‹ Annales des missions franciscaines Volume 2Chapitre 29 sur 99 · RUSSIE · texte numérisé non relu

RUSSIE

LES.FBANCISCAINSj OUVBIEBS EVANGELIQTJES DANS LES COLONIES BUSSES DE LA LAPONIE , DE LA SIBEBIE , DE LA GEOBGIE , DE LA CHEBSOXESE ET DU DAGHESTAN.

L histoire rapporte que les Eranciscains, apres avoir, au prix de leurs fatigues apostoliques converti toute la Litlmanie et la Samogitie a la foi catholique, y fonderent tine Province tresflorissante 1 . Puis, de concert avec leurs confreres de Danemark, de Suede, de Prusse et de Saxe, ils s avancerent vers le Pole Arctique, aim de porter la lumiere de FEvangile jusque dans Finhospitaliere Laponie 2 . Or, c est la une entreprise, dont 1 on ne saurait, croyons-nous, comprendre Tincroyable hardiesse, sans decrire d abord le climat excessivement rigoureux, la situation inaccessible, les moeurs barbares de ce pays, et sa religion, qui etait telle qu on s en figure difficilement Fexistence dans la race humaine .

La Laponie etant situee, comme on le sait, entre le soixantequatrieme et le soixante-onzieme degre dix minutes de latitude septentrionale, et a douze degres quarante minutes de longitude orientale, forme ce dernier pays de 1 Europe Septentrionale, qui s etend entre la mer Glaciale au Xord, la mer Blanche a FEst, et le lac de Botlmie au Sud; il se divise en Laponie Meridionale ou Suedoise, I^orwegienne ou Septentrionale, et llusse ou Orien tale. La premiere comprend tout le pays de la mer Baltique aux montagnes qui separent la Suede de la Xorwege, et se divise en cinq provinces comme suit : Tornea Lappmark, Lulea Lappmark, Piteu Lappmark, Umea Lappmark, et Asele Lappmark. La seconde, entitlement au-dela du cercle polaire, entre le lac Enora et la mer, forme, dans le diocese de Nordland, la seigneurie de

1 ) Voir le liv. IV de notre Jlistoire des Missions Franciscaines.

2 ) Ibid. liv. V, sous presse.

Finmark, divisee en Orientale et Occidentale. La troisieme, eiifm, entre le susdit lac d Enora efc la mer Blanche, se compose des districts de Kemi dans le gouvernement d Ulenbourg, et de Kola dans celni d Archangel 1 .

Singulier pays entre tons, celui-ci est bas an Sud et a TEst, vers le golfe de Bothnie et la mer Blanche, puis s eleve a un tres-haut niveau au ]S r ord sur la cote decoupee de FOcean, ou le cap ISFord offre a la vue une facade perpendicnlaire de pins de 1440 pieds, tandis qu au centre, les inonts Dofrines, converts de neiges entassees et de glaces eternelles, atteignent une hauteur de plus de trois mille pieds. C est la que prennent leur source de nombreux conrs d eau, comme 1 Alien et la Tana, qui coulent vers la mer Glaciale, le Panoi, qui se jette dans la mer Blanche, et le Kemi, FOunas, la Tornea, le Mnonius, leLainius, le Calix, le Lulea, le Pitea, le Skelleften, FUmea, et FAngerman, qui tons se dechargent dans le golfe de Bothnie. 11 n y a pas une inoins grande quantite de lacs, qn il serai t trop long de tons enumerer : nommons seulement le Stor-Uman , le Stor-Afvan, FHorn-Afvan, le Storn-Lnlea- Watneii, le Tornea, FEnora et rimandra 2 .

Dans une telle situation astronomique, et an milieu de tant d eaux, de neiges et de glaces, que le lecteur s imagine quelle doit etre la temperature atmospherique : il suffit de dire que le froid y arrive a un degre assez bas pour congeler Fesprit de vin le plus concentre. Dans les parties les plus meridionales, les jours et les nuits les moins courts ne depassent jamais vingt heures un quart, tandis que, dans les plus septentrionales, ils se prolongent au-dela de deux mois : durant ce temps, la Provi dence vient au secours des habitants, en diminuant ces eternelles nuits par les clartes de la lune et de frequentes aurores boreales, ainsi que par la lueur des crepuscules, qui sont d une tres-longue duree dans le pays 3 .

