‹ Annales des missions franciscaines Volume 3Chapitre 9 sur 107 · TC I · texte numérisé non relu

TC I

Qtielques-uns, dit-il, ecrivant les lepons a leur maniere, se servaient d un morceau de charbon comme d une plume; une ecorce d arbre etait leur papier; et leurs caracteres etaient si nouveaux et si diffcrents les ims des autres, que celui-ci etait incapable de lire et de comprendrc ce qu avait ecrit celui-la. Cela veut dire qu ils emploient certains signes , correspondant a leurs idees, pour se mettre bien en memo-ire cliaque point, ckaque article , cliaque maxime qu ils out entendus ; puis , emportant cet ecrit , ils y etudient la lefon pendant la nuit. Quoi qu il en soit, il est cer tain que ni lui ni aucun autre Jesuite ne songerent a profiler de ces ca racteres symboliques des Indiens pour les instruire , quoique , quelques annees apres , ils se soient servis a cette fin des figures de Le Nobletz. Au contraire, le Pere Christian Leclerque, Franciscain llecollet, auteur de 1 ouvrage intitule : Etablissement de la foi, etc., ayant observe ce systeme d ecriture, en tira un merveilleux parti pour 1 exercice de son ministere apostolique. Voici en quels termes il nous en rend compte luimeme dans sa Nauvelle description de la Gaspesia, p. 140. // Le Seigneur, dit-il, m inspira cette methode. Comme en 1679, seconde annee de ma mission, je me trouvais dans un grand embarras sur la maniere d apprendre aux Indiens a prier, je remarquai que quelques enfant s dessinaient des figures sur une ecorce d arbre avec du charbon, retracant ainsi exac^ tement cliaque priere qu ils recitaient. Cela me fit penser que, si je leur donnais un formulaire qui , au moyen de certains signes, leur aiclat la memoire, j arriverais a de meilleurs resultats qu en leur faisant repeter les paroles que je leur enseignais. J avoue que je fus emerveille du succes etonnant que j obtins. Car les caracteres que je tracais sur le papier procluisaient tout 1 effet desire, de telle sorte qu ils eurent en quelques jours appris toutes leurs prieres. Je ne saurais depeindre le zele avec lequel ces pauvres Indiens, pleins d une sainte emulation, rivalisaient pour faire le plus de progres. II -est vrai d ailleurs que je devais depenser bien du temps et me donner bien de la peine pour former autant dc signes qu il en fallait, surtout quand j eus entrepris de leur faire apprendre tou tes les prieres de 1 Eglise, ainsi que toutes les notions des mysteres sacres du Christianisme, de la Trinite, de 1 Incarnation, du Bapteme, de la Pe nitence et de 1 Eucharistie. Mais autant j etais encourage par 1 avantage qu ils en retiraicnt, et qui par cette methode facile s accrut bientot a un point incroyable, autant je me sentais anime a 1 oeuvre par les paroles et les lettres bienveillantes de beaucoup de personnes de vcrtu et de savoir qui, m engageant a continuer, m inviterent en meme temps a envoyer un specimen de mon travail en France, pour 1 y faire connaitrc, et montrer comment Dieu se sert d humbles instruments pour manifester la gloire de son saint nom aux peuples de la Gaspesia. D un autre cote, 1 autorite de Monseigneur de Saint-Valere, aujourd hui eveque de Quebec, me tran-

quillisait sur 1 emploi de ce formulaire. Car ce digne prelat, apres en avoir pris pleine et entiere connaissance pendant le penible voyage qu il a fait en Acadie, en demand a un modele au Reverend Pere Moreau, a qui j en avais fait remettre une copie plusieurs annees auparavant ; puis, quand il 1 eut, il le preta a un de ses missionnaires ; et je ne doute point que ce fidele serviteur de Dieu n en tire de grandes ressources pour Tenseignement des Indiens de son diocese. Nos Neophytes ont d ailleurs ces caracteres en si grande veneration qu ils se font scrupule de les jeter au feu, et qu ils en conservent avec respect meme les fragments, s ils viennent a se briser. Ils les nonnnent Oukate Iguenne Kignatimonoer.

