LIEU
Dans I llliiiois.
Au Texas.
id.
id.
Dans nilinois.
En Louisiane.
A San-Marco (Flor.)
A DtHroit.
En Louisiane.
A Garni eerie (Tex.).
A Norridgewalk
(Mexique).
A Natchez.
id.
id.
A Rio-Grande (Tex.)
A San-Francesco
Xaverio (Texas).
A San-Saba (Texas).
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AColorado, en Calif.
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A San-Diego, en
Californie.
A Nacogdoches.
ANXKE.
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Franciscams. 31. Jesuites, 16. - - Dominicains, 2.
Pretres seculiers, 2.
Sulpiciens, 1.
AKNALES DBS MISSIONS FRANCISCAINES.
PKEMIERE PARTIE.
HISTOIRE ANOIENNE
PALESTINE
LES KARISMITES, OU CAIUSMIENS, A JERUSALEM, OU ILS CAUSENT LA PREMIERE RTJnsE DE L cEUVRE DES FRANCISCAINS.
// Quand on voit, dit un recent ecrivain, au commencement du treizierne siecle, les Mongols de Gengiskhan, cet horrible neau, ne jamais songer a se precipiter sur la Palestine, on croirait que, pendant quelque temps, les possessions chretiennes ont du respirer un pen, apres les invasions ennemies qui les avaient j usque la fait trembler et leur avaient souvent cause tant de pre judices. Mais les maux que leur epargnereiit les Mongols valnqueurs leur furent apportes par les Carismiens vaincus et chasses de leur pays natal.
a Le nom de Carismiens leur venait de celui de leur territoire priinitif, nomine Carisme ou Cavaresme. Cette contree asiatique, qui faisait partie du Turkestan, s etendait au sud de la mer d Aral (Vancien lac Chorasmien), entre 1 Osque et la mer Gaspienne, du Khorasan au pays des Turcomans.
n Les barbaies qui Thabitaient furent soumis, assez longtemps, a la loi Mnsulmane, et obeirent aux Seldjoucides jusqu^a 1097, annee ou Tesclave Turc Got-Eddin-Moliammed , echanson a la cour des sultans regnants, ayant eu le gouvernement du Ca risme, se Tappropria et y fonda une dynastie, qui dura cent trente quatre ans. Eddin mourut en 1127, et eut pour successeur son fils Asiz jusqu en 1155. Illarslan gouverna jusqu en 1172; et son fils Mahmoud jusqu en 1192, oii il liit detrone par son frere Ala-Eddin-Tucs, autrement Aladin. Mohammed, fils d Aladin, commencait a regner en 1200, lorsque ses etats furent envahis par Gengiskhan avec une armee si nombreuse qu elle ferait Feffet d^une fable, si on ne reflechissait que les hordes Mongoles et Tartares tout entieres formaient les unes et les autres une double race de combattants.
i Mais la puissance du souverain du Carisme avait a cette epoque pris un accroissement extraordinaire; il avait deja conquis tout le Turkestan, la Bukharie, FAderbijan, la Perse alors nom inee le Pars, et le Kerman avec tous les pays qui s etendent de FIndus a la mer Caspienne. De ce cote, Fintrepide Mohammed opposa aux corps septentrionaux de Farmee de Gengiskhan qitatre cent mille des siens. Une terrible bataille fut livree a.Caracun. Les Carismiens combattirent en desesperes : plus de cent mille d entre eux mordirent la poussiere; mais ils durent finir par ceder. Mohammed se refugia dans une ile de la mer Caspienne, et y mourut en 1220, maudissant son orgueil, qui lui avait fait mepriser les dons de Gengiskhan et manquer a ses promesses avec d infames et vils assassins.