Quant a la vegetation, dans la partie basse du Sud et tout le long du golfe de Bothnie, elle consiste en de grandes forets de pins, sapins et autres arbres resineux; mais a mesure qu on penetre dans le pays, on trouve que le sapin a seul la force de resister a ce climat, ou lui-meme, un pen plus loin, meurtaussi; le bouleau lui succede, puis est remplace par le Salix glauca, qui bientot cede egalement la place au bouleau nain et au saule spongieux; et ceux-ci, a la fin, se retirent devant la mousse. Aussi, dans ces regions plus froides, n est-il pas possible d entretenir au dehors d autres animaux domestiques que des trou-

a ) Grand Dictionn. geograph. Venise, 1851. - - 2 ) Ibid. - - 5 ) Ibid.

peaux de rennes, auxquels cette derniere et miserable plante suffit pour nourriture. Mais Fadmirable sagesse du Createur n a cependant pas condamne ces malheureux habitants a perir de faim; ils ont des oiseaux de bois et de lac, et aussi des oiseaux de passage, en plus grande abondance qu on n en trouve nulle part ailleurs : ce sont, notamment, des aigles, des poules taclietees, des canards, des cygnes sans nombre, des perdrix de plusieurs especes, des faisans, des francolins, des Imppes, et le moqueur, tant vante pour la beaute de son plumage et Fexcellence de son chant 1 . Joignez-y les excellents poissons, que la mer et les lacs fournissent en tres-grande quantite, tels que des saumons, des brockets et des carpes. Ilelativement a 1 origine de ce peuple, les historiens les plus reputes affirment que c est un raineau des Einnois, on emigres ou chasses de leur territoire 2 . Cependant ils en different beaucoup, soit par la structure physi que, soit par les qualites de 1 esprit : ils sont si petits que la taille des plus grands ne depasse pas quatre pieds et demi; ils ont le visage large, les pommettes saillantes, les yeux enfonces, le menton pointu, la barbe rare, les cheveux courts, crepus et noirs, la peau brune et grasse, la voix aigre et desagreable 3 . Quant a la religion, ils professent un fetichisme general, rendant un ctilte a chaque element de la nature, qu ils considerent, en vrais pantheistes, comme tonte divine. A ce sujet, quelques ecrivains Allemands 4 qui Font specialement etudie, nous fournis sent des details, qu il est bon et interessant de reproduire, afin de montrer quclles etranges transformations la raison humaine egarce fait subir au sentiment religieux, qui ne s eteint jamais dans le coeur de Fhomme, mais derive toujours de la primitive revelation.

Dans le ciel superieur, disent-ils, regnaient Eadien-Athsie, pere universel, et Pvadien-Kiedde, son fils, qui gouvernait en sou nom. Mais ces divinites, qui crraient dans le Werald, ou dans les champs etheres, etaient pen connues , excepte des Nociida s, homines du ciel. Puis, parmi les divinites du ciel visible, Baiwe, ou la decsse du soleil avait sous scs ordres trois genies inierieurs, qui presidaient aux jours de dimanche, de vendredi et de samedi. I/ air lui-meme, enfin, etait le sejour d un grand nombre de divinites, placees la pour dominer

a ) Voir le Grand Dictionn. geograph. Venise, 1851.

2 ) Ibid., et MALTE-BHUN, Prdcis de la Gevgrupli. univeriefie f torn. VI.

3 ) Idem, ibid.

*) JESSEN, De la religion paicnne des Lapons, etc. SCIIEFFER, Lap; GEOUCI, Xalions liusses, et M.VLTE-BRC.N, loc. cit.

les elements. On les divisait, a cc qu il parait, en deux families distinctes, Fune descendants de Joumala, ou le bon principe qui residant, selon les uns, dans le ciel, et selon d autres dans Feau, repandait de la ses bienfaits sur la societe Immaine; Fautre issue de Perkas, roi des enfers, qui assistait de sa puissance les sorciers et les ennemis de Fhunianite . designes sous le nom

de Seites. On y joint le Dieu Hora-Galles , ou Tiermes, qui lance le tonnerre, amollit les pierres, et ecrase les sorciers sous les coups de son double marteau; il est, en meme temps, surintendant des saisons, des fruits de la terre et de la chasse. Sur son compte, il existe une tres-curieuse tradition, qui le represente comme un genie, d abord malfaisant, cree par Perkas, puis releve et sanctifie par Joumala, avec le nom de Ay eke , qui signifie vieux; c est son arc qu on voit briller des sept couleurs. Yiennent ensuite Biag-Olmal, maitre des vents et des tempetes, et Leili-0lina : i, prepose specialement a la chasse : ils parcourent, sans cesse, le sommet des montagnes saintes, sous la figure humaine. Parmi les dieux malfaisants, on compte notaminent les esprits des cavernes, charges de recevoir les morts que Radien-Athsie n admet pas dans le ciel superieur : ceux-ci, inenes sur-le-champ en presence de Jabme-Ak&o , mere des morts, sont par elle condamnes a de terribles tourments, que leur infiige Koia, dieu de Tenfer.

