L ORDRE DE SAINT FRANCOIS ET SA MISSION ACTUELLE
EN ANGLETEllRE.
Rien ne rejouit et ne fortifie les fils de S 1 Francois comme de pouvoir constater chaque jour Faccomplissement de la prediction de leur saint Pere et Eondateur, annoncant que son Ordre subsisterait jusqu a la fin du monde, et quails seraient appeles a precher la i oi de Jesus-Christ dans tout Funivers. En effet, la ou, a raison de la fragilite humaine on des miseres des temps , ils pourraient avoir dechu de leur premiere ferveur, on voit s elever comme par enchantement des plantes nouvelles; et s il arrive qu ils soient chasses de tel ou tel pays par la malice des homines ou par la fureur de 1 eiifer, on voit s ouvrir devant eux d une maniere inattendue d autres contrees a sanctifier par la penitence sous la benediction du Seigneur.
Cette providence speciale du ciel, qui s est manifestee pendant plus de six siecles en faveur de FInstitut Seraphique, cclate dc nos jours^ pourtant si malheureux, avec des caracteres nouveaux, dans la restauration solennelle de ce ineine Institut. Ainsi^ nous avons vu naguere fonder d^importantes missions dans la jN^ouvelle Zelande 1 et dans FAfrique centrale 2 , et confier a drs reguliers des Provinces apostoliques a Terre-]S r euve et aux Etats- Unis d^Ainerique 3 , ou des religieux d ; Italie, du T) T rol allemand et de Wcstphalie rivalisent de zele avec leurs confreres du con vent de sainte Barbe en Californie, pour propager dans toutos ces contrees la gloire du Seigneur et conquerir des ames au ciel; et au milieu des rudes travaux de leur ministere, des privations et des sacrifices de tout genre qu ils doivent s^imposer , ils s appliquent encore a rendre parfaite dans toutes leurs maisons
1 ) Voir le l"n* de la premiere annee de cette Cfironiyw, p. 53.
2 ) Voir le I" n* de la deuxieme amide, p. 20. -- 3 ) Ibid. p. 44.
1 observance des regies et des constitutions qui regardcnt leur profession.
Maintenant , en confirmation de ce que nous venons de dire , il nous est bien doux de pouvoir annoncer a nos lecteurs le retablissement de TOrdre des Mineurs qu ont opere jusqu en Angle terre nos excellents Peres de la Province de Belgique. Mais d abord nous ne saurions passer sous silence la Constance admi rable des anciens Franciscains de cette noble nation, qui, apres avoir combattu en intrepides athletes le schisme de Henri VIII, jusqu a verser genereusement leur sang pour la defense de la i\)i Catholique 1 , parvinrent, grace a leur zele industrieux pour la gloire de Dieu et le salut des ames, a se maintenir en ce pays par une sorte de prodige jusqu a nos jours, bicn qu en butte a des vexations et a des persecutions incessantes, qui ne leur laissaient pas un instant de repos. Ne pouvant avoir de convents dans la grande Bretagne, ils envoyaient sur le continent voisin des jeunes gens qui y faisaient leur education et retournaient cnsuite dans leur pays en qualite de missioimaires : ce qui dura jusqu au temps de la grande revolution francaise, oii on leur enleva leur convent de Douai , dans lequel ces ministres de PEvangile se preparaient a la carriere apostolique. Mais loin de se laisser abattre par ces difficultes, ils trouverent moyen d accomplir en Angleterre ce qu on ne leur permettait plus de faire a Douai , ils y recurent des novices dans leurs residences , ct la ils les formerent le mieux qu ils purent a la Ptegie Eranciscaine ct aux fonctions du ministere npostolique.
Mais ils s apercurent bientot qu il etait impossible que ces
jeunes gens se peiietrasscnt du veritable esprit du saint Pa-
triarclie , sans en porter Fhabit, vivre d aumones, frequenter
le clicour , et s^acquitter de tons les autres exercices que la Jiegle
ct les constitutions prcscrivent aux roligicux; or, tout cela
n etait point permis a cette 6j)0(|uc en Angleterre , taut a rai-
son de Fopprcssion sous laquellc gemissaiont encore les catho-
liques romains , que par suite des vioux prejuges des Protestants
contre, la vie monastiqur. C est pourquoi en 1840 ils s adres-
saient au Ministre general de 1 Ordre, le lleverendissime
P. Jose.])li Marie d Aloxandrie (d(> tonjours chcrc et glorieuse
memoirc ! ) , le priant do leur accorder Fautorisation d^envoyer
ces jeiuies gens terminer leur noviciat et leurs eludes dans les
convents d ltalie. II est aise de comprendre que Fordre accueil-
) Voir lo <:< /-i<nn:"ii SfTdftlricniit do In province d An^rlojorre, par le P. Angc do SI-Franriiis.
lit une semblable proposition avec une joie extraordinaire, et pour ce qui dependait de lui , il promit tout le concours pos sible; malheureusement de si beaux projets furent traverses par de nouvelles et singulieres difficultes, que ce n est point ici le lieu de rapporter; et il arriva ainsi que les Peres anglais cesserent entierement de recevoir pour Fordre des novices , quails ne pouvaient point faconner aux prescriptions de la Begle et des constitutions.
