LE CAIRE EN EGYPTE
Comme document d une pictc non commune , nous publions la lettre suivante ou la mere Abbesse des Franciscaines an Caire rend compte au P. Raphael de Pontecchio, Reverendissime general de 1 Ordre, des resultats qu obtiennent ces religieuses, grace au Seigneur, par 1 enseignement qu elles donnent en cette ville aux jeunes filles soit chretiennes, soit turques ou schismatiques. Cette lettre est ainsi conpue :
Le Caire, 27 mai 1863.
REVERENDISSIME PERE
Je vous offre de tres -sinceres remerciements de la belle vie de saintc Claire, que vous avez eu la bontc de nous envoyer par 1 intermediaire du Reverendissime nouveau custode de Terre-Sainte, ainsi que de la let tre flatteuse et de 1 exccllente instruction que vous avez bien voulu y joindre; je les ai lues a toutes les autres religieuses, et elles vous rendent avec moi niille actions de graces.
Nous vous sommes trop reconnaissantes de la maniere dont vous nous avez recommandees au Reverendissime Pere Custode, qui dans son ex treme charite est venu nous visitor et a celebre la sainte Hesse dans notre chapelle, ou, quelque petite qu elle soit, nous avons la consolation dc pouvoir adorer 1 auguste Sacrcmcnt, et d cntendrc tous les matins la saintc Messe ; nous vous sommes trop reconnaissantes, dis-jc, pour que nous oubliions jamais , vous pouvez en etre sur , Yotre Paternite Reve-
rendissime, surtout dans la sainte Communion, et nous demandons pour elle au Seigneur toutes Ics graces que vons sollicitez par vos saints desirs, specialement pour votre propre sanctification et pour la continuation de votre sante, afin que vous puissiez toujours travailler aux progres de 1 Ordre Eranciscain et des pauvres Clarisses ; car nous aussi, nous sommes vos filles, nous aussi, nous faisons partie de cette belle mission Egyptienne.
Quand vous aurez occasion de voir le Souverain Pontife, je vous prie de vouloir bien demander la benediction apostolique pour moi et. toutes ies religieuses, pour les orphelines et les petites negresses, taut externes que pensionuaires du monastere de St Joseph au nouveau Caire, ainsi que pour le couvent de la Sainte Famille au vieux Caire ; nous avons deja dans ces deux maisons plus de cent eleves, et il s en presente tous les jours de nouvelles; mais le local est trop petit.
Hier une dame turque d cnviron cinquante ans est venue demander u entrer chez nous pour etre catechisee et recevoir ensuite le bapteme. On entendit d un autre cote une petite fille de pres de six ans, qui frequentait notre ecole depuis un an et qui etait tombee gravement malade, s eerier, en baisant pieusement un chapelet et une croix que je lui avais envoyes par notre catechiste Erauciseain et par une religieuse que j avais charges de la visiter : Je suis chretienne, oui, je suis chretienne; et comme sa mere et sa sceur etaient venues la voir, a peine les eutelle apercues qu elle leur dit : </ Allez-vous en, allez-vous en, car vous etes turques, et moi je suis chretienne ! u A ces mots elles se mirent a pleurer : Laissez-nous venir, repondirent- elles; car nous aussi nous sommes chretiennes, ct nous voulons recevoir le bapteme.
En effet, depuis ce jour la elles viennent aussi s instruire dans notre religion; leur maitresse est la petite fille qui sait deja son catechisme en arabe et en italien, et qui I enseigne a sa mere et a sa soeur. mon llcverendissime Pere, quel bien nous pourrions faire, si nous etions pourvues de ressources suffisantes! Ah! faites-nous aider, nous vous en supplions., par nos freres d Europe ; de cette maniere vous coopererez au grand bien qui se fait et qui se fera encore avec 1 aide divine; car par nous menies nous ne pouvons rien. En terminant j implore a vos pieds rnille benedictions seraphiques pour moi et pour toutes mes fillos spirituellcs.
De Votre Paternite Reverendissime ,
La treS humble et tres-obeissante fille en J.-C., MARIE CATHERINE DE Ste HOSE DE VITERBE ,
Albesse,
LE JOURDAIX.
Quancl je parvins a 1 extremite de la plaine KEl-hama, et quc je vis pour la premiere fois le lac de Tiberiade et le Jourdain qui 1 alimente, je fus saisi par un tel sentiment de joie , de veneration et de douleur que, clone sur place par mes reflexions, il inn fallut tontes les instances de mon guide pour m en arracher et me soustraire ainsi aux rayons brulants du soleil, qui en ces premieres heures de 1 apres-midi y dardait a plomb. Voila, me repetais-je en marchant, voila les eaux du fleuve fameux qui, en remontant vers sa source, ouvrit miraculeusement un pas sage a Israel, lorsque, venant d Egypte, il entreprit la conquete dc la Terre Promise. Les montagnes londirent comme le belier et les collide* comme Vagneau. C est sur le miroir liquide de ce lac qu on vit marcher Celui que les anciens prophetes avaient vu marcher sur la croupe des vents et sur les ailes des Cherubins. Mais si c etait alors pour dechainer des tempetes vengeresses et pour epouvanter des nations coupables, il a marchc ensuite sur ces flots pour en calmer la fureur, pour con soler ses disciples , et pour leur apprendre a se confier en Celui -la seul dans lequel I liomme ne se coufie jamais en vain. Voila ce Jourdain dont les eaux guerissant, au temps d Elisee, Naaman de la lepre, figuraient le grand sacrement, purificateur des ames, que Jesus-Christ lui-mcme y institua, quand sous la ressemblance du pecheur, il voulut etre lave par le Precurseur. Heureux fleuve ! avec quel Tremissement dc joie tu auras baise tes rives ombrenses, lorsqu il t a etc donne de baigner les membres immacules du divin Agneau! Mais si ce fut la le plus beau de tes titres de gloire, helas, e en fut anssi le dernier ; car tn ne fus plus des lors le temoin de prodiges et de triomphes , mais settlement dc defaites et de mille exces d oppression et de barbaric. Tes rives , empreintes des pas du Sanvenr dans les trois dernieres annees de sa vie , ont retenti des applaudissements d une foule admiratrice qui exaltait ses miracles , sa saintete et sa sagesse ; ellcs ont aussi entendu durant quelque temps les prieres et les gemissements des anachoretes; depuis elles ont etc plongees a jamais dans la solitude, 1 oubli et la desolation.