Tel est en abrege le sjsteme des croyances religieuses des Lapons, auxquelles correspondait la forme du culfcc par lequel ils pretendaient lionorer leurs divinites. En effet, le dieu Tiermes, protecteur de la nature vivante, avait son image en bois, et on lui rendait un hommage d^amour pres des cabanes et des tentes, par le sacrifice de rennes males et adultes, tandis qu^au grand Seite, chef des malms esprits, figure en pierre, on immolait dans des mysteres terribles, au milieu des forets les plus solitaires, ou sur la cime do roches presque inaccessibles, des chats, des chiens et des poulets. On n offrait a la deesse Baiwe que de petits rennes, en couronnant la table sacree, sur laquelle ils e talent offerts, de petits ossements de ces animaux; tandis que celles de Tiermes et de Scite etaient garnies des cornes de ces memes animaux. Aussi la Laponie est-elle toute couverte de lieux consacres par la religion, dont la plupart portent encore le nom de Passe, qui veut dire saint, ou de Ayeke. qui signifie vieux, divin. Ce sont le plus souvent des

rivages de lacs, des rochers s^avancant au-dessus de cascades ecumantes, des lies couronnees de pins antiques, et des vallees solitaires et desertes. On en rencontre surtout dans la Laponie

Busse, avec des idoles en pierre et en bois, et avec de pctits tertres, de cinq ou six pieds de hauteur,, sur lesqnels s oflfaient les sacrifices. Ces lieux sont tellement sacres pour les Lapons que, lorsqu ils passent devant, ils observent un profond silence,, et que les femmes, reputees impnres, en detournent le regard ou se couvrent le visage d un voile. Pour terminer, ajoutons quails offraient aussi des sacrifices aux ames, que Fon supposait obtenir, apres la-mort, une grande puissance. On renversait sur la tombe le traineau sur iequel avait ete depose le cadavre, et Ton y immolait le renne qui Favait apporte 1 . Dans tout ce qui vient d etre rapporte sur la religion des Lapons, si Fon y regarde attentivement, on ne peut manquer d entrevoir certains rayons d une revelation antique, surtout en ce quails disent de leurs divinitcs de premier ordre, et touchant le principe du bien, qui scmble prevaloir sur celui du mal \ il en est de meme du jugement des trepasses.

Voila dans quelle confusion d^idees et de coutumes religieuses vivait tout le peuple de Laponie j usque sur la fin du quinzieme siecle, epoque on les Franciscains s^avancerent vers lui, a travers la Suede et la Norwege, afin de Feclairer de la lumiere Evangelique, quails se proposaient de lui porter : et ils anraient reussi, sans doute, si, au moment meme oii ils s^efForcaient de mener a fin leur entreprise si bienfaisante et si sainte, Lt Russie, tombee dans le scliisme grec, ii avait etendu son domaine sur toutes ces contrees, et si la fnneste reforme a laqnelie Luther mit la main en Allema^ne ne fut malheureusement

survenue pour arreter Fcouvre de ces saints Missionnaires. II en resulta que ces pauvres populations resterent, de nouveau, totalement abandonnees a elles-inemes, dans le grossier paganisme oii elles etaient plongees, de sorte qu elles deviniTut ]>ar la suite, du cote de la Suede et de la Norwege, Iuth6riennes, et, dans le reste du pays, grecques, mais plus do nom que de fait; car elles n avaient renonce a aucune de leurs superstitions idolatriqurs : ainsi les baptises ne se distinguent pour ainsi dire en rien de ceux qui sont demeures jusqu\\ present payens 2 .

De tels faits montrent quel fut le service rendu au Nord par la revolte, contre Eome, du moine Martin Luther. Elle arreta dans son cours le rapide developpemcnt que prenj iit parmi les contrees germaniques la civilisation chretienne, qui, dessechee pour ainsi dire, dans ses sources, iVeut plus asse/, de vigueur pour s avancer a travers les barbares du Pole glacial.

) Idem, ibid. 2 ) Ibid.

C etait cependant pen cle temps auparavant que, les regardant du sommet des hantes montagnes de Norwege, le Frere Jacques, des Marches, profondement emu, se rejouissait taut en son cceur a la pensee que bientot, grace a. Fapostolat de ses confreres, eux aussi feraient partie de la grande famille du Christ 1 .