Le meme Pere dit dans un autre endroit de son livre : La methode facile que j ai inveiitee pour apprendre les prieres a uos Gaspesiens , au moyen de certains caracteres que j ai imagines, me parait si avaiitageuse, que , s ils veulent en profiter , elle achevera leur education ; car je ne trouve plus aucune difficult.e a leur apprendre soit a lire, soit a ecrire avec mon alphabet, dont chaque caractere conventionnel signifie un mot particulier et quelquefois deux. Us le connaissent si bien qu ils apprennent en un seul jour plus qu ils n apprenaient auparavant en une semaine. Us donnent a ces signes le nom de Kignatimonoer Kategitenne, et les conservent avec tant de soin et d affection, qu ils les placent dans des etuis en bois, ornes d une maniere variee. Us s en servent, comme nous de nos livres, les tenant en mains durant la messe, apres laquelle ils les remettent dans les etuis. Le principal avantage de cette methode consiste en ce qu elle leur permet de s instruire les uns les autres, partout oii ils se rencontrent , les fils leur pere , la mere ses enfants , la femme son mari, les jeunes gens les vieillards ; ceux-ci, il faut le dire, n ont au cune honte d apprendre de leurs petits fils et filles les principes du christianisme. De leur cote, les enfants, quoiqu ils ne possedent point encore 1 usage parfait de la langue, prononcent de leur mieux les mots que retracent mes tableaux , et qu ils entendent dans leurs cabanes , ou les In diens se plaisent a les repeter avec une sainte emulation. Aussi un enfant, a peine age de sept ans, obtint-il souvent, au convent de Quebec, notre juste admiration, en lisant dans son livre d une maniere si distincte et si merveilleuse. Get enfant dechiffrait si bien ces caracteres , que nos religieux , comme les ecoliers eux-memes , ne revenaient pas de leur etonnement. Ils n etaient d ailleurs pas moins edifies de la maniere dont ces Indiens entendent la messe et tiennent entre leurs mains des livres contenant les explications necessaires pour assister avec fruit a 1 auguste sacrifice des autels. < Ainsi s exprimait le Pere Leclerque.

II faut neanmoins convenir que ce bon Pere professait a 1 egard des Gaspesiens des opinions insoutenables. Induit en erreur par le respect qu ils montraient pour la croix, dont le P. Perrault leur avait deja donnu

^explication , il voulait nous les faire passer pour un peuple primitif, ainsi que le veulent encore aujourd hui ceux qui prennent une tribu quelconque en affection. Mais il est certain que les Gaspesiens ue sont qu une branche de la souclie des Micmacs on Souriquois, de memo que le territoire qu ils occupent, de Gaspe a Niipsiguit, se trouve dans leur province.

En laissant cela de cote, il n en est pas moins vrai que le P. Leclerque a introduit parmi les Micmacs les caracteres symboliques, doiit ils out continue a se servir, tout en les modifiant avee le temps. C est done a lui que revient 1 honneur d avoir invente ces lettres, et d en avoir enriclii ces peuples. Elles constituent le monument le plus important, quu Ton connaisse jusqu ici, des premiers travaux des Recollets Franciscans en Am erique.

Ayant appris qu un manuscrit en pareils caracteres se trouve dans 1 u.uc; des bibliotheques publiques de Paris, nous avons fait des demarches pour en obtenir une copie complete ou partielle. D apres ce qu on nous a dit, nous pensons que ce doit etre un manuscrit du XYIIe siecle, probablcment uu de ceux que le P. Leclerque a envoyes en France; et si 1 ou peut preciser le temps auquel il remonte , il sera extremement important d en faire la comparaison. J en connais un autre, du siecle dernier, qui existe au Musee Britannique, et dont j ai vu une copie, et il n est point douteux que les caracteres dans lesquels il est ecrit ne soicnt idcntiqucs a. ceux que nous avons plus liaut reproduits.

DEPART BE MISSIONNAIEES.

EN OCTOBE.E, NOVEMBEE ET DECEMBRE 1862.

Dans le cours de ces trois mois sont partis : pour la Chine , les J Aime Pagnucci, de Lucques, Observantin de la Province de Toscune, et Ange Angelini, de Funti, Observ. de la Province des Marches; pourl Afrique Centrale, le P. Telese, de Naples, de la Province de St- Pierre d Alcantara en cette ville; pour la Terre-Sainte, le T. R. Pere FrrcU-rin de Castelnuovo, avec le frere lai Maxime Antoine de Capsano, Observ. d; la Province de St-Bernardin dans les Abruzzes.

QtriTBlEME PABTiE,

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