LE COUVENT DE TOENDER
Enl an de grace 1530, la semaine apres la nativite de la Sainte Vierge, le roi Frederic se trouvait au chateau de Toender, lorsqu un sermon lutherien fut preche dans l eglise Sainte Marie, contigiie a notre couvent. II etait fini, et sa Majeste se promenait dans le chreur, quand le P. Nicolas Thybo, alors gardien de ce lieu, se presenta devant elle, la suppliant de vouloir bien autoriser les religieux de continuer a y resider et a y servir le Seigneur comme par le passe. Le roi lui tourna le dos et lui repondit qu il ferait connaitre sa volonte avant de partir. En consequence, le pcu de religieux qui restaient encore au couvent attendirent quelques jours pour voir quelle tournure prendraient les clioses. Mais ici il faut savoir que des avant 1 arrivee du roi 1 intendant du chateau avait transforme tout le couvent en magasin, a 1 exception du chosur, du dortoir et d un petit cellier. Lorsque le roi fut sur le point de partir, le gardien alia de nouveau le trouver et lui demanda avec toute 1 humilite possible a pouvoir continuer a servir le Seigneur avec ses freres dans le couvent. Le prince repondit que c etait impossible, d abord parce que 1 intendant manquait de place a occuper, quand la cour venait dans la ville , et ensuite , parce que, 1 enceinte du couvent se trouvant trop pres du chateau, il serait necessaire de 1 abattre. Le gardien representa que les religieux ne pouvaient gener 1 Intendant, puisque leur unique but etait de servir le Seigneur. Le roi repliqua , que , quant a cela , ^emplacement ne manquait point ailleurs , et quand il fut parti, 1 intendant s installa au couvent, en chassa les re ligieux , et ne leur laissa , outre 1 habit, que deux chevaux pour transpor ter les vieillards et les infirmes.
*) Ceci arriva dans les premiers jours de Janvier 1531.
LE COUYENT DE MOLMOE.
Histoire de la cruelle expulsion des Freres Mimurs de leur couvent
de Malmo d.
En Fan de grace 1527 arriva a Malmoe mi pretre nomme Niels Boedker, dit aussi Tonnelier. C etait un heritique forcene, un de ces hommes a qui tous les moyens sont bons 1 .
A peine avait-il etc ordonne pretre, et avant d avoir aeheve les etudes ordiuaires, il se rendit a Copenhague, ou les cours de theologie etaient tres-suivis , bien que la doctrine qu on y enseignait fut plus lutherienne que catholique. Ce fut la qu il se laissa secretement gagner par 1 heresie qui n y etait point encore enseignee d une maniere ouverte. Dans son enthousiasme pour le Lutheranisme , il s effo^ait de se faire des partisans , en prechant souvent dans 1 eglise de Notre-Dame, oathedrale de la capitale du royaume, et tout fier de sa voix pleine et sonore, il montrait dans ses discours tout 1 orgueil de son esprit. Ayant appris que Boedker osait a cliaque instant calomnier le clerge et propager des erreurs lutheriennes , 1 illustre eveque de Roesehilde 2 lui interdit la predication dans son diocese. Le bruit de cette mesure etant parvenu aux oreilles de Georges Mynter de Malmoe 3 , secret adherent de I heresie de Luther, celui-ci appela pres de lui
r ) La chronique de Skibby parle de lui en ces termes : En Tan de grace 1528, Malmoe presque tout entier se se pare de 1 eglise, aux instigations d un certain predicant, appele Niels Boedker, pretre apostat, devenu un heretique enrage. Get homme, gonfle d ambition, parcourait les rues de la ville, escorte d une grande multitude, et se montrait, en un mot, un tres-ze"le novateur; il etait violent, hardi, ignorant, depourvu de jugement, mais beau parleur et maniant la langue vulgaire avec une rare adresse; avant la fin de Tannee il rencontra un compagnon et un aide dans un autre apostat de Tordre du Saint-Esprit, qui s appelait Jean Spandemager, ce dernier etait plus instruit, bien qu il jouit de moins de consideration que le premier. L/un et I .autre etaient natifs de Malmoe, et Ton ne pouvait leur appliquer cette sen tence de Jesus-Christ que mil n est prophctc dans son pays; car, quoiquMls fussent nes dans une humble condition, ils etaient considere"s par leurs compatriotes comme des hommes d une grande valeur.