Neanmoins les Franciscains de Pologne et de Lithuanie, con serves comme par miracle dans ces contrees jusqu a nos jours 2 , travaillercnt aufcant qu il leur fut possible, a faire penetrer en Laponie un rayon de la vraie lumiere evangelique : aujourd hui encore, ils y soignent un troupeau assez nombreux de catholiques dans le gouvernement d Archangel, sur les bords de la mer glaciale, dont la partie la plus septentrional e est habitee par des Samoi edes nomades; assurement, ils etendraient plus loin encore leurs travaux apostoliques, sans Fempechement qu y met la perfkle Eussie, qui use, envers cette province des Freres Mineurs, de machinations dont le but est de la faire completement perir.

Ces Franciscains se trouvent aussi actuellement a Kasan, pres des rives du Volga, et a Orel, ou se reunissent les fleuves Oka et Orljk; ainsi qu a Tomsk, sur les bords du Tom et de TObi; ii Krasnojarsk, dans le gouvernement de Tenisseik, et a Nerczynsk, dans celui d^Irkoustsk, en Siberie proprement dite.

Ils travaillent egalement a Landau dans la Chersonese Taurique, district d Odessa; ii Jamburg et a Taganrock, dans le gouverne ment et district d^Ekaterinoslaw sur la mer d Azof; ii Alexandrowsk, district de Bachmutskaia; a Kazickaja, gouvernement

! ) Voir lechap. XII du liv. IV de 177?^. de* Miss. Franoisc.

2 ) Vraiment par miracle : depuis que les funestes traite s de 1773, 1793 et -1793 ont fait echoir la plus grande partie de ce royaume a la Russie , et le reste a la monarchie Prussienne, il n est ressort que la premiere, en particulier, n ait fait jouer, afln d y eteindre le catholicisme. Neanmoins, en 1842, la Pro vince Franciscaine de Lithuanie comptait encore vingt-neuf couvents de Mi neurs Observantins, et six monasteres de Clarisses, maintenant reduits par la persecution, les premiers a douze, et les seconds a quatre; et, qui pis est, ceux qui restent sont contraints de se gouverner sans Superieur Provincial , puisqu il leur est de fendu de se reunir en chapitre, afln de proce der, suivant les statuts cle TOrdre, a Telection de ce superieur, Nous savons qu en ce moment, le Pere Ministre General, Bernardin de Montefranco, s occupe d ouvrir des negociations avec le gouvernement de S -Pdtersbourg, pour faire cesser une trop inique oppression, qui ne tarderait pas a consommer la ruine de cette malheureuse Province, et nous lui souhaitons, pour la consolation de ces peuples, un lieureux succes.

de Samara; a Astracan, pres de ]a mer Caspienne, ou sont des etablissements Tartares, Cosaques et Calmouks, ainsi que des colonies Allemandes et Busses; a Karskie-Kolodce, dans le gou vernement de Tiflis; a Piatyhorsk et "Wladykankaz, gouvernement deStauropol auCaucase; et a Kussary, gouvernement de Derbent, dans le Daghestan.

Les noms des Peres qui resident aujourd hui dans ees colonies, en qualite de Cures et Missionnaires, sont : Innocent Wolodkiewicz, Ostian Galimski, Benigne Lipien, Zenon Iwaszkiewicz, Vincent Bielski, Andre Jurewicz, Diegue Sambor, Jean Cance Gartz, Telesphore Grzegorzewsld, Paulin Balcewicz, Donat Midrowscki, Conrad Legowicz, Viateur Zjzniewski, Eerdinand Sienkiewicz, Yvon Zavaddzki, et Bernardin Grodzki.

Le nombre d ames confiees a leurs soins dans cliacmi des lieiix mentionnes, est le suivant : A Archangel, 1983; a Kazan, 4896; a Orel, 2395; a Tomsk, 1638; a Krasnojarsk, 1609; aNercynsk, 1200; a Landau, 4496; a Jamburg, 2303; a Taganrock, 2500; a Alexandrovvsko-Bachmutskaia, 1834; a Kazickaja, 2694; u Astracan, 757: a Carskie-Kolodce , 2389; a Piatyhorsk, 5477; a Vladykaukas, 2135; a Kussary, 1192.

