‹ Annales des missions franciscaines Volume 2Chapitre 77 sur 99 · EMPIRE GREG · texte numérisé non relu

EMPIRE GREG

Suite do la Mission tendant a ramcner les Grecs a 1 unite de 1 eglise Romaine, et remplic par les Frcres Mineurs Pierre de Moras , Pierre de Crest, Simon d Auvergne, Boniface d lvree, Eustaclie d Arras, Lambert de la Couture, Jean Parastron, Jerome d Ascoli, Bonncgrace de St-Jeari, Raimond, Berenger et Bonaventure de Mugello.

Quoique les negociations nouees avec les Grecs par cinq Frauciscains dont Ton ignore les noms, et continuees ensuite par leurs confreres Rodolphe, Aymon, Laurent et Jean de Parme, afin de ramener ce peuple a 1 unite de FEglise Romaine, dont il avait fait la folie de se separer, n aboutissent a aucun resultat 1 , on ne cessa d employer les moyens propres a conduire a un but si important. Ainsi, apres la mort de Jean Yatace et de son fils Theodore Lascaris, on voit le S. Siege fa-ire de nouvelles tentntives a la suite des demarches, peu sinceres du reste, de Michel Paleologue. C^est ce Michel Paleologue qui, nomme gouverneur et regent du fils de Theodore , a peine age de Imit ans, se rendit bientot le maitre absolu de F empire, apres avoir fait crever les yeux avec un fer brulant au malheureux pupille confie a ses soins, et 1 avoir enferme dans une forteresse.

Mais avant de raconter comment cela se passa, il est bon de rappeler quelle etait a cettc epoque la situation de cette pauvre Eglise grecque. II suffirade dire qu elle etait gouvernee en m6me temps par trois Patriarches. L^un d eux etait Arsene, qui occu-

a ) Voir la 4* livraison de la premiere annde des Annales, p. 237 et suivantes.

pait le siege de Constantinople au moment ou Paleologue fut nomine gouverneur du fils de Lascaris. Quand il vit le tuteur du jeune empereur dispose a prendre definitivement sa place, il quitta son siege, sans vouloir neanmoins ren oncer a la dignite* Patriarchate, et se retira dans le petit monastere de Pascasio pres de Nicee. Nicephore, metropolitain d Ephese, se fit alors elire par Michel, en pretextant les refus reiteres qu avait faits Arsene de retourner a son poste. Mais, a la mort de Nicephore, Paleologue rappela Arsene, qu il ne tarda point toutefois a cliasser de nonveau , parce qu il ne put en obtenir Tabsolution du crime qu il avait commis sur le fils de Lascaris. Puis, il ehargea les eveques de lui donner un successeur, qui fut Germain, metropolitain d Adrianople. Quelque temps apres, il manifests aussi a ce dernier le desir ardent d obtenir Fabsolution que lui avait toujours refusee Arsene. Mais se laissant tout-a-coup aller aux soupcons que fit habilement naitre dans son esprit Joseph, abbe du monastere de Galesion, contre Germain, dont il ambitionnait le titre, Paleologue lui demanda brusquement sa de mission. Germain essaya d abord d opposer quelque resistance, jusqu a ce que, n osant plus combattre la volonte imperiale, il consentit a abdiquer et se retira dans sa maison particuliere , rue de Tarsenal, le jour de la fete de la Sainte Croix. En meme temps Tempereur fit proceder les eveques a une nouvelle election, qui tomba, comme c etait naturel, sur Tabbe de Galesion, et celui-ci lui donna aussitot Fabsolution desiree 1 !

On ne saurait dire jusqu a quel point des intrigues et des crimes de ce genre augmentaient encore les desordres du schisme. En effet, on voyait des moines en grand nombre courir le pays et prendre le parti du Patriarche exile; d autres qui jouissaient d une grande reputation de vertu, et appartenaient soit au monas tere de Galesion soit a d autres, abandonnaient leurs cou vents pour vivre en leur particulier, et dedaignaient de communiquer de quelque maniere que ce fut avec le Patriarche Joseph, quails accusaient d avoir trompe Germain et d ; avoir encouru Fexcommunication lancee par Arsene contre quiconque accueillerait et absoudrait rempereur.

Malheur a toi, Eglise grecque, si toutefois tu merites encore ce nom au milieu de tant de desordres qui ne te laissent ni unite ni honneur! Certes tu ne parais ni appartenir ni te rattacher a la divine institution du fils de Dieu! Ce qui en fait le signe, ce qui en constitue le caractere, c est non la division, mais I 1 union des esprits, non la brigue et le triomphe des artifices

) Voir notre Histoire universelle des Missions FraneiscaineS; livre II, ch. H.

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liumains dans Selection des ministres sacres du sanctuaire, mais la probite, la maturite et la legitimite incontestable des actes qui concourent a cette election !

Dependant Joseph s appliqua a cliercher le moyen de calmer par la douceur Firritation de ses moines; mais desesperant bientot cl obtenir le resultat desire, il songea a invoquer I autorite de 1 empereur, se persuadant a tort que la force pouvait suppleer la oil le droit senl devait prevaloir. En consequence , I empereur chargea FAcropolite Georges, grand logothete, de pimir les re calcitrants; c etait un homme d une grande valeur, mais d um; conscience pea delicate, qui, les ay ant fait arracher do leuu tranquille retraite, ordonna qu ils fussent suspendus en Fair, fouettes et cruellement dechires. II poussa ses exces si loin que Fempereur lui-meme finit par regretter Germain, le precedent patriarche. Cependant le n ombre des partisans d Arsene augmentait de jour en jour, meme parmi ceux qui ne Tavaient jamais vu. En effet, la persuasion qui s etait generalement repandue que Joseph avait encouru ^excommunication troublait les con sciences de beaucoup de personnes, qu^il cliercliait en vain a rassurer, en prodiguant, grace a la genereuse protection de I empereur, le plus de faveurs qu^il pouvait. C^est pourquoi il prit entin le parti de ne plus se soucier de tons les bruits qui pouvaient courir sur son compte a Constantinople, et resolut dv parcourir FAnatolie, on il se flattait de gagner des homines d uiu; grande vertu, qu il savait avoir scandalises, eux aiissi, par sn conduite. Muni de 1 autorisation de 1 empereur, il s j y rendit en grande pompe et se mit a visiter ces illustres personnages, entre lesquels le plus recommandable par sa doctrine et sa vertu etait Nicephore Blemmida. // Plus que tout autre, leur &ii-\\, feprouve une grande affection pour Arsene, que je consicUre comma te vrai Patriarche, et je rerjarcle comme mil et non avenu tout ce qu a force de maneges, on m a fait faire jusqu ici. Seulement, ajoutait-il, il faut lien que quelqu un veille an cjouvernement de son Eylise. Or, personne dans la situation actuelle n^est plus propre a ce role que moi, qui puis m appuyer sur la faveur speciale de Fempereur, meme pour detourner de la tete des partisans d j Arsene les maux dont ils sont menaces, et pour apporter le meilleur rcmede possible aux autres besoms uon moins graves cL? notre Eglisc ! //

Aux paroles il ajoutait la seduction des presents, qui produisaient, il est vrai, un certain effct favorable dans Tesprit de ces vertueux solitaires, mais non dans celui de Blemmida, si Ton en croit Pachyinere; c est que c etait la un vrai sage, entieremcnt

detache des clioses terrestres, cliez lequel aucun evenement, quel qu il fut, ne pouvait exciter la moindre passion, comme si deja son ame avait vecu separee du corps et de 1 atmosphere terrestre. Jugeant done les clioses telles qu elles etaient, sans faire acception de personne, Blemmida, voyait clairement qu on avait commis une injustice a Pegard d Arsene, et que par conse quent la promotion de Joseph n etait qu une inique usurpation; cependant il n y trouvait pas de quoi s etonner beaucoup, tant il etait accoutume au spectacle de ces vicissitudes des destinees humaines ! Ainsi, quoiqu il n appuyat point le patriarche intrus, il recevait ses visites et ne lui temoignait aucun mepris; il le pria nieme de signer son testament et de le soumettre a F approbation de Fempereur 1 .

Telle etait la situation de FEglise, ou plutot des eglises grecques, considerees dans le temps qui s ecoula entre la mission quV accomplit le B. Jean de Parme et le Concile de Lyon en 1274. Serait-ce done la par liasard TEglise fondee par Jesus- Christ sur le roc, et contre laquelle il est ecrit que ne prevaudront jamais les portes de 1 enfer 2 ? ISTous avons deja vu, au contraire, et nous verrons de mieux en mieux, en avancant, que cette eglise n est qu un edifice bati sur le sable mouvant de la politique mondaine, que deplace a chaque instant le souffle des passions humaines; navire depourvu de mats et de gouvernail, sans pilote ni ancre d esperance solide, jouet des tempetes et des pirates, ou tout est livre aux caprices d un homme qui s appelle rmpereur! Car c^est Vempereur qui change a son gre les patriarches de Constantinople, comme les derniers rois des juifs changeaient les derniers Pontifes de Jerusalem; de telle sorte que, des les premiers jours du schisme, Tusurpation de la dignite patriaichale, meme de Faveu des schisraatiques les plus discrets et les plus zeles, etait de venue un mal habituel sans aucun remede. II n y aurait qu^un remede efficace : ce serait de revenir a Funite catholique par la soumission a FEglise de Eome, mere et maitresse de toutes les eglises. Malhcureusement, les Grecs ont tellement vicie leur nature, ils ont rintelligence si aveugle et le co3ur si malade, qu ils ont toujours plus de peur du remede que du mal 3 . II en faut d autant plus admirer les tendres et maternelles sollicitudes de TEglise catholique, qui iVa jamais cesse de j aire toutes les tentatives possibles pour ramener dans son sein

) Pachymere, livre V, chap. 28.

2 ) Math. XVI, cap. 18.

3 ) Rohrbacher, dans son Jlistoirc universelle de I Eglise, livre LXXIV.

ces enfanta egares. C est elle qui a provoque notammeut taut d efforts laborieux qu ont deploy 6s les Pranciscains, et qui u excite le zele in f at i gable avec lequel ils ont travaille au salut des ames; car elle est une mere indulgente qui ne desespere jamais. Tout ce qui precede suffira pour bien i aire connaitre a nos leeteurs la trernpe d esprit de Paleologue, qui, une fois arrive au trone, se promit bien de n en descendre, quel que dut etre Favenir; ainsi, en meme temps qu il cberchait a s y maintettir, en ernployant a Fegard de ses sujets toute sorte de maneges et d arti fices, il intrigua pres des Latins pour les detourner des projets de vengeance immediate que leur avait inspires la perte de Constan tinople. II s empressa done d ecrire au Pontife Urbain I\ 7 , assis sur la chaire de S fc -Pierre depuis 1261 , et dans la lettre qiFil lui envoya avec quelques presents par Maxime Alufardo, Andronic Muzalone et Michel Abalante, il Fappelait PAPE DE I/ANTIQUE

ROME, SUCCESSEUll DU TROXE APOSTOLIQUE ET PERE SPIRITUEL DE

i/EMPEiiEUR 1 . Et temoignant d abord un grand desir de 1 unite et de la paix, il le suppliait de lui deputer, pour en assurer 1 retablissement, des Nonces qui en auraient Fesprit et la science, afin de mettre un terme a la funeste scission de laquelle resultaient tant de maux pour TOrient non moins que pour FOccident 2 .

Or, il est facile de penser combien une pareille ambassade rejouit le cosur du tontife. Aussi confera-t-il aussitot de Faffaire avec son conseil naturel, c est-a-dire les cardinaux, et s empressat-il de repondre a Fempereur qu il lui enverrait le plus tot possi ble les Nonces demandes, rien ne lui etant autant a coeur que de voir rentrer dans le bercail les brebis qui en etaient sorties 3 . II fit connaitre sur le champ ses intentions au Ministre-General de Fordre de St-Prancois (c etait alors St-Bonaventure de Bagnorea), soit a cause de la reputation de grande vertu qui faisait regarder les Pranciscains comme aptes a toutes les missions utiles, soit par suite du souvenir tout recent du zele et du cou rage avec lesquels les Preres Aymon et Eodolphe, en premier lieu, avec leurs deux compagnons de Fordre des Precheurs, et le

J ) Raynaldi, annde 12G3. --Wadding, ann^e 1262.

2 ) Ibid.

3 ) Le d^sir ardent de travailler a la reconciliation des Eglises (grecqu^ et latine) qu exprimait rempereur fit tressaillir de joie le Pontil e Urbain. C est pourquoi ayant consult^ a cet e"gard les cardinaux, il renvoya avec le plus grand honneur les ambassadeurs imperiaux, en les chargeant d une courte lettre par laquelle il promettait d envoyer bientot lui-meme des apocrisiaires. Wadding, dans ses Annales, tome IV, annc"e 12G2.

