HAUTE EGYPTE
Relation succincte du P. Venant de San- Venanzio , Min. Obs. Prefet apostolique dans la Hauie-Eyypte , au Pere Raphael de Pontecckio, Ministre general de I Ordre des Franciscains , sur I elat des Missions dans ce pays.
Le Caire , 15 Janvier 1862.
BEVEUENDISSIME PERE,
Adonne depuis treize ans aux Missions d Egypte, je crois etre a merae de vous faire a ce sujet un rapport exact, entierement conforme a la verite.
Or, notre mission de la Haute Egypte compte neuf hospices, savoir : ceux du Caire, d Assiut, d Akuin, de Tahatta, de Girge, de Easciut, de Ghine, de Kigade et de Suez; outre quelques lieux, tels que Hammas, Scekzanadin, Gammula et
Minie, ou la messe est celebree par Tun de nos Missionnaires ou par un pretre cophte; nous n y avons pas encore d eglise, mais nous esperons pouvoir y en batir prochainement.
On trouve partout beaucoup de cophtes, que nous cherchons par tous les moyens a amener dans le sein de no tie sainte Religion; mais leurs pretres les empechent de sortir de 1 heresie et de rentrer dans la veritable Edise. en les menacant de
1 excommunication, dont ces pauvres gens ont grand"* peur. Ce qui ne contribue pas pen encore a les en deto timer, c est la conduite scandaleuse que tiennent ici les Europeens, qui montrent n avoir de chretien que le nom. Aussi, quand nous ob tenons quelque conversion, c est le plus souvent dans des vil lages eloignes de la ville, ou le caractere de la population, plus simple et plus candide, n est point gate par les mauvais exemples de ceux qui vivent comme s il n y avait point de Dieu , ou que la religion fut une chose indifferente.
Quant aux religieux qui cultivent ce champ, les uns appartiennent a notre Ordre, les autres sont des pretres cophtes soumis a leurpropre eveque, qui accomplissent les actes du culte dans nos egiises, mais suivant leur rite, auquel ils sont si attaches que ce serait les rendre hostiles au catholicisme que de vouloir les en priver. Jusqu ici nous nous sommes appliques a fonder des ecoles dans ces villages oiinous avons beaucoup de jeunes gens des deux sexes a instruire, meme parmi les heretiques; on y enseigne la lecture, 1 ecriture, la langue arabe et le catechisme; on joint pour les jeunes filles les ouvrages a Faiguille les plus ordinaires, de sorte qu elles puissent les pratiquer dans leurs families. Les maitres et maitresses sont des Arabes que nous entretenons a nos frais, et ils ont en verite une rude besogne; car ils ont plus de cinq cent cinquante eleves. II y a aussi un Caire pour les Francs des ecoles que frequentent des enfants de toutes les categories , catholiques, turcs, juifs et schismatiques ; on voit que ie prejuge qui portait ces peuples barbares a ne point vouloir coinmuniquer avec les catholiques latins commence a se dissiper, et deja ils se font, au contraire, gloire de ces rapports.
C est la certainement un effet de rinstruction que nous leur fournissons et nous le constatons avec une grande consolation, car c est ainsi que notre sainte religion a obtenu une liberte dont elle n avait jamais joui dans le passe; c est ainsi que nous pouvons
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tenir nos eglises ouvertes et executer publiquement nos cere monies religieuses, au son des cloches, et avec cette pompe exterieure qui donne tant d ; eclat a not re culte et produit des impressions si salutaires dans Fesprit et dans le ccenr des as sistants.
Sans doute, la liberte profite egalement anx Protestants, qui ne se lassent pas de distributer des Bibles et d autres livres cle leur secte; mais je suis heureux de le dire, ils n en tirent aucun avantage, car ils n ont point jusqu ici opere une seule conver sion, si ce n est peut-etre celle de quelques miserables qui se sont rallies a eux, afin d en ob tenir un peu de secours en argent dans leurs besoins.
Au Caire ils cherchent a faire quelques proselytes au moyen de ^instruction , et ils ont ouvert a cet effet une ecole dans laquelle on enseigne ? anglais, Tarabe et meme le turc, en procurant gratuitement aux eleves les. livres necessaires. Les eleves y accourent en foule, dans le desir d apprendre ces langues, mais a la condition qu on ne leur parle point religion : a peine entendentils dire qu on ne doit point invoquer la Yierge et les Saints, auxquels les Cophtes, aussi bien que les Armeniens et les Grecs, ont une grande devotion, ni pratiquer la confession et la commu nion, qa ils s esquivent et vont en rendre compte a leurs parents; des lors ceux-ci les eloignent pour toujours de T ecole sans leur permettre d y retourner.
