FLORIDE
Le P. Jean Suarez (qui avait fonde une mission au Mexique des 1524), accompagne de beaucoup d autres Franciscains , suivit 1 expedition de Pamphile Narvaez en Floride. Ils y aborderent le 16 avril 1628, et se mirent solennellement en possession de la baie de Santa- Croce, actuellement nom inee Pensacola. Le P. Suarez etait revetu non-seulement du titre de Supericur de la Mission, mais encore de celui d Eveque de la Floride, qui fut le premier de PAmerique Septentrionale.
L histoire des premices de 1 apostolat dans la Floride est douloureuse, car les sauvages y sont d un caractere plus feroce qu ailleurs. Aussi tous ceux qui prirent part a cette premiere expedition perirent-ils , a 1 exception de quatre homines. L Ordre des Dommicains , toujours emule du notre, vint ensuite se mettre a I ccuvre, sans plus de succes. Les fils de St-Ignace parurent a leur tour : mais eux aussi, apres plusieurs annees d efforts et de sacri fices, n aboutirent point a de meilleurs rcsultats. II ne restait done plus aux Franciscains qu a tenter de nouveau 1 cntrcprisc , et ils la menerent eifectivement a bonne fin en 1573. De sorte qu en 1592 douze Franciscains accouraient au secours des premiers ouvriers evangeliques , dont la moisson s etait singulierement accrue.
5 ) Voir ROSELLY DE LorvGin<:s , Hist, de la vie et des voyages de Colomb, etc.
Sur ces entrcfaites le P. Franpois Pereja, Mexicain, composait un abrege de Doctrine chretienne dans la langue des Yamassi , et ce fut le premier ouvrage en langue indicnne qui ait paru dans I Amerique Septentrionalc. La parole de Dieu commenpait done a fructifier parmi ces tribus sauvages, et Ton vit en pen d annees s elever des villages rcguliers de neophytes, qui cesserent de plier le genou devant le Soleil et le Eeu, presque semblables aux betes errantes dans les forets, et guides comme elles par le seul instinct de la nature corrompue. Mais 1 ennemi de tout bien ne souffrit pas longtemps que les miuistres du Seigneur gagnassent si tranquillement pour le ciel tant de fils des forets. En 1597, le P. Missionnaire de Corpa dut publiqueinent reprimander le fils du Cacique , qui avait ete un des premiers a se convertir , et qui , dechu de son ancienne ferveur , etait ensuite retombe dans tous les exces d une vie desordonnee ; cette severite etait necessaire aim d arreter le scandale, qui menapait d entrainer a leur perte tous les autres neophytes. Le coupable irrite court sur-le-champ a un village voisin , y reunit un grand nombre de sicaires, se jette pendant la nuit sur Zolemato , et envahit la chapelle ou le saint Missionnaire priait a genoux devant Fautel, et oil les brigands 1 abattent d un coup de tomahawk. Puis, deci des a continuer le massacre avant que les autorites espagnoles de Sant Agostino en soient informees, ils fondent a 1 improviste snr la Mission des Zopoqui, gouvernee par le P. Rodriguez, et apres lui avoir appris la fin tragique de son confrere, ils lui enjoignent de se preparer, lui aussi, a mourir. Stupefait a cette nouvelle, il ne laissa pas de les detourner de leur horrible dessein, leur promettant de leur obtenir pardon de leur crime, pourvu qu ils s arretassent. Mais il en fut pour ses frais d eloquence; alors il demanda en grace qu on lui permit de celebrer la messe avant de mou rir, et chose etonnante quoique vraie, il 1 obtint, de sorte que, malgre leur animosite, les sicaires attendirent patiemment qu il eut aclieve le saint sacrifice; puis, ils 1 egorgerent a 1 instant meme. De la ils passent dans 1 ile de Fuale, oa le Cacique, ami des Peres Aimon et Badajoz, n ayant point reussi a les sauver , leur rendit le pieux office de les ensevelir comme martyrs. Courant ensuite a Asao, et furieux de ne pas y trouver le P. Velascola, qui plus que tout autre s etait concilie 1 esprit des Indiens, ils lui dressent une embuscade , le surprennent a son retour et rimmolcnt a leur rage avec la dcrniere cruaute. C est pourquoi aussitot que le P. Avila, qui etait a Ospa, eut connaissance de 1 approche de ces forcenes, il prit la fuite; mais poursuivi ct accable d une grele de traits, il fut saisi et vendu comme esclave a quclques sauvages pa iens. Maintenant vous pouvez vous imagincr quelles furent la tcrrcur et la consternation des au tres missionnaires a 1 annonce de ces funcstes nouv elles. Heureusement, avant que les perfides pussent executer leurs projets d extermination generale, ils furent attaques et defaits par la garnison de San-Pietro, dc sorte qu ils durent mettre un termc a leur sanguinairc furcur.