B. Joan de Parmc, en second lieu, avaient su inspirer aux Grecs ime haute estime et un veritable respect pour le Saint-Siege.

En consequence St-Bonaventure proposa quatre de ses religieux, savoir : Pierre de Moras, Pierre de Crest, Simon d Auvergne ct Boniface d lvree. Le pape Urbain ne les connaissait pas, et ils residaient dans cles provinces de TOrdre fort eloignees, neanmoins la confiance qu il avait dans leur superieur general suffit pour qu ils lui convinssent parfaitement. II leur ecrivit done de se rendre sans retard a Rome ou ils recevraient du Siege Apostolique un mandat autlientique etles instructions necessaires pour la mission dont il s agissait 1 . Ils s empresserent d obeir et n arriverent pourtant a Rome que 1 aimee suivante (1263), a cause du temps enorme quails durent mettre pour se rendre de leurs residences lointaines a la capitale du monle. Encore le Pontife ne les fit-il pas partir immediatement apres leur arrivee, parce que le bruit se repandit que Paleologue avait intente une guerre injuste au prince d Acha ie , qui etait tres-de voue a FEglise 2 . Mais quand leur depart fut enfin resolu, Urbain leur remit pour Fempereur la lettre suivante que nous devons reproduire integralement.

A Paleologue, illustre empereur des Grecs. Puisse-t-il obtenir la grace de connaitre la voie de la verite ! Nous avons recu avec de justes honneurs et avec grande joie les ambassadeurs de votre excellence imperiale, Alufardo Monaco, Andronic Muzalone et Michel Abalante, ainsi que les lettres quails nous ont presentees de votre part, et nous avons parfaitement compris tant ce quails nous ont dit, en presence de nos freres (les cardinaux), que le contenu de ces lettres. Ainsi vous commencez par saluer et reconnaitre en nous le PAPE DE i/ ANTIQUE ROME, LE SUCCESSEUR DU TiioxE APOSTOLIQUE, et le Pere spirituel de votre empire. Puis, parlant des avantages de la charite , vous

J ) Raynaldi, ann^e 1263, n XXVI. --Wadcl., loc. citat. --Fleury, dans son Jlistoire ecclesiastique, liv. LXXXV.

2 ) II fut impossible a Urbain d envoyer ses apocrisiaires a Paleologue 1 anne e precedente, tant parce qu il fallait faire venir de lieux eloignes les hommes rhoisis parrai les Freres raineurs (dont il voulait se servir) et proposes par S -Bonaventure, leur ministre general, que parce que, des qu ils furent reunis, le bruit courut que ce meme Paleologue, qui de clarait vouloir s unir a TEglise, iravait cesse de persecuter, de molester et d outrager de mille manieres Guillaume de ViJlehardouin, prince d Acha ie, tres-d^voue a TEglise romaine, ainsi que les Latins habitant le meme pays. Wadding, dans ses Annalcs, tome IV, annee!263.

dites que Votre Majeste la possede dans son cosur, en meine temps que le zele doiit ranime Fhonneur de la loi de Dieu, et qu en consequence il n y a que 1 amour de la paix et de la coneorde qui vous ait porte a nous envoyer des lettres et des ambassadeurs, comine il a etc dit plus bant. Protestant en outre que vous etes notre fils, vous vous plaignez que nous, votre pere, nous ne vous ayons ouvert en aucune facon les entrailles de notre affection paternelle, bien que vous nous aimiez, comme im tendre fils aime son pere; vous dites que malgre cela, quoique depuis la prise de Constantinople vous nous ayez deja ecrit pour nous faire connaitre vos vccux et les dispositions de votre ame, la vive sollicitude qui vous pressc ne vous a point perrais de differer de nous envoyer direotement d autrts lettres et des ambassadeurs, en demandant que le pere veuille bien se reconcilier avec son fils,, afin de retablir ^antique unite dans TEgiise de Dieu; que, grace a Dieu, la pensee de se revolter contre 1 Eglise ne viendrait a personnc, et qu aucun prince ou roi ne pourraifc resistor au commandement apostolique. Vous ajoutez que vos sujets ont etc profondement troubles, en apprenant que nous avions juge bon de bannir les Genois de la communion des fidelcs, parce quails avaient contracte avec vous line alliance dont nous nous efforcions de les detacher, et qu ils s etonnaicnt qu occupant le poste de grand et premier Pontife, nous preferions la guerre a la paix, au prejudice, de 1 union entre des peuples cliretiens, tels que les Grecs et les Genois. Vous n avez pas oublie de decrire tous les maux causes a la cliretiente par les conquetes des Latins sur les Grecs, tels que la profanation des egliscs, la cessation des offices divins et toutes series de sacri leges. ]\ T e pouvant empecber que tout cela ne soit arrive, vous semblez demander par vos lettres qu on fasse au moiiis cesser a 1 avenir les inimities et les scandales, d autant plus que, d apres cc que vous dites, vous le desirez de tout votre cceur, et que personnc nc sera capable d empecher ce grand bien, pourvu que jc veuille serieuseinent le procurer. Vous n hesitez pas, continuczvous, a nous dire, comme a un pere, qu il nous appartenait de vous dcvanccr, ce que nous n avons pas fait. Neanmoins, n e coutant que votre generosite, vous nous offrez le premier la paix, protcstnn t devant Dieu et devant ses anges que, si nous repoussions le fils qui accourt dans notre scin avec amour, vous n auriez plus rien a vous rcprocher. Enfin vous declarez ne point vouloir traiter quant a present des dogmes ni des ceremonies ou usages religieux, attendu qur, si les deux Eglises presentent quelques differences sur ces points, il sera facile de s cntendre, des

que la paix sera etablie entre les Latins et les Grecs; et qu en consequence vous n aspirez qu a recevoir pres de vous avec notre reponse les Nonces de ce Siege apostolique.

// Mais laissons ces preliminaires apres qne nous eumes exa mine vos dites lettres en presence de nos freres les cardinaux, nous en avons rendu des actions de graces innnies au Dieu tout-puissant, de qui tout bien precede, qui a dans sa main les cceurs des rois et qui les tourne dans le sens qu il lui plait. Et toute FEglise Eomaine, votre mere, s est levee pour benir le ciel, en voyant que la grace de TEsprit Saint a eclaire les yeux de ^intelligence d un si grand prince et lui a montre la voie de la verite catholique, de sorte que la fille puisse etre ramenee dans les bras de sa mere, que la partie puisse se reunir au tout et le membre au corps! car, en somme, FEglise de Rome a toujours desire et a constamment cherche a obtenir que TEglise grecque soit reconfortee par le lait de sa tendresse maternelle et nourrie de Tabondance de sa divine charite, aim que le troupeau du Seigneur recut la nourriture de la doctrine du salut sous la direction d un seul pasteur, et invoquat plus utilement et plus efficacement le nom du Seigneur dans la profession d ; un seul et meme dogme de la vraie foi. En. consequence, voulant et hatant de tous les desirs de notre cceur Fetablissement de la Concorde, nous avons promis a vos ambassadeurs de seconder vos vocux, sans perdre de temps, en vous envoyant, en qualite d apocrisiaires, des hommes aptes a une si haute mission, et de la bouche desquels vous entendrez les reponses du Siege Apostolique. Malheureusement Teloignement des lieux que -se trouvaient habiter nos chers fils Simon d Auvergne, Pierre de Moras, Pierre de Crest et Boniface d^Ivree, religieux de Tordre des niineurs, porteurs des presentes et revetus par nous de la dignite et de Tautorite de nonces, a ete cause, a notre grand regret, du long ajournement de leur depart. Ce qui a encore contribue a ce retard, c^est qu on nous a parle, precisement en ce temps-la, de vexa tions, de persecutions et de guerres dont des sujets de votre empire se sont mis a assaillir le noble Guillaume de Yillehardouin, prince d^Achaie, ills tres-devoue de la Sainte Eglise Eomaine, ainsi que les chretiens demeurant dans les terres soumises a sa domination; car nous pensions que ce ne pouvait etre sans votre conseil et votre consentement. Quoi qu il en soit, une affaire aussi import-ante que celle dont nous nous occupons ne peut ni doit en aucune maniere, autant qu il depend de nous, efcre empechee par n importe quelle circonstance, parut-elle contraire; car nous desirons par dessus tout que le peuple chretien, formant

un seul corps gouverne et garde par un senl pasteur, avance de plus en plus dans le bien par la meme profession de la foi orthodoxe. C est pourquoi, de Favis de nos freres les cardinaux, nous avons resolu de vous envoyer sans plus de delai, et comme des anges de paix, les Eranciscains sus-nomm.es, honimes d une foi et (Tune religion integres et tres-verses dans la loi du Seigneur. Non settlement ce sont des hommes pacifiques, mais ils portent a la bouche le rameau d olivier, ils professent la verite evangelique, ils pratiquent avec amour riiumilite; car, ayant embrasse par etat la pauvrete de Jesus-Christ pauvre, ayant tourne le dos au siecle et a ses delices et a ses richesses, ils n aspirent du fond du cceur qu a la couquete de la patrie celeste!

a Or, bien que, tenant sur la terre, sans aucun merite de notre part, la place de Celui qui a enseigne, aime, montre et present la charifce dans le monde, nous ayons accueilli avec bienveillance, ou plutot dans toute la joie de notre ame, les paroles de eliarite par lesquelles vous avez commence vos lettres, nous voudrions encore que vous fussiez pleinement persuade que nous sommes vraiment inspire par le zele sincere de cette vertu, quand nous vous exhortons, vous et les peuples soumis a votre empire, a revenir a la verite catholique, en rentrant dans le sein de votre mere TEglise. Alors notre joie sera pleine et complete, car alors il nous sera donne de voir taut de nations differentes de la terre reunies sous la banniere d une meme foi, ne formant qn nn seul peuple, suivant le VCPU le plus clier de Jesus-Christ! C est ce qui exciterait dans Tunivers entier la plus vive allegresse : c^est si beau et si doux de voir les freres habiter ensemble dans la maison du Seigneur ! Cette maison est 1 Eglise de Jesus- Christ, solidement batie et affermie sur la pierre immobile de la foi orthodoxe par le sang precieux du Sauveur. Ici la mul titude des fideles n a qu un meme cocur et une seule ame, dans Funite d un seul Dieu, d^une seule foi, d un SPAT! bapteme, et- Funiversalite des croyants peut etre coinparee a un seul corps, suivant ces paroles de TApotre : malgre notre grand nombre, nous ne formons qu un corps en Jesus-Christ 1 . Cette unite du corps derive de celle de 1 esprit, qui, bien qu ; unique, transmet a son gre des graces variees aux membres de FEglise. Voilii pourquoi le meme apotre (lit, en eiuimerant les dons du Saint Esprit qui distribue a chacun ce qu^il lui plait" 2 . Et un pen plus loin : nous avons tous ete baptises en un seul et meme

1 ) Epitre aux Rom., XII, 2.