C est ici le lieu de vous raconter un petit fait qui ne vous causera point peu de plaisir. Un ministre protestant, voyant qu il ne gagnait rien a faire lire la Bible dans 1 ecole, imagina de commencer a Fexpliquer sur la voie publique, et choisit a cet effet la rue d. jE-slac/iie , qui est la plus frequentee. Mais la maniere dont il fut accueilli le fit bientot renoncer a ses explications; il comprit que d un moment a 1 autre il pourrait etre ecrase d une grele de pierres.
Quant a nous, Eeverendissime Pere, nous avons bien a remercier le Seigneur de Taffection que nous montrent soit les irifideles soit les lieretiques. Aussi arrive-t-il souvent que quelques-uns d^entre eux embrassent notre foi, et il en est beaucoup qui viennent nous prier d interceder en leur faveur pres du MucUr, lorsqu ils sont meles a quelque affaire facheuse. En fait les lettres de nos Missionnaires de la Haute-Egypte m^informent qu il s y
manifesto cliez les Cophtes un grand mouvement vers la religion catholique, surtout du cote de Gamula, oii Pannee derniere nous avons obtenu jusqu a quatre-vingt dix conversions, et ou toute la population parait disposee a suivre cet example Ces braves gens nous sollicitent raeme de leur batir une eglise, et un de leurs principaux personnages , qui vient de se convertir, s occupe, apres nous avoir donne a cette fin le terrain convenable, a faire petrir et cuire les briques dont Pon aura besoin, et demande a s afnlier a notre Institut. Pour seconder ces pieux desirs, nous avons charge un bon vieillard catholique d instruire les habitants dans la foi, quand le soir ils reviennent de la campagne, et nous assignons a ce vieillard un salaire de dix francs par mois. En me* me temps je taclie d obtenir de sa Hautesse le Pacha le firman sans lequel nous ne saurions clever ni Peglise, ni Phospice des missionnaires; quand nous aurons reussi de ce cote, et que nous trouverons ce peuple sufnsamment instmit, nous le ferons abjurer. Le village de Teme dans Pancienne Thebaide montre les memes dispositions et nous adresse les memes demandes ; nous esperons egalement le satisfaire. Nous recevrons en outre a Nogade Pabjuration de trois pretres Cophtes,, cures, qui n attendent, pour se declarer catholiques, que Pachevement de leur eglise, et d etre places sous la protection de notre consul ; leur exemple sera fort efficace pour engager les habitants a rentrer a leur tour dans la vraie bergerie du Christ. Prions done le Seigneur d eclairer assez leur esprit pour quails comprennent qiPil n y a point de salut hors du catholicisme.
Je finirais ici ma lettre, si je ne devais vous dire quelques mots de la mission naissante de Suez. La ville de ce nom ne renferme que des Arabes infideles ou des protest-ants anglais, occupes aux travaux du percement de PIsthme, et a peine 160 catholiques, qui vont et viennent, suivant les exigences de leur besogne; mais il n est pas douteux que Suez ne soit destinee a prendre un grand accroissement, des que le canal sera termine. l\ r ous avons done arrange de notre mieux une chapelle provisoire suffisant dans une mission arabe, jusqu a ce que nous ayons obtenu du gouvernement le terrain ou nous batirons une belle eglise, assez grande pour repondre a des besoins qui se feront bientot sentir. J y ai loge un pretre qui, independamment des ceuvres de son ministere, fait la classe a plus de vingt enfants; comme il ne
saurait suffire a sa tache, je me propose de lui en adjoinclre un autre, d autant plus que les catlioliqu.es qui resident en cette ville se montrent tres-empresses et tres-desireux d entendre la parole des religieux et que bon nombre de protestants penchent visiblement a se soumettre a notre Sainte Mere PEglise; dejii plusieurs d entre eux recoivent 1 enseignemenfc necessaire a cet effet.
Maintenant, mon Eeverendissime Pere, je n ai plus qu a mettre sous vos yeux dans un tableau ce que je vous ai dit dans ma lettre; void ce tableau :
Tableau de la Mission Apostolique Franciscaine de la Haute-Egypte et de Suez.
POPULATION : Catholiques , ..... . 3600.
Heretiques, ...... 500,980.
Infideles, ....... 300,695.
CONVERSIONS EN 1862 : Heretiques, ...... 34.
" " Infideles, ....,., 3.
MISSIONNAIKES : Franciscains , , ..... 20.
" Pretres indigenes, .... 20.