2 ) Lago Urne, qui administra ce diocese du mois de fev. 1512 au 29 av. 1529.
3 ) Son veritable nom etait Georges Kok; mais on 1 appelait communement Moenter (le monnayeur) parcequMl avait ete gouverneur de la monri.aie de Mal moe, ou il remplissait en me me temps les functions de bourgmestre; c etait une creature de Christian II. Knudsen dit que ses contemporains le regardaient comme un homme ires-habile. La chronique de Skyddy, qui 1 appelle homme renard (vulpinus homo], s exprime ainsi sur son compte : En ce temps-la (c est-a-dire lors de Fintroduction de laReforme), Malmoe avait pour premier bourgmestre un certain Georges Kok, natif de Westphalie, gouverneur de la
le malheureux pretre et lui communiqua ses intentions, en ltd faisant promettre de seconder le bourgmestre dans 1 accomplissement de ses desseins , d attirer les habitants de Malmoe a la nouvelle doctrine et d exciter leur liaine centre le clerge.
En consequence, Boedker demanda Fautorisation de monter dans les chaires de la ville, mais Georges Mynter n osa la lui accorder; car, a cette epoque, le lutheranisme n etait point repandu dans le Danemark, comme il Test de nos jours. II lui permit seulement de tenir des reunions dans une petite chapelle abandonnee, qui s elevait dans une prairie voisine de la ville.
La foule y accourait pour entendre ses predications , qui , a vrai dire , ne produisaient d abord qu un mediocre effet, mais qu il declamait avec un enthousiasme extraordinaire. L adroit predicant comprenait bien qu il devait user d une certaine moderation et ne point verser aussitot le poi son a pleines mains ; il se contentait done de le distribuer a petites doses. En effet, il avait a peine preche deux fois en public qu on commen9a de toutes parts a clever jusqu aa ciel son genie oratoire, la purete et 1 excellence de sa doctrine, et Ton se mit a repeter partout qu il etait bien facheux qu un pareil bomme ne fut pas re9u dans la ville , et fut au contraire relegue a la campagne, comme un etre nuisible. A cela se joignirent les plaintes qu exhalait le proprietaire de la prairie contre ceux qui foulaient et faisaient perir 1 herbe a cote de la chapelle. Bref, on ne tarda plus a accueillir Boedker dans la cite, et on lui assigna 1 eglise St Croix , ou il se contenta pendant quelque temps de lancer par intervalles quelques etincelles du feu del heresie, tandis qu il travaillait en cachette a se procurer des amis et des protecteurs. Cependant ses predications commencerent bientot a attirer un si grand nombre d auditeurs, que la cha pelle ne suffisait plus a leur affluence. On resolut done de demander au roi 1 eglise des Saints Simon et Jude, que les Freres Mineurs avaient euxmemes abandonnee comme trop petite (1489). La demande fut immediatement accueillie , de sorte qu on vit les habitants accourir en foule pour y entendre et chanter la messe lutherienne en Danois. Mais cette eglise ne
Monnaie. C etait un usurier perfide, violent, dont les d^sorclres dtaient connus de tout le monde. Le second bourgmestre s appelait Jeppe Nielsen, qui, plus age que le premier, e"tait e"galement impie et inhumain. Ces deux homines, ce"lebres par leurs manoeuvres sacrileges, firent de Malmoe un repaire de bri gands, un asile ouvert aux impies et aux apostats de toute sorte. Dans un autre endroit de la m^me chronique on le traite d hornme de reputation de testable, de voleur, d usurier, de sacrilege, d imposteur, et aussi, de libertin. )) Or, il est bien naturel que des gens de cette espece fussent tout disposes a abandonner 1 antique foi catholique, et devinssent d excellents instruments entre les mains du pouvoir et des grands.
suffit pas non plus a contenir la multitude , et le predicant, s apercevaut qu il se conciliait de plus en plus sa faveur, s enhardit peu a peu a parler plus ouvertement. Bientot les sectaires, eblouis par ses discours, ne craignirent pas de derhander au cure de la ville 1 autorisation de precher le pur Evangile dans 1 eglise paroissiale de St Pierre. Les keretiques se contenterent d abord d en avoir 1 usage en cornmun, puis ils empieterent hardiment sur les droits du cure.
