‹ Annales des missions franciscaines Volume 3Chapitre 41 sur 107 · MISSION AU NOUVEAU-MEXIQUE EN · texte numérisé non relu

MISSION AU NOUVEAU-MEXIQUE EN

Avcc 1 aide et le secours de Notre-Darae la Bienheureuse-Vierge -Marie et de notre Scraphique Pere St Eranpois , moi Er. Marc , profes de FOrdre de St Eranpois, en execution des instructions de Tillustrissime Seigneur D. Antoine de Mendoza , vice-roi et capitaine- general pour Sa Majeste dans la nouvelle Espagne , je sviis parti de la ville de St Michel (pro vince Culnacan) le vendredi 7 mars 1539, ayant pour compagnon Erere Honore et emmenant avec moi le negre Etienne de Dorante et quelques Indiens de ceux que Mgr le vice-Roi a affranchis , apres les avoir rache-

a ) Mandrup Hoick, de Barristskow, descendait de Messire Nicolas de Barristskow, qui avait fonde le couvent en Tan 12G1

2 ) Date" du 4 septembre.

3 ) Le 29 decembre 1532.

*) Voir la 2- livraisonde la deuxieme annee des Annales^p. 128 et suivantes.

tes. Ils m avaient ete remis par Eraiifois Vasquez de Coronado, gouverneur de laNouvelle-Galice, outre un grand nombre d Indiensde Petatlan et d une autre ville nominee Cuchillo eloignee d environ cinquante lieues de la premiere. Ces homines sont arrives a la vallee de Culiaean, en temoignant une tres-grande joie , parce que les affranchis envoyes en avant par le susdit gouverneur pour annoncer leur affranchissenient a ces Indiens , leur avaient assure qu a 1 avenir ils ne devaient plus etre traites en esclaves ni subir aucun mauvais traitement , et leur avaient dit que Sa Majeste le voulait et 1 ordonnait ainsi. Avec la compagnie que je viens de dird je me mis en route et marchai jusqu au village de Petatlan, recevant partout le meilleur accueil , et trouvant toutes sortes de clioses a manger , an. milieu de roses , de fleurs et d autres decorations. Ou il n y avait point d habitations, on me faisait des maisons d argile avec des branches entrelacees de toutes parts. Je me reposai trois jours en ce village de Petatlan , parce que mon compagnon Frere Honore tomba si gravement malade, que je fus contraiut de 1 y laisser; puis suivant nos instructions, jc continual mon chemin, selon que me guidait 1 Esprit Saint, sans aucun merite de ma part. J etais acconipagne du negre Etienne de Dorante et de plusieurs Indiens affrauchis, et beaucoup d habitants da pays me fesaient partout ou j arrivais une reception solennelle, avec de grandes demonstrations de joie, dressant des arcs de verdure et me donnant a manger de ce qu ils avaient, bien que ce fut pen ; car , disaient-ils , depuis trois ans il n avait point plu , les Indiens du pays avaient plutot songe a se cachcr qu a ensemencer leurs terres, par peur des chretiens de la ville de St Michel, qui jusqu alors avaient accoutume de faire chez eux des excursions , de les attaquer et de les reduire en servitude.

Sur toute la route, qui peut etre de vingt-cinq a trente lieux en deja de Petatlan, je ne vis rien qui merite mention, sinon la demarche que firent pres de moi quelques Indiens de 1 ilc autrcfois visitee par Ferdi nand Cortese, marquis de Vales. Ils m assurerent que leur pays etait bien une ile, et non point une terre ferine , comme plusieurs le pretendaient ; ils passaient sur quelques radcaux , et de la terre ferme a leur ile ils devaient franchir environ une demi-lieue de mer. Quelques autres Indiens vinrent aussi me voir : ils etaient d une ile plus grande que la premiere et pluseloignee; j ai appris qu au dela de cette ile il y en a trente autres petites-, luibitees par plusieurs families et presque stcriles, a 1 cxception de deux qui produiscnt du ma is. Ces Indiens portaient autour du cou beaueoup de bandeaux, en nacre dc perle. Je leur montrai des perles dont je m etais muni commc echantilloiis ; ils me clirent qu il y en avaifc beaucoup de pareilles ct de tres -grosses dans les lies; neamr.oins je n cn trouvai aucune. Jc continuai ma route a travers une region inhabitee pendant quatre jours, suivi d un grand nombre d ludiens taut des ilcs que des montagnes quo je laissais dcrriere moi , ct au bout de cette region inhabitee je rencontrai d autres Indiens tout etonncs de me voir , parce que n ayant,