Gelaleddin, fils de Mohammed, rallia ses troupes, et dispersa encore deux armees Mongoles, commandees par deux chefs subalternes. Enfin, le grand Khan marclia centre lui en personne, avec des forces enormement superieures. Le Carismien parvint, toutefois, a battre F avant-garde; mais, quand il se trouva en face des troupes innombrables de Gengiskhan, il ne put soutenir leur choc. Betire dans sa province natale, il obtint encore quelques legers avantages sur les forces Mon goles, et continua meme sa lutte inegale dans FArmenie et dans le Kurdistan jusqiFen 1229, annee ou il perit assassine. Avec lui prit fin Fempire Carismien, et sa mort assura le triomphe de Gengiskhan.
Les vaincus, chasses de leur territoire par les vainqueurs, se reunirent sous la conduite d un chef, nomme Barbakhan, et vinrent se ruer sur FAsie Mineure et sur la Syrie, cherchant dans leur marche, ou rien ne put les arreter, a se venger des dommages que leur avaient fait essuyer les Tartares 1 . n
II faut rappeler ici que, durant la trcve que Frederic II, roi de Jerusalem, avait conclue avec le sultan Malek-el-Kamel en 1229, les chretiens etaient retournes a Jerusalem; et que, non contents d^y demeurer tranquilles, de relever les mars et de restaurer les eglises, ils s unirent bientot aux maitres de Damas, de Carac et d^Emese, contre le sultan que ces princes se preparaient a combattre 2 . Ce iFetait plus Malek-el-Kamel, mort en 1238, mais son fils aine Malek-Saleh-Nodgemeddin-Ayoub, que les chroniques Latines nomment Melek-Sala, et Salahad. Ce prince
) Pclerinage historiq. et descript. de Terre-Sainte , par le P. ALEX.VNDRE BASSI, Mineur Observantin. Vol. II, pag. 321.
2 ) Voir notre Uistoire Universclle des Miss. Francisc., liv. I , chap. VII , et MJCJUUD, Hist, des Croisades, liv.XIII.
etait monte sur le trone en 1240, apres en avoir chasse son frere puine Malek-Adel, auquel, a la mort de Malek-el-Kamel, le peuple avait decerne 1 empire, an detriment du premier. Pour lors voyant les Latins, nnis anx Musnlmans de Syrie, se dispo ser a envahir FEgypte, le nouveau sultan se tourna vers les Karismites , qui se presentaient a point pour lui offrir nn puis sant concours centre ses ennemis, les prit a sa solde, et s en etant forme une legion auxiliaire d environ vingt mille chevanx, les lanca, sans frein, sur leur proie. Us partirent des derniers confins de la Mesopotamie, mettant d abord a fen et a sang le territoire de Tripoli et la principal! te de Galilee; en sorte quo bientot les flammes devastatrices , qui s elevaient partout a leui" arrivee, annoncerent a Jerusalem sa ruine procliaine.
Et en effet, avec des fortifications a peine commencees et garnies (Tun tres-petit nombre de gnerriers Chretiens, comment aurait-elle pu repousser les attaques d un si formidable ennemi? Aussi la population prit-elle le parti de fuir, sons la protection des chevaliers du Temple et de THopital, ne laissant dans la ville que les malades et qjielques habitants qui n avaient pu se decider a abandonner leurs parents infirmes. C est alors que survinrent les Karismites, tels qu nn effroyable meteore; ils entrent 1 epee a la main, et mettent a inort, avec barbaric, tons ceux quails rencontrent sur leur passage 1 .
Leur rage, cependant, ne se trouve pas satisfaite du carnage de ce petit nombre ; et voici par quel terrible stratageme ils songerent et reussirent a fournir des victimes a leur fureur. Ayant arborc an sommet des tours les etendards de la croix, ils font en meme temps sonner a grandes voices les cloches de toutes les eglises de la ville. A ces sons, a cette vue, la multitude des fuyards qui dirigeaient leur doulourense marche vers Jaffa, en ne cessant d esperer que le ciel se montrerait propice et opererait quelque miracle, s arrete tout-a-coup : transportes d allegresse, ils s ecrient que les barbares ont tourne ailleurs leurs arines, ou quails ont ete repousses, grace a nil prodige, par le petit nombre de chretiens restes a Jerusalem, et sept mille (Tentre eux retournent vers la ville, en benissant le Seigneur !
