PR. JOSEPH DE SAN-BEMO
Min. Obs.
Lettre du P. Erasme de Sasso , miss, apost. Ninenr de la stride Obser vance , au redacteur des Annales , avec quelqiies details sur la Mis sion Franciscaine le long de Visthme de Suez.
Port-Sa id , ce 12 novembre 1862.
MON TEES -REVEREND PfiRE MAROELLIN,
M etant rendu, il y a quelques jours, de cette nouvelle resi dence aDamiette, j ; ai pu voir dans les livraisons de vos Annales des missions Franciscaines que vous aviez juge utile d y publier quelques-unes de mes lettres relatives aux deux voyages que j ai faits le long du desert et du canal qu on construit a travers Fistlime de Suez.
Cela m engage a vous parler des circonstances par suite desquelles j ai fini par me fixer a Port-Said, ville qui a surgi comme par encliantement sur une etroite lisiere de sable , u Test de Damiette, entre la Mediterranee a Test et au nord, et le lac Manzeleh au midi et au couchant.
Et d abord je dois vous dire que des 1861 j ai ete envoye a Damiette par le Eeverendissime P. Custode de Terre-Sainte, afin d y donner des soins spirituels aux francais qui y accouraient en foule pour prendre part aux travaux. C est la qu on a etabli le
bureau central de la compagnie, comme dans la ville la plus voisine de la plage cle Port-Said; raais il sera prochainement transfere a Trimpsah, dont le lac a recu le 18 novembre les eaux de la Mediterranee, et qui est devenu le centre des operations, comme il Test du desert.
De la je me rendais a chaque instant a Port-Said et ailleurs, oil ma presence etait necessaire , soit pour conferer le bapteme auxenfants, soit pour administrer les autres sacrements a ceux qui en avaient besoin, et je recueillais toujours de bons fruits de ces courses. On commenca des lors a batir des maisons destinees aux nombreux employes qui arrivaient de France, d ltalie, et surtont de Dalmatie et de Grece, et ainsi se forma ca et la, dans tons les campements, et principalement a Port-Said, un peuple cath clique,
C est pourquoi dans les premiers jours de mai le Beverendissime Pere Custode m ecrivit de m arranger a tout prix pour rester en ce lieu d une maniere stable, en m y installant sous le premier toit oil je pourrais me refugier : il exigeait comme une dette de mon ministere et de charite que je ne laissasse point ces catholiques dans leur abandon.
En effet, je recus bientot une lettre d un employe de Port- Said , qui m appelait en toute hate , afin de confesser et d assister sa mere gravement malade. J* accounts et fortitiai la pauvre femme de tous les secours de notre religion; mais au meme moment le typhus se declara, et cette maladie contagieuse attaqua et enleva tant de monde, qu il me fut absolument impossible de m en aller, de sorte que je resolus de rester pour soigner ce canton nement.
Sur ces entrefaites arriva le vice-president de la compagnie avec le Directeur general des travaux, 1 Ingenieur en chef et le medecin, qui se montrerent tres-contents de ma presence, et m assignerent un chalet a habiter conjointement avec un i rere lai , nous fournissant tous les moyens necessaires de subsistance.
On disposa de meme une chapelle destinee aux exercices religieux, et par suite j ai obtenu de la compagnie dix chasubles, trois chapes, quatre soutanelles, quatre surplis, quatre nappes d autel, six purificatoires , six corporaux, un calice, un ostensoir, un ciboire, douze chandeliers, une croix d^autel, et une autre pour les processions, six branches de fleurs, un benitier, une lampe ct un encensoir.
Neanmoins des difficultes de toutes sortes ne me manquerent pas; mais je les ai surmontees par la patience et grace a la pro tection affectueuse de M. Alexandre Herbet, parisien, chef de la comptabilite, qui a travaille, plus qu on ne saurait le dire, al organisation de cette mission. Je lui ai promis en temoignage de reconnaissance un titre de Bienfaiteur de notre Institut : c est la, m a-t-il-dit, la plus grande faveur qui puisse lui etre accordee, ainsi qu a sa famille.