Des lors une foule no mb reuse allait chaque jour assister au spectacle qui s y offrait a la curiosite publique. Aussi le predicant ne tarda-t-il point a franchir toutes les barrieres et a declamer contre 1 Eglise de la maniere la plus abominable qu on puisse imaginer. Avant ce moment-la 1 , Aage 2 , eveque elu de Lund, avait interdit au pretre heretique 1 entree de la ville pendant hi duree d un an. En consequence, celui-ci en etait parti, emmenant avec lui un apostat de 1 ordre du Saint-Esprit , nomine Spande-Hans ou Hans- Spande Muger 3 , et s etait retire a Haderslev, ou ils s occuperent a faire un recueil d hymues danoises et a se rendre plus familiere la doctrine Lutherienne. Ils rentrerent ensuite a Malmoe 4 , porteurs de lettres de surete que leur avait delivrees le roi. A peine etaieat-ils arrives qu ils travaillerent a tout bouleverscr, abattirent les autels, cliasserent les pretres et raserent le differentes chapelles de 1 eglise St Pierre , ou Niels fit placer une liaute table qui avait longtemps servi a la communion ; enlevee plus tarcl , elle f ut remplacee par un autel heretique , qui existe encore dans 1 egiise. Les sectaires detruisirent de meme les images et les tables des autels, et Ton donna ensuite une somme d argent 5 au cure titulaire 6 pour que Boedker fut nomine predicateur de la ville.
Reprenons maintenant le recit des circonstances qui accompagnerent 1 expulsion des Ereres Mineurs de leur sainte demeure. L annee meme ou riieretique Niels se mit a precher (en 1527), il eut recours a des moyens detournes pour attaquer 1 Ordre des Eranciscains. Ainsi, lorsque les Religieux allaient ensevelir les niorts , il ecoutait attentivement les oraisons funebres qu ils rcitaient , et il en prenait occasion de les tourmenter
1 ) En 1528.
2 ) Son nom veritable etait Aage Jacobsen Sparre, plus communement Aage Spare.
3 ) 11 se nommait proprement Jean Olsen, et etait egalement natif de Malmoe. Void ce qu on trouve sur son compte clans la Chronique de Skibby : en la merne annde (1523) il (Niels Boedker) trouva un compagnon et un aide dansun autre apostat de FOrdredu St-Esprit, commune raent appel^ Spande-Hans, un peu plus instruit que lui.
*) En 1523.
5 ) Ceci se passait au mois de septembre 1529.
fi ) II s appelait Henri Hausen.