2 ) Ep. aux Corinth., 1, 12, v. 11.

esprit, afin que nous formions un seul et meme corps 1 . Cette merveilleuse unite du corps dc 1 Eglise se trouve excellemment figuree par la robe sans couture du Seigneur restee Fheritagc d un seul, tandis que ses autres vetemeiits furent partages 2 . On en trouve encore une figure dans la piscine probatique, ou le bienfait de la guerison etait reserve a un seul, tandis que tons les autres malades en restaient exclus*; car les impies, qui errent a 1 entour 4 , refusent d y entrer pour obtenir le saint. C est encore a cette unite que faisait allusion Fepoux des cantiques quand il disait : ma colombe est unique 5 . Pour conserver a FEglise sa beaute entiere et inalterable, le Seigneur lui a donne pour chef et unique inaitre le bienlieureux Pierre, prince des apotres, qui devait en former le dernier couronnement comme la voute superieure de Farche de Noe , hors de laquelle tous les animaux perirent dans les eaux du deluge . C est pourquoi Fy investissant de la primaute et de la maitrise, apres lui avoir demande a. trois differentes reprises s il Faimait, il le chargea de paitre ses brebis et ses agneanx, et lui donna les clefs du royaume des cieux avec le pouvoir de delier et relier 7 , en obtenant par une priere efficace que sa foi ne defaillit jamais 8 . Aussi arriva-t-il que beaucoup d autres eglises (particulieres) se souillerent des erreurs des heretiques, tandis que celle de Eome seule, ayant eu pour maitre le bienlieureux Pierre, se tint perpetuellement a Fabri de la plus ]egere taclie. Yoila pourquoi les autres apotres, temoignant un respect inviolable pour cette insti tution du Seigneur, rneme apres qu il fat monte an ciel, reconnurent le bienlieureux Pierre pour son vicaire, ayant en toutes choses la dignite et les droits de la primaute. Ainsi, c est quand s etant leve, il prit la parole au milieu de ses freres, qu ils procederent unanimement a Felection de Mathias 9 . C est que, parlant tout enilamme du Saint Esprit, il tenait la place du maitre qui lui avait confie son troupeau; car tous se tournaient vers lui, qui etait assis au premier rang parmi eux. Efc sa parole convainquit meme ceux qui auparavant blaspliemaient les apotres et Fesprit saint lui-meme; car des milliers d hommes se convertirent 10 ; tant il surpassait les autres par le zele avec lequel il prechait, comme il convenait au vicaire de Jesus-Christ. Aussi ne voyonsnous pas qu *aucun des peres ait oppose aucune objection a cette institution du Seigneur; tous, au contraire, venerant le prince

) Id. 13. 2 ) Matth., XXVII, 35. 3 ) Jean, V, 4.--) Ps. XI, 9. -- 5 ) Can tiques, VI, 8. -- G ) Gen^se, VI, 19. - - 7 ) Jean, XXI. - - 8 ) Matth. XVI, 19. 9 ) Actesdes Apotres, I, 15. 10 ) Ibid. II, 41.

des apotres comme le veritable lieutenant de Jesus-Christ, recoururent toujours a lui dans leurs cloutes touchant la foi, et condamnerent les heresies en vertu de son autorite, a laquelle ils adheraient comme des membres unis an chef, c est-a-dire au trone apostolique des Pontifes. C est a lui qu il appartient de chercher ce qu il faut temr et croire, car c 3 est a lui seul, qui tient la place du fondateur de TEglise, et qui en a recu dans toute sa plenitude une autorite dont nul autre n a ete invest!, c est a lui qu il incombe de statuer, d ordonner, de prescrire, de dis poser, de delier et Her. Devant ce trone dont ils reconnaissent le droit divin, on voit s incliner avec respect, tous tant qu ils sont, les simples fideles et les potentats qui professent la vraie foi, et ils obeissent a celui qui y est assis, comme ils obeiraient au Sei gneur Jesus lui-me me; ils se tournent vers lui, comme vers le soleil d ou leur vient la lumiere de la verite et de la foi pour le salut : c est ce que manifestent beaucoup d ecrits des peres tant grecs que latins. Mais puisque cette autorite, cette puissance souveraine de TEglise est prouvee jusqu a la derniere evidence soit par les textes evangeliques, soit par les temoignages d ; une foule de saints docteurs, nous croyons inutile de produire d^autres arguments; car il nous paraitrait etrange de vouloir augmenter Feclat du soleil au moyen de petites bougies, c est-a-dire demontrer avec abondance de preuves ce qui est deja notoire pour le ciel et pour la terre ! Plaise a Dieu que vous n oubliiez point en pratique la juste opinion suivant laquelle vous nous reconnaissez expressement dans votre lettre pour LE SUCCESSEUB, AU TROXE APOSTOLI QUE, POUII LE PERE SPIEITUEL DE voTBE EMPIRE ! Plaise a Dieu que vous nous rendiez en effet 1 hommage de votre respect filial ! a Quant a nous, nous vous dirons comment la puissance du Saint Siege tourne a Favantage des princes qui sont dans sa communion et sa bonne grace. Car s il arrive que des difficultes et des dissentiments s elevent dans leurs Etats avec des menaces de guerre, le Saint Siege s interposs aussitot, comme un pere a la fois plein de tendresse et d autorite entre ces enfants qui ne respirent que la colere et le carnage, il leur arrache des mains des armes deja pretes a verser le sang, il retablit et aft ermit entre eux la paix fraternelle. De meme, c est avec une sollicitude toute paternelle qu il travaille a pacifier les rois catholiques, quand ils sont brouilles entre eux pour un motif quelconque, ou quand leurs sujets se revoltent, s ils s adressent a lui pour reclamer scs conscils ou son appui. Bien plus, il joue le role d^un veritable pere et d un tuteur en faveur des princes parvenus au trone en minorite : il les dirige, les protege et les defend,

nieme a ses risques et perils, centre Faudace des usurpateurs. Si done vous rentrez dans le sein de FEorlise , elle reunira autour

de votre trone, pour le soutenir, non-seulement les Genois et les autres Etats Latins, mais encore en cas de besom, tons les rois et princes catholiques du monde. Mais tant que vous resterez separe de sa communion, nous ne saurions, a vrai dire, jamais admettre ni souffrir que les Genois ou autres peuples de notre croyance vous prctent leur aide. Aussi votre puissance et votre sagesse imperiales vous feront bien comprendre qu il n y a pas lieu de s etonner si nous avons procede contre les premiers avec la rigueur d un pere de famille prevoyant; car, en agissant de la sorte, nous n avons pas prefere la guerre a la paix, nous avons settlement, comme c etait notre devoir, satisfait aux obli gations de notre role, tandis que vous profitiez de votre alliance avec ces memes Genois pour combattre FEglise Romaine et en opprimer les enfants fideles sous ses propres yeux. Or, tenant la place de la verite infaillible qui a dit : Je suis la voie, la verite et la vie 1 , non-seulement nous ne pouvons nous dispenser de F aimer, mais nous sommes encore obliges par notre ministere a la montrer du doigt, a la suivre, et meme a Fenoncer a tout le monde j usque sur les toits. C est pourquoi nous ne pouvons, ni ne devons ni ne voulons vous taire que tous ceux qui, en s appelant Chretiens, n obeissent pas au trone apostolique, s elevent contre les institutions du Seigneur, se rendent coupables d une erreur mortelle a Fegard de Dieu, et blessent grievement les yeux de la Majeste divine. Qaant a la malice abominable que renferme la desobeissance, elle resulte clairement des pa roles du propliete Samuel, declarant que le peclie de la resistance est aussi coupalle que le peche de la magie, et que I insubordination tst comme le peclie $ idoldtrie*- . Elle resulte encore de Fexemple de Dathan et Abiron , engloutis pour une pareille faute par la terre avec tous leurs sectateurs 3 . En vous disant ces clioses, nous imitons le liardi medecin, qui ne se contente pas de palper la tumeur, mais qui la perce afin de la guerir. Ecoutez done patiemment nos paroles, nous vous en conjurons, en leur donnant F attention necessaire pour que , avec la grace de Dieu , elles tournent a votre salut : car, suivant le proverbe de Salomon les blessurcs faites par un ami valent mieux que les baisers perfides (Vun ennemi 4 . Quant a nous, lorsque la reprimande est neces-

J ) S -Jean, XIV, 6. -- 2 ) Quasi peccatum est ariolandi repugnare, ct quasi scdus iclolatrice acquiescere nolle; les Rois, I, XVI, v. 23. - - 5 ) Les Nombres, XXVI, 9. 4 ) Proverb. XXVII, G.

saire, il ne nous est pas permis de nous taire comme des cliiens muets qui ne savent pas aboyer; c est au contraire pour nous un grave devoir, suivant FApotre, d arguer, de conjurer, de gronder meme dans toute patience et doctrine 1 . Quant aux maux deplorables qu a essuyes le peuple chretien depuis que s est produite cette funeste division, en verite, nous ne les ignorons pas; nous en gemissons avec larmes sur ceux qui, se soustrayant les pre miers a Fobeissance de FEglise Eomaine, out eleve un sujet de seandale si grave entre les Grecs et les Latins. En definitive, et a bien voir les clioses, si ceux-ci ont en divers temps attaque les autres, ce n a pas ete a la settle fin de s emparer de leur territoire et de leurs richesses temporelles, mais plutot pour leur donner cette intelligence du bien quails ne voulaient pas recevoir-. Si done quelques eglises ont ete livrees en prole aux voleurs et saccagees, comme il arrive presque toujours dans les guerres, il ne viendra dans Fesprit d aucun homme sense d imputer ce malheur a tous les Latins; il est juste de Fattribuer aux seuls pillards en particulier, ou plutot a ceux qui ont seme la zizante de la discorde entre les deux nations 3 . //

Independamment de cette lettre si severe adressee a Fempereur Michel, le pape Urbain investit des plus amples pouvoirs ses quatre nonces Franciscains, pour quails fussent a meme de faire tout le bien possible, de tranquilliser les consciences et de remplir tout Fempire grec d une sainte joie, pourvu seulement qui 1 Paleologue et ses eveques les accueillissent avec I intention sin cere de se reconcilier, en acceptant leurs propositions avec leur Merel Eglise. Or, voiciquelles etaientces propositions 4 . On absoudrait de Fexeomunication tous ceux qui Tavaient encourue, pour s etre separes de Y unite du Siege apostolique, quand meme ils auraient en cet etat recu les ordres sacres et celebre Foffice divin ; ce bienfait s etendrait meme a ceux qui auraient ete promus aux ordres mineurs avant Fage voulu ou posterieurement, aux ordres majeurs. Tous ceux qui prouveraient la sincerite de leur retour pourraient habiter et communiquer avec les leurs, et, s ils etaient clercs ; jouir du privilege du for ecclesiastique. Ils pourraient entendre les confessions de qui que ce fut, et affranchir de toutc-s censures, meme des censures canoniques, pourvu que ceux qui auraient souffert des dommages ou des injustices en fussent in-

i) Timothee, IV, 2. - - 2 ) Tsaie, LVI, 20. - - *) Voir Raynaldi , annee 12G3; Wadding, ibid. - - 4 ) Voir Wadding, dans ses Annales, tome IV, annee 12G3. La lettre porte Tadresse suivante : aux Freres Simon d Auvergne, Pierre de Moras, Pierre de Crest et Boniface d lvree, de 1 Ordre des Freres Mineurs, partis pour la Grece : comme I heure est venue, etc. Raynaldi, ibid.

demnises. Ces propositions consistaient , en outre, a accorder toutes les dispenses necessaires aux reguliers ou aux clercs, a qui quelque empechement ne permettrait pas de s imrniscer au ministere ecclesiastiquCj pourvu que cet empechement ne provint pas du crime d adultere, d inceste, ou simplement de fornication, de la part d un sujel lie par des vceux religieux; a affranchir de la coulpe et de la peine ceux qui auraient tue des personnes sacrees; a fonder de nouvelles eglises et a restituer au culte celles qui auraient etc profanees d une maniere quelconque; a dis penser des indulgences, a commuer les voeux et a benir toute espece d orncments sacerdotaux, etc. De plus, Urbain recomnianda vivement les nonces a tous les patriarclies , eveques, ab bes, prieurs de convents privile gies , de S t Benoit, de Cluny, de Premontre, de S fc Augustin, de Citeaux et autres; ainsi qu aux dozens, prevots, archipretres, chapitres, grands maitres et prieurs des chevaliers du Temple et de Fhopital de Jerusalem, a fin que tous, ne se contentant pas de les recevoir dans leurs maisons comme ses chers fils, leur fournissent tous les secours dont ils pourraient avoir besoin, en leur qualite de representants de TEgiise Eomaine 1 . II ecrivit e^alement des lettres au meme effet a Guil-

laume Villehardouin, prince d Achaie, et a tous les nobles barons de ses Etats, en recommandant les dits Eranciscains Simon d Avergne, Pierre de Moras, Pierre de Crest et Boniface d lvree, comme des liommes d une science et d une habilete peu ordinaires a trailer les affaires meme les plus dimeiles, comme des homines puissants en ccuvres et en paroles, qui, jouissant de toute sa < onnance, se rendaient, anges de salut, dans les provinces de 1* empire grec 2 . Toutes ces recommandations nous prouvent a la ibis quelle importance le Souverain Pontife attachait dans son esprit a cette mission , qui etait en effet tout a fait extraordinaire, et quelle vive et sincere sollicitude animait le Siege apostolique afin de procurer, a 1* empire grec en meme temps qu a FEglise entiere, une pnix si ardemment desiree.

Ainsi prepares ct munis de tout ce qu il leurs fallal t, les Nonces se mirent en route , sans toutefois s ecarter en rien de cette simplicite et de cette severite de vie franciscaine qui se concilie si bien avec les plus hautes dignites, quelles qu elles

J ) Patriarchis, archiepiscopis, etc., ad quos litters istoe pervenerint! It ea quag ad officium nostrum pertinent, etc. Voir Wadding, Annalcs, tome IV, annee 12 03.