II convient d y ajouter les paroisses suivantes qui leur sont confiees en Lithuanie : Yilna, 4512 ames; Creting, 3721; Titow, 2628; Mohilow,.,.; Trascun, 3442; Dotnow, 4553; Yalozyn.... 1

EGYPTE

Lettre du P. FRAN^OIS D Ascon, M incur Olservantin de la Province des Marches, Visiteur des Lieux- Saints , au Reverendissime P. General dff rOrdre, sur les fruits des Missions recemment donnees en

Le Caire, au Grand Convent \ ce 28 mars 1862. REVERENDISSIME PERE,

II y a longtemps que j avais le projet de vous ecrire, afin do vous rendre graces de m avoir designe comme Predicateur annuel a Alexandria d Egypte et au Caire; mais la pensee de vos occu pations si nombreuses et si importantes m a toujours retarde dans I accomplissement de cet acte de juste reconnaissance. Nean-

) Elenchus Cleri Rcgularis Ordinis Min. S. P. Francisci Observ. Vilna, 1842 et 1859.

moms, je vous ai fait plusieurs fois parvenu* mes luimbles respects par Fentremise du tres-Eeverend Pere Antoine de Melicocq. Atijourd hui, pour adoucir quelque peu les amertumes qui, au milieu de tons les troubles qui agitent le monde, ne sauraient manquer d abreuver votre coeur, jo, vous ccris tout ce que vos lils d Egypte ont opere pour la gloire de Dieu dans ces regions que vous avez gouvernees jadis comme tres-digne Custode de Terre Sainte. Elles n ont oublie ni votre habilete, ni cette sagesse et cette bonte qui ont tant contribue a y accroitre la gloire du Seigneur.

C est le soir du 6 Janvier dernier, que se termina ici, au Caire, la sainte mission precliee en langue arabe par les Reverends Peres Bernardin de Eermo et Louis de Eavenne. Le concours des Arabes et des Cophtes catlioliques fut aussi satisfaisant que le furent les fruits recueillis par les deux zeles missionnaires, quoique de grands vents, souvent accompagnes de pluies, empechassent beaucoup depersonnes de se rendrc aux predications.

Le soir du 12 dudit mois , en presence de rillustrissime et Eeverendissime delegue apostolique de toute PEgypte , Mgr Pas cal Vuicic, la Mission en langue Italienne commenca par un discours relatif a la circonstance, que prononca le E. P. Jacques Kado, Franciscain Espagnol, et qui fut suivi d un sermon du P. Louis de Eavenne. Le lendemain, a 6 h euros du matin, je commencais mes instructions , et a 9 lieures je remontais en en cliaire pour faire une nouvelle instruction avec la medita tion. Puis, a 4 lieures du soir, le P. Jacques faisait le catecbisme, et ensuite le P. Louis precbait ce qu on appelait le grand sermon. Le nombreux auditoire, avide d^ entendre ceux qui lui rompaient quatre fois par jour le pain mystique de la parole divine, ne cessa d y assister avcc un zele qui n en dementit pas, et Mgr FEveque susnomme s j y trouvait avant tout le monde. L affluence an tribunal de la PeDitence tint fort occupes, outre les Missionnaires, tout les confesseurs de cette famille religieuse. La communion gcnerale, qui eut lieu le matin du 27 Janvier, dernier jour de la Mission, prescnta un spec tacle admirable, et Ton ne pouvait retenir ses larmes quand on voyait la modestie, la componction et la ferveur avec lesquelles plus de 500 fidcles se nourrirent du pain des Anges, que lour distribuait cet homme si ineritant, Mgr TEvC-que. 11 faut obser ver qu un nombre peut-etre plus grand s^en approclia en particulicr; presque tons renouvelerent leur communion le jour suivant, ou se celebra solcnnellement uuc Messe funebre pour le repos des del unts , et je fis un discours sur Futilite des suffrages.

If f

Soyez siir quo la foi de ces cath cliques, bien qu ils appartiennent a diverses nations, se conserve vive, soutenue qu elle est par les soins perseverants de nos freres.

Cette mission finie, le P. Jacques et le P. Louis se rendirent a Alexandrie, pour donner, le premier dix jours d exercices spirituels a notre i amille Beligieuse, et le second, avec le P. Bernardin de Eratta Ma^ffiore. une serie destructions en arabe.

oo .

La aussi, grand fut le nombrc de ceux qui accouraient, nonseulement Arabes, mais Cophtes, Maronites, Grecs unis; et suivant les renseignements qui nous sont parvenus au Caire, et que j ai verifies depuis a Alexandrie, les fruits de cette mission i urent extremement abondants.

Durant 1 absence de mos compagnons, je fus charge de donner 15 jours de Mission dans la ville voisine de Bulac, tres-peuplee de Turcs et d Arabes, mais pauvre en catholiques ; car il ne s y trouve qu un petit nombre de Grccs unis, et environ 300 Maltais. Je fus toutefois tres-satisfait de voir, matin et soir, ces bons fils do grand Apotre des nations accourir au sermon, se reconcilier avec Dieu au moyen do la confession sacramentelle, et se nourrir tons de la chair du divin Agneau ; ce qu ils aimerenfc a renouveler encore le lendeinain, en assistant a un doulou reux et solennel office pour le soulagement de leurs parents et amis trepasses. Le premier jour de la mission restera d^ailleurs a jamais dans leur souvenir, a cause dc Fouverture d un nouvel

hospice, eleve tout expres pour eux, avec unc eglisc convenablement grande et belle. A cette ceremonie assistant Mgr TE\ 7 eque, avec le digne gardien qui s y est etabli a demeure, lui pretre, avec un i rere lai, pour subvenir aux besoins spirituela de ces catholiques, et pouvoir ouvrir aussi, le plus tot pos sible, des ecoles elementaires , a 1 aide d un autre Pretre de FOrdre.