par la predication de ses doctrines heretiques. Un jour, apres une de ces oraisons funebres , il se mit a poursuivre le vice-gardien le P. Jacques , jusqu aux portes du couvent, ou ils arriverent en meme temps. La 1 heretique lui demande ce qu il entend par faire penitence. Le vice-gardien ne repondit pas a cette question , sachant bien qu il serait pour le moiiis interrompu a cliaque mot., et que d ailleurs ses paroles seraient retorquees centre lui. Alors le predicant reprit par cette sentence de St-Paul : Comme vous avez fait servir votre corps a commettre 1 impurete et 1 injustice, ernployez-le aussi maintenant a pr&tiquer la justice et a vous sanctifier. Que voulez-vons dire? repliqua a son tour le P. Jacques. Et se tournant vers les assistants, Vous 1 entendez, continua-t-il; il est evident que si Niels, le faux prophete ici present, a passe plus de trois ans dans le desordre avec une prostituee, la justice voulait, suivant ses propres paroles, qu il en passat trois autres dans la penitence, en jeunant au pain et a 1 eau. " Cette riposte piqua jusqu au vif Niels, qui s attendait a tout autre chose. Ne sachant que repondre, il se retira tout convert de confusion. Cependant le P. Gabriel, gardien 1 , ayant entendu du dedans le bruit de cette scene , sortit et demanda au P. Jacques pourquoi il s entretenait avec un heretique forcene. Mais durant la peste 2 , nos religieux et surtout le P. Jacques eurent souvent de pareilles disputes a soutenir dans notre cimetiere, ou certaines gens les traitaient de seducteurs et d hommes endurcis ; mais ils n en continuerent pas moiiis a confesser courageusement la verite. Le meme Pere ayant un jour expose la doctrine catholique sur la foi et les bonnes oeuvres, dans la chapelle du Saint -Esprit, venait d en sortir , lorsqu il fut accoste par un autre heretique , nomme Jean Spandemager, qui etait a 1 attendre sur le chemin avec un grand nombre d adherents. Ils lui dirent que, s il avait du cosur, il accepterait sur-lechamp une discussion fondee sur 1 Ecriture. Le religieux repondit qu il etait tout dispose et tout pret a Faccepter en presence de 1 archeveque et de pretres verses dans la matiere. Mais comme Spandemager et les siens insistaient vivement, le P. Jacques s arreta un instant, quand il entendit le predicant lui dire : Qu est-ce qu une bonne ceuvre? Citez-nous en une seule! Le Pere repondit : Observer les jeunes presents est une bonne ceuvre. Et il prouva sa proposition par le seizieme chapitre de St-Mathieu. Get a-propos deplut grandement a notre heretique, qui s eloigna aussitot avec ses compagnons. Mais les sectaires ne cessaient d assister aux ser mons des religieux, cherchant a trouver a y redire. Ne reussissant point dans leur dessein, ils resolurent a la fin de nous attribuer quelques sen tences ou de tronquer quelques-unes de nos phrases, pour trouver de quoi
) II s appelait Gabriel Poulsen.
) Une maladie contagieuse qui se de clara dans Tautomne de 1529.
nous accuser et exciter le peuple contre nous. Un jour ils firent du bruit dans notre eglise, pendant un sermon du P. Jacques; ils userent une autre fois de la meme manoeuvre contre le P. Gabriel, gardien du couvent. Enfin, dans d autres circonstances, Niels Boedker, envahissant notre eglise a une heure apres-midi, voulut a tout prix y debiter un sermon, parce que les Peres Jacques et Christophe Metthiaesen etaient absents. II vocifera d horribles paroles, en se dechainant de la maniere la plus violente et en vomissant des torrents d injures contre nous. Mais au moment ou il terminait son discours, le P. Jacques arrive ; il monte immediatement en chaire, et lave notre Ordre de toutes les accusations elevees a sa charge . Mais a peine en etait-il descendu, que 1 heretique y remonta, et apres lui le P. Christophe. Cette scene se prolongea jusqu a cinq heures du soir, et le P. Christophe se fit entendre trois fois , une fois de plus que le predicant. Vers la chandeleur de 1 annee 1529 1 , un autre predicateur heretiaue, d un merite pen ordinaire, vint dans la ville : c etait Vex-pere Fra^ois Laesemesfcer, nomme Luther Eranjois 2 , de 1 Ordre des Carmes, demis des fonctions de professeur a 1 universite de Copenhague. II promit d annoncer la parole de Dieu dans toute sa purete et de reconcilier les habitants entre eux. En consequence il se rendit a Lund, pour demander a 1 Archeveque Aage la permission de precher. II fut accueilli comme un predicateur orthodoxe, pret a retablir 1 ordre partout. Aussi le venerable prelat lui offrit-il quatre florins pour les depenses du voyage, tandis que le faux prophete promettait d annoncer la parole sainte dans toute sa simplicite et toute sa purete 3 ...
Les habitants de Malmoe , craignant de voir perir leur ville , si les religieux continuaient a y celebrer des messes basses, chasserent les 116-
*) II dit lui-meme que ce fut le 3 f^vrier 1529.