2 ) Nobili viro Guillelmo de Villhardouin, principi Achaia?, ac universis Baronibus illarum partium! Inter alias sollidtudinis nostra; curas, etc.

soient, et attire a celui qui en est re vein a la fois Faffection et une veneration profonde. Ils parvinrent, grace a Dieu, a la cite de Constautin. Mais des leurs premiers entretiens avec Paleologue, ils durent se convaincre que de tout autres motifs que des projets de reconciliation avec TEglise Eomaine avaient determine Fempereur a demander cette ambassade au Sonverain Pontife. CfetaiC surtont le desir de gagner du temps, en eludant sans cesse le point essentiel des questions, en lassant les Nonces par cette eternelle et si emiuyeuse sophistique a laquelle la langue grecque fournit tant de ressources, en les egarant, s ii etait possible, dans im labvrinthe inextricable de disputes minutieuses, ridicules, incoherentes, puis en finissant par re Jeter sur eux la responsabilite de Tinutilite des negociations pour conclure la paix. Neanmoins ces bons et prudents religieux persevererent pendant pres de trois ans a supporter avec une patience admirable les ennuis et les superclieries de ces rebutantes discussions, esperant que malgre tout les Grecs finiraient. peut-etre par acceder aux conditions raisonnables moj-ennant lesquelles PEglise Eomaine etait prete a les recevoir au sein de 1 unite.

Malheureuscment, cliose douloureuse a dire! ils jugeaient mal, d apres la bonte efc la loyaute de leur cocur, des dispositions des Grecs, dont ils n eurent que trop a experimenter Fobstination et rendurcissement dans leurs pretentious schismatiques , de sorte que, de toutes leurs sollicitudes, de tous leurs temoignages de patience et de prudence, ils ne recueillirent qu un amcr descncliantement. Pauvres fils de saint Francois ! Comme ils ont du se sentir le cocur penetre d une cruelle douleur quand ils sont revctus d ane mission si solennellc et cornmencee au milieu de si grandes esperances pour FEglise, n en emportant, lors de leur retour a Home, que le temoignage de leur conscience; car, cette mission, ils 1 avaient remplie avec la

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tude, aux douceurs de leurs ferventes prieres du jour et de la nuit, parrai leurs frcres cliantant incessamment les hymnes de I amour divin, ct ils n avaient fait que jeter au vent tout ce temps qu ils auraient pu consacrer a la sanctification des pcuples de 1 Occident, a riionneur toujours croissant de leur institut! Oh! il n est pas possible que mille pensees de ce genre ne s elevassent dans leur esprit pour affliger leur cccur! D autant plus que Paleologue, avec une fourberie insignc, que les Nonces

dans leur simplicite ne soupconnerent merae pas, avait compromis leur reputation aux yeux de FEglise Bomaine, dont ils defendaient les droits et la dignite, esperant ainsi soit d obtenir tout ce qu il pretendait, soit de faire . accroire a tout le monde (jue le Saint-Siege ne traitait pas avec lui de bonne foi. Or, voici comment les clioses se passerent.

Aprcs que Fempereur cut term les religieux susnommes en suspens pendant pres de trois ans, il cut a la fin Fidee de leur proposer quelques articles qu il avait rediges sur Fobjet de la reunion,, en y joignant mi semblant de profession de foi, aussi coucue au gre de son caprice, et de les prier de porter ces pieces a Rome, en demandant qu ils tachassent de les faire accepter ct confirmer par le chef de FEglise. D abord, les Nonces refuse-rent de se charger de ce message; cedant neanmoins ensuite aux importimites du monarque, et ne voulant point paraitre se faire juges en matiere de foi, et outrepasser ainsi les limites de leur mission, ils se deciderent a prendre ces pieces ct les remirent au pape 1 , qiFils prierent de les exa miner ct de voir quelle reponse il lui plairait de donner a Fempereur grec. On voit par la que, loin d cxcedcr leurs pou voirs, ils firent preuve d une charite incomparable, en montrant qu^il ne tiendrait jamais ni a eux, ni a FEglise quails representaient, quo Funite et la paix ne fussent pas renducs au inondc cliretien, faute de patience, d efforts et de soins de toute sorte. Mais tout aussitot on chargea quelques Grecs, envoves comme ambassadeurs au. Souverain Pontife. de stiivre de

pres les quatre IVanciscains. Eux aussi se presenterent au pape avec des lettres au nom de leur maitre, demandant qu il voulut bien ratifier ce que deja ses Nonces avaient cm pouvoir accepter t\ Constantinople : c^etaient les articles sus-euonces et la proiession de foi y jointe qtFils avaient, disaient-ils, promis par obligeance et d une maniere officieuse de deposer aux pieds du trone pontifical. On ne pouvait ourdir une traine plus artificieuse contre Fhonneur du Er. Simon et de ses compagnons; mais, graces au ciel, Clement qui ne connaissait pas moins que son predecesseur la piete et la profonde doctrine de ces religieux, et d un autre cote, la mauvaise foi des Grecs, ne tarda point avenger le Saint Siege ct ses ambassadeurs de cettc infame calomnie, en attestant par un ternoignagc solennel qu ils avaient fidelement rempli leur maudat et merite sa pleine satisfaction. Ce temoignage est contenu dans une lettre qu il iinporte de rapportcr

J ) Clement IV> qm avait succeed a Urbain, mort clepuis deux ans.

textuellement : tant elle est honorable pour ces excellents Freres et pour tout 1 Institut auquel ils appartenaient :

// A Paleologue, illustre empereur des Grccs, a qui soit don nee la grace d obtenir la gloire dans le siecle futur! Nous avons fait bon accueil et avons ineme temoigne notre joie a vos prudents et honnetes apocrisiaires, qui nous ont remis les lettres dont vous les avicz charges, et que nous avons recus en audience solennelle, en presence de nos freres les cardinaux, oil Tintervention d habiles interpretes nous a permis, suivant nos desirs, de nous entendre pari aitement. Nous avons In avec plaisir le commencement de ces lettres, que vous avez emprunte aux psaumes de David pour manifester la joie qu a justement inspiree a votre cocur Tcspoir d entrer bientot dans la maison du Seigneur et d v voir reunies les noinbreuscs tribus 1 des grecs et des latins. C est precisement ce que nous desirons avec toute la tendressc de nos entrailles paternelles, et ce que nous ne cessons de de mand er avec ferveur an Seigneur dans Tauguste sacrifice, afin qu il lui plaise de les attirer de tous les coins de la terre, pour les reunir dans son Eglise. Oui, certes, nous sommes impatients de voir ses mines reparees, ses blessures gueries, ses murs releves et gardes par ses saints anges. Car nous n ignorons pas les graves dommages qu a deja causes au peuple chretien la trop longue et trop funeste division des grecs et des latins , exposes par la meme a la fureur des ennemis (les Sarrasins), dont ils n ont pu vaincre les terribles phalanges, parce que jusqu ici ils se sont affaiblis par leurs discordes intestines, tandis qu ils auraient remporte sur eux un certain et magnifique triomplie, si la concorde et la charite fraternelle les avaient animes d un seul esprit.

a Deja exprimant votre pieux desir de Funite par d autres let tres semblables et par Torgane d autrcs ambassadeurs, vous avez, pour y arriver, prie notre predecesseur Urbain IV, d heureuse memoire, de vouloir bien vous envoyer ses Nonces, homines vraimcnt amis de la paix et doiix disciples de Jesus-Christ, qui ne mettraient point leur gloire dans dc vains discours et nc prelereraient point le faste de la sagesse mondaine aux avantages do la reconciliation desiree, mais qui emploieraient plutot tous leurs soins et tous leurs efforts a la procurer. C est pour satis faire vos vceux et repondre a vos desirs, qu il vous a envoye, munis de ses lettres, les freres Simon d Auvergnc, Pierre de Moras, Pierre Crest et Boniface d lvree, dc Tordre des Mineurs, religieux d unc

) Psaume CXXI, 2.

vertu eprouvee, pauvres des clioses de ce monde, mais riches de foi et profondement verses, comme il le fallait, dans la loi du Seigneur. Toutefois, bien que notre susdit predecesseur eut recu avec une vive satisfaction ces lettres, comme paraissant pleines d une grande piete, il ne jugea point utile de suivre dans la negotiation de 1 affaire 1 ordre que vous proposiez : il vous semblait avant tout convenable de conclure une paix politique entre les Grecs et les Latins, pour en venir ensuite aux dogmes de la foi et a la diversite des rites ecclesiastiques; et vous essayiez de prouver qu une telle methode etait conforme a la raison, par beaucoup d argu ments tires des Ecritures, et en faisant surtout valoir que la eharite est le fondement de toutes choses. II ne s attacha point a combattre an a un tous vos raisonnements; mais protestant qu il n etait pas moins tendre que la eharite meme, pratiquee si pleinement, si genereusement par FEglise, jusqu envers ses enfants ingrats, il observa seulement que la eharite doit avoir son premier et plus ferme fondement dans la foi, sans laquelle il est impossible de plaire a Dieu 1 , et repondit avec justice que c etait de la foi qu il fallait traiter avant tout. Dieu nous garde de dire que FEglise romaine, qui a toujours ete sans ride et sans tache 2 , et, aujourd hui comme autrefois, toujours inebranlable dans la meme verite de foi, haisse les fils qui s^eloignent d elle; car, egalement affectueuse en tous les temps comme une mere, soit envers les justes, soit envers les pecheurs, desobeissants et rebelles, on ne peut certainement pas dire qu elle ait change, parce que, suivant la loi de la justice, elle a quelquefois brise la force des pecheurs 3 qui refusent de se rendre a ses avertissements salutaires. De meme, une saine appreciation ne permet pas de dire que ce soit la haine qui inspire le medecin qu on voit em ployer le fer et le feu pour guerir une plaie a laquelle ont ete inutiles toutes les autres ressources de Tart. Nous voulons done Falliance de la foi et de la eharite. Mais ceux qui portent atteinte A la premiere s alienent par la meme la seconde, a laquelle il ne leur sera point donne de revenir, si d abord ils ne recoivent dans toute sa purete et dans toute son integrite la foi quails n ont pas connue, ou quails ont repudiee, apres Favoir connue; car c est la foi qui est la source de la eharite, a laquelle il est impossible de participer par une autre voie. Or, c est pour aplanir le chemin qui conduit a la paix, que ces religieux Franciscains ont ete

1) Hdbr. XI, i6.

2) Ephes. V. 27.

) Psaume LXXIV, 12.

envoyes a votre grandeur, et charges par leurs instructions d arreter avant tout les dogmes et Ics rites ecclesiastiques, puis de discuter les conditions propres a amener la bonne harmonic entre vous, votre peuple et notre predecesseur. Mais les lettres qu ils vous out remises portaient expressement que, dans le cas ou les negotiations aboutiraient a un heureux terme, vous auriez a cnvoyer des arnbassadeurs extraordinaires, munis de pleins pouvoirs pour en poser les conclusions et les accepter, ou chereher, avec Faide de Dieu, d autres moyens de mettre fin a une affaire si grave. Neanmoins, ces quntre Freres Mineurs, ayant passe quelque temps dans votre cour et s apercevanfc quails ne pouvaient obtenir ce quails demandaient, prirent ce qu ils purent et adhererent, d apres ce que vous dites, a un ecrit de quelques articles, qu ils vous ont promis de recomrnander a ce Siege apostolique. Or, quand vos ambassadcurs furent arrives ici, nous leur donnames audience, d abord en secret, comme ils paraissaient le desirer, puis en presence de nos freres les cardinaux, et nous essay ames de leur parler un peu des dogmes de la vraie foi, non clans des disputes sophistiques, mais dans des entretiens faciles ct pleins d une franchise et d une simplicite tout evangeliques. "Voyant que ce moyen ne leur agreait pas, nous songeames a leur propo ser de discuter familierement avcc quelques membres de notre conseil, pris entre les memes cardinaux qui pourraient discuter avec eux, dans les formes et les conditions qui leur paraitraient propres a terminer Faffaire de 1 union et de la paix. Ils ne se preterent point davantage a ce parti ; ils ne voulurent, au contraire, insister que pour faire accepter et ratiner les conventions que, disaient-ils, Fr. Simon et ses compagnons avaient reconnues bonnes et raisonnables, declarant quails etaient venus pour cela, et non pour disputer, quoique, en definitive, ils avouassent devant nous et devant nos freres qu ils n^avaicnt pas le pouvoir d y apposer leur sceau, quand meme ils auraient trouve de notre part une entiere condescendance. En verite, une pareille conduite nous a grandement surpris, surtout quand nous les vimes demander avec une tellc obstination la ratification d un ecrit qu ils n avaient eux-memes ni mission ni pouvoir de ratifier, et les lettres de votre grandeur qu ils nous presenterent en votre nom ne contenaient a ce sujet aucune indication, d j ou put resulter au moins quelque preuve ou quelque indice qu il fallait aj outer foi a leurs assertions. Mais afin de nc leur donner aucun motif de se croire pcrsonnellement mal accueillis par nous, nous tachames de leur faire comprendre qu il n etait pas possible que Fecrit propose eut ete le moins du monde approuve au nom du Saint-Siege par

les quatre Franciscains, attendu quails n avaient aucun pouvoir de le faire. Ils avaient ete envoyes pour preparer, et nullement pour terminer Faffaire, sur laquelle ils e talent charges d adresser un rapport au Siege apostolique lui-meme, qui s cn reservait le jugement. C EST, DU RESTE, CE QU ILS ONT EUX-MEMES DECLARE

EXPRESSEMENT A LA FIN DE GET ECRIT. IL EST DONC EVIDENT QUAILS N ONT PAS USURPE UN ROLE QUI NE LEUR APPARTENAIT PAS, ET QUAILS ONT S1MPLEMENT FAIT ACTE DE POLITESSE, EX PROMETTANT , ATJTANT QT/IL ETA1T EN EUX , DE RECOMMANDER A QUI DE DROIT L^EXAMEN ET L APPROBATION DE LA PIECE. CELA MONTE E A VOTRE GRANDEUR AYEC QUELLE FRANCHISE ET QUELLE LOYAUTE ONT AGI CES RELIGIEUX , EN SE TENANT DANS LES LIMI- TES DE LA MISSION ET DES POUVOIRS QUAILS AVAIENT KEgUS, ET EN INSERANT DANS l! ECRIT UNE DECLARATION CONEORME 1 . Par COnse-

quent ils n^ont i)i approuve, ni eu ^intention d^approuver^ depourvus a cet egard d^un mandat sufFisant, les articles que vos apocrisiaires nous out presentes.