Mais ils n y furent pas plus tot entres, que les Karismites en commencerent le carnage le plus affreux et le plus atroce ! Au premier clioc, ils en passent plus de cinq mille an fil de Tepee, ue pardonnant ni a Finnocence des enfants, ni a la faiblesse des femmes, ni a rimpuissance des vieillards ! Pin s
a ) Yoir notre Histoirc Univers. des Miss. Francisc.,liv. I, chap. VII.
se ietant dans le convent du Mont-Sion, et de la snr Te^lisc
du Samt Sepulcre, ou beaucoup d infortunes s etaient refugies avec les Pranciscains , ils event-rent les uns sans misericorde et coupent la tete anx autres, en criant : llepandons le sang des chretiens, la ou ils offrent a leur Dieu le Dieu quails disent y avoir ete pendn 1 ! "
Ensuite, ils depouillent 1 eglise de la Resurrection, brisent le Saint Sepulcre, ouvrent les tombcs des Eois Prancais placees sous le Calvaire, et livrent aux flammes leurs ossements : plus feroces, dit une lettre d Acre datee de cette meme annee, que tons les Sarrasins qui, a vrai dire, out toujours conserve quelque respect aux Lieux Saints du Seigneur 2 .
C est done ainsi que, pour la premiere fois, la terre sacree de Jerusalem fut baignee du sang des fils de Saint Francois, qui devint la semence de tant de vertus dans les rudes travaux de cette Mission que le ciel leur avait confiee ; de sorte qu on peut bien affirmer, sans crainte s etre taxe de vanite, qu il n y en a pas d autre qui lui soit comparable.
II est a propos de remarquer ici, une fois pour toutes, que, des le moment oil ces homines genereux s etablirent dans ces contrees, ils furent principalement, et plus quo tons les autres chretiens dont ils avaient la direction spirituelle , condamnes a la cruelle destinee de se voir souvent chasses , a la suite de nouveaux desastres, de ces lieux sacres, et qu ils y en retournerent toujours avec courage. En efl et, nous verrons que, quel que rudes et effroyablcs que fussent les epreuves qu ils eurent plus d^une fois a subir, elles ne les detournerent jamais de leur peniblc Mission. Des ces premiers temps ils s attacherent de cceur et d ; ame aux sanctuaires qu ils s etaient charges de garder, et au soin du petit troupeau chretien quails etaient destines a sauver au milieu des affreuses catastrophes qui se succederent dans le cours des siecles, jusqu a nos jours, comme les flots de la mer en courroux. Aujom\riiui en prison, demain de plus belle en faction pres de la tombe sacree du Redempteur ! AujourcVhui bannis loin de leurs pacifiques hospices, pen apres y retournant pour les sanctifier de nouveau par Texercice de leur vertu !
Aussi cette Mission devint-elle, des sa naissance, celle de FOrdre Eranciscain tout entier ; il n y a de Trere Mineur d aucune Province qui, dans les devots soliloques de son zele pour le salut des ames et la gloire de Dieu et de TEglise, ne bmle d accourir en Palestine, aim de repandre une goutte de
J ) Hist. Univ. des Missions Franc., loc. cit. 2 ) Ibid.
son sang et de le meler a celui de ses nombreux freres qui y perirent glorieusement pour la garde du Saint Sepulcre du Christ !