dans uu pays si desert , aucun rapport avec les habitants d en dec a , ils ne se formaient aucuiie idee des chretiens. Ces pauvres gens me firent le plus grand accueii et me donnerent beaucoup de clioses a manger. Ils cherchaient a toucher mes vetements et m appelaient Hayota, mot qui dans leur langue signifie homme du ciel. L interprete leur expliqua de son mieux tout ce que renferme 1 instruction faisant connaitre Notre Sei gneur Dieu du ciel et sa puissance. Parcourant ce desert , je tachais de m enquerir par tous les moyens possibles des regions oil 1 on trouverait des villes nombreuses et des habitants plus polices et plus intelligents que ceux que j avais sous les yeux, et je ne pus rien deeouvrir a cet egard; mais on me dit que plus loin , a la distance de quatre ou cinq journees de marche, au point ou viennent mourir les pentes des montagnes, se deroule une large et vaste plaine, et la, me dit-on, il y a beaucoup de grandes habi tations dont les possesseurs portent des vetements de coton. Et comme je leur montrais differentes pieces de metal dont je m etais muni pour me reuseigner sur les metaux du pays , ils prirent une piece d or en me disant que les habitants de la plaine avaient des vases du meme metal, et qu ils portaient aux narines et aux oreilles certains anneaux verts , et qu ils avaient certains instruments en or, avec lesquels ils se rasent et s essuient la sueur, et que dans leurs temples les murs etaient revetus du meme metal, dont ils se servent d ailleurs pour tous leurs besoins domestiques. Mais comme cette plaine s ecarte des cotes de la mer , et que mes instructions me recornmandaient de ne point m en eloigner, je resolus de ne la visiter qu a mon retour, afin de la voir plus a 1 aise, et je marchai ainsi pendant trois jours a, travers les lieux habites par ces Indiens, qui me firent le meme accueii que les autres , jusqu a ce que j arrivasse a un village assez considerable , appele Vacapa ; la on m entoura de mille prevenances et Ton m offrit abondamment a manger, car la terre y est fertile et il est possible de 1 arroser. De cette station a la mer il y a quarante lieues, et comme je me trouvais si loin de la mer, et que c etait 1 avant-veille du dimanche de la Passion, je resolus d y restcr jusqu a Paques, pour m assurer de 1 existence des iles dont j ai dit plus haut que Ton m avait parle. A cet effet j envoyai plusieurs Indiens du cote de la iner par trois chemins differents, et je leur ordonnai de m amener des habitants de la cote et de quelques unes de ces iles , afin dc leur demander des renseignements. En meme temps je chargeai le negro Etienne de Dorante de se diriger droit au nord a une distance de quarante ou soixante lieues , pour voir si par la il y avait moyen de se procurer quel ques notions relatives a nos recherches. Je convins avec lui que, si on lui signalait une region peuplee et richc qui meritat attention , il n irait pas plus loin et qu il refcournerait en personne ou bien qu il m enverrait des Indiens. avec un signe que nous determinames, c est-a-dire, qu il m enveiTait une croix blanche , de la hauteur d une palme . s il decouvrait un pays d une certaine importance, et d une hauteur double, s il decouvrait un grand pays, ou en fin une grande croix , si c etait un pays plus grand et plus fertile que