Assurement Tordre des mineurs et notamraeut ses quatres membres Simon d Auvcrgne, Pierre de Moras,, Pierre de Crest ct Boniface d lvree, charges par le Saint Siege de travailler u la reconciliation des grccs d^Orient^ ne pouvaient attendre un eloge plus solennel et plus plein d autorite que celui sorti de la bouche du lieutenant de Jesus-Christ sur la terre, dans des conjunctures telles que Tempereur grec s^en serait sans doute volontiers passe; car il ne pouvait lui etre agreable de se voir ainsi publiquement demasque comme Fauteur de toutes ces fraudes et de tous ces mensonges. Mais cela devait le convaincre que si, en tout temps

) Si le pieux abbe Rohrbacher avait fait attention a ce passage si prec s de la lettre de Clement, il n aurait certainement pas e*crit dans son histoire que dans cette mission a Constantinople les nonces franciscains outrepasserent leurs pouvoirs (Histoire universclle de I Egli&e, edition de Milan, livre LXXIV). II importe toujours, quand il s agit de points historiques si graves, de consulter minutieusement root a mot les documents qui s y rapjiortent. Autrement on s expose, meme avec des intentions droites et de la bonne foi , a prendre le change d une maniere extremement facbeuse sur des points qui peuvent int6resser Thonneur, non-seulemerit de personnages respectables, mais encore de I Eglise elle-meme. Nous sommes persuade qu ici Rohrbacber s est fie a ce qu avaient dit avant lui Fleury et Henrion; mais devant le document que nous avons reproduit in cxlenso, nous sommes porW ik croire que ceux-ci n ont pas remonte aux sources. Le document cite se trouve tout entier et sans aucune apparence d interpolation dans tous les annalistes et les historiens les plus fideles soit de TOrdre Seraphique, soit de I Eglise, tels que Wadding, Raynaldi , etc.

et en toute circonstance , il cut trouve dans FEglise de Rome une mere indulgente , prete a se reconcilier avec des fils egares, pourvu qu ils reviennent sincerement a elle, il ne lui en serait pas plus facile de la surprendre par les artifices de la mauvaise foi, ni de Fintimider par la puissance; car il n y a rien au monde qu elle puisse craindre, dut tout Fenfer se conjurer contre elle; c est toujours en vain qu il reunit ses forces pour la combattre et qu il y deploie sa plus habile strategic. La lettre porte la date du 4 mars 1267; en la terminant, Clement y joint, par opposition a celle de I empereur, une profession de foi claire et precise sur les mysteres de la Trinite et de FIncar-

nation, la procession du Saint-Esprit du Pere et du Eils, F unite de la divinite de FEglise et du bapteme, le purgatoire, Fenfer, les sacrements, et particulierement celui de FEucharistie, ou le pain se change veritablement au corps et le vin an sang de Jesus- Christ. Quant a FEglise romaine, il declare qu on doit lui reconnaitre la pleine et supreme primaute et principaute sur toute la societe catliolique, qu elle sait avoir recues en meme temps que la plenitude de la puissance du Seigneur, dans la personne du bienheureux Pierre, prince des apotres, dont le pontife romain est successeur, que c est a elle qu on peut en appeler dans toutcs les causes ecclesiastiques, et qu elle reconnait les privileges de toutes les Eglises particulieres, mais comme emanant de la source de son autorite souveraine. Eoi aussj pure que solide, dit ensuite le pontife, foi couforme a FEvangile, enseignee par les peres et confirmee par les pontifes romains dans les conciles, que nous nous garderons bien de soumettre a un nouvel examen, puisqu il suffit amplement d 7 en avoir fait un simple expose, et pour la defense de laquelle nous sommes prets a saerifier jusqu a notre vie. Neanmoins nous avons decide de vous envoycr cette fois encore nos nonces, qui nous rameneront euxmemes quelques-uns des votres, afin que nous leur donnions, en cas de besoin, les explications conv enables 1 . Ces nouveaux nonces du pape, charges de cette meme tache, furent, il nous est vraiinent doux de le dire, pris dans Fordre de nos chers et excellents Ereres Precheurs, qui partageaient avec leurs confre res les Mincurs les sollicitudes de Fapostolat catholique pour le salut des peuples et le soutien de FEglise. Us n obtinrent toutefois pas plus de resultats; les grecs se jouerent de leur mission, comme de toutes les precedentes, et le bon Clement IA T descendit sur ces entrefaites dans la tombe, avec la douleur de laisser FEglise de Dieu dechiree par cet absurde schisme d^Orient.

t; tome IV, a 1 annee 1267, et Raynaldi, ibid.

Malgre tout cela, Paleologue, par une incroyable malice, feignait de temps en temps d insister pour la conclusion de la paix entre les deux Eglises, comme si le pontife roniain s y etait op pose. Mais on devine ses dispositions. : il ne se tournait vers Borne que quand Yj poussaient les prcparatifs de guerre des potentats de ^Occident. Car pour lui-meme, dans les secretes pensecs de son cocur, il avait de Eome la meme horreur que les eveques de son rite, chez lesquels, a bien observer Thistoire du schisme oriental, on trouve toujours le meme esprit qui animait Photius, comme s il revival t en chacun d eux. C est cet esprit qu a dernierement si bien depeint sous ses couleurs particulieres un de ces ecrivains distingues dont s honore aujourd hui le clerge de Prance, nous voulons dire Fillustre abbe Jager 1 . Cependant Fempereur Michel, voyant que Charles d Anjou s etait, apres la defaite de Conradin, affermi sur le trone de Sicile, et y avait acquis une telle puissance que non-seulement il n avait plus d ennemis a craindre en Italic, mais qu il aspirait a la conquete de Constan tinople, on du moins a. i aire valoir d une maniere quelconque les droits lui provenant de Baudouin, se sentit en 12G7" 2 comme saisi d epouvante; car il n avait ni sur mer ni sur terre des forces suffisantes pour lui resister avec quelque espoir de succes. II etait clone tout a fait incapable de lutter, et en outre rien n etait plus facile a Charles que de se transporter rapidement de ]3rindes a Durazzo. II se mit alors a envoyer de nouveau des messagers au Pape, le suppliant pour i amour du ciel de ne pas permettre a Charles de porter la guerre aux grecs, chretiens eux aussi, et tout disposes a venerer le pontife, comme leur pere spirituel, premier et supreme eveque de 1 Eglise. II promettait de travailler a rcxtinctiorA definitive du schisme, auquel il no rcstait plus aucun pretexte depuis la restitution de Constantinople. II ne manqua point de chercher a seduire les cardinnux par des pre sents, pour qu ils pliassent le pape a ses clesirs 3 . II envoya egalement a saint Louis, roi de Prance, des arnbassadeurs charges de demander qu il s^interposat comme arbitre entre lui et le Siege apostolique, en Fen conjurant avec les plus vives instances par le sang de Jesus-Christ et par le jugement dernier, et en 1 assurant que de son cote il ferait tout ce qui lui serait prescrit 4 .

Que si ces bas artifices d une hypocrisie, aussi vile au moment

1 ) Histoire de Photius, pair, de Constant, auteur du Schisme des Grecs, d apres les documents origirmux, la plupart encore inconnus, etc. Paris 1854.

- 2 ) Ducange, liv. V, in-4.-- 3 ) Fleury, llisloirc ccclt**., liv. 1AXXVI. - 4 ) Raynaldi, annee 1270, n 3; Wadding, id.

du peril que vaniteuse et hautaine quand il a disparu, inspirenfc un veritable degoiit, Pesprit se repose et s edifie au spectacle de la charite non-seulement patiente et longanime, inais encore heroique de FEglise romaine, toujours mere tendre envers un fils egare, meine quand elle s en voit perfidement trahie, non moins qu au spectacle de Tapostolat actif et laborieux des Pranciscains, continuellement employes par les deux parties dans des negotiations de ce genre. En eft et, ce sont des Pranciscains qu envoie 1 einpereur grec, eux qui peuvent librement passer d Qrient en Occident, grace a la reputation d hommes d une vertu parfaite et entierement incapables de tromper, dont ils jouissaient dans tout Tunivers. Ils ecbappaient d ailleurs aux lois severes que s appliquent, dans leur defiance soupconneuse, Jes nations belligerantes , avec une rigueur telle qu il n est permis a personne de passer sur leur territoire respectif, si ce n est pour de graves raisons reconnues et acceptees par Fautorite militaire 1 .

Ce sont encore des Eranciscains, c est-a-dire Eustache cV Arras et Lambert de la Couture, que Louis de Prance envoie aux cardinaux qui gouvernaient 1 Eglise Romaine apres la mort de Cle ment IV, pour leur exposer les propositions faites par Paleologue; le roi tres-chretien avait du reste repondu a celui-ci, en attendantj qu il ne lui appartenait pas de se poser en juge en semblables matieres, ni de prendre le role d arbitre; que neanmoins il ne manquerait pas de recommander vivement la solution de Faffaire a Home, ou il avait confiance que toute proposition raisonnable de paix serait accueillie avec bonte 2 .

Mais, dira-t-on peut-etre, quel merite pouvait done etre atta che a ces ambassades, ou plutot a ces voyages des Pranciscains, puisqu eux-memes, et le Saint-Siege, et les potentats catholiques n ignoraient pas qu il ne devait en resulter aucun avantage pour TEglise dans le sens de Tunion , et qu ils seraient, au contraire, comme ils Font ete, tout a fait inutile.s, les Grecs ne songeant (p a gagner du temps, afin d assurer par 1 independance de leur empire celle de leur Eglise? A cela nous repondons que ce merite est celui qu eurent les premiers Proplietes, quand ils se presenterent pour precher les divins commandements en Israel , bien que les Israelites a la tete dure et au cccur incirconcis 3 se refusassent a les rccevoir et allassent jusqu a les lapider et a les

1 ) Fleury, Hist, cedes, lico citato.

2 ) Wadding, Annalcs, tome IV, annee 1270; Fleury, loc. cit.; Rohrbacher, Hint, univcrs. dc I Ecjlisc, liv. TAXIV.

3 ) Actes des Ap. VII, 51.

mettre a mort de inille autres manieres. On peut par conse quent tres-bien appliquer a cette nation schismatique les paroles suivantes de Jesus-Christ, par lesquelles, justifiant le minis tere de ses envoyes, il reproche a Jerusalem leur insucces :

// Jerusalem, Jerusalem, toi qui tues les prophetes, et lapides ceux qui te sont envoyes, COMBIEX DE POIS J AI VOULU IIASSEM- BLER TES ENFANTS, comme la poule rassemble ses poussins sous ses ailes, ET TU NE I/AS PAS VOULU! Voila que votre maison restera deserte! Car je vous le dis : Vous ne me verrez plus desormais, jusqu a ce que vous disiez : Beni soit celui qui vient au nom du Seigneur 1 ! // En fait, les Grecs figurent bien ce peuplc abandonne et condamne a s avilir, a se pervertir de plus en plus en lui-meme, depuis qu ayant brise les liens qui Funissaient a 1 Eglise universelle, il a voulu puiser dans sa propre vertu le principe de la vie; et deja il n est personne qui n avoue que sa resurrection spirituelle et civile est absolument impossible, tant que se tournant vers le Vatican, et demandant a rentrer dans le sein de sa mere FEgiise, il ne dira pas cette parole de salut, que pour son grand mallieur il n a jamais voulu dire : Betd soit celui qui vient cm nom du Seigneur!