2 ) Son veritable nom etait Frangois Vermordsen, dont la chronique de Skibby parle en ces termes : Francois ^tait Batave (Hollandais) de naissance. II cacha longtems la perversite de son coeur, se contentant de tonner contre les abus et la corruption des moeurs,et se gardant bien d enseigner quoi que ce fut contre la foi , bien quMl mit beauceaup d acharnement & defendre certains principes. Ces apparences d orthodoxie le rendirent doublement pernicieux. II fit d abord semblant de vouloir redresser les erreurs qui regnaient dans 1 eglise de Malmoe; mais il agissait de la sorte, afin de montrer quMl ne b;*itissait pas sur les fondements poses par les autres, car, en realit^, il etait, le pire de tous dans ses opinions et dans ses osuvres. Les bourgmestres ) avaient appele a Malmoe avec un autre Carme apostat, nomme Pierre Lauridsen, parce qu ils s ^taient apergus que TS T iels Boedker et Spande-Haus etaient inf^rieurs aux pretres catholiques en science the ologique.
3 ) Le manuscrit e*tant souille" en cet endroit, la phrase qui suit est devenue inintelligible.
tres du chccur de 1 eglise. Neannioins Georges Mynter nous permit de celebrer le culte divin dans le parvis, mais en declarant que nous aurions a repondre devant Dieu de ces messes diaboliqnes. C est ainsi que s exprimait le sage administrateur de cette grande cite , en parlant du Saint Sacrifice ! Ces pauvres gens ne se faisaient nul scrupule de leurs desordres, mais ils craignaieut d encourir 1 indignation de Dieu, s ils celebraient le culte divin suivant le rite de 1 Eglise catholique 1 . Conducteurs aveugles, qui avez grand soin de filtrer ce que vous buvez, de peur d avaler un moucheron, et qui, en attendant, absorbez un chameau!
Les habitants avaient une telle liorreur pour la messe, qu un jour que le Pere Jean Ploug se presentait a 1 autel, il fut assailli a coups de pierres et grossierement hue. Tine autre fois, on trouva la chaire pleine de cailloux amasses dans la ineme intention. La haine et 1 envie des Lutheriens croissaient chaque jour davantage, et ils mirent tout en ceuvre pour enlever aux Ereres les dependances du couvent. Ils ne prirent de repos que lorsqu ils furent arrives a leurs fins, et pour y reussir plus surernent, ils foulerent aux pieds sans scrupule toutes les lois divines et humaines. Les autorites recoururent tantot aux flatteries, tantot aux menaces, afin de decider les religieux a ceder au moins une partie du couvent, esperant que, quand on y aurait une fois mis le pied, on se rendrait plus facile ment maitre du reste 2 . Mais les Peres tinrent bon, disant qu ils ne pouvaient point abandonuer un lieu consacre au Seigneur, qui en avait seul le domaine. Irrites de cette resistance, les heretiques finirent par s emparer de vive force des pieces de service, et quand 1 hospice de la ville fut demoli, ils en batirent un autre dans le jardin du couvent. Alors les portes du couvent restant continuellement ouvertes , les animaux y erraient librement, et tout le monde avait acces jusque pres des religieux, auxquels on ne laissait point un seul instant de tranquillito ni le jour ni la nuit; a peine trouvaient-ils le temps de celebrer la messe, de reciter le breviaire ou de reposer. Neannioins ils supporterent avec patience toutes ces contradictions, continuant a lire 1 Ecriture Sainte aux heures fixees par la regie. Pendant 1 avent et le careme il y eut un sermon a 1 office du soir, et lors de la sainte quarantaine les heretiques confessaient le peuple aux portes du couvent, afin d empecher que personne s adressat aux Peres , qui prirent 1 habitude de celebrer le culte divin pendant que leurs persecuteurs dormaient. Le lundi de Paques les religieux chantaient le troisieme psaume de none, lorsque sept grosses pierres briserent les
a ) Le Saint Sacrifice de la Messe est le plus grand mystere, le plus grand tresor de notre religion. Autant il honore et glorifle le Dieu trois fois Saint, autant il humilie Tesprit du mal, qui a employe tous ses efforts pour 1 abolir.