la Nouvelle-Espagne. En consequence, le dit Etiennc me quitta le dimanche de la Passion , apres le dine , et quatre jours apres , je vis venir des messagers avec une croix de la hauteur d un homme , ils me dirent de la part d Etienne que je pouvais aller le rejoindre, parce qu il avait trouve des gens qui lui avaient fait connaitre une tres- grande province qu avaient visitee des Indiens qui etaient avec lui; 1 un d eux envoye par Etienne me dit qu il y avait trente journees de marclie du lieu oil se trouvait Etienne jusqu a la premiere ville du pays appele Cevola. II affirme que cette province compte sept villes tres-grandes , toutes soumises a un seul prince et avec des maisons baties en pierres et en cliaux, dont la plus petite a un etage, et les autres deux ou trois etages, a 1 exception de celle du prince qui en a quatre. Toutes ces maisons sont rangees en ordre 1 une a la suite de 1 autre. On voit aux portes des principales de nombreux ornements en turquoises, pierres precieuses qu on y trouve, d apres ce qu il dit, en grande abondance ; le messager dit aussi que les habitants de ces villes sont tres-bien vetus, et que plus loin se trouvent encore d autres provinces, dont chacune serait plus grande que le territoire de ces sept villes. J ai cm a son rapport , parce qu il m a paru etre un homme sense , et en con sequence j ai differe d aller rejoindre Etienne de Dorante , pensant qu il m attendrait, et voulant d ailleurs attendre moi-meme les messagers que j avais envoyes du cote de la mer ; ceux-ci revinrent aux Paques fleuries, avec des naturels des cotes et des deux lies qui me donnerent des details sur les lies que j ai dit plus haut etre steriles , d apres ce que j avais deja appris , et dont les habitants portent sur le front des bandeaux de perles et possedent, assure-t-on, de grosses perles et beaucoup d or. Ces naturels m attesterent 1 existence de trente-quatre lies apparaissant successivement 1 une apres 1 autre , ils me dirent que les habitants des cotes , comme ceux des lies , ont pen de ressources; leur commerce est celui des melons. Autant qu on peut en juger a la vue, cette cote s etend vers le nord. Les Indiens qui en venaient m apporterent des rondelles de cuir de vache , tres-bien ouvragees, assez grandes pour les couvrir de la tete jusqu a la pointe des pieds, et percecs au sommet d une ouverture qui permet de voir d un cote a 1 autre, je les crois tellement solicles qu un trait d arbalete ne les percerait pas, Ce jour la je re?us la visite de trois Indiens tatoues, qui s f etaient peint le visage, la poitrine et les bras. Leurs compatriotes habitent des hauteurs du cote de Test, jusqu aux frontieres du territoire des sept villes. Ils me dirent qu ils venaient me voir, parce qu ils avaient entendu parlor de moi, et cntrc autres details qu ils me donnerent, ils me parlerent des sept villes et provinces que m avait fait connaitre 1 indien d Etienne, presque dans les memes terrnes que 1 envoye d Etienne. C est pourquoi je congediai les naturels de la cote , tanclis que deux Indiens des lies dirent qu ils voulaient me suivre sept ou huit jours. Je quittai done Vacapa avec eux et avec les trois Indiens tatoues, le surlendemain des Paques fleuries, en suivant le chemin qu avait pris Etienne. Celui-ci m avait envoye d autres messagers ,