Eeprenons main tenant notre recit, en disant d abord qu apres une vacance de trois annees, le Saint-Siege cut enfin un chef visible de FEgiise en Theobald Piacentino, archeveque de Liege, alors en pelerinage aux Lieux-Saints. Cette election, comme on le sait, fut principalement Toeuvre d un Prere Mineur, c cst-adire de Saint Bonaventure 2 , qui, avec Fautorite de son nom, determina les cardinaux divises a y concourir, afin que la chretiente ne restat point plus longtemps dans une penible attente, au grand prejudice de la religion. Le nouveau pontife se noinma Gregoire X. On raconte que, faisant ses adieux aux chretiens d Orient, au moment de retourner en Occident, il s ecria comme David : Si jamais je t oublie, 6 Jerusalem, que ma droite s oublie elle-meme que ma langue s^ attache a mon palais, si je ne me souviens pas de toi, si Jerusalem n est pas toujours ma pre miere joie 3 . Or, un des premiers soins de ce pape fut de renouer les necrociations tendant a realiser cette reconciliation si desiree

dcs Grecs avec FEglise Eomaine, et il chargea de preference les

V) Matth. XXIII, 37, 38, 39.

2 ) Panuin, dans ses additions a Touvrage de Platina-Ciaconius, Pontifical de Gregoire X; Mariana, livre III, chap. 31 ; Wadding, dans ses Annales, tome IV, annee 1271.

3 ) Psaume CXXXVI.

Eranciscaius cle s en occuper de nouveau, et en consequence d annoncer son election a Fempereur, en Finvitant a envoyer dcs nonces an procliain concile qu il convoquerait le plus tot possible a Lyon pour le retablissemcnt de la foi 1 . Paleologue, plus que jamais alarme des armements de Charles, roi de Sicile, resolutimmediatement de deputer a Gregoire un Prere mineur, ne en Grece et nomine Jean Parastron 2 . tres-verse dans sa langue maternelle

et tres-zele pour Fceuvre de la reunion. Celni-ci discutait souvent ce sujet avec le patriarche de Constantinople et les autres eveques, qui paraissaient Fecouter volontiers, peut-etre a cause de la grande estime qu il montrait pour les ceremonies et les usages de leur eglise. Aussi, dans les lettres que Michel avait remises a ce religieux pour le pape, manifestait-il Fespoir qu a son retour en Syrie, il passerait par Constantinople ou il serait recu avec honneur, et ou il etait meme a penser que sa presence ne serait pas pen utile a la cause de F union.

On ne saurait dire de quelle joie ces temoignages de soumission affectueuse remplirent Fame de Gregoire, qui aimait a les attribuer a tin cceur droit et sincere, et partant a esperer que FEglise ne tarderait pas a remporter lieureusement un veritable triomplie. Ay ant done appele devant lui Bonaventure de Bagnorea, Ministre-General cle tout Fordre des Eranciscains, il com-

1 ) Fleury. IJisloireecclesiast., livre LXXXVI.

2 ) Pachyraere, liv. V, cliap. 51. Voir aussi Wadding (Annales, tome IV, annee 1270), et le pere de Gubernatis (dans Le monde Seraphiquc, tome I" des anciennes missions, liv. 1% chap. V), qui parlent egalement de ce frere Jean et de sa mission ; seulement ils le confondent avec celui du mont Corvin , de la Pouille, c<51ebre missionnaire en Tartarie et en Chine, comme on pent le voir aux livres II et in de notre Ilistoire imiverselle des MissionsFranciscain.es. Ici ces auteurs nous paraissent s e tre evidemment trompes, pnisque Pachymere, historien contemporain, affirme expressement que ce fr6re Jean etait natifde Grece, a moins qu on ne le prenne comme appartenant a la nation grecque, malgre son origine italienne, parce qu il y avait a cette e"poque beaucoup de Grecs dans la Pouille, portion du pays qu on appelait la Grande-Grece ; car en ce cas, la difference viendrait seulement de la denomination diverse que I undonneraitd apres Thabitation, et Tautre, d apres le lieude naissam-; du religieux ou d apres la residence de sa famille. Quoi qiril en soit, une autre difficult^ reste : c est que Jean du mont Corvin e"erit de Pdkin en 1305 qu il a cinquarite-huit ans, tandis que ne, comme Ton en est sur, en 1247, il aurait a cette (5poque , a peine atteint sa vingt-unieme ou vingt-deuxieme annee; or, est-il croyable qu etantsi jeime, et meme pas encore pretre, il eut ete charge d une mission si grave et si importante? Pour nous assure"ment, nous ne le croyons pas, et nous nous conflrmons dans Fopinion ({ue Parastron n estpas le meme Jean que celui du mont Corvin.

inenca par vanter la saintete, la prudence, la science des grandes affaires, 1 adresse a les trailer,, le zele a les pousser et a les terminer qu avaient montres les Pranciscains, et clont il avait lui-meme eu des preuves en Orient; il difc qu il les avait vus infatigables dans les travanx de I apostolat, entierement devoues au culte des Saints-Lieux, tres-agreables aux infideles, amis des Grecs , promoteurs tres-habiles et tres-puissants du veritable lionneur de Dieu, et que, puisqu ils etaient ainsi les missionnaires designes pour les affaires difficiles, il lui proposait d en choisir quelques-uns pour Constantinople, aim de concourir a cette oeuvre de la reconciliation de 1 eglise grecque si ardemment desiree par le monde en tier. En consequence Saint Bonaventure s empressa de lui presenter quatre de ses religieux, savoir : Je rome d Ascolij Eaimond Berenger, Bonne-Grace de Persiceto, et Bonaventure de Mugello 1 .

Le premier, ne a Lisano pres d Ascoli, dans les Marches (d ou il prit son nom), entra des sa premiere jeunesse dans I Ordre Seraphique. Comme ses parents, qui etaient tres-pauvres, mais pleins de la crainte du Seigneur, ne pouvaient pas lui faire continuer les etudes pour lesquelles il avait une grande inclination, il se refugia dans le convent des Pranciscains, qui lui donnerent spontanement et genereusement cette culture de Fesprit et du cceur qu il lui etait impossible d^obtenir dans Finterieur de sa pauvre i amille, et qui lui procurerent, outre d excellents maitres, le logement, le pain, les vetements et tout ce qui est necessaire a la vie. Aussi s attacha-t-il si fortement a eux, qu il voulut revetir leur liabic sacre, ne retenant que le nom qu il avait porte dans le siecle. De leur cote, les religieux furent enchantes de ccs dispositions du jeune homrne, parce quails admiraient en lui non-seulement les rares talents dont le ciel 1 avait orne, et ramour le plus passionne de la science, mais encore une telle delicatesse de conscience et un gout si fervent pour les clioses de Dieu, quails ne larder en t pas a se convaincre qu il jetterait un nouvel eclat sur leur institut. Us ne se tromperent pas; car, a peine eut-il prononce ses vocux solennels et se fut-il consacre aux etudes pliilosopliiques et theologiques, qu^il acquit bientot une si grande reputation, qu appele aux e* preuves du doctorat, il en sortit d une manicre assez brillante pour qn on le chargeat dVnseigner dans les principales chaires que des reli gieux de Tordre occupaient au dedans et au deliors de la province,

*) Wadding, Annales, tome IV, annee 1273; tie Gubernatis, dans Le monde Seraphique, tome I" des anciennes missions, livre I", chap. V; Fleury, Hist, cedes, livre LXXXVI; Rohrbacher, id. liv. LXXV.

Dans la suite saint Bonaventure le nomma ministre provincial en Dal ma tie j et ce sont ces fonctions qu il exercait, en moutrant line rare droiture et une rare habilete, quand il fut appele a remplir a Constantinople la haute mission clout nous parlons 1 ; il fut enfin elu ministre general de tout 1 ordre, puis cardinal, et pontife su preme de FEglise universelle sous le nom de Nicolas IV.

Quant au deuxieme et au quatrieme nonces, c est-a-dire aux freres Raimond, Berenger et Bonaventure de Mugello (en Toscane), nous n avons pu nous procurer des renseignements parti culiers qui nous missent a meme de les depeindre au moins sommairement a nos lecteurs; niais nous pouvons dire qu en general leur vertu et leur sagesse en firent de digues compagnons du premier et du troisieme; c est-a-dire du Pere Bonnegrace de Persiceto, sur lequel des ecrivains de 1 ordre nous out laisse les details suivants : Enfant de la Province Franciscaine de Bolo^ne,

il etait un religieux d une grande perfection et meme d uu exterieur fort agreable, comme son nom Tindique; pieux, interieur, exemplaire, savant et paiiant avec une telle douceur que la maniere de preclier de nul autre de son temps ne fut aussi agreable aux auditeurs que la sienne 2 . Elu ministre general de tout Fordre des Ereres Mineurs dans le chapitre general qui cut lieu a Assise en 1279, il le gouverna a la satisfaction de tons pendant environ six ans, augmentant Feclat qui le rendait si brillant, comme il sera prouve par ce que nous dirons plus tard des Mis sions franciscaines dans la Tartarie et autres coutrees de Textreme Orient. II termina ses jours a Avignon, ville de France ou il se trouvait en passant pour retourner en Italic, au retour cVun chapitre general celebre en Germanic. La reputation de saintete de sa vie a laisse a la posteiite ce fait historique, savoir qu au moment de sa mort toutes les cloclics de la ville sonnerent d ellesmemes 3 .

1 ) Marc Antoine, dans Les douzcfondements, etc. Mazzara, dans ses Legendes Franciscaines, tome X; Hubert, dans son Menologe, etc. au 25 aout, n* 2.

2 ) Vir equidem religiosus, et juxta nonien suura mira gratia preedictus; pius, devotus, vita3 exemplaris, eximia3 mentis, et sermonis dulcedine cunctis populis gratissimus. Arthur Du Moutiers, Martyrolog. Francis, die 11 martis.

3 ) Capitulum generate apud Argentinensem provinciam celebravit in Germania, quo peracto, Galliam petiit, illicque apud Avenionern anno 1284 sancto fine quievit, cum ordinem gubernasset serapjiicurn annis sex : ad cujus obitum campanse ex se mirabiliter desonarunt, nemine ad opem conferente, in testimonium singularis perfectionis et felicis transitus illius. -- Artur, Marlyroloy. Franrisc. die II Mart. Sanct. Antonin. Ill part, liistor. tit. XXIV, capit. 9. Gonzag. De Origi. Seraph, religion, in general, ord. Min. Marc, ab Ulysip. chron. part. II, lib. IV, cap. 15. Wadding, ad ami. 1277.

Tels etaient les homines que Fordre des Freres-Mineurs fournissait a FEglise clans toutes les circonstances; liommes d une profonde piete et d une sagesse rare, qualites qui sont les deux moyens par lesquels les ordres religieux acquierent de la grandeur et qui seules, aujourd hui comme toujours, pourront les mettre en etat de se maintenir a la hauteur de la mission que le monde attend d eux,

Les quatre nouveaux nonces ayant done ete presentes par leur general, saint Bonaventure, au pape Gregoire, qui les connaissait comme tres-propres a remplir la delicate mission dont il les chargeait, il leur donna sur le champ conge pour Constantinople, avec sa benediction et une lettre dont la teneur est plus has, a Fadresse de 1 empereur Michel Paleologue. II y ajouta des instruc tions, sur lesquelles ils pussent se regler en traitant les questions difficiles qu ils auraient sans doute a soutenir avant d en venir a la conclusion de la paix, si toutefois les Grecs, agissant avec perfidie, ne s entetaient point a refuser tout accommodement*

Voici le texte dela lettre. Au magnifique et illustre empereur des Grecs, Michel Paleologue, la grace du Seigneur dans le pre sent, de laquelle les fruits lui procurent la gioire dans Feternite ! Celui qui, lorsque les temps furent accomplis 1 , a appele, parson ineffable misericorde, de FOrient un oiseau et des terres eloignees un homme pour faire sa volonte 2 , a bien voulu egalement, dans le temps ou nous faisions nn voyage de devotion en Orient, nous confier la fonction de son vicaire, figuree comme prophetiqueinent dans Fimage citee ci-dessus, dans le but de soutenir les droits de FEglise entiere, non par aucun merite existant en nous, mais par sa seule bonte. Ensuite, apres avoir mis dans notre co?ur ce penchant a la paix, qu il y a developpe lors meme que nous etions encore dans une position moins elevee (et nous ne pouvons ne pas Favouer dans la persuasion que nous en avons) et a aime encore a augmenter de plus en plus ces dispositions des Finstant de notre elevation, aiin que nous tiavaillions avec ardeur a en faire sentir Favantage a tous les hommes qui, sur la terre, sont rachetes par le sang de Jesus -Christ, a ceux surtout qui out Fhonneur de pouvoir se glorifier du nom de chretiens. Yeritablement nous pensons que ces desirs ou plutot ces vocux de notre coeur contribueront beaucoup au salut des ames, qui nous preoccupe vivement, tant par zele pour elles, que par le devoir du ministere pastoral dont nous sommcs investis. C est pourquoi, des qu il nous fut possible, au milieu des perils de la saison d hiver, de traverser la mer et d aviser aux moyens de

J ) Ac! Galat. IV, 4. -) Isai. XLVI, II.

communiquer avec nos freres les cardinaux de la S te -Eglise romaine, pour nous aider de leurs conseils.

