dans une campagne ou se tenait la cour du Khen-Khan, qui habitait d ordinaire le territoire des Naymans, auparavant soumis au pretre Gianni. Mais je ne visitai cette residence qu a mon retour. Lo Pr. Andre m avait annonce la

Vi Ibid .

mort du Khen-Khan susnomme, causee par un breuvage einpoisonne que lui avait fait boire Batu, qui desirait voir sur le trone Magu-Khan. // Enfin il en parle encore au chapitre trente-quatrieme, a, propos d un certain clerc d Acre, nomine Baimond ou Theophile, qui, parti de Chypre avec le susdit Pr. Andre, alia jus qn en Perse, mais ne voulnt pas le suivre jusqu a la conr dn grand Khan, bien qu il se soit ensuite decide a y aller seul, quand le Pr. Andre en flit revenu. Ces particularites demontrent clairement qne ces saints missionnaires s attaehaient a acquerir des notions exactes sur le pays qu ils evangelisaient dans leurs voyages, se les eominumquant Fun a 1 autre dans Tinteret de leur ministere, et les repandant a travers FOccident. Celles que Rubriquis nous a transmises sur le Japon 1 , qu il a le premier fait connaitre a 1 Europe, et sur la Chine, tant septentrional e que meridionale, ne sont pas moius curieuses; c^est lui qui notamment a signale le papier nionnaie et Tecriture en chiffres dont on v usait a la difference

it

de tous les autres peuples voisins; et a ce sujet il est bon de rapporter ici ses propres paroles : // La monnaie du Cathai, dit-il, consiste en un morceau de papier de coton, de la grandeur de la main, sur lequel sont traces quelques lignes, et une empreinte semblable au sceau du grand Khan. Les habitants de ce pays ecrivent avec un pinceau a la manicre des peintres, et de telle sorte qiFune seule figure contient plusieurs lettres et caracteres, dont chacun a sa signification particuliere. Les Thibetains ecrivent comme nous, de gauche a droite, avec des caracteres assez semblables aux notres. Quant aux peuplades de Tanghut, ils ecrivent de droite a gauche, a la facon des Arabes, en redoublant les lignes a mesure qu^elles s elevent les unes au dessus des autres. Les Inguri, au contraire, descendent de haut en bas 2 .0n sait d ailleurs que c est le memo Eubriquis qui a decouvcrt Tusage que les Tartares faisaient de la rlrabarbe 3 dans le traitement des maladies, et qui a fait connaitre en Occident cette plante dont Ton a tire et dont Ton tire encore tant d avantages dans certaines infirmites. Mais nous aurions trop a nous etendre, si nous voulions rapporter ici les interessantes et reinarquables particularites de toute sorte dont le Pr. llubriquis a su enrichir sa relation. Elle est du reste assez connue des erudits de TEurope par la version francaise qu en a faite le savant Bergeron; mais nous desirerions que, traduite dans notre langue, elle ne demeurat pas plus longtemps ignoree des Italiens.

a ) Chap. 37. 2 ) Chap. 41. 3 ) Chap. .17.

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