Essayant ici de parler de ce fleuve rendu si celebre par TEcriture Sainte, j en decrirai d abord le cours, pnis la rive occidentale; je reserverai 1 autre pour en parler dans un second article, oil je clirai quclques mots de la Perce.
Le Jourdain prend naissance pres de Banias , 1 ancienne Paneade, dans une grotte qui s ouvre au fond d un ravin, a la distance d uu millc ct demi 1 de cette ville dans la direction N. E. On croit toutefois qu il a sa veritable source a 5 milles au S. E. dans le petit lac de Birchet-
) II est ici question de milles geographiques.
el-Ram, Is Phiala des anciens, avec lequel la grotte de Banias serait en communication souterraine ; et cela, a cause du recit de Josephe qui dit que, Philippe le Tetrarque ayant fait Jeter de la paille dans le Phiala, elle reparut a la surface de la source de Paneade. Quoi qu il en soit, le petit ruisseau de Banias, apres un trajet de deux milles et dcmi, en refoit un autre qui descend du nord et se jette a trois milles plus loin dans le lac d El-Hule, jadis appele Samoconitide et eau de Merom. Ce lac peut avoir trois milles de longueur, sur un de largeur; et outre le ruisseau de Banias, qui lui vient du nord-est, il re9oit aussi du cote du nord la riviere de Hasbeni, qui commence pres de Hasbeia, au pied du grand Hermon. Du lac de Merom a celui de Genesareth le Jourdain, qui a dc ja une eau assez abondante pour lui meriter le nom de vrai fleuve, mesure environ dix milles ; la longueur de ce second lac (large de trois a quatre milles) , que la Bible appelle aussi mer de Galilee ou de Tiberiade 1 , est egalement de dix milles et peut etre de plus. De ce lac a la mer morte le fleuve arrose encore un espace de soixante-dix milles, et ainsi son cours, de sa source a son embouchure, est de pres de cent milles geographiques. II re9oit dans sa derniere partie deux affluents venant de la Peree; ce sonf : lo le Scheriat-el-Mandur, appelc anciennement Jeromace et Jarmoch, raais non meutionne dans la Bible; 2o le Zerca, nomine dans la Bible Jaboch, et separant le territoire des Ammonites de celui des Amorrlieens.
Avant que la destruction et 4a sterilite, compagnes fatales des conquetes musulmanes, desolassent les collincs fleuries de la Palestine, des vignes, des oliviers, des forets et de riches campagnes embellissaient les bords du Jourdain; aujourd hui ils sont si tristes que Ton serait presque tente de douter de la veracite des anciennes relations d apres lesquelles le pays presentait une vegetation si riche et si variee.
A commeucer par la plaine de Jericho, pres de laquelle le Jourdain disparait dans la mer, par cette plaine oil murissaient autrefois les dattes les plus savoureuses, rcservees a la table des Cesars, et ou Fair etait parfume par des roses fameuses et par un baume encore plus fameux, on n y trouve plus maintenant qu un desert de sable brulant. Si 1 on remonte le courant du fleuve au-dela du passage de Betabara 2 , on n y trouve qu un
1 ) Les langues hdbraiique et arabe n ont qu un meme mot pour designer les grands lacs et la mer. Dieu, lisons-nous dans la Genese, appela mers les amas d 7 eau. De la le nom de mer morte, donne* au lac Asphaltite.
2 ) Betabara signifle maison ou lieu de passage ; on croit que c est la que les He breux passerent la premiere fois le Jourdain, quand ils entrerent en posses sion de la Palestine. II parait qu a une epoque posterieure il y a existe un pont. A 1 endroit de la Vulgate qui porte ces mots : in Bethania, uLi eral Joannes l.aptizans, on doit lire, suivant Ori^ene, S Jean Chrysostome, et les geogra plies sacres les plus autorise s, in BeUiabara; car, en fait, on ne connaissait point
dessrt ou 1 eau qui y manque est amence par un aiicien aqueduc clout 1 ou voit a gauche les mines solitaires. Si Ton continue a reraonfcer la vallee dite El Gor, on ne trouve aucune trace d etres vivants, a moms qu on ait le malheur de tomber entre les mains d uns horde barbare qui depouille le voyageur de tout ce qu il a et meme de ses vetements. A travers ces dunes et ces banes de sables, ou ne pousse plus un brin d herbe, la route parait si peniblc et si triste, 1 air dcvient si brulant et si iourd, qu on ne se sent pas la moindre envie de gravir les hauteurs voisines pour y chercher les vestiges de tant de lieux memorables dans Fhistoiro sainte, tels tyfAlel Nechula, patrie d Elisee 1 ; Hai, premiere conqnete de Josu6 apres Jericho 2 ; Fasaelide, batie par Herode d Ascalon en I honneur d un de ses freres ; Tirsa, ancienne residence des rois d Israel ; Ulayeddo, dont le souvenir survit dans Uadi-el-Megeddd*, et enlin la petite Salim, patrie de 1 apotrc Simon, pres de laquelle St Jean-Baptiste baptisait a En non 4 .