avec une autre croix dc meme grandeur quo la premiere , en me pressant de le rejoindre. II m avait fait dire en meme temps que la region que je clierchais etait certainement la plus grande et la meilleure qu il y cut dans ce pays. Ces messagers circonstancierent leur rapport absolument de la rnenie maniere que le premier ; ils m en dirent meme davantage et me firent une relation plus claire et plus complete. Je marchai ainsi tout ce jour-la et les deux jours suivants par la meme route qu avait suivie Etienne, et alors mes compagnons me dirent qu on pouvait aller en trente jours de 1 endroit ou nous etions a la ville de Cevola, qui est la premiere des sept , et cela me fut dit non par un seul , mais par plusieurs , qui entrerent dans beaucoup de details sur la grandeur et le genre des maisons, details identiques a ceux que m avaient donnes les premiers messagers ; ils ajouterent qu independaniment des sept villes on trouve trois autres royaumes qu on appelle Marata, Vacus et Totonteac. Je voulais savoir pourquoi ils s eloignaient tant deleur demeure ; ils me repondirent qu ils le fuisaient pour se procurer des turquoi ses, du cuir de vache et d autres objets qu on trouve egalement en grande quantite dans ce pays. Je voulus aussi savoir quelles conditions et quels resultats ils pouvaient esperer; ils me dirent qu ils se rendaient a leurs risques et perils a la premiere ville qu on nomme Cevola ; que la ils s offraient a travailler la terre et a d autres services, et que pour leur salaire on leur donne des turquoises ou du cuir de vache du pays. Les habitants de cette ville portent tous attachees aux oreilles et aux narines des turquoises d une grande beaute et d une grande valetir; et Fon dit qu on se sert de pierres pareilles pour orner les portes principales des maisons de Cevola. Quant au vetement des habitants de Cevola, il parait qu il consiste en une chemise de coton qui leur descend jusqu aux pieds et qui se ferine au coil par un bouton , auquel pend un long cordon , les manches de ces chemises sont aussi larges en haut qu en bas. On dit qu ils portent aussi des ceintures de turquoises, et que plusieurs mettent sur leur chemise de beaux vetements, et d autres du cuir de bceuf habilemerit ouvrage, ce dernier vetement est le meilleur du pays ou le cuir de boeuf est tres-commun. Les femmes ont le meme costume , qui les couvre egalement jusqu aux pieds. Ces Indiens me firent un excellent accueil et s empresserent de me demander quel jour j etais parti de Vacapa, afm de pouvoir a mon retour me procurer des vivres et le moyen de me reposer. Ils m ainenaient des malades pour que je les guerisse; ils cherchaient a toucher mes vetements et me donnerent plusieurs cuirs de boeuf si bien prepares et ouvrages , qu on pouvait les croire 1 oeuvre d ouvriers tres-habiles ; ct tous disaient que ces objets venaient de Cevola. Le lendemain je continual mon chemin, emmenant avec moi les Indiens tatoues, lesquels ne voulurcnt point me quitter; j arrivai a un autre village, dont les habitants me recurcnt aussi trcs-bien; ils cherchaient de meme a toucher mes vetements, et me confirmerent sur le pays que je connaissais deja les memes particularites racontees par leurs devanciers ; ils me dirent, en outre, que plusieurs naturels de ce village avaient accompagne

Etienne de Dorante jusqu a une distance de quatre ou cinq journees de marche, et je trouvai, du reste, en ce lieu, une grande croix qu Etienne m y avait laissee pour m annoncer que 1 existence du bon pays que je cherchais devenait de plus en plus certainc. II avait, en outre, recommande qu on me pressat de Taller rejoindre, parce qu il m attend rait au bord du desert. J elevai la meme deux croix, et je pris possession des lieux conformement a mes instructions; car ce pays me paraissait preferable a celui que j avais laisse derriere moi, et il fallait bien que je fisse acte de possesseur. Je marchai ensuite pendant cinq jours, toujours a travers des regions habitees, recevant partout la plus sincere liospitalite et voyant force turquoises et force cuirs de boeuf, et un pays presentant le meme aspect. A ce point de mon voyage, j appris qu apres deux autres journees de marclie je retrouverais une contree inhabitee, ou il n y a rien a manger; rnais on me dit qu on avait pris des mesures pour m y procurer des logements et des vivres. Je me hatai done d avancer, pensant que je trouverais bientot Etienne a 1 endroit ou il m avait fait dire qu il m attendrait. Avaut d arriver au desert, je passai par un village arrose par de nombreux canaux d irrigation , et oil beaucoup d Indiens, tant hommes que femmes, vinrent a ma rencontre; ils etaient vetus d etoffes de coton, et plusieurs de peaux de bo3uf, qu ils preferent, en general, aux etoffes de coton. Tous les habitants de ce village se parent de turquoises, qu ils appellent caconas, et qui leur pendent des narines et des oreilles. Ils etaient venus avec le seigneur de ce village et ses deux freres, vetus de belles etoffes de coton, et egalement pares de caconas, et d un collier de turquoises. Ils m offrirent beaucoup de gibier tcls que lapins ou perdrix, outre des epis de mais, le tout en grande abondance; ils y joignirent beaucoup de turquoises et de peaux de boeuf, et de tres-beaux vases a boire, et d autres objets, dontjene voulus accepter aucun. J avais mon vetement de drap, appcle en Espagne drap de Saragosse, et le seigneur de ce village et les autres Indiens touchaient mon habit de leurs mains, en me disant que cette etoffe etait commune a Totonteac et que les habitants de ce pays s en servaient pour leurs habillements. Je ne pus m empecher de rire et je leur dis que ces habillements etaient sans doute en coton conmie ceux qu ils portaient. / Vous voyez bien, me repondirentils, que nous savons que ceux que nous portons different de ceux que vous portez. Sachez qu a Cevola toutes les maisons sont pleines de vetements semblables aux notres, mais a Totonteac il y a de petits animaux auxquels on enleve ce avec quoi on fait ce que vous portez . Je demandai a cet egard quelques details plus precis ; on me repondit que ces animaux sont de la grandeur de deux branches de Castille qu Etienne avait avec lui, et Ton ajouta qu on les trouve en grand nombre a Totonteac.

