TUBS -REVEREND PERE MARCELLIN
Place a la tete de ce college do Terre-Sainte, je me fais un devoir de vous envoyer un court resume de tout ce qui concerne la troisieme annee scolaire qui vient de s^ecouler, pour Tenseignement de la juenesse de ces contrees.
Et d abord je ne saurais manquer de vous exprimer les senti ments de gratitude et de reconnaissance dont nous sommes peneires envers les pieuses Societes d Europe, dont la generosite nous a permis de conserver un bon nombre d eleves dans cet utile etablissement; c est-a-dire envers l (Eiwre des Ecoles cl? Orient de Paris, qui en entretient 15, et le Pitts- Ferein de Cologne, qui jusqu a present pourvoit aux besoins de 8 autres, en nous donnant Fespoir d augmcnter bientot ce nombre. C est la vraiment un grand acte de charite; car la plupart des enfants, confies a, uos soins, out perdu leurs parents, que les Druses ont massa-
cres dans les dernieres persecutions cle Damas et du Liban, et nous les avons recueillis dans notre college, afin de les soustraire a Findigence, a Foisivetc et au vice; nous avons arrache les autres aux mains des Protestants, qui se disposaienfc a distiller dans ces cceurs innocents avec leurs doctrines diaboliques Fincredulite et Findifferentisme,
Mais ce ne sont point la les seuls eleves de notre college ; nous y avons aussi un certain nombre d Alepains, qui, joints aux autres, depassent le chiffre de 60, sans en compter autant qui frequeutent uos classes, en demeurant dans leur famille, et auxquels nous enseignons gratuitement les langues arabe et italienne, comme on le fait deja dans tons les hospices et convents de Terre-Sainte; les derniers eleves font aussi en quelque sorte partie du college, ou ils donnent des preuves de leurs etudes, et obtiennent, comme les autres, les prix qu ils meritent.
Mais pour en revenir aux eleves proprement dits, je suis heureux de vous dire que les 15, entretenus par l f (Euvre des Ecole* d Orient , bien qu ils ne soient entres qu au commencement de la troisierne annee, out fait dans leurs etudes des progres tels qu on peut presque les mettre au niveau de ceux qui out deja passe deux aiis dans Fetablissement, et ils en out donne uue; preuve non douteuse lors de Fexamen semestriel qui a en lieu les 12, 14 et 15 avril dernier. Oh! qu ; il etait beau de voir ces braves jeunes gens, recus au college depuis si psu de temps, s attirer par la sagesse et la promptitude de leurs reponses Fadmiration ct Festime de tons ceux qui ont bien voulu assists r a la reunion. A VTai dire, nous ne nous attendions point a un si heureux resultat! Mais grace a Dieu, ce resultat a depasse notre attente. Ce qui a acheve de nous emerveiller, c^est Fexamen linal qui a eu lieu les 29, 30 et 31 juillet dernier. II a tellement retissi a la satisfaction generale, que MM. les consuls de France, d ltalie et d Espagne et plusieurs autres personnes des premieres families, soit indigenes, soit europeennes, ne se lassaient pas de nous adresser toute sorte de felicitations; tarit ils e taient enchantes surtout des connaissances que les eleves montraient dans les langues italienne, francaise et arabe. Nous fumes mem< honores de la presence d 7 un commissaire extraordinaire de la Sublime-Porte, nomme Cabuli-Effendi , et recemment arrive dans ce pays. Ce dignitaire nous prom it de recommander chaleureusement au gouvernement une institution si bienfaisante. Aussi quelques grandes families musulmanes se proposent-elles de mettre leurs tils au college, pour y faire leur education. On peut done esperer qu a sa reouverture, le nombre des eleves sera notablement accru.
Enfin, Fon a precede le 5 clu courant a la distribution solennelle des prix (il y en avait 220) : elle a etc precedee de quelques discours, accompagnes d intermedes de poesie et de chants, tant en francais qu en italien et en arabe, et terminee par Fexecution d un morceau de musique profane, qui a fait le plus grand plaisir a Fassemblee, aussi nombreuse que clioisie.
Mais je ne veux point clore ma lettre sans vous signaler les graves inconvenients auxquels sont exposes ceux des Sieves du college qui, n y demeurant point, n y viennent que le matin et rentrent le soir cliez eux; car, outre qufils ne recoivent point Feducation complete qui leur conviendrait, ils trouvent Foccasion et le moyen de se laisser aller a la dissipation, et de perdre ainsi une grande partie du fruit qu ils devraient emporter des classes. Or, presque tons les eleves de la ville sont dans ce cas. Assurement les Alepains seraient beaucoup plus satisfaits de leurs fils, s ils se decidaient a les mettre definitivement au college, comme eleves de pleine pension.
Si vous desirez savoir de quel pays et de quelle religion sont tous nos eleves, je vous dirai qu il y en a d Alep, d Antioche, d Alexandrette, de Latakie, de Tripoli, de Beyrouth, de Jaffa, de Damas, du Mont Liban et de Chypre, Catholiques, Schismatiques, Grecs, Syriens, Armeniens, Maronites, Protestants, Turcs et Juifs. Par la vous pouvez vous imaginer quels doivent etre nos soins, afin d assurer un plein succes a nos efforts, qui tendent uniquement a faire penetrer la religion catholique dans le coeur et pour le salut de tous! Jusqu ici, grace au ciel, tout marche sous la benediction du Seigneur. II faudrait pourtant que nous puissions agrandir le college, et nous prions la Provi dence de nous en fournir les moyens.
Yoila, Mon Tres-Eeverend Pere, tout ce que j ai juge bon de vous communiquer sur Tenseignement que nous donnons dans cette ville d Alep, puisque dans la premiere livraison des Annales de Fannee courante vous vous etes plu a publier sar Fetablissement divers details que vous aviez puises dans un journal de Malte. Dorenavant nous nous ferons un plaisir et un honneur de vous transmettre encore d^autres nouvelles, meme sur les Missions, persuades que vous aurez la bonte de les communiquer a vos lecteurs.
En terminant, je vous offre mes profonds hommages, ainsi que ceux de tous les Keligieux nos confreres, et j ai Fhonneur de me dire, votre tres-humble et tres-affectionne confrere,
ER. GAUDENCE DE MATELICA,
Miss. Apost. et Directeiir du College de Terre-Sainte. Alep, au College de Terre-Scdnte, ce 8 aout 1862.