Mais qui dira combien la Providence est admirable dans ses conseils? Voila que quelques annees apres, c est-a-dire en 1849, il se fit que Mgr Yan Bommel, eveque de Liege en Belgique, voyageant dans la Grande -Bretagne, eut la bonte de visiter les Franciscaines Tiertiaires du celebre monastere de Taunton. Ces pieuses filles, tout enflammees de F esprit de leur saint fondateur, qui les faisait depuis longtemps soupirer apres la restauration de leur institut dans ces con trees, saisirent cette excellente occasion de realiser leurs desirs, et demanderent au digne prelat, s il ne pourrait et ne voudrait pas les aider dans une entreprise qui procurerait tant de gloire au Seigneur et tant d avantages a FAngieterre. Mgr Van Bommel, qui aimait ce pays avec la plus tendre affection et qui en appelait de tous ses vocux le retour au sein de FEglise Komaine, et cela au point de celebrer tons les jeudis le sainfc Sacrifice a cette intention, reflechit un instant, puis, le visage radieux de cette confiance qui ne peut venir que du ciel, il repondit qu il esperait qu elles verraient bientot leurs Preres Pranciscains de Belgique, qui edifiaient tant son troupeau non moins par la ferveur avec laquelle ils observaient les regies de leur institut, que par le zele qu ils deployaient pour le salut des ames.
En effet, a peine etait-il rentre dans son diocese qu il appela le Ministre Provincial des religieux dits recollets, et taclia de lui persuader que Dieu voulait qu ils fondassent un convent en Angleterre. Les peres lui objecterent que leur province beige, qui venait seulement de renaitre depuis quelques annees, c est-adire en 1833, apres quarante ans de suppression, ne comptait encore que peu de couvents et peu de religieux, de sorte qii/une pareille entreprise leur paraissait impossible pour le moment. Neanmois le Provincial finit par se rendre aux instances du vefnerable prelat, auquel Fattachaient, ainsi que tous ses religieux, de nombreux motifs de reconnaissance; il se sentait d ailleurs encourage par Fexemple de son saint patriarche, qui desirait moins encore dc voir s^accroitre les couvents de son ordre en Italic, que de convcrtir les ames a Jesus-Christ, ct de propager
la foi chez fcous les peuples inildeles de la terre. En consequence, apres avoir consulte son chapitre, il chargea le P. Bernard Van Loo, actuellement procureur general des recollets au convent de Sainte-Marie d Ara Coeli a Home 1 , de se rendre a Bristol en Angleterre, afin de s entendre avec Feveque de cette ville, Mgr Hendren, de FOrdre des Eranciscains, sur la maniere de mettre a execution, si c etait possible, le projet de cette fondation. Cependant le P. Van Loo voulut avant tout se presenter a Mgr Corselis, vicaire general du diocese de Bruges et visiteur apostolique des ordres religieux en Belgique, afin de lui demander des lettres de recommandation pour 1 Angleterre ; il en obtint une, en eftet, que nous ne savons nous empecher de reproduire integralement, tant elle est belle, simple et pleine de pie te; cette lettre etait concue en ces termes :
a A tons ceux qui verront et liront les presentes, salut dans le Seigneur!
" Nous certifions et attestons par les presentes que le Er. Ber nard Vanloo, pretre de FOrdre des Mineurs Recollets de FObservance de S t Erancois , Definiteur de la Province de S* Joseph en Belgique et professeur de theologie au couvent de Saint- Trond, est un religieux tres-recommandable, tant par sa science des choses saintes que par les vertus religieuses dont il est orne; un des premiers Peres de son Institut, dont les membres se sont attire, dans tons les dioceses de la Belgique ou existent leurs convents, Festime et Faffection particulieres de tout le monde, par leur exacte observation de la discipline regulicre, par leur zele a favoriser les etudes sacrees, et par Fexercice iructueux du ministere ecclesiastique. C est pourquoi nous avons la ferme conviction dans le Seigneur que, si Fon parvient avec Fagrement du S. Siege, a introduire et a fonder en Angleterre des convents de leur ordre, on ils puissent vivre dans la pratique de leurs regies et de leurs statuts, ils y recucilleront des fruits tres-abondants a porter dans le grenier mystique de Jesus-Christ, et qu ils y seront, comme ici, de precieux auxiliaires pour le clerge seculier dans la culture de la vigne du Pere celeste. Car Fhistoire ecclesiastique nous apprend que beaucoup d j hornmes de diverses contrees out ete amenes au culte du vrai Dieu et out obtenu le salut eternel par Finnuence de ces religieux, qu accompagne une ben6dic-
) Get article a 6t6 publi^ a Rome en Janvier 1862. Depuis cette epoque le R. P. Bernard Van Loo a < t( ; , au terme de son service, remplace dans les fonctions de Procureur general.
