NOUVEAU MEXIQUE
(Suite. Voir la livraison precedents , page 44).
Reprenant 1 histoire des Missions Eranciscaines dans 1 Amerique Septentrionale , je crois important de commencer par faire remarquer que c est un excellent Franciscain italien qui a ete le heraut de la civilisa tion chretiennc au Nouveau Mexique , au Texas et dans Ja haute Californie , je veux dire le P. Marc de Nice , qui est venu au Mexique en 1531. Ce religieux , cnthousiasme par les rccits de ceux qui, en petit nombre , avaient survecu a 1 expedition de Pamphile Narvaez , resolut de penetrer dans les regions inconmies du Nord , comme il le fit , accompagne d un negre , nomrne Etienne , et d un frere laique , avec Icsquels il partit de Culiacan en 1539. Son compagnon etant tombe malade, il ne perdit point courage ; il le laissa a Petatlan ct s avanja hardiment dans le desert qui s etend jusqu au Gila ; puis traversant ce fleuve large et profond, il continua sa marche fatigante jusqu a Cibola (la Zuni des
Indiens). De la errant parmi des tribus vetues de peaux et de manteaux de coton, le courageux enfant de 1 Italie sentit s accroitre a tel point ses esperances, qn il donna le nom de San-Francesco a ce vaste royaume, que, dans ses desirs, il voyait deja convert! a la foi et devenu le siege d nne nouvelle residence ponr les Missionnaires de son ordre. Le royaume de San-Francesco , ainsi qne 1 observe le chevalier Shea , n existe qne dans sa narration. Neanmoins, comme pour effectuer son desir, il y a maintenant une ville portant le nom de San-Francisco , et dans cette ville, qui est la Carthage de 1 Ocean Pacifique , les Franciscains sont par venus a etablir des missions qui occuperont toujours une place glorieuse dans les fastes de 1 Eglise. II est vrai qu il ne fut donne au P. Marc de terminer aucune conquete comme missionnaire ; mais il parvint a aplanir les obstacles pour d autres tentatives; car si Ton considere que c est lui qui , quoiqu ayant survecu seul a ses compagnons , cut le bonheur de planter la croix sur les hauteurs d une ville telle que Cibola , puis de retourner sain et sauf par la memo route qu il avait si brave ment parcourue , on ne saurait douter que son entreprise ne reste , comme le clit le chevalier de Courcy , 1 exploration la plus difficile qui ait ete tentee jusqu ici meme dans des regions connues.
Lors de la seconde expedition , que provoquerent les interessantes rela tions du P. Marc, le P. Jean de Padilla et le Fr. Jean Delia Croce , arrives au Nouveau Mexique , y resterent pour convertir les sauvages et refuserent de revenir sur leurs pas avec 1 aventurier Coronado et ses com pagnons ; mais ils ne tarderent pas a tomber tons deux victimes de leur zele pour le salut des ames , et furent ainsi les premiers martyrs qui aient repandu leur sang- pour la foi dans la partie de TAmerique Septentrionale dont nous parlous.
Cependant on n avait plus ose entreprendre une nouvelle exploration dans le Nouveau Mexique jusqu cn 1581, ou , sur les instances du frere lai Augustin Rodriguez , on y envoya une nouvelle mission reguliere , composee du P. Frangois Lopez , du savant et erudit Pere Jean de Santa Maria et du Fr. Augustin susnomme, avec dix soldats et six Indiens Mexicains. Mais bientot fatigues du voyage , les soldats retournerent en arriere, dc sorte que les Missionnaires seuls, pousses par 1 esprit de Dieu, songerent ct reussirent a etablir leur mission parmi les Tehuos. Le succes qui couromia leurs efforts accrut tellement leurs esperances que le P. Jean fut envoye au Mexique pour solliciter 1 aide d autres ouvriers evangeliqnes. Plcin de courage et de confiance dans les ressources de son esprit , il partit seul , la boussole en main , pour essayer de gagner le port le plus voisin. Malheurcusement , trois jours apres son depart au moment ou il demandait un pen de repos au sommeil , il fut surpris et egorge par quelqucs sauvages errants. Lc P. Lopez perit ensuite sous les coups des