// Nous considerames avec douleur la scission de FEglise universelle, figuree dans le filet du pecheur Pierre, lequel, par Fabondance excessive de la peche, allait se dechirer 1 . Mais cette scission ne pouvait prejudicier a la foi pour la defense de laquelle celui qui toujours est infailliblement exauce de Dieu a assure qu il avait fait une priere dont Feffet ne pouvait jamais manquer 2 ; elle interessait plutot les fideles eux-inemes qui en subissent les faclieuses consequences. C est pourquoi nous nous sommes mis incontinent a reclamer de toutes nos forces le secours de Celui qui est la pierre angulaire, sur laquelle les deux murailles se joignent pour former un seul edifice, un temple saint eleve au Seigneur 3 , afin que, lorsqu il dit lui-meme a FAquilon : donneles inoi, et au Midi : ne les retiens pas, Notre Mere la S te -Eglise ramene ses fils des pays eloignes, et ses filles des extremites de la terre 4 , qu elle prenne plus d espaee pour y placer ses tentes, qu elle deploie davantage les couvertures de ses pavilions, qu elle en allonge les cables et en rive les cloux, de sorte que, s etendant a droite et a gauche, elle parvienne t\ gouverner toutes les nations et a peupler les villes desertes 5 . Ainsi, ce qui etait dechire sera rejoint, ceux qui etaient tombes seront releves, ceux qui etaient enneinis seront reconcilies. Les ruines seront reparees, les causes de division supprimees, et la multitude des fideles se rassembleront de nouveau dans Funite de la foi et dans le lien de la charite et de la paix. Nous demandons done par nos profonds soupirs et nos larmes au dispensateur de tout bien, sur Funite duquel repose Funite de la foi, fondement de Funite de la hierarchic ecclesiastique (puisqti ; il est ecrit : Un seul Seigneur, une seul foi) , nous lui demandons de reintegrer dans son unite la sainte Eglise catholique, en rassemblant en un seul corps dans son sein , dans une meme foi entiere, une esperance ferme et une charite sincere, outre les Grecs et les Latins, tous les peuples de Funivers. Or, comme, s il plait a Dieu de seconder nos voaux, la reunion tournera au profit de tous, nous voulons, d aceord avec tous nos freres les cardinaux, travailler a la procurer avec toute la sollicitude possible et toutes nos forces. Suivant leur conseil et celui d autres personnes fort prudentes, a qui les interets de la verite sont chers, nous avons resolu de convoquer et comme de. fait nous convoquons un Con-

) Luc. V, 6. 2 ) Idem. XXII, 32. - - 3 ) Ephes. II, 20. *) Isai. XLIII, 6. s ) Idem. LIV, 2. - - 6 ) Ephes. IV, 5.

cile general pour les calendes de mars de 1 annee dc I incarnation de Noire Seigneur 1274. A ce Concile seront invites par lettres particulieres tons les princes catholiques de Funivers et les prelats de TEglise. On y traitera du moyen de pourvoir d une maniere cfficace au secours de la Terre-Sainte, ainsi que de la re forme des mceurs actuellement si degenerees, soit dans le clerge, soit dans le peuple, independamment d autres points que nous esperons devoir, par le secours du Seigneur, profiler a tout le troupeau chretien. Dans cette resolution nous nous etions propose, il est vrai, de vous ecrire sans retard et de vous envoyer des nonces, des le moment de notre determination. Seulement, apres reflexion, nous crumes qu il etait expedient cPattendre (ce qui ne se fit pas sans une certaine inquietude) la reponse que vous nous enverriez a la suite de ce que vous a cent et fait savoir, par le canal d Apocrisiaires speciaux, notre predecesseur d heureuse memoire Clement IV. Et voila que nous arrive porteur des meilleures nouvelles notre cher fils, le pere Jean Parastron, de 1 ordre des Ereres-Mineurs, envoye par vous, pour nous remettre votre lettre si pleine de respect pour notre personne, et qui ne nous a pas cause peu de satisfaction! Vous vous y montrez touche da grand plaisir que nous vous aurions fait en passant sur vos terres, lors de notre retour du pays d Orient, et des temoignages d honneur que nous aurions recus de vous et des votres; puis, disant combien vous avez regrette que la chose ne soit pas arrivee, vous nous y invitez a prendre en consideration Famour et le zele que vous nourrissez dans votre empire pour bunion et la paix du peuple cliretien. Vous nous y prevenez en outre que le meme religieux, tres-agreable a votre nation, nous exprimera de vive voix le respect que -vous portez au saint Siege Apostolique, la douleur que vous font ressentir les schismes perfides qui s enracinent dans TEglise de Jesus-(Jhrist, aiusi que les vceux ardents que forme votre cceur pour la paix et Tunion du peuple cliretien, et votre zele centre tons les ennemis de la croix. Nous devons done accorder a ce Eranciscain. toute la foi que nous accorderions a Fempereur parlant en personne ! En verite, elles nous sont bien agreables et bien clieres ces preuves de votre devouement a notre personne, surtout, lorsque nous pensons combien notre louable dessein de mettre un terme aux divisions qui regnent dans le troupeau de Jesus-Christ, en retablissant Tunite de la foi et de la charite catholique, dans les sentiments d\me obeissance sincere au Siege apostolique et a TEglise romaine votre mere, contribuera a la gioiie de Dieu, profitera a votre peuple meme et a votre salut et satisl era plei-

nement iiotre coeur. Ah! nous vous en conjurons done, en attendant, que ce noble desir ne se ralentisse point; qu ellesne demeurent pas sans effet, ces nombreuses et belles promesses que, par Fintermediaire de plusieurs nonces, vous etes connu pour avoir faites a FEglise, votre mere. Considerez plutdt avec attention comment Celui qui est le vrai chef du corps mystique ou de Funite ecclesiastique, selon cette parole de Fapotre : Nous sommes tons mi seul corps en Jesus-Christ 1 , etant a la veille de sa passion, pria d une maniere particuliere pour obtenir cette unite : Je veux, dit-il, 6 mon pere, que tons ne soient qu un, comme nous ne sommes qu un 2 . Or, si suivant Fautorite de FEcriture-Sainte ses desseins ne sauraient etre frustres de leur effet, et si sa volonte doit s accomplir, il est certain qu une telle union doit se realiser dans son temps.

// Ne differez done plus, et hatez-vous d executer vous-meme une chose qui ne peut manquer de s accomplir un jour. Hatezvous de penser a Fincertitude et a la brievete de la vie humaine, et n ajournez pas davantage une affaire si avantageuse, de peur que par malheur il ne vous arrive, tout en gardant la meme volonte de bien faire, de n avoir plus la force de Fexecuter. Travaillant d un cceur prompt et genereux a cette union des Grecs et des Latins dans la profession d une meme foi et d une charite inebranlable, ouvrez a vos sujets et aplanissez a votre posterite la voie de la paix et du salut, et par une ceuvre si utile et si sainte vous acquerrez un merite incomparable pour le ciel. Ah ! pensez comment, pour ce seul merite, vous vous presenterez avec une sorte d intrepidite et d assurance, au dernier jugement, devant le juge supreme et redoutable, lorsque vous vous verrez entourc d une innombrable multitude, ramenee par vos soins au sein de FEglise, multitude resplendissante de vos merites et de ceux de cette Eglise. Pensez au siege que vous occuperez dans cette majestueuse reunion de peuples, comme vous serez affectueusement accueilli au milieu de cette compagnie joyeuse que, sur la terre, vous aurez ramenee au bercail de Jesus-Christ. Lui qui est le bon Pasteur, bon au point de dormer sa vie pour le salut de ses brebis, vous introduira dans son delicieux taberna cle, ou vous entrerez transports d une joie immortelle. Que vous etes heureux, puisque, le Seigneur vous ayant appele pour un evenement si merveilleux, vous pouvez d une part en usant eincacement du pouvoir qui vous a ete accorde a cet effet et, d autre part, en employant avec une pieuse industrie tous les

) I Cor. XII, 13. 2 ) Joann. VII, 21.

m ovens propres a vous conduire a ce but, vous arriverez au supreme degre de cette recompense que tant d autoes out tache d obtenir par tant de voies diverses; et fiualement vous vous assurerez la jouissance de la gloire eternelle qui doit etre pendant votre vie le terme auquel tendent toutes vos pensees.//

On voit ensuite comment, en consequence d une sage deter mination raise par les papes Urbain et Clement, predecesseurs du Pontife regnant, il fallait dans les traites commence! par les matieres de foi, conformement a la formule qu eux-rnemes avaient arretee 1 . Puis il continue ainsi son raisonnement : // Or, voulant tourner toute notre attention a, cette affaire preparee avec tant de maturite et de prudence par nos dits predecesseurs, et ne voyant aucun motif de rien changer a une regie de conduite que nous devons au contraire regarder comme la notre, nous vous avons envoy e a cette fin en qualite d Apocrisiaires nos chers fils le pere Jerome d Ascoli, le pere Raymond Beranger, le pere Bonnegrace, de S. Jean de Persiceto, le pere Bonaventure Mugella, de Fordre des Freres-Mineurs, hommes pauvres, selon Fesprit, il est vrai, mais riches dans la foi, lesquels, ayant rneprise les biens et les vains plaisirs du monde, se sont engages a suivre Jesus-Christ riche et pauvre en meme temps, en marchant dans la voie de ses commandements, et imitant autant quails le peuvent, dans leurs 03uvres, la supreme sagesse. C est pourquoi nous vous prions, nous vous conjurons et nous vous exhortons en Jesus-Christ, notre Seigneur, fils unique de Dieu, par le mystere de sa croix, par rimmense bienfait de la redemption et par la charite de notre coeur, d accueillir avec bienveillance ces religieux, ayant eu vue, comme un vrai croyanfc, Celui qui, auteur du salut et de la paix, les a procures aux nations 2 ; Celui qui, parlant du haut des Cieux 3 , les a fait annoncer par le ministere des anges aux homines de bonne volonte, et qui depuis, conversant avec eux, les leur a enseignes par ses paroles et par ses exemples. Secouru par de telles inspirations, travaillez a rentrer dans le bercail du Seigneur et a y conduire avec vous les fideles et le clerge. Ah! faites que par ce moyen vous parveniez a obtenir votre repos et le leur; detournez de vous les graves perils spirituels et corporels qui nous environnent, et evitez les maux et les pertes qu amenerait certainement une guerre que nous prions Dieu d eloigner. Creez-vous au contraire des merites pour Feternite, en menant

J ) Ceux qui d^sireront la connaitre n ont qu a consulter les Annalcs de Wad ding, a 1 ann^e 1267. Raynald. ibid.