Maintcnant il faut que je vous parle de la mission a Alexan drie. Elle fut commencee le soir du 5 courant, dans le vaste temple consacrc a la vierge et martyre S te -Catherine. On y suivit le meme ordre qu au Caire. Seuleinent on y joignit de melodieux cantiques, executes avec grande distinction par unc troupe choisie d alertes jcunes gens bien doues du college voisin, dirige par des ])rofesscurs francais. Je nc vous dis rien du concours, de Tempressement, de Fassiduite de tons, pour assister aux predications, aux catechismcs et aux instructions; rien du nom bre immense de ceux qui s approcherent du tribunal de la penitence, ni dc demotion interieure qu on pouvait lire sur leurs traits. Je vous dirai seulement que, durant environ deux

heures, 1 Eveque leur administra le pain eucharistique , tantot an chant des doux cantiques des jeunes gens dont j ai parle, tantot au milieu des aetes de preparation on d actions de gra ces, que je recitais de la chaire. Le temple etait comble; de tons les yeux conlaient des lannes d attendrissement, et la joie spiritnelle se voyait empreinte snr le front de plus de 2000 personnes, tant homines que femmes, qni s assirent a la sainte table. Protestants, Schismatiques, Mnsnlmans et Jnifs resterent etonnes de la magnificence d une sainte ceremonie quails n avaient jamais vue, et Ton disait dans les rnes que depnis longtemps nne solennite aussi belle, anssi touchante, aussi consolante, n avait pas rejoui Alexandrie. Le lendemain on y celebra egalement 1 office des morts, on il y cut encore communion geiierale et sermon sur les ames du Purgatoire. Nous esperons que les fruits tres-abondants, qui y furent recueillis pour la gloire de Dieu, seront durables.

Maintenant, passant a un autre sujet, je vous annonce que, dans le pelerinage que j ai fait, il-n y a pas longtemps, en Pa lestine , en Judee et en Galilee , pour visiter les sanctuaires de notre tres-auguste religion, je me suis senti, partout ou j ai trouve nos confreres, extraordinairement attendri et emu, quand j ai assiste aux longues psalmodies, aux frequentes oraisous mentales, aux processions quotidiennes, auxquelles ils s^adonnent dans les cloitres de Jerusalem, Bethleem, S^Jean de la Montagne et Nazareth; en sus de leurs continuelles fatigues au confessionnal , de leurs predications et de leurs ecoles en diverses langues. Puis la retraite, le silence, les moeurs exemplaires, et pardessus tout la douceur, la paix et Tamour fraternel qui regnaient dans chacun de ces lieux, me faisaient m eerier : Oh! que ne m ; a-t-il ete donne de connaitre ces contrees si venerables a une autre epoque! Oh ! que volontiers j y aurais passe ma jeunesse et mon age mur, en me conformant a la sainte regie de vie que suivent ici mes confreres Seraphiques ! Mais a present, avance en age, comment pourrais-je les imiter, et y resister longtemps?... Et ce que j ai vu dans ces convents, je 1 ai rencontre egalement a Jaffa, a Acre, a Tiberiade, a Karfa-Zaiat. Mais je ne m etends pas davantage, Eeverendissime Pere, de peur de vous fatiguer; car vous connaissez, mieux que moi, la vie qu on mene en ces Saints Lieux. Je vous serai eternellement reconnaissant de m avoir procure la consolation de les visiter. Et vous priant de me benir, je suis, autant qu il est possible de Fetre, de Yotre Paternite* Eeverendissime, le tres-humble et tres-devoue fils,

FR. FjiANgois D ASCOLI,

des Mineurs Observantins.

Lettre du P. LTJDOVIC DB FABEIANO, Predicateur annuel a Alexandrie d* figyptc , au P. SERAPHIN DE BOLLANDINA , Premier Professeui de Philosophic au convent ^ Aracoelij a Home.

