LE COUVENT DE WIBOB.G
L an de grace 1527 2 , maitre Jean Tausen, apostat de 1 ordre de St Jean de Jerusalem, ancien membre dn couvent d Anderskov, vint a Wiborg, encore revetu de son habit religieux, et se mit a precher les heresies de Luther dans 1 egHse du couvent des chevaliers. Mais un jour il se depouilla de sa tunique , a la fin de son sermon , et sortit du temple avec ses auditeurs. II commenfa des lors a frequenter celui de St Jean dans la meme ville , et la il reunissait souvent ses partisans , afin d epancher en leur pre sence tout le fiel qui debordait de son coeur. Son audace s accrut chaque jour a mesure qu augmentait le nombre de ses adeptes , jusqu a ce qu elle le porta a s emparer de notre couvent, pour y etablir des ecoles Lutheriennes. Car TEglise St Jean etant devenue trop petite pour le nombre toujours croissant des sectateurs de la nouvclle doctrine , ils prierent les Peres Pranciscains de permcttre au predicant heretique de donner le soir ses sermons
r ) Wolfgang Uttenhof ^ tait chancelier de Frederic 1" pour les ducbes. -) Ou.plutotran 1525.
dans la notre. Nos religieux s y refuserent, et alors les novateurs solliciterent du roi 1 autorisation de demolir les eglises paroissiales , au nombre de douze , et de celebrer leur culte dans celle des Dominicains et dans la notre. L ayant obtenue , ils se mirent sur le champ en possession de cette derniere eglise 1 , ou nos peres preckaient le matin, suivant 1 usage , et ou le pretre heretique eu faisait autant le soir. De la pour nos religieux toutes les vexa tions et toutes les violences possibles. Ainsi les Lutheriens commencerent par forcer les portes de 1 Eglise pour y introduire leur predicateur. Le jour de la Toussaint 2 , il y eut deux preclies , et les heretiques chanterent trois cantiques, de maniere a empechcr 1 office divin du soir et les Vigiles des morts, que neanmoins nous chantames. Puis, comme les Peres furent entierement exclus de 1 eglise, ils durent se resigner a celebrer la messe et 1 office divin dans une cliapelle voisine de la ville. Voyant done que les religieux ne voulaient a aucun prix s eloigner, les bourgeois placerent au couvent quatre soldats auxquels ils leur ordonnerent de procurer tout le necessaire. 11 arriva un jour que le gardien, le Pere Nicolas Thybo, se rendait a Sailing pour queter : a peine avait-il fait un mille de cliemin, qu il fut rejoint par un domestique du couvent, qui le pria d y retourner immediatement ; et c est alors qu il y trouva ces militaires, auxquels il fournit, en effet, tout ce dont ils avaient besoin. Mais durant leur collation, 1 un d eux s approclia du Pere, et lui dechargea sur la nuque un grand coup d epee ; il 1 assaillit encore a deux differentes reprises , une fois en lui vomissant au visage une gorgee de biere, et une fois en le frappant de son sabre. Neanmoins les religieux continuerent a rester dans le couvent avec ces manants, dont ils eurent a essuyer beaucoup d autres mauvais traitements. II arriva un jour que deux de ces fanatiques, s etant mis en tete d aller visiter quelque-uns de leurs amis a Hostenberg, pretendirent que le gardien leur donnat pour cette course la voiture du couvent. II repondit que c etait impossible, puisqu on en avait besoin pour transporter le ble au moulin ; mais il leur procura une voiture de louage , qu il paya des fonds de la communaute. A leur retour 1 un d eux voulut etre indemnise de toute les depenses qu il avait faites, ou pour le moms recevoir 1 equivalent de ce qu il avait consomme durant son sejour a Hostenberg, et le gardien dut faire droit a cette inique reclamation. Cependant le nombre de ces stipendres s accrut jusqu a quinze hommes, qui eurent bientot epuise les provisions du couvent. Reduit a de pareilles extremites, le gardien resolut de se presenter en personne devant le roi, pour se plaindre d une si grande injustice, et ayant fait connaitre son dessein au bourgmestre, il lui confia les clefs du couvent a garder pendant son absence. Le bourgmestre
a ) L autorisation d abattre les e glises paroissiales fut donnee le 25 fev. 1529, et avant le 17 mai suivant toutes ^taient disparues. 2 ) En 1527 ou 1528.
objccta qu une fuite pareilie paraitrait un manque de respect envers les officiers publics de sa Majeste et pourrait produire des suites tres-facheuses tant pour lui que pour tous ses autres religieux. En consequence, le gardien crut preferable de rester, et vendit un calice pour subvenir aux besoins les plus pressants du moment. Plus tard il se deeida neanmoins a faire le voyage de Copenhague, ou, admis a une audience royale , il reput une lettre scellee. A son retour il 1 ouvrit et la lut aux habitants rassembles : elle ne contenait rien d autre qu un deeret prononpant 1 expulsion des religieux du convent 1 . Oh! le tout-puissant jugera del equite et de la legalite d un pareil acte ! La relation m en a etc faite a moi , frere Jacques, coadjuteur du R. P. Provincial, par le R. P. Nicolas Thybo, gardien de Wiborg, a 1 epoque oil se passerent ces tristes evenements, et aujourd hui vice-gardien a Ribe*