sauvages ennemis. Le Fr. Rodriguez, qui etait reste seul dans la mission, et se laissa transporter par un zele trop vif dans sa resistance an vice , cueillit aussi a son tour la palme du martyre. Le menie resultat suivit deux autres expeditions , Dieu voulant preparer ce sol , arrose du sang de taut de champions , a devenir fecond en fruits de vie eternelle. Mais enfm, en 1597, on vit parfaitement reussir 1 entreprise du P. Alonzo et de sept autres Franciscains , qui fonderent definitivement les missions dont les fruits continuent jusque de nos jours , bien qu ils aient ete aehetes par les sacrifices ordinaires en pareil cas. Comme d ailleurs mon but n est pas de donner ici uno histoire complete de ces missions , je me contenterai d en reproduire le tableau succinct, que le Pere Benavides en envoyait, environ trente ans apres , a la cour d Espagne. Or il annonpait qu une nouvelle mission, la vingt-septieme du Nouveau-Mexique, venait d etre tout recemment etablie a Socorro ; que tous les Indiens avaient ete bap tises a Queres , et que beaucoup savaient deja lire et ecrire ; que quatre mille personnes avaient ete baptisees a Tanos , deux mille a Taos, et beaucoup d autres fa et la , en divers lieux de la meme region ; que des convents avaient ete eriges a S. Antonio , a Socorro , a Pilabo , a Sevilleta, a S. Francesco, a Isleta , cliez les Topiras , les Teos, les Picuries , et a Zuni ; que deja Santa-Fe , Pecos , S. Giuseppe et Queres pouvaient se vanter d avoir des eglises magnifiques ; et qu enfin des missionnaires residaient , non-seulement dans la difficile mission de Zuni , mais meme a Acoma , ce lieu si souvent rougi du sang espagnol. C est grace a ces travaux apostoliques que la civilisation chretienne fit des progres si rapides sur les rives du Rio-Grande , que les Indiens , ou les Puebliens , comme ils furent appeles depuis, savaient lire et 6crire, avant que les Puritains se fussent fixes sur les rivages de la Nouvelle -Angleterre.
Mais ces missions du Nouveau-Mexique essuyerent a leur tour di verses vicissitudes , particulicrement en 1660 , quand, a la suite d un soulevement general opere par les sauvages paiens , les pretres furent tucs et les eglises detruites ; neanmoins les Franciscains parvinrent bientot a les relever , et quoiqu elles n eussent pas encore recouvre en 1748 leur pre miere splendour , la description que nous en a laissee Villasenor est assurement satisfaisante. Les Indiens, disait-il , ctaient vetus d etolffes tissues par leurs femmes , et 1 industrie , la paix et 1 abondance regnaient dans leurs villages. Leurs edifices , construits sous la direction des Peres Franciscains , pouvaient soutenir la comparaison avec ceux d Europe. II enumerait ensuite les missions suivant.es , qui existaient de son temps : Santa Cruz , Pecos , Galisteo , Paso , San Lorenzo , Socorro , Zia , Candelaros, Taos, Santa Anna, San Augustin de Isleta, Tezuque , Nambe , San Idelfonso , Santa Clara , San Juan de Eos Caballeros , Pecuries , Cochiti , Jemes , Laguna , Acoma , Guadalupe , avec environ cent families dans chacune d elles.
Toutes ces missions ont dure jusqu aujourd hui , et bien qu elles aient beaucoup souffert dcs continuelles revolutions du Mexique , apres 1 expulsion des Espagnols , surtout lorsque le Nouvean-Mexique fat devenu une partie des Etats-Unis , les Indiens sont restes, graces a Dieu, catholiques, et civilises au point que leurs deputes a Washington ne se sont jamais montres inferieurs a ceux des autres Etats de cette nation. Relativement a notre Ordre , le Nouveau-Mexique formait une Custodie , qui est consideree comme encore existante dans le tableau du chapitre general de 1856; mais en realite il ne s y trouve plus a present un seul Franciscain.
Le Nouveau-Mexique passa dans la confederation des Etats-Unis en 1848 , lorsque deja les missions ci-dessus designees etaient privees de missionnaires; mais quand en 1850 on eut cree un Vicariat apostolique , dont fut charge Mgr Laniy , fait eveque in partibus le 20 novembre , ce digne prelat obtint par son zele des resultats tels , que le Saint-Siege put , en 1853 , constituer cette Eglise en diocese de Santa -Fe.
Je suis heureux de vous dire ici que je possede , concernant ces mis sions, un precieux manuscrit inedit du P. Sylvestre Delez d Escalante ; il y a raconte , bien que succinctement , toute leur histoire jusqu en 1778, et je me ferai un plaisir de vous porter ce manuscrit , en venant au chapitre general. (Sera continue.}
TEOISIEME PAETIE.