Alexandrie d Egypte, a S iQ -Cat7ienne } 19 mars 1862. MON CHER P. SERAPHIC,

J aurais voulu pouvoir vous ecrire au depart du P. Pierre de Taggia, et pour vous iaire connaitre cet excellent Mission naire, et pour vous donner de mes nouvelles ; mais je ne trouvai pas moyen de soustraire un peu de temps a mes occu pations. Actuellement je jouis de quelques jours de vacances, et j en profifce pour causer une demi-heure avec vous. J arrivai dans cette ville le 17 septembre 1861, et bien qu en mettant pied a terre, j eusse Fimagination pleine de Mahomet et des Mahometans, je m apercus bien vite que je n aurais nullcjnent affaire a eux. Alexandrie est de venue une ville tout a fait Europeenne, sous quelque rapport qu on veuille la considerer, pour les constructions, les jardins, les places et les promenades; et je pourrais, plus proprement encore, la qualifier de ville Italienne, soit a raison du nombre d lt-aliens qui Fhabitent, plus gi and quo celui de touto antre colonie, soit a cause de la langue Italienne, qui bien ou mal y est parlee par tout le monde, soit enfin a cause de la Mission qu y dirigent des Italiens depuis son origine jusqu aujourd lmi. Gardez-vous d en conclure qu il n y ait pns ici de Turcs ; ils y sont, au contraire, tres-nombrevix, mais tellement domines ou platot entraines par le genie Europeen, qu^on pent les dire reduits a neant : imaginez-vous qu on doit un de ces jours etablir une administration municipale qui fonctionnera entierement a TEuropeenne ! Je vous ai dit que c est la langne Italienne qui domine ici : il faut Fattribucr, sans doute, aux fils de S t Francois; car ils furent les seuls qui suivirent les marchands Venitiens quand , apres la bataille de Lepante, on vit reprendre le commerce avec TOrient. D abord, ils desservirent la chnpellc du consul de cette Eepubliquc, jusqu^a ce que I augmentation du nombre des Catholiques, tant indigenes qu^Europeens, les porta a fonder et a successivement agrandir Tliospice et Feglise, a mesnre du besoin, et en meme temps a faire les ceremonies du culte avec la solennite que permettaicnt les circonstances , annoncant tonjours la parole divine aux Arabes en arabe , aux Maltais en maltais, et a, tons les Europe ens en langue Italienne. Mais

les maux que firent souffrir a nos confreres pendant plusieurs siecles le fanatisrne et les persecutions des Turcs, les maux de la pauvrete (car ils devaient attendre tout le necessaire de la charite de VEurope) , et les tributs qu il leur fallait payer a des maladies et a des pestes les plus meurtrieres qu on puisse se figurer, furent largement compenses par le Seigneur : ayant seme dans les laraies, on devait rnoissomier dans la joie. Lorsqu en Europe on criait, plus que jamais, centre les capuces et les frocs, le Yice-Eoi d Egypte, le glorieux Meliemet- Ali , les favorisait avec toute la munificence possible, et nous donnait environ 2159 pieds Francais de terrain, qu* fut promptement entoure de solicles murs, et sur lequel s elevent aujourd hui le convent avec 22 Religieux, une eglise assez grande pour contenir plus de six mille personnes, Fliopital Europeen, desservi par les Soeurs de Charite, 1 eveche et 1 etablissement scolaire fonde par les Franciscains et tenu par les Freres de la doctrine Chretienne. Le dimanclie, c est une vraie joie de voir la foule du peuple qui accourt a Feglise : les^messes commencent toujours a 5 h. du matin; a 6 h. messe et sermon pour les Maltais , a 8 h. messe et sermon pour les Aiabes, a 10 h. grand messe et sermon en Italien, donfc je suis a present charge. Pour vous faire comprendre au juste ma position, il faudrait que je vous misse sous les yeux le degre d instruction scientifique et morale de Fauditoire; mais pour ne pas trop vous choquer, je me borne a dire qu^ici les connaissances nc s^etendent pas au-dela des elements qu enseignent dans notre college les Freres de la doctrine Chretienne, et que la masse du peuple est entitlement adonnee aux arts mecaniques ou au commerce. Ajoutez que bon noinbre de Protestants, de Juifs, de Schismatiques et de Catholiques u moitie incredules, s unissent, malgre leurs dissidences, dans un esprit vraiment infernal pour repandre les erreurs et les calomnies les plus oclieuses centre les Missionnaires Catholiques et tout ce qui touche au catholicisme. Ainsi, quand je monte en chaire, je me trouve en face (Tun auditoire pen instruit, en partie prevenu et en partie decidement corrompu, et cela vous montre que je suis force de me tenir entre Finstruction et 1/apologie. Les superieurs out deja reconnu la necessite absolue du catechisme proprement dit, bien plus utilc que la predication, et je suis certain qu on en obticndra de grands avantages. Yous vous etonnerez d apprendre ({lie j jii eu vacance, en careme, quand tons les Predicateurs redoublent d^activite? Mais ne vous scandalisez pas, car j^ai cede la place a des ouvriers d^une bien autre valeur. Des le