Tout FOrient et FOccident furent saisis d epouvante et cl mie profonde tristesse, a la nouvelle du terrible desastre cause par les Karismites ; chaeun redoutant, tous les jours, un traitement plus affreux de la part (Tune nation si valeureuse et si cruelle. lls coururent ca et la par la Palestine et la Syrie, mettant tout sens dessus dessous, tuant, persecutant, conquerant 1 . Et pouitant, au milieu (Tune pareille desolation, de ce carnage et de cette terreur, ces bons religieux ne se maintinrent pas seulement avec Constance dans tout ce pays, pour soutenir une infortunee chretiente si durement maltraitee par les ennerais de la Croix; inais a peine ceux-ci eurent-ils passe avec Fimpetuosite d un torrent furieux, qu ils trouverent moyen de retourner sur la Montague de Sion, et de s etablir de nouveau pres du Saint Sepvilcre, point de ralliement cher a leur co3ur. A dire vrai, ils y furent toleres par Malek-Saleh- Nodgeddin-Ayoub , qui, il faut Favouer, n avait pas une ame cruelle, et se montra dij^ne fils de Melealin. ou Melek-el-Kamel.
Ce dernier, comme on Fa dit, fut un grand ami de Saint Francois, par qui il avait entendu precher la foi chretienne. Ce iFest qu^a la barbarie et a la ferocite de leur nature qu il faut attribuer les enormes exces que commirent a Jerusalern les Karismites. On voit, en eff et, que ce sultan chercha a s en. justifier pres du pape Innocent IV.
EGYPTE
Lettre de SALAHAD, ou MELEK-SALEII-NODGEDDIN-AYOUB, a INNOCENT IV, qui, a la suite du massacre ci-dessus rapporte , avait envoy e un Fmncisefiin.
en mission vers lui,
Des que ce pontife, successeur de Gregoire IX dans la chaire llomaine, cut appris le malheur et le carnage dont les malheureux cliretiens d Orient avaient etc victimes , ainsi que leurs saints consolateurs les Franciscains, il jugea qu il etait du devoir de sa charge d envoyer, sans delai, au sultan Melek- Saleh-Xodgeddin-Ayoub, un Nonce charge de se plaindre, en
M 7/t*-f. Univ. cles Mission* Francisc., loc. elf.
son nom, des actes de barbarie auxquels s etaient livres les Karismites, et de Finviter dans les entrailles du Christ a conclure avec les chretiens une paix sincere, paix qui ne pourrait reellement produire tons ses effets que si, repondant aux inspirations de la grace divine, il se mettait en devoir de connaitre et d embrasser la foi de ce meme Sauveur.
Melek-Saleh-lModgeddin-Ayoub fit un excellent accneil au couragenx Franciscain choisi par Innocent pour une si delicate mission. II est grandement regrettable que Fhistoire ne nous ait pas transmis son nom, ni celui de sa patrie qui, assurement, aurait fort a s en honorer. Le sultan n eut pas pour moins agreables les lettres qui lui furent presentees au nom du pontife. De vive voix et par ecrit, il se plut a y repondre par des sentiments de prol ond respect, s excusant, comme nous Favons dit, pres de Fenvoye, stir ce que le massacre accompli a Je rusalem et autre part, en Syrie et en Palestine, par les Karismites, avait eu lieu contre sa volonte, et declarant au peuple qu il etait tout dispose a renouveler la paix que jadis son pere, Melek-el-Kamel, avait conclue avec FEmpereur Frederic, et que lui-meme observerait fidelement comme etant le plus grand bien que son cceur put desirer. Mais quant a y joindre de nouvelles clauses, comme semblait le desirer le pontife, il ne pouvait, disait-il, s y determiner avant qu eiles eussent etc proposees a TEmpereur lui-meme, temoignant que, si ce souverain les agreait, il travaillerait, de son cote, de grand coeur a consolider toujours, de plus en plus, une semblable reconciliation dans 1 interet general. Enfin, quant a se faire chretien, tout en admettant volontiers tout ce que lui disait le nonce , au nom du pontife, sur le salut des homines opere par le Christ redempteur, il repondit, un peu en barbare, que la-dcssus les Musulmans pouvaient agir en maitres envers les chretiens, et qu ainsi ils n avaient pas besoin de conseils.