2 ) C est bien la le systeme, et telles sont toujours les mauvais resultats des concessions!
fenetres du cote du Nord; ils sortirent tous du clioeur et prirent precipitamment la fuite. Apres le temps pascal les sectaires employerent tour a tour les prieres et les menaces pour persuader aux Peres de quitter le convent, qu ils voulaient convertir en un college theologique ; ils ajoutaient que, s ils consentaient a renoncer a la recitation des heures canoniales et an culte catholique, ils pourraient frequenter ce college, d oii ils sortiraient bientot docteurs en vraie theologie , ou , ce qui me parait plus exact, blasphemateurs de Dieu et des Saints. Les Ereres persisterent courageusement dans leur refus, et les heretiques chargerent un pre dicant d aller leur donner des lepons de theologie au couvent. Mais pour se soustraire aux mauvais traitements et pouvoir consacrer a la lecture le temps prescrit , les religieux resolurent de lire 1 Ecriture a voix basse. Neanmoins ils voyaient souvent arriver des personnes qui venaient voir s ils s appliquaient bien reellement a lire ou plutot a faire des sermons. Un jour apres -diner les Lutlieriens se rendirent pres des Peres reunis au refectoire et leur demanderent s ils voulaient embrasser la nouvelle religion et assister aux instructions et aux predications des novateurs. Tous refuserent de professer une religion autre que celle qu ils avaient connue jusqu alors, et dirent que leur professeur d Ecriture Sainte suffisait pour leur en enseigner i interpretation. Comme le bourgmestre Mynter se mettait a elever jusqu aux nues 1 excellence des lepons et des pre dications de ses professeurs , le gardien lui objecta avec une certaine vivacite qu ils menaient une vie relachee et licencieuse. Que dites-vous ? s ecria Mynter ; est-ce que par liasard 1 etat du mariage serait criminel ? Je n entends point dire cela, repondit le religieux ; mais le bourgmestre pretendait a tout prix lui attribuer cette opinion. Le Pere Jacques, vicegardien, intervint alors dans la dispute : Pere gardien, s ecria-t-il, si vous avez dit que leur mariage 1 est un etat de fornication, vous avez affirm 6 la verite ; vous n avez done point a vous retracter , et nous somrnes prets a en fournir les preuves. Pique au vif par ces paroles, ecumant de rage et tremblant de tous ses mernbres 2 , le predicant Eranpois reprit liardi-
J ) C est-a-dire le mariage des pr^tres et des religieux apostats, qui avaient, en embrassant cet e*tat, ouvertement viole" leur vceu de chastete.
2 ) La ehronique de Skibby nous fait connaitre les ve"ritables motifs de la colere de Luther FranQois par les paroles suivantes : Apres avoir donne" ^ entendre a beaucoup des personnes qu il ^tait toujours resie ce"libataire, il s e prit d un fol amour pour une servante, qu il e pousa centre la volonte des tuteurs et tous les parents delajeune fllle. Afin de colorer sa vie scandaleuse des apparences du mariage, il publia deux Editions d un livre danois, qui traite du mariage des Pretres, des religieux et des religieuses (Malmoe, 1531).C est un veritable tissu de mensonges et de calomnies tels qu on peut afflrmer (comme disent les latins) qu il est plus faux que la faussete meme et plus dif-
ment que tous nos voeus n etaient qu une impiete. A quo! le P. Jacques repondit qu en matiere de voeux il etait impossible d admettre le senti ment de ceux qui avaient viole les leurs. Apres une discussion bien longue , les Lutlieriens finirent par se retirer. La quatrieme semaine apres Paques 1 , un grand nombre d habitants, aveuglcs par 1 envie, se reunirent vers huit keures du matin, au moment ou le gardien celebrait la messe dans le parvis. Mais le vice-gardien (le P. Jacques) avait ordonne a reconome (le P. Jacques Johansen) de fermer toutes les portes; malheureusement celui-ci 1 oublia, de sorte que les heretiques parent entrer dans la piece de