mois de novembre 1861, le P. Jacques Kado, que vous avez connu en Ombrie, et que j avais vu quand j etais dans le monde, s est rendu ici ; Tobjet de sa venne etait une tournee vraiment apostolique : car il donna d abord dix jours d exereiees spirituels a notre communaute du Caire ; puis, tandis que les PP. Bernardin de Eermo et Ludovic de Eavenne etaient envoyes en Mission pres des Arabes du pays, il dirigeait lui-meme pendant huit jours les exercices de nos Clarisses, finis san t par donner, de concert avec le P. Erancois d Ascoli et le P. Ludovdc de Eavenne, nna mission en langue italienne. Dependant les bons resultats obtenus au Caire augmentaient notre vif desir de les voir se reproduire ici. CVst pourquoi le P. Jacques nous fit suivre de nouveaux exercices spirituels, tandis que le P. Ludovic de Eavenne et le P. Bernardin de Pratta Maggiore se inirent a evangeliser les Arabes ; quand le tout fut termine, le P. Jacques revint an Caire pour diriger les exercices des Sceurs du Bon Pasteur, jusqu a ce qu^il rejoignit cnfiu ses compagnons Erancois d^Ascoli et Luclovic de Eavenne, avec lesquels le jour des Cendres on le voyait commencer dans cette eglise une mission en italien, qui devait se clore le 19, jour de la fete de S t Joseph. Vous voyez done bien qu avec quatre ccurs d exercices et quatre Missions le demon doit avoir eprouve de telles pertes, qu on pent repeter qu il a etc de nouveau relegue au bout de TEgypte, in paries supenores Atgypti. Je ne vous ai parle des missions du Caire que d apres les renseignements qui sont parvenus jusqu ici ; quant a celles qui out ete donnees a Alexandrie, j en ai ete moi-meme temoin; et vous pouvez croire que, tant par le concours du peuple que par les nornbreuses con fessions et communions, on a remporte un vrai triomphe pour la religion Catholique, en presence des autres sectes qui ne sauraient comprendre comment une predication de 15 jours peut changer les habitudes d une population. Notre Eveque, Monseigneur Pascal Yuicic, venait tout expres du Caire pour administrer la communion le dernier jour ; mais s il eut a supporter de longues fatigues, il y trouva aussi une grande consolation, en voyant ses ouailles accourir en si grand nombre, pour recevoir de ses mains Faliment de vie eternelle. Assurement, il n en communia pas moins de 1500.

Je devrais maintenant vous dire quelque chose des missionnaires. Mais omettant de vous parler du P. Jacques et du P. Erancois, assez celebres en Italic, je vous dirai seulement que le P. Ludovic, qui a quitte sa patrie avant d^etre connu, est un jeune homme d^un esprit non mediocre, d une memoire

prompte et (Tune imagination vive ; il exprime si bien ce qu il dit, parce qu il dit ce qu il sent vivement, qu il captive F attention, et qu on est force de ceder a son raisonnement. II s attaque a ^intelligence et an coeur avec tant de succes qu il faut se reudre. S il parle purement Fitalien, il n est pas nioins verse dans la connaissance de FArabe , et il en donnera bientot la preuve par une publication. ISTous n avons a lui souhaiter que la sante : car assurement ce ne sont pas la capacite et la volonte qui lurmanquent.

Maintenant je continue a precher, avec plus d entrain meme; car j ai vu se doubler mon auditoire a la suite de la Mission. Quand je pourrai derober du temps a mes occupations, je ne manquerai pas de vous ecrire ; quant a present, contentez-vous de cette lettre, qui finit, ce me semble, par devenir assez longue. Je conserve toujours un affectueux souvenir des lleligieux RAra-CceU, qui se sont montres si bienveillants envers moi en 1859; quand vous en aurez 1 occasion, saluez-les de ma part. Je termine, en vous priant de vous informer, au convent de S* Barthelem} 7 , du P, Missionnaire Pierre de Taggia, et de vous faire racouter ses nornbreuses et interessantes aventures depuis environ 24 ans de mission ; vous y trouverez grande edification. Dites-lui que tons ici, sans distinction, Fattendent avec impatience. Enfin, souvenez-vous de moi quand vous prierez le divin Enfant, afin qu^il benisse ma predication. Ponnez-moi de vos nouvelles, et croyez-moi toujours

Votre tres-affectionne ami,

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