Mais il nous parait interessant de rapporter ici litteralement la reponse de Malek-Saleh-Nodgeddin-Ayoub, quand ce ne serait, dit de Gubernatis, que pour montrer quelle etait, a cette 6poque, Finfluence du nom du pontife Remain j usque chez les Sarrasins, ces ennemis declares du nom chretien. En voici la teneur :
// En presence du Pape, noble, grand, spirituel, affectueux, saint, le treizieine des apotres, mainteneur univcrsel de la parole des chretiens, venerateur de la Croix, juge du peuple du Christ, guide des fils du bapteme et souverain pontife des chretiens, que Dieu conserve longues annees et rende heureux, les presentes lettres sont envoyees par le tres-paissant sultan, qui retient sous
son joug les nations , et possede les deux forces de Fepee et de la plume, avec les excellentes choses qui sont, par dessus les autres, la justice et la doctrine; par le Pv*oi des mers , seigneur du Midi et du Nord, monarque du pays d Egypte, de la Syrie, de la Mesopotamie, de la Medie, de Tldumee et d Ophir, Saleh-Bel-Fort-Avoub , fils du Sultan Treimel-Hebmevaffar-
Mahamed, lequel fut Ills du sultan Hael-Beobeore, fils d Ayoub, de qui le regne est cher a Dieu!
Au nom de Dieu, toute bonte, qui use de misericorde, nous furent presentees les lettres du Pape, noble, grand, spirituel, affectueux, saint, treizierae des apotres, mainteneur universel de la parole des cliretiens, adorateur de la Croix, juge du peuple du Christ, Souverain Pontife des fils du bapteme, que Dieu mette au nombre de ceux qui desirent et font le bien, en y perseverant, et Taide en tout ce qui se rapporte a Futilite de ceux qui sont le sa religion!
// T^ous avons attentivement lu les lettres susdites, examinant avec soin les chapitres qu elles contenaient; et, a vrai dire, elles nous out beaucoup plu; aussi notre oreille s^estelle fort r6jouie a les entendre. Xous nous sommes empresses de recevoir avec honneur, affection, devouement et reverence le Nonce que ledit saint Pape nous a envoye ,, et Fayant admis, d une maniere tres-bienveillante, en notre presence, nous Favons ecoute volontiers, lui accordant pleine confiance en ce qu^il a trouve bon de nous annoncer du Clirist (qu^il soit notre salut, bien que cependant nous le connaissons et le glorifions beaucoup mieux que vous) ! comme encore au sujet du desir que vous dites avoir de repos et de tranquil lite, et de vos raisons de convier les peuples a la paix : c^est precisernent ce que, nous aussi, nous souhaitons ardemment, sans qu il nous vienne la fantaisie de vous y contredire, puisque nous 1 avons toujours voulu et desire.
