‹ Annales des missions franciscaines Volume 2Chapitre 32 sur 99 · HU-PE EN CHINE · texte numérisé non relu

HU-PE EN CHINE

Comme on allait terminer 1 impression de cette feuille des Annales des Missions Franciscaines, nous recevions du Tres- Reverend Pore Bernardin de Montefranco , Ministre General de 1 Ordre , une lettre fort importantc, recemment arrivee de Chine. Elle est du missionnaire apostolique Pere Smeraldo de Livourne , Observantin de la Province de Toscane j la void :

REVEKENDISSIJIE PEUE ,

Ces lignes vous pourront paraitre une nouveaute , puisque je n ai depuis 1854 ecrit a personne en Europe. Parmi bien des raisons qui me semblent fournir une excuse a ma reserve , ce ne furent pas les moindres que la difficulte de faire partir des lettrcs de ces contrees, mes occupations tellemcnt multipliees dans 1 exercice du ministere apostolique que je n ai pas le temps de penser a autre chose, et enfin, par rapport particulierement a Votre Ilevercndissime Paternite, le souvenir de taut et dc si graves affaires qui vous remplissent sans cesse 1 esprit, ct dont je n aurais point voulu vous distraire sans motifs raisonnables. Mais aujourd hui je vois que de pareilles considerations doivent toutes ceder devant 1 obligation ou est le missionnaire de communiquer de temps en temps avec vous, comme un fils avec son pere ; c est pourquoi je vous demande pardon de ma negligence passee.

Avant tout, lieverendissime Pere, je veux vous felicitcr des saintes et efficaces mesures que vous avez prises afin de reveiller 1 csprit de notre Institut et de le faire refleurir dans son antique gioire. Les principales, debeaucoup, sont , scion moi, la publication de Thistoire univcrselle de nos missions, et le retablissement dc la Sainte discipline dans les cloitrcs. Mais que dirai-je, surtout, de la fondation de ces precieuses Annales de nos missions , ou se publient les lettres de nos missionnaires , repandus a present sur toute la terre ? Ce seul fait, assurement, suffira pour que

votrc nom passe admire, beni et glorieux, dans tous les siecles a venir

Voici quelques nouvelles dcs missions auxquelles je suis attaches. Vraimentj je regrette de ne pouvoir ici vous faire un tableau de tous les principaux evenements qui nous sont arrives cette annee. Ce serait une page tres-interessante pour les Annales de Flnstitut. Je tiens toutefois a vous pre venir que j en ai envoy e une relation satisfaisante a notre Vicaire Apostolique, par qui, j espere, elle vous sera bientot transmise a Rome. Je n ai jamais taut souft ert que cette annee; mais aussi Dieu et la Vierge m ont fait eprouver leur protection speciale. C est ainsi que la divine Providence tempere par les celestes consolations nos douleurs, pour que nous ne succombions pas sous leur poids. Une de ccs consolations m a etc procuree par la Constance vraiment admirable de deux vierges cln-e^ tiennes, qui braverent courageusement la mort plutot que de subir la perte de leur purete. L une se nommait Madeleine Lao, agee de 25 ans , 1 autre Marie Zem, de 17. Enlevees par une bande de rebelles, elles les virent employer toutes sortes de moycns et de menaces, afin de les faire consentir aux plus brutales exigences. Mais elles resisterent avec magna* nimite a ces monstres , jusqu a ce qu ils trancherent d un seul coup la tete a la premiere , et qu apres avoir commence par ouvrir le ventre a la plus agee, ils lui scierent inhumainement la gorge. Cela se passa le 25 novembre, jour consacre a la glorieuse vierge et martyre sainte Catherine d Alexandrie , a qui sans doute elles allerent se reunir an ciel.

Une autre consolation me fut menagee par Farrivee en ce Vicariat de notrc confrere , mon comprovincial , le Pure Candide de Rigoli , qui a deja ete missionnaire dans le Vicariat Apostolique de U-nan. Comme il y etait toujours malade, Monseigneur Celestin Spelta, en qualite de Visiteur Apostolique de toutes les Missions de la Chine , lui donna la per mission de venir se fixer parmi nous , et precisement sous ma direction. Ce lui fut extremement utile ; car , sous ce doux climat , il recouvra tout de suite les forces qu il avait perdues, et put se reniettre serieusement a Fetudc de la langue Chinoise , dans laquelle il fit les plus grands progres. En quinze jours, en efl et, il perdit Faccent du dialecte de U-nan , et sut contracter celui de Hu-pe, au point de pouvoir se mettre sur le champ a entendre les confessions , et trois mois apres il put prendre la direction d une mission, comme les autres. II promet d etre un excel lent ouvrier.

Enfin , ce qui completa la joie spirituelle de mon cosur , ce fut d assister , a U-kian-sen , capitale de cette Province , a la consecration , comme Eveque titulaire de Teutopolis, de notre excellent confrere, le Pere Eustache Zanoli de Modene , ou j eus encore le bonheur d embrasser les Peres Ezechias de Pronano , mon comprovincial, Pascal de Naples, et Illumine de Salerne , tous trois recemment arrives d Europe. Oh! comme il nous

fat doux a tons de jouir de la venerable presence de trois Eveques reunis : le nouveau consacre , Mgr Spelta et Mgr Navarro , au milieu de quinze pretres Chiuois !

Je voudrais vous en dire davantage ; mais je me reserve de le faire dans une autre lettre. En attendant, je vous prie de me benir et de me

tenir pour

Votre tres-devoue fils en Jesus-Christ ,

ER. SMEBALDO DE LIVOTJBNE, Vicaire forain dans le district de Saint-Marc. Hu-pe, 4 Janvier 1862.

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