service. Cependant le gardien, esperant les calmer par les pa roles de douceur, s avanja a leur rencontre; mais des qu il parut dans le refectoire, ils 1 accablerent tellement d irijures que, rentrant dans le cor ridor, il appela tous les religieux, a 1 exception du vice-gardien qu il jugea a propos de laisser dans la cellule. Nous ne descendrons, repondirent-ils , que si le vice-gardien descend aussi. Neanmoins ils finirent par se rendre aupres des heretiques, qui se montraient tres-irrites, et qui leur proposerent de quitter immediatement le couvent , ou d enibrasser le lutheranisme. Comme les religieux rejetaient 1 une et 1 autre proposition, les novateurs essay erent jusqu a midi par toute sorte de nioyens d ebranler leur Constance : promesses, menaces, tout ce qu il y a au monde fut mis en osuvre, sans toutefois qu on fit valoir un decret royal d expulsion 2 . Quand les sectaires virent que les religieux persistaient dans leur refus , ils s emparerent des clefs de 1 hospice (1 infirmerie) et de la cave , et se inirent a manger et a boire , puis a chanter des couplets injurieux pour les IVeres. Enfin le bourgmestre se retire avec tous ses conseillers, a 1 exception seulement d uu nommo Jean Fynbo, reste avec une troupe de miserables qui exigent que le gardien leur remette les clefs du couvent. Celui-ci les refusant, ils dirent quo les religieux ne sortiraient point du refcctoire de toute la nuit, de sorte qu ils furent obliges de se coucher par terre, sauf Laurent Jacobsen, homme d un age fort avance, qui, se trouvant mal a la suite de ces mauvais traitements, obtint de retourner dans le corridor, et auquel on accorda du temps jusqu au lendemain pour se decider a embrasser le lutlieranisme. Quand tous les Preres se trouve-
famateur que la diffamation. Peu de temps apres Frangois abjurant tout sen timent de pudeur apostasia et devint bientot le plus dissolu de tous les Lutheriens. En effet il tenait dans ses discours et dans ses Merits le langage le plus grossier, n y apportant aucun ordre ni aucun jugement, et ne cherchant qu a satisfaire son ambition eflre nee. Telle estla veritable raison pour laquelle il ne put supporter les dures verites qui lui fit entendre le P. Jacques.
) C est-a-dire du 8 au 14 mai 1530.
2 ) Knudsen affirme qu ils firent en sorte de ne point avoir un ordre de cette nature.
rent ainsi renfermes dans ce lieu, les gardes dont les fit entourer le bourgmestre commencerent une veritable orgie, buvant et dansant dans le dortoir et dans le clioeur de 1 eglise, et parfois sonnant la cloche du couvent; ils ouvraient d ailleurs a chaque instant les portes du refectoire , aim de s assurer que les religieux ne s etaient pas enfuis par la fenetre. Le jour venu, ce fut a grand peine qu ils permirent a quelque Frere de sortir pour satisfaire ses besoms; encore trois ou quatre d entre eux I accompagnaientils et le remettaient-ils aussitot dans la prison improvisee.
Cependant les bourgmestres revinrent vers midi, amenant avec eux leur lecteiir, qui entreprit de convertir les Peres au lutheranisme, et qui leur adressa a cetefietdeux instructions here tiques dans la matinee. Voyant ensuite que malgre leurs efforts ils n aboutissaient a aucun resultat , ils resolurent enfin de les chasser par la force 1 , ne leur laissant rien d autre que leurs literies et la vaisselle. Mais a peine les religieux avaient-ils traverse le cimetiere, qne le P. Gabriel Paulsen, gardien, et le P. Ber nard Paulsen, vice-gardien, furent arretes et menes en prison, parce qu ils refusaient de remettre les lettres de fondation du convent. Malheureusement 1 annee suivante le gardien se laissa seduire et jeta le froc aux orties. Que Dieu dans sa niisericorde infinie lui pardonne sa chute ! Que Dieu en meme temps soit honore et glorifie pour tons les bienfaits dont il a comble ses creatures depuis le commencement des siecles! Amen.