// Mais le Pape, que Dieu veuille soutenir, sait bien com ment, entre nous et TEmpereur, il y a familiarite, affection reciproque et concorde part aite, des le temps du sultan notre Pere (que Dieu admette a sa clarte); nous n^avons done pas juge convenable de faire de nouveaux pactes avec les chretiens, avant d 7 avoir recu le conseil et Fadlicsion de FEmpcrcur. C est pourquoi nous avons trouve bon d en ecrire ei notre ambassadeur qui reside 5, sa cour, lui communiquant les raisons que nous a exposecs le Nonce du Pape, et les clauses et propositions qu il nous a apporters. Get ambassadeur se rcndra lui-merne pres de vous en notre nom, et vous expliquera de vive voix cha-
que chose. Et, lorsqu il aura ainsi fait, nous nous emploierons, en nous conformant a sa reponse, sans nous en ecarter en rien, a ce qui pent tourner au bien universel, de telle sorte que nous puissions nous en faire un merite devant Dieu. Voila les choses que nous avions a vous faire connaitre, et par lesquelles le bien, avec 1 aide de Dieu, deviendra plus grand. Ecrite le septieme jour du mois de Maharran, qui fut la lune d aout. Louange a Dieu seul, dont la benediction descend sur notre prophete Maho met et sa posterite. Et qu il soit notre paix 1 . //
Telle est la reponse que Malek-Saleh-jN r odgeddin-Ayoub envoya, par Fintermediaire du nonce franciscain, a Inno cent IV, avec des assurances de respect et de veneration. Quelques auteurs d hisfcoire ecclesiastique out voulu y puiser un argument pour etablir que ce pontife pretendait obtenir que le souverain Egyptien rompit la treve que son pere, Malek-el- Kamel, avait conclue avec TEmpereur Frederic; rnais, en verite, on ne saurait tirer cette conclusion du texte de ce document; ce serait, au contraire, sottise et en meme temps temerite d affirmer que le Yicaire du Dieu de la paix, au moment meme ou il tachait d attirer a la foi catholique ce sultan et Fengageait a se maintenir en perpetuelle ami tie avec les chretiens, se contredit assez etrangement, pour Texciter a violer ses conventions, et cela a leur prejudice" 2 . II nous suffit d avoir indique cet argu ment.
SYBIE.
Lettre du Pape ALEXAXDKE IV aux Franciscains do Syrie> laquelle coufirme le precedent recit de la ruine gue causerent les Karisrnites a leurs confreres a Jerusalem, et rend hommage a la haute vertu avec laquelle Us resterent courayemement attaches a cette Mission.
Nonobstant les dispositions douces et bienveillantes de Melek- Saleh-]\ T odgeddin-Ayoub envers le Pontife et les Pranciscains , et qui permirent meme a ces derniers de rctourner aussitot au Mont Sion et pros du saint Sepulcre, ou tous leurs confreres venaient d etre egorges par les Karismites, cette mission n en deviiit pas
*} Voir DE GLBEHXATIS, deMiss. antiq., pag. 490; et CALAHOJIRA, Ilist. chronolog. de la Syric t etc., liv. II, chap. XVII.
2 j Vuir DK GLBERNATIS, loc. cit. } pag. 491.
moins difficile et perilleuse. En effet, Tissue inalheureuse de 1 entreprise guerriere tentee, a cette epoque, par saint Louis,, roi de France, dans les inemes contrees, pour relablirle royaume Latin, hata la rapide decadence de ce meme royaume, a tel point qu il n en resta bientot plus de traces, et que les barbares Sarrasins purent s enorgueillir de leur triomplie sur les chretiens, jusqu a inspirer une juste terreur 1 . Qu on lise, en effet, comment une lettre, expediee de ce pays en 1255, en depeint 1 etat miserable.