Le lendemain j entrai dans le desert, et la oil je devais diner, je trouvai une tente qu on m avait preparee et des vivres en abondance pres d un cours d eau, et le soir je trouvai egalement uue tente et des vivres. II en fut de meme tous les quatre jours pendant Icsquels le pays ne changea point, et

j entrai ensuite dans, une vallee fort habitee. Au premier village beaucoup d hommes et de femmes vinrent a ma rencontre avec des vivres; tons avaient des turquoises qui leur pendaient des narines et des oreilles: plusieurs avaient des colliers dc turquoises, pareils a ceux que portaient le seigneur du village precedant le desert et ses deux freres, avec cette diffe rence que ceux-ci avaient des colliers de trois ou quatre tours, avec de bons vetements et des peaux de vaclie, tandis que ceux-la n en avaient que d un seul tour. Quant aux femmes , elles portaient aussi des turquoises aux narines et aux oreilles, et plusieurs , des chemises et un vetement appele nagua. La on parlait autant de Cevola qu on parle de Temistltan dans la Nouvelle-Espagne, ou de Cusco au Perou, et Ton y donnait sur les maisons, les habitations,, les rues et les places de la ville des details precis, comme des gens qui y seraient alles et qui s y seraient procure les objets necessaires pour la vie domestique, ainsi que le faisaient les Indiens cites plus haut. Je leur disais qu il n etait pas possible que les maisons fussent telles qu ils me les depeignaient, et alors, pour se faire comprendre , ils prenaient de la terre ou des cendres qu ils jetaient dans 1 eau: puis, il me montraient comment on plafait les pierres et comment 1 edifice s elevait, a mesure qu on superposait les pierres. Je leur demandai si les homines de ce pays avaient des ailes pour monter ces etages; et ils se mettaient a rire en me representant une echelle tout aussi bien que j aurais pu le faire. Ils prenaient une planche, se la dressaient sur la tete, et me disaient que telle etait la hauteur qui separait les etages. On me fit connaitre de meme 1 etoffe de laine de Totonteac; oil Ton pretend qu il ya beaucoup de maisons, comparables et meme superieures en nombre et en beaute a celles de Cevola, parce que c est une tres-grande ville, dont Ton ne trouve presquepas lebout. J appris qu en cet endroit la cote delamersedirigebrusquement versl ouest, tandis que, jusqu a 1 entree du premier desert que je traversal, elle allait toujours vers le nord; et comme il m importait de bien connaitre la direction de la cote, je voulus savoir a quoi m en tenir. J allais done i examiner, et je vis clairement que la, a 35 degres, la cote tourne vers le couchant. Cette decouverte ne me causa point une joie moindre que celle du pays, et je retournai ensuite sur mes pas pour continuer ma route. Je marchai cinq jours dans la vallee, laquelle est habitee par une belle population et si abondante en fourrages qu ils suffiraient a nourrir plusde trois mille chevaux. Arrosee par de nombreux ruisseaux, cette vallee ressemble aun jardin, les bourgs et les villages s y etendent jusqu a une demi-lieue et un quart de lieue, et dans chacun de ces villages j entendais une longue description de Cevola, et tous les narrateurs me parlaient comme gens accoutumes a y aller tous les ans gagner leur vie. J y trouvai un Indien natif de Cevola, qui me dit d y etre venu pour fuir le gouverneur, c est-a-dire 1 agent du Seigneur ; car le Seigneur de ces sept villes vit et reside dans 1 une d elles qu on appelle Ahacus, et dans les autres il place des agents, qui commandent en son nom. (Sera continue].

AMALES DBS MISSIONS PRANCISCAINES.

PREMIERE PABTIE.

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