‹ Annales des missions franciscaines Volume 3Chapitre 5 sur 107 · LES FRANCISCAINS RECOLLETS DE FRANCE · texte numérisé non relu

LES FRANCISCAINS RECOLLETS DE FRANCE

(Suite. Vow la V Q livraison de la 2 e annee, page 301).

De meme que les Eranciscains Espagnols avaient ete les pre miers herauts de la civilisation chretienne de TAtlantique a la Mer pacifique dans la partie de TAmerique Septentrionale qui s^etend vers le Sud, de meme les Pranciscains Eecollets de Erance porterent avant tons les autres le flambeau de TEvangile dans la partie qui en forme le Nord.

II est vrai que les adversaires de FEglise catholique voudraieut attribuer au protestantism e le merite d avoir fonde les premieres colonies dans les Etats-Unis d Amerique, mais ils se trompent a cet egard de parti pris; pour les demenlir, il suffit de citer ce qu en dit un historien non suspect, Bancroft, surnomme le Tite- Live de Fhistoire d Amerique. // Les entreprises des Erancais dans ces regions, dit-il, precederent toutes celles que tenta FAngleterre au Nord du Potomac. En effet, plusieurs annees avant que des voyageurs (non catholiques) jetassent Fancre au Cap Cod, FEglise Romaine florissait, grace aux travaux des Missionnaires de Erance, dans la partie orientale du Maine, et Fhumble Pere Le Caron, compagnon de Cham plain, avait, en s avancant courageusement dans le territoire des Mokauskiens, non-seulement franchi le Nord et penetre dans les forets des Wyandotes, mais prenant le role de veritable inendiant parmi les sauvages, il s etait, tantot a pied, tantot sur un canot, avance assez loin pour toucher aux rives du lac Huron.

Le Pere Christian Leclercq a publie 1 histoire des Missions des

Eecollets jusqu a son temps sous ce litre : L etablissement de la foi cat/iolique dans la Nouvelle France; il y raconte longuement les operations de ses confreres et compagnons dans le champ americain. Mais devant nous renfermer dans les plus etroites limites, nous rappellerons seulement que le pieux Champlain, fondateur de Quebec, avide de la conversion des sauvages plus que de la conquete de leurs terres, y amena des Missionnaires d elite pour evangeliser les nombreuses tribus de S t Laurent, dont il s etait concilie Festime et 1 affection par la sagesse de sa politique.

Ces missionnaires etaient des Franciscains Eecollets de Trance, qui, au noinbre de quatre, dont trois pretres et un frere lai, y arriverent en 1615. C etaient le P. Jean d Olbeau, qui se rendit de Jadaussac a rembouchure du Saguinay, afin d y apprendre la langue, les usages et le genre de vie des Montanariens, et Faimable Pere Joseph Le Caron, qui, ayant commence par evange liser les Hurons et les tribus occidentales, resolut de visiter ensuite les grands lacs de FOuest. II se mit en route en automne avec douze Pranciscains, ramant avec eux tout le jour quand il rencontrait des cours d eau, ou transportant sur ses epaules sa propre barque, sans autre nourriture que du sarrazin insipide. C est ainsi qu apres des peines et des fatigues inouies, il parvint a la residence des Wyandottes, ou il commenca sa mission en offrant ie Saint Sacrifice, en presence de Champlain et de plusieurs autres de ses concitoyens et d une grande foule d Indiens emerveilles. Puis, tandis que Champlain conduisait ses allies Hu rons au creur de Mat de New- York, le zele Kecollet s appliqua a reunir tons les materiaux a sa portee sur la langue de cette tnbu, afin d en tracer des regies qui pussent guider dans Fetude des^etranges anomalies qu elle presente, ou dans celle des idiomes vraiment nouveaux qui en derivent.

Eevenu de cette expedition au mois de Janvier, il accompagna ensuite Champlain dans les montagnes des Tiomontates, oii, annoncant FEvangile, il eut beaucoup a souffrir des persecutions ds Obis, c est-a-dire des hommes exercant la medecine. Eeprenant de nouveau sa mission parmi les Hurons, il continua a se hvrer sans relache a ses travaux apostoliques, jusqu au moment ou la flotte se prepara a descenclre les Trois Eivieres, et il s y embarqua, parce qu il connaissait suffisamment la langue des habitants. II avait meme deja compose uu dictionnaire assez

com plet, qui est le premier de la langue indienne parlee dans cette partie de 1 Amerique.

Mais quand on lui eut confie le gouvernement general des mis sions et qu il eut commence a s occuper particulierement de celui des tribus voisines de Quebec, la mission de Hurons resta quelque peu negligee jusqu en 1622, ou le P. Guillaume Poulain la visita. En outre, les Peres Nicolas Viel et Gabriel Sagard, 1 historien, y etant arrives Fannee suivante, le Pere LeCaron regagna avec eux son ancienne mission. Quand apres mille fatigues ils eurent le 20 aout atteint Carnagohua (ou S* Gabriel), ils y trouverent leur humble demeure encore debout, et la ils embrasserent la vie commune en veritables pauvres de S*- Francois, pourvoyant a tous les besoins des Francais qui les avaient accompagnes, et travaillant toujours a repanclre la lumiere de 1 Evangile parmi un peuple encore plonge dans les tenebres de la mort.

Ainsi pendant dix ans les Franciscains Eecollets de France furent les seuls Missionnaires qui defrichassent cette vaste contree de 1 Amerique Septentrionale qu on appela Nouvelle France. Mais s apercevant qu ils ne suffisaient pas a la besogne, ils se deciderent a y inviter aussi les religieux de la compagnie de Jesus, qui se preterent volontiers a leur demande. On vit done en 1625 les Peres Charles Lalemant, Edmond Massu et Jean Brebeuf aborder a Quebec avec quelques autres Franciscains. Malheureusement le peuple leur fit si mauvais accueil, qu il ne leur fut rneme pas possible de trouver un endroit ou se loger; mais les notres leur cederent une partie de leur propre convent et jardin. Cependant le P. Brebeuf, jesuite, et le Franciscain Joseph de la E/oche-Dallion (de la famille des comtes du Lude) furent destines avec le P. Wiel a evangeliser les Wyandottes. A leur arrivee, ils apprirent que ce dernier avait ete jete par les sauvages dans un cours d eau ou il se noya; d ou vient qu on 1 appelle encore aujourd hui le Cours du Recollet. Ici il nous est doux de dire que pendant cinq ans les Franciscains et les Jesuites cultiverent ce champ du Seigneur en si bonne intelligence, que leur union n eut pu etre plus grande, s ils avaient appartenu a la meme societe. Et sans doute ils se seraient maintenus dans cette merveilleuse harmonie, si les Anglais, conduits par le traitre Kirk, ne s etaient jetes sur Quebec, n avaient saccage cette ville ainsi que toute la contree, puis, transporte Champlain et tous les Missionnaires, tant Franciscains que Jesuites, en Angleterre. (Sera continue.)

TROISIEME P ARTIE

XOUVELLES DIVEESES CONCERXANT LES MISSIONS FRAXCISCAINES.

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