Nouvelles diverses concernant les Missions franciscaines.
EGYPTE
Nous trouvons dans le Rosier de Marie , du 22 fevrier 1862, la relation suivante d une ceremonie religieuse qui s est accomplie a 1 isthme de Suez.
Le Pere Roger, de 1 Ordre de St Franfois, membre dc la famille de Terre-Sainte, a accompagne M. Ferdinand Lesseps dans sa derniere excur sion de Tell-el-Kcbir a El-Guisr, a Porto-Sa id, et a Damiette. Dans la premiere dc ces localites, le Reverend Pere a inaugure, le 2 Janvier, la chapclle de Sainte Marie, erigee au lieu oil, suivant que le rapporte la tradi tion, s est arretee la Sainte Famille, lorsque, fuyant la persecution d Herode, elle clicrcha nn asile dans le Chanaan d Egypte.
// Le cinq du meme mois, il a beni a Porto-Sa id, une autre chapelle dediee a Ste Eugenie, patron ne de S. M. I imperatrice des Francais; et dans chacune de ces deux ceremonies il a prononce un discours grave et pathetique, qui a excite les plus vifs sentiments religieux chez tous les ouvriers dont il etait entoure. En verite nous regrettons que la longueur de ce morceau
ne nous permette pas de le reproduire integralemeut dans notre Journal , et que nous puissions a peine en citer quelques passages , pour en donner une idee.
Le pieux orateur Franciscain avait pris pour texte de ses paroles le verset suivant des divines Ecritures : Dominabitur a marl usque ad mare, et a famine usque ad terminos orbis terrarum (il dominera de la mer jusqua, la mer, et du fleuve jusqiiaiix extre mites du glole terrestre).
a Ces paroles, dit-il, sont du Prophete Royal : elles nous enseignent que 1 etendue du royaume de Jesus- Christ doit etre celle du monde, et c est parce que j en decouvre 1 accomplissement final dans I osuvre immense que vous executez, que je les prends pour texte de 1 instruction que je me felicite de vous adresser.
a Oui, maintenant plus que jamais, il se verifiera a la lettre que le Sauveur regnera d une mer a 1 autre, et que son influence s etendra, sans plas d obstacles, du moindre des fleuves jusqu aux derniers confins de 1 univers. /? Penetrant ensuite plus avant dans son sujet, le sage missionnaire se met a considerer la grandeur mcrveilleuse de 1 entreprise qui s occupe du percement de 1 istlime de Suez.
a C est la, dit-il, une ceuvre par elle-meme gigantesque , et Ton prend toutes les mesures pour en rendre la duree eteruelle. En effet, il ne s agit de rien moins que de scinder en deux un continent et de couper le globe terrestre sur un espace de plus de trente lieues , dans un desert , ou Ton ne trouve pas la moindre assistance, pas d habitants , pas de traces de villes ou de villages, mais rien que le desert!
n Mais voila qu aujourd hui nous voyons s y clever comme par encliantement plus de cinq villages arabes , batis par les Fellahs qui les habitent et qui sont venus vous servir; ajoutez-y autant de petites villes, ou, comme vousledites, de cantonnements d Europeens, avec des maisons solidemcnt construites, dejolies chaumieres venues de Erance et des eglises catholiques, pour y celebrer le culte divin, et des hopitaux parfaitcment montes, et vingt magasins pourvus de pain, de vin, de vetements, de toutes les bonnes choses fournies par la Providence; sans parler du commerce, qui commence a s y developper, et d un canal qui vous rapporte dc 1 eau douce, ou que vous soyez. // Tel est le rccit du Rosier de Marie.
Maintenant nous avons le bonheur de pouvoir aj outer que nous avons dernierement repu du meme Pere Roger, par rintermediaire de notre commun confrere, le P. Pierre de Taggia, en Liguric, Observantin de la Pro vince de Genes, missionnaire apostolique en Terre-Sainte, d oii il est venu il y a quelques jours a Rome, la copic manuscrite d un discours qu il a prononce sur cette entreprise du percement de 1 isthme de Suez, et qvie nous avious deja lu dans le journal francais des villes et des campagnes; peut-etre, le traduirons-nous dans notre langue italienne, et le publieronsnous tout entier dans les livraisons suivantes de notre chronique.