Toutefois il etait impossible que les effets les plus funestes d une parcille catastrophe ne se fissent pas ressentir, et pendant trois ans les Missions parurent cornme abandonnees. Mais 1601 vit arriver neuf Franciscains, et des cette epoque leur nombre s accrut si rapidement que , douze ans apres, ils avaient deja nne residence sur tous les principaux points du pays, et jusqu a vingt convents qui formerent la Province de Ste-Helene, du nom du premier convent fonde a Sant Agostino. Aussi parvinrent-ils en pen de temps a convertir et a civiliser la plupart de ces cruels sauvages de tant de tribus diverses, qn ils avaient retrouves en Eloride et en Georgie, et ils les gouvernerent de la maniere la plus henreuse, avec 1 autorite de peres sur leurs fils.
Telle fut la prosperite de nos Missions jusqu a 1703 ; a cette epoque, les anglais, trop fameux dans 1 histoire par leurs persecutions centre les catholiques et par le pillage de nos biens, firent la guerre aux naturels, que malheureusement ils vainqnirent , et massacrereiit ou vendirent comme esclaves tous les indiens qui avaient embrasse le catholicisme. Ainsi, de la tribu des Alamacchi , qui en comptait sept mille, il n en rcsta que qnatre cents ; et les autres n eurent pas un moms triste sort , les pasteurs comme le troupean. Apres diverses vicissitudes de guerre, la Eloride fut definitivement occupee par les Anglais en 1765 , et leur triomphe mit le comble an malheur des Missions catlioliqnes : tous les Eranciscains, avec la plupart des Espagnols qui y etaient etablis , furent forces de se retirer; et les quelques indiens qui avaient survecu furent ch asses des savanes qu ils avaient defrichees et cultivees avec tant de soins et de fatigues , et repousses jusque dans les forets iuhospitalieres JDU ils devaient vivre an milieu des betes feroces. De la vient que de tant de tribus nombrcuses il ne resta qne quelques milliers de sauvages, designes seulement sous le nom de Seminoles, c est-a dire nomades, et reserves peut-etre par la justice divine , comme des in struments de sa vengeance ; car , inalgrc leur petit nombre , ils n ont pas cesse d etre le plus terrible fl6au de la puissance Anglo -Saxonne.
Apres cela il est facile de comprendre que la Eloride , qni de fait comme de nom, etait vraiment un ^aysfeuri an temps des Missions Eranciscaines, se cliangea presque en nn desert, et meme apres qu en 1820 elle cut com mence a faire partie des Etats-Unis, on ne la vit plus prosperer. Aujourd hui la Eloride est un des Etats qui se sont revoltes centre le gouvernement de Washington, et nous verrons a la fin de la guerre ce qui en adviendra. En 1857 le Souverain Pontife regnant Pie IX y a erige un v r icariat apostolique, dont il a charge Mgr E. de Earland, qui , ay ant donne sa demission , fut remplace par Mgr Augustin Verot, sacre eveque in partibus le 20 avril 1858; mais quand ce dernier fut transfere au siege de Savannah, le vicariat de la Eloride resta vacant.
Pour les Franciscains, la Eloride est encore comptee sous le nom de
Sainte-Helene au nombre des provinces de leur Institut ; mais en fait il ne s y trouve actuellemcnt aucun religieux de notre ordre. Seulement il y a encore dans 1 ile de Cuba environ dix Eranciscains , qui y sont restes apres la suppression des couvents prononcee par le gouvernement Espagnol, et peutetre representent-ils cette antique province , bien qu ils n aient pas de Mis sion dans la Eloride. II est bon d avertir ici que dans les Annales de 1 ordre la Eloride est consideree conune une ile , tandis qu elie n est qu une partie du continent Americain. Si ce pays n est plus aussi florissant que dans le passe, s il ne se montre pas a la hauteur des autres Etats, il n en conserve pas moins une grande importance , il n en a pas moins ete le premier berceau de la civilisation chretienne dans 1 Amcrique septentrionale , princi palenient grace au zele des Missionnaires Franciscains. (A contimwr) .
BEEMEO EN BISCAYE.