// La Terre Sainte est, parmi tonics les autres regions, la plus exposee aux incursions des infideles, qui Tassaillent de tonics parts avec une effroyable fureur. Dernierement elle a etc devastee par les Karismites, et elle ne cesse d etre en butte aux attaques et aux depredations des Turcomans et des Sarrasins. Les Prelats et les Seigneurs du pays, les Maitres des ordres militaires et le peuple fidele, comprennent bien que la situation de la chretiente, agitee elle-meme par des discordes intestines, ne permet pas de leur envoyer de nouveaux secours. Et en attendant, les infideles deviennent cliaque jour plus nombreux et plus forts; deja les chretiens du pays se trouvent reduits a un tres-petit nombre ; et ce petit nornbre est menace, a chaque instant, de perdre cette faible partie de la Terre Sainte qui est encore en son pouvoir! Puis, surtout, les infideles s enhardissent , sachant par experience qu il est impossible qu aucun prince chretien reste longtemps cnez eux afin d y mener a terme une entreprise qui, assurement, demande de longs efforts. Us esperent done que la Terre Sainte n obtiendra jamais qu un secours passager, venu de loin, tandis qu eux-memes sont etablis dans le voisinage, toujours prets a 1 attaquer. Aussi ne se decident-ils a conclure ni paix ni treve avec les cliretiens, parce quails sont convaincus que ce faible reste du royaume de Palestine ne peut manquer de tomber promptement en leur pouvoir 2 . //
Dans cet etat de clioses, il est bien facile de comprendre que les Franciscains, an milieu de ces nations barbares, ou ils etaient, il est vrai, Tobjet de quelque veneration a cause de leur pauvrete, de leur Immilite et de leur douceur, eussent a supporter d^ameres tribulations, tant faute de liberte pour operer le bien quails auraient voulu, que par suite de leur courage, qui les obligeait souvent a s^exposer aux plus graves perils, ne lut-ce que pour subvenir aux besoins des chretiens, ici vexes par d injustes oppresseurs, la gt3inissant dans les prisons, et pour porter a tous les secours de la religion. Mais malgre tout cela ils ne quitterent
) Hint. Univers, des Miss. Francisr,., loc. fit *) Voir FLEUIIV, Hist. EccUsiastique, liv. XXXII.
pas un seul instant leur sainte Mission; et certes, n eut-elle consiste qu a precher aux Musulmans la justice et Fhumanite envers les chretiens captifs, elle nous semblerait encore digne de F admi ration et de la reconnaissance de FEurope civilisee et cath clique. Aussi le saint Pontife Alexandre IV, successeur d lnnocent dans le gouvernement de FEglise, en fut-il tellement touche qu il voulut leur en rendre teinoignage en face de Funivers, par la lettre suivante du 28 mars 1254, que nous aimons a reproduire. II leur disait :
// Alexandre Eveque, serviteur des serviteurs de Dieu, a ses chers fils, Ministre et Ereres Mineurs de la Province de Syrie, saint et benediction apostolique. Par le rapport de personnes dignes de foi, il est venu a notre connaissance que, non sans peril de votre vie, vous pretez fidelement votre aide et votre secours au peuple chretien, qui combat pour la defense de la foi centre les Sarrasins de ces contrees; et, en outre, que vous vous employez a tel point, au profit de ce peuple, par des predications, par des avertissements salutaires, et en entendant les confessions, que quelques-uns de vos confreres, appliques a de sernblables ceuvres de piete, ont recu la mort de la main des ennemis de la foi, pour le nom de Jesus-Christ. C est pourquoi afin d animer de plus en plus votre zele a de pareils travaux, nous avons resolu de vous encourager par quelque recompense agreable et salutaire. En consequence, connant en la misericorde du Dieu tout-puissant, et de Fautorite de ses bienheureux Apotres Pierre et Paul, a vous tous, ensemble et separement, qui, penitents de cceur et confes ses, vous consacrerez aux rcuvres susdites ou autres ceuvres de piete, autant qu/il sera en vous, jusqu au terme de votre vie, dans la Province de Palestine , Nous accordons le pardon des peches que le Concile General applique a ceux qui vont outre-mer secourir la Terre Sainte. De Kome, a Latran le 28 e jour de Mars de la troisieme annee de notre pontifical 1 . "
Telles furent les premieres chances de Fapostolat Eranciscain en Syrie et en Terre Sainte; apostolat d autant plus penible que le courage des religieux, tout en manifestant le zele qu ils apportaient dans Faccomplissement de leurs fonctions, produisait de nouveaux perils et de nouveaux echecs dans la lutte soutcnue par les troupes chretiennes. Celle-ci finit bientot, ainsi que nous le verrons, par Fexpulsion complete des croises de ces contrees, qui retomberent au plein pouvoir des Sarrasins.
1 ) Voir QUARKSMIUS, Elucid. Terr. Sanct., etc.
DEUXIEME PAKTIE.
HISTOIHE