2 ) Psalm. LXVIII, 12. *) Luc II, 14.

a bonne fin cette union ties Grecs aux Latins, que vous assured etre deja la principale de vos sollicitudes, et en acceptant avec un copur humble et sincere, en confessant en presence des memes religieux, nos Apocrisiaires, la loi prescrite dans toute son integrite et dans toute sa purete immaculee, en meine temps recon naissez la suprematie de 1 Eglise romaine, en rent-rant spontanement sous son obeissance, et en y ramenant avec un egal respect le peuple et le clerge. Apres toutes ces choses, il convienclra que, comme tons les princes catholiques, vous veniez au Concile annonce. Car nous desirous et demandons, dans les graves ques tions qn il y aura a debattre, profiter de vos avis, soit que nous les recevions de votre propre bouche, si vous pouvez y assister en personne, soit que vous nous les transmettiez par Porgane de m-andataires distingues par leur autorite et leur prudence , que vous chargeriez de declarer en votre nom vos sages sentiments, Quoi qu il en soit, rien qu en cette union si desiree dans la susdite profession de foi et en reconnaissaiit la suprematie de Rome, vous aurez donne un cachet de verite incontestable au zele dont 3 par parole et par ecrit, vous vous mqntrez si anime pour cette union. De plus, par ce moyen vous concilierez notre bienveillance et celle de nos freres les cardinaux comme de tous les Latins, et vous pourrez, par suite, compter sur d autres faveurs dans les negociations pendantes, afin de conclure un traite cV alliance entre les deux nations. Une Ibis les racines de zizanies arrachees, la discorde apaisee, nous userons d autant plus volontiers de notre autorite, pour consolider cette alliance, que nous pourrons da van tage condescendre a vos voeilx sans remords de conscience, Car tons les dissentiments qui nous separcnt anjonrd hni de vous aurout disparu, vous aurez revetu la robe de rinnocence avec Fanneau que vous mettra au cloigt la memo profession de foi ; soyez meme certain que nous avons cette affaire tenement a cceur, et que nous en desirous si ardemment le succes, que nous comptons pour rien, quelque rudes quails soient, les travaux necessaires pour y reussir; au contraire nous sommes tout dispose a n^y rien epargner, ni peines ni fatigues 1 . //

Que pouvait jamais dire de plus le Yenerable Pontife de Rome? Et qui ne verra dans cette lettro combien il etait interieurement pret a tons les sacrifices, pourvu seulement qu il put maintenir 1 unite et la saintete de la Poi que le Seigneur lui avait donnee en depot? Mais ce n est pas tout, il iant encore ajouter ii cela que si, a cause des peches du peuple, le moment cTun

*) Voir Wadding et Raynaldi , loc. cit.

evenement si lieureux n etait pas arrive, le Pape neanmoins ne voulait pas abanclonner ses tentatives en desesperant du succes; au contraire il ne cesserait de les redoubler avec une nouvelle ardeur, supportant tous les ennuis jusqu a la fin, to uj ours dis pose a aceueillir les deputes, avant et apres le Concile, selori qu il serait plus agreable a 1 empereur, esperant toujours trouver enfin le moyen de conclure des traites de conciliation et de paix 1 . Sainte Eglise de Jesus-Christ, combien tu nous parais sublime dans ces diffusions de Fineffable charite dont ton cceur est nourri! Yeritablement il n est point d exemple d un amour semblable a celui-la, forcant par toute sorte de doux moyens des fils rebelles a courir et a se Jeter en versant des larmes dans le sein maternel! Enfin, le pape Gregoire tcrmine ainsi son admirable lettre : // Mais puisque nous avons souverainement a coeur de regler autant qu il sera possible une affaire de cette importance dans ce meme Concile, nous prions instamment Votre Altesse de vouloir bieD congedier sans delai les memes religieux nos Apocrisiaires, afin qu ils puissent nous rapporter vos reponses positives avant que commenceut les operations du dit Concile, et que nous puissions nous-memes fixer comme il convient les matieres des questions qu on devra y traiter 2 .

Nous ne savons pas au juste Teffet que produisit sur Fesprit de Michel Paleologue cette lettre capable assurement de toucher tout coeur en lequel ne serait pas eteint tout amour de la religion; mais Fhistoire nous apprend qu ayant un jour rassernble le patriarche Joseph, tous les eveques et autres membres distingues du clerge, il en parla avec eux tres-serieusenient, comme nn homme fortement preoccupe d une affaire de la plus haute impor tance, usant comme il le f esait toujours, de quelques paroles menacantes. II prouva qu il n y aurait pour les Grecs aucun danger a traiter avec les Latins, leur rappelant comment Fempereur Yatace lui-meme et les eveques avec le patriarche Emmanuel promirent de celebrer la messe avec eux en faisant mention du pape, a condition settlement que celui-ci s engagerait a ne pas envoyer de seconrs aux Latins, qui deja etaient maitres de Con stantinople. II fit voir ensuite que la situation presente des choses differait de ce qu elle etait jadis. II rappela les lettres des eveques de ce temps, qui, loin d accuser les Latins d heresie sur quelque point, ne demandaient qu une chose, savoir de retrancher du symbole 1 addition PILIOQUE, tout en la laissant clans leurs autres ecrits; et qu au reste ils n avaient fait aucune difiiculte de com-

J ) Ibidem, ibid. ~ 2 ) Wadding et Raynaldi, Joe. cit.

muniquer avec les Latins dans les principaux sacrements, ni meme de les admettre parmi eux, dans le cas ou ils consentiraient 11 embrasser leur rit, en en changeant la langue. Qu y a-t--il contre les canons, disait-il, a nommer le pape dans les prieres publiques, puisqu il est d usage d en nommer d autres que les papes, pourvu qu ils soient presents? Et c est aussi une chose de peu d importance que de Fappeler frere et primat, puisque le mauvais riclie appelle Abraham du nom de pere 1 , quoiqu il en fut eloigne de toute maniere. Or, si nous consentons a lui donner ces titres, nous ne nous sentirons guere presses de passer la mer pour aller plaider a une si grande distance 2 . Apres avoir entendu Fempereur exposer ainsi son opinion sur ce sujet, il viendra sans doute a Fesprit de chacun de penser que le patriarche aura voulu se prononcer en faveur de Y union. Loin de la, il avait ete indigne de ce qu il entendait, attendant avec une douloureuse impatience que Jean Ye cco, archiviste de son eglise, prit la paiole pour le refuter. Chose pitojable a dire ! Ce prelat demeura indifferent, si Eon peut-etre hostile, a la lettre touchante que le pere Jerome et ses compagnons avaient apportee de la part du pape, autant pour lui que pour Fempercur.

Son cosur ne fut nullement emu des chaleureuses exhortations que les Franciscains y ajouterent en lui remettant en main la depeche pontificale, preierant ainsi, comme chacun le voit, que son Synocle fut preside par Tempereur, qui bientot deviendra son pape, s y presentera, non plus pour y exposer les motifs de la paix de TEglise avec 1 autorite de FEvangile, de rhistoire et de la raison, mais pour intimer ses ordres, sous 1 habit d un colonel d armee, avec le baton a la main, Fepee au cote, les bottes aux pieds, menacant celui-ci, celui-la, de Fexil ou de la mort, s il osait lui desobeir, et s^y fera ensuite representer dans la chaire de president par un general de cavalerie 3 . Juste et digne punition pour celui qui a houteusement rejete la paternelle autorite de Jesus-Christ! Mais, centre 1 attente du patriarclie, Farchiviste garda le silence, de sorte qu il lui intima, sous peine d excommunication, Fordre d exprimer son sentiment sur les Latins, Alors A^ecco, aimant mieux s^assujetir a la peine temporelle qu a la punition spirituelle, se init a parler ainsi : // On a eu raison de dire que ceux qui portent le nom cFheretiques ne le sont pas toujours enrealite, et qu/au contraire d autres le sont, quoiqu ils

*) Luc, XVI, 24.-- 2 ) Pachym., Liv. V, chap. 12.

3 ) Aujourd hui dans FEurope civilisee, cela se verifie ponctuelleraent en Russie avec un singulier surcroit d honneur et de respect pour la pretendue foi orthodoxe !

n en portent pas Ic nom, comme il en est cles Latins. >/ Ces paroles satisfirent le patriarchs, mais d autre part elles irriterent vivement Feinpereur, qui snr le champ declara Fassemblee dissoute et ordonna a Tarchiviste de se rendre en prison. Recourant ensuite an ministere d^hommes savants qu il avait pres de lui, entrc an ties de Parchidiacre de Melitene, Georges de Cliypre, et des qnatre frercs mineurs, nonces du pape, il composa nn Memoire, dans lequel, avec le seconrs de Thistoire et 1 autorite des Livres-Saints, il pronvait que la doctrine des Latins ne contenait aucune erreur; puis il Penvoya au patriarche, pour qu il y repondit, en s appuyant egalement snr les temoignages de Fhistoire et de PEcriture sainte. Le patriarch e reunifc done sans retard autour de Ini tons ses adherents , auxquels s adjoignirent d autres, qui pen auparavant s etaient separes de lui, mais qui pour le moment se reunissaient par le seul motif qu^il s agissait de resister a TEglise romaine.

Cefcte assemblee, rehanssee par nn grand apparat exterienr, se cornposaifc de nombrenx prelats. La princesse Endoxie, sosur de Femperenr, beanconp de moines et jnsqn^a seize cents savants hostiles anx Latins, y assisterent Egalement. Le moine Job Josita, aide de qnelques autres, entro lesquels on compte Fhistorien Georges Pachymere, se cliargea de repondre an Memoire mentionne ci-dcssus, 11 est impossible de dire combien en fnt contrarie Fempereur, qui ne s attendait a rien de semblable! Ayant en main cette piece, ponr monjtrer le pen de cas qn j il en faisait^ il differa a dessein de la faire lire en assemblee pnblique, et s apercevant en suite qu il etait tout a fait ntile de chercher de ce cote des moyens d^accommodement et de paix, il se retourna de nouveau vers Vecco, qn^il essaya de gagner a la cause de la verite et de Funion; et assnrement il ne se faisait pas illusion, car Vecco etait mi homme droit et aimant avant tout la verite, Celui-ci cut en consequence plusienrs conferences avec les Tranciscains, et lut tons les passages de TEcriture, des Peres, qui parurent favorables aux Latins. Des lors, il commenca u sonpconner qu ; il s^etait peut-etre trompe en ce point, etant plus verse dans les etudes profanes que dans les etudes religieuses. II ent done de plus frequents entretiens avec les religieux, et les pria de lui coinmuniqner les ouvrages on ils puisaient leurs preuves, afin de les lire avec attention et de s en penetrer suiflsamment. Dicu daigna bientot eclairer tellement son intelligence et toucher son cocur qu il ne s arreta plus a d antres difficultes qui mettraient obstacle a Funion, d autant plus qu il voyait clairement que du cote des Latins il n y avait plus rien qui put retardcr davantage la conclusion d une affaire si grave.

Kelativement a F addition dans le symbole du mot EILIOQUE, il s en rapporta au texte de S. Cyrille, qui dit que le Saint-Esprit vient substantiellement du Pere et du Eils, autorite si claire et si irrecusable, que par son moyen les deux freres mineurs, Aimon et Eodolplie, avec leurs collegues les religieux dominicains, avaient dejii confondu les subtilites des Grecs sur le Concile de Nicee 1 . II usa aussi de ce texte de saint Maxime, disant dans une lettre a Euffin : Par ou ils montreiit quails enseignent, non que le Eils est la cause efficiente du S. Esprit, mais que celui-ci procede de celui-la, expression ou se trouve prouvee F union et Fin separabilite de substance. Enfin il fixa son attention sur les paroles de saint Athanase qui dit : On recommit la personne du S. Esprit au rang des personnes divines, en ce qu il procede de Dieu par le fils et n est pas son ouvrage, comme Fenseignent les heretiques. Ainsi convaineu et sur de la verite, Yecco se declara pour la paix a la grande satisfaction de Fempereur, qui s efforca des lors de faire plier aussi les eveques, pour que les nonces du pape ne fussent pas retenus plus longternps. II nous est penible de dire que ces malheureux, obstinement rebelles a toutes les prieres de leur souverain et toujours aveuglement tenaces dans leur opinion, fermerent Foreille aux douces et sages exhortations des religieux; ils allerent meme tous, sauf quelques-uns mieux avises, jusqiFa souscrire une declaration dictee par le patriarche Joseph, ou ils juraient de repousser toute espece d union avec les Latins 2 . Neanmoias la conversion de Yecco parut si irnportanfce a Fempereur, qiFil n hesita plus a renvoyer au pape deux de ses Apocrisiaires pour lui annoncer et lui certitier que desormais rien ne pouvait empecher que cette paix de FEglise si desiree ne fut conclue et solennellement proclamee dans le concile qui allait se reunir a Lyon.

Les deux Ereres Mineurs qui retournerent porter cette nouvelle a Foccident furent les peres Baymond Berenger et Bonaventure de Mugello. Les peres Jerome et Bonnegrace demeurerent pour completer les dispositions commencees et accompagner bientot les ambassadeurs de Fempereur, qui serai ent deputes au Concile. Nous laissons a Fimagination de nos lecteurs a se figurer quelle joie eprouverent ceux qui furent destines a porter une si agreable nouvelle au pape Gregoire, et charges de lui presen ter la lettre de Fempereur Michel, qui la certifiait solennellement. Ce voyage et les autres qu ils prevoyaient devoir peut-etre encore

) Voyez niistoiredes Missions FranCiscaines , tome I, chap. 6. 2 ) Pachymere, liv. V, chap. 16.

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