M. Ferdinand de Lesseps. est ensuite arrive le l er novembre, accompagne de beaucoup de personnages de distinction, j allai a sa rencontre et il m accueillit avec des marques speciales d affectionj et quand, d apres son invitation, j allai diner avec lui et plus de cinquante convives, au milieu du repas il me remercia publiqueinent de tout ce que j avais fait dans Finteret du pays; a cela je repondis que nous n avions fait que notre devoir et qu il fallait reconnaitre Dieu comme auteur de tout bien. Le Directeur general, M. Yoisin, m adressa les memes remerciments.
Le lendemain, j allai le visiter avec le bon P. Bernard de Milan, qui vient d arriver a mon aide, et avec le Pr. Benigne, de la Province de Yenise, notre compagnon; il nous recufc encore avec un affectueux respect, et nous invita pour la soiree du 3 novembre a un grand souper, ou nous nous plu mes beaucoup; car nous vimes avec plaisir la banniere de Terre-Sainte jointe a toutes celles dont la salle etait ornee.
Voila tout ce que j avais a vous mander pour le moment; Votre Tres-Pteverende Paternite jugera si ces lignes valent la peine de Finserer dans ses Annales des missions Franciscaines. Dans tous les cas agreez les sentiments de profonde estime, avec lesquels j ; ai Fhonneur de me declarer
Votre sincere et tres-humble serviteur et confrere
PJI. ERASME DE SASSO Miss. Apost. Franciscain.
Comme couronnement a ces nouvelles sur FEgypte, nous pensons qu il sera agreable a nos lecteurs que nous rapportions Faclresse suivante, envoyee par Abd-el-Kader a M. Perdinand Lesseps, pour le feliciter de la Constance admirable avec laquelle il dirige Fentreprise gigantesque, maintenant a sa fin, du percement de Fistbme de Suez.
a LOUAXGE AU DIEU UNIQUE.
/ A son Excellence le chevalier de Lesseps , que veuille Dieu toujours favoriser de son secours et de sa protection !
a Homme genereux, sage et magnanime, lorsque j ai eu le bonheur de vous voir, le temps m a manque pour vous pre senter mes devoirs et pour vous attester mes remerciments et ma reconnaissance des moyens que vous m avez procures de parcourir le canal maritime dans toute son etendue jusqu au lac Timsah, quand je me rendais au Caire.
Durant ce voyage, j ai vu mille choses dues a vos idees fecondes, a votre sagesse et a votre haute intelligence, des choses qu Alexandre le Grand n aurait pu accomplir, et cela m a rappele la verite du proverbe : les anciens ont laisse beaucoup a faire aux modernes.
a Pour percer Fisthme qui separe les deux mers , vous etes un second Arsmeds, lequel a entrepris cette grande ceuvre sous le regne de Ptolemee III surnomme I ami du peuple. L isthme est reste ouvert jusqu au regne des Cesars, qui le comblerent afin d^empecher leurs ennemis d arriver jusqu ; a eux.
/ De meme, pour faire parvenir ies eaux du Nil jusqu a Suez, vous succedez a ceux qui pour la quatrieme fois ont tente ce travail et qui ont permis aux navires d y circuler.
// Le premier qui a execute ce travail fut Botis, roi d Egypte residant a Memphis et contemporain d^ Abraham.
Plus tard, ce canal ayant ete detruit fut creuse de nouveau par Andromanes, un des rois grecs qui succederent a Alexandre.
// Detruit une seconde fois, ce canal fut reconstruit par Omar-Abd-el-Ass, e{ Ton put ainsi y naviguer encore jusqu a Suez pendant plus de trois cents ans, jusqu a Felevation au trone du Calife Mansour, Fun des Abassides, qui fit combler ce canal; et vous etes, Excellence, le quatrieme.
// Dieu a voulu vous reserver la double gloire et le double merite de creuser une derniere fois le canal maritime et le canal d eau douce.
// C est a vous par consequent que revient la plus grande gloire et le principal merite; car si vous avez ete devance dans Tune de ces grandes entreprises, personne avant vous n a tente ^execution simultanee de Fune et de Fautre. A vous seul done appartiennent ici le merite et la plus haute consideration !
// II n est point d homme intelligent qui puisse revoquer en doute que votre entreprise ne soit, dans un temps comme le notre, d une grande utilite generate, et que ses avantages ne doivent s etendre sur la plupart des habitants de la terre, d un bout du monde a Pautre.
// Nous prions le Tres-Haut de vous faciliter Pachevement de votre oeuvre et de realiser la reunion des mers.