‹ Annales des missions franciscaines Volume 2Chapitre 76 sur 99 · METHODE EMPLOYEE POUR CONVERTIR LES INDIENS A LA FOI CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

METHODE EMPLOYEE POUR CONVERTIR LES INDIENS A LA FOI CATHOLIQUE

Quand nous arrivames ici , les pretres des idoles , sachant que nous etions venus pour precher 1 Evangile de uotre tres-doux Seigneur et maitre Jesus- Christ, tinrent conseil et se dirent entr cux : si ces religieux, venus pour introduire une loi nouvelle , se proposent de nous faire changer de religion, ils exciteront le peuple par leurs predications a detruire nos idoles, ainsi qu ils 1 ont fait ailleurs et dans les villes voisines. Construisons done a notre Dieu une cliapelle, un oratoire souterrain et bicn cache. Nous plantcrons, au dessus, une croix et feindrons de 1 adorer; mais, en realite, uotre culte ne s adressera qu a notrc Dieu. C est ce qu ils firent. Jusqu a ce moment ils en avaient conserve le plus grand secret ; mais comme nos religieux passaient en ce lieu, ces pretres, eclaires par la luniiere dc la vraie foi et sc

repentant de leur conduite , ont avoue leur supercherie et leur ignorance, et nous ont reinis cette idole qui, dans leur langue, se nomme Tesealipocli , c est-a-dire, miroir de vapeur. C est ainsi que nos freres pourront la remettre a vos paternites reverendissimcs.

Voici de qnelle maniere nous nous y prenons pour instruire les Indiens dans la foi catholique. Nous avons des ecoles de jeunes garjons, qui presque tons sont fils dc grands seigneurs et que ces derniers nous confient pour les instruire. Ces enfants servent a leur tour de maitres a leurs parents et aux autres Indiens. Dans beaucoup d endroits nous en avons mille, dans quelques-uns jusqu a deux mille ; nous leur apprenons a lire , a ecrire , a chanter et a jouer de divers instruments. Nous les faisons cgalement etudier, car ils ont beaucoup de memoire et de facilite. Toutes les nuits ils se levent avec les religieux pour chanter Matines, et le jour ils celebrent avec eux tous les saints offices, aux heures canoniales. Bien que nous soyons ici en petit nombre, puisquc nous ne sommes pas plus de deux cents en tout, et qu a peine sommes-nous trois ou quatre reunis dans le meme lieu, nous chantons neanmoins tous les jours la grand -messe, et voici comment : le celebrant 1 entonne, puis ces jeunes gens chantent le reste en musique, en s accompagnant des orgues, de luirpes, de flutes et autres instruments, si parfaitement , que je ne crois pas , Mon Reverend- Per e , qu aucun chretien ait jamais entendu si belle harmonic. En ecoutant ces chants et ces instru ments reunis, il nous sernblait etre au ciel et entendre la musique des anges. Chaque jour, lorsque nous celebrons 1 office divin, plus de quatre- vingtsmille personnes, tant homines que femmes, se reunissent autour de 1 autel, afin d y as^ister, les hommes restant separes des femmes. En entendant le doux nom de Jesus, ils se mettent a genoux, et, lorsqu on chante le Gloria Pair I, ils se prosternent jusqu a terre et se donnent la discipline comme les religieux. Quand nous les voyons s humilier ainsi, nous ne pouvons retcnir des larmes de joie, et nous reudons des graces infinies au Seigneur plein de niisericorde et a notre redempteur Jesus-Christ, qui daigne faire briller sa foi dans un si grand nombre d ames qiu paraissaient perdues. Nous desirous bien souvent que vos Paternites lievereudissimes puisscnt un jour etre temoins d une aussi grande et aussi pure devotion.

Quant a 1 education des jeunes filles, nous avons fait venir d Espagne un grand nombre de religiouses, presque toutes de notre tiers-ordre, qui les instruiscnt comme on fait en Espagne. Ces enfants recitent 1 office de la Sainte-Vierge , avec les religieusc?, et apprcnnent a filer, a coudrc , a faire de la tapisserie et bien d autres ouvrages de femmes. Elles sont, presque toutes, filles de grands seigneurs. On distingue, parmi elles, les deux lilies du personnage le plus puissant de cette province. Eilcs disent, presque toutes , vouloir conserver une chastete perpetuelle et sans tache, et , dans le fait, leur conduite est on ne peut plus excmplairc. Celles qui veulent sc

maricr cpousent des jeunes gens iiistruits par nous dans la vraie foi, et ainsi se forment des families de veritables Chretiens.

DU BAPTEME.

Ces tribus out tant de confiance en nous, qu il ne faut pas de miracles pour les convertir. Quelquefois les chefs se presentent a la tete de trente ou quarante mille hommes pour se faire baptiser. Us nous apportent leurs idoles, et pleurenfc leurs peches avec tant d amertume, que les pierres en seraient emues. Tres-souvent ils nous emincnent dans leurs villes et villa ges , et leur devotion est si grande que nous nous voyons forces de quitter les plus voisins pour courir aux plus eloignes, afin de pouvoir tous les satisfaire. Avant de venir nous chercher, ils coustruisent des convents dans leurs villes , aiin que nous puissions y habiter avec toute commodite. Lorsqu il nous est impossible de nous rendre a leurs prieres, ils nous demandent an moins un de nos habillements , com me gage de notre promesse d aller leur precher 1 Evangile , lorsque nous serous plus nombreux. liendus chez cux, ils remplisseut cet liabillement de paille et d etoupes, et le placent dans leur temple sur 1 autel, comme preuve que nous irons un jour les convertir. Ils viennent de cent lieues de distance (ce qui equivaut a troiscent-miiles), pour nous voir et nous entendre precher. Souvent quatrevingts et meme cent mille personnes assistant a nos sermons, bien que beaucoup d entr eux ne puissent nous comprendre. Tous, hommes ct femmes, riches et pauvres, portent une croix suspendue a leur cou, et nous confessent leurs peches avec des larmes abondantes. Ils ont confiance en nous comme en des saints, et ne veulent pas de freres d un autre ordre que le notre. Les chefs du pays ont meme ecrit au Saint -Pere, par nos religieux, pour le prier de ne pas leur envoyer des pretres seculiers, ni de freres qui ne soient pas des notres. Ils voudraient specialement qu ils fussent Italiens, car ils nous preferent aux autres nations. Voila pourquoi je vous prie, mes tres-chers Peres et tres-cheres Meres, de venir en aide a ces pauvres ames , dont un grand nombre sera damne , et pourrait etre sauve par votrc secours.

Nous prions Vos Reverences de nous excuser, aupres de nos parents, de ne pas leur avoir ecrit ; ce qui en est la cause , c est que nous avons presque oublie notre langue maternelle. Nous vous prions aussi de montrer cette lettre a tous nos freres de notre province, afin de les encourager a venir nous rcjoindre. Je me recommande ton jours a leurs fcrventes prieres.

Votre fils en Jesus-Christ, FIIEIIE EKAN^OIS DE BOLOGNE.

De Mexico (Nouvelle Espagne),

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