(Note <lu ira
tion speciale de Fauteur des conseils evangeliques , pour Famour duquel ils ont quitte tout ce qu ils aimaient sur la terre, en lui consacrant toute leur vie.
it Bruges t le 27 septembre 1849.
E. T. COBSELIS,
H Visiteur et Delegue Apostolique des Ordres Reguliers en Belgique t et Vlcaire-General.
Singulierement encourage par cette lettre, le P. Vanloo partit sur le champ pour FAngeterre et alia immediatement conferer sur Fobjet de sa mission avec Mgrs Brown, Yisiteur Apostolique des Franciscains dans ces contrees , et Hendren, eveque de Bristol. Ceux-ci Faccueillirent parfaitement et lu promirent leur bienveillant concours, comme on le voit par les pieces que nous transcrivons ci-apres. La premiere, cellc de Mgr Brown, portait ce qui suit :
Nous Thomas Joseph, de FOrdre de St Benoit, par la grace de Dieu et du kSaint Siege apostolique, Eveque d Appollonia, Vicaire apostolique du pays de Galles, et Yisiteur de la province des Franciscains de la stricte observance d Angle terre, a tous ceux qui verront les presentes lettres, salut dans le Seigneur! Ayant appris par des temoignages dignes de foi que les Ereres Minenrs de la stricte observance de la Province de St Joseph en Belgique se concilient 1 estime et Famour de tous les eveques de ce royaume, dans les dioceses desquels ils ont des convents, tant par Fexacte observance de la discipline reguliere, que par le zele avec lequel ils s appliquent aux etudes sacrees, les cultivent et en secondent les progres, et par les avantages spirituels qu ils procurent aux ames dans Fexercice du ministere ecclesiastique, nous desirons vivement qu^apres en avoir obtenu Fautorisation du Siege apostolique, ils s etablissent en Angleterre et y fondent des convents de leur Ordre, pour y vivre selon leurs regies, statuts et ceremonies, sous le gouvernement de leur ministre Provincial de Belgique, en jouissant dans toute la gran.de Bretagne et dans le pays de Galles des privileges de leur Institut.
Donne an Monastere des Scours du Tiers-Ordre de St Fran cois, pres Taunton en Angleterre, ce 22 octobre 1849.
/THOMAS JOSEPH, lEfoGque, etc. n
Mgr Hendren ecrivit de son cote, aux Peres Beiges, dans les termes suivants : // Aux tres-Keverends Provincial, Definiteurs et tous autres Peres de la Province de S* Josepli en
Belgique, de FOrdre des Mineurs Eecollets de la stricte Obser vance, Joseph Guillaume, membre du meme Ordre, Eveque (TUranopoli et Vieaire apostolique du district occidental d An gleterre , salut! Attendu que Flllustrissime et Eeverendissime Thomas Joseph, Eveque d Appolonia, Vicaire apostolique du pays de Galles , et visiteur des Provinces des Mineurs Eecol lets de la stricte observance en Angleterre , a manifesto le desir de voir arrirer en Angleterre, sous F automation prealable du Saint Siege , quelques religieux de votre Province , qui y vivcnt dans ^observance de la regie et des statuts de FOrdre , et y fondent des convents, dependants du Ministre Provincial de Belgique, mais jouissant dans toute 1 Angleterre et dans le pays de Galles des privileges de FInstitut; considerant de notre cote qu il serait extremement glorieux a Dieu, utile a FEglise et profitable au salut des ames confiees a nos soins que vous fondassiez un pareil etablissement dans notre district en cette grande viile de Bristol, non-settlement nous vous le permettons detout cceur, tres-Venerables Peres et Ereres bien aimes, mais nous vous conjurons, par la misericorde divine, d executer ce projet le plus tot possible, des que Eome Faura approuve; car nous serous fort heureux de pourvoir a tons les besoms des reli gieux que vous enverrez, et nous sommes certains qu avec la benediction de Dieu , la bienveillance et les largesses des catholiques pieux vous aidcront a mener Fentreprise a bonne fin. Et c est ainsi que , grace a votre concours, se relevera cette chere Province des Preres Mineurs d Angleterre , et se realisera le desir ardent que nous en avions concu , jusqu ici en vain, dans notre coaur.
Bristol, ce 28 octolre 1849.