‹ Annales des missions franciscaines Volume 4Chapitre 12 sur 73 · MON TRES-HONORE PERE REVERENDISSIME · texte numérisé non relu

MON TRES-HONORE PERE REVERENDISSIME

Je vous informe par la presente lettre que malgre la situation critique ou nous nous trouvons, et qui dure toujours depuis les dernieres nouvelles que je vous ai donnees, je vois aujourd hui le moyen d exercer mon saint ministere sur les hautes

montagnes du couchant, a la distance de 400 ly* du lieu de ma residence. J y avais etc appele par quelques neophytes pour y administrer 1 extreme Onction, et en meme temps y precher une mission, afin de disposer les fideles a la reception de la sainte Eucharistie. En verite le Seigneur m en a recompense par tant de consolations spirituelles que, rentre ici, je ne puis m empecher de vous rendre compte de mes travaux.

Done le 15 juin nous partimes avec joie, moi et mon catechiste, montes sur deux mulcts, sous la conduite de ces cliretiens, en nous dirigeant vers ces montagnes apres et scabreuses; la pensee de faire du bien et 1 espoir de rendre a Jesus-Christ quelques ames rachetees par son precieuxsang nous adoucissaient les incommodites et les fatigues du voyage, et diminuaient la

<~nnnoe Que nous inspiraient nos mets prepares dans les pauvres et sales auuei-^to a*.. Aliens

Apres avoir ainsi marche trois jours emic** r l an s <J e s chemins extremement rudes, ne faisant que monter et descendre dans des sentiers tres-etroits, parsemes de cailloux gros et pointus, et bordes a droite et a gauche de profonds precipices, au risque d y tomber a chaque pas, j arrivai enfin, Dieu aidant, a la premiere chretiente de Cieu-cia-cou, composee de 8 chretiens d une seule famille, qui ont embrasse notre sainte religion depuis sept ans. Le chef de cette famille est medecin de profession : et d homme superbe, violent, adonne a tous les vices, qu il etait, il est devenu par la grace d en haut un chretien humble, exemplaire et fervent, en sorte qu il est a la fois un sujet de profonde edification pour les fideles des environs et de grand etonnement pour les paiens qui, comparant sa vie actuelle avec son passe detestable, admirent en lui un changement si subit, dont ils ne connaissent pas la cause. II deploie d ailleurs le plus grand zele pour exhorter les idolatres a se couvertir; malheureusement ils sont trop plonges dans toutes sortes de super stitions pour que ses vertus et son exemple pussent sufnre a les en tirer, a moins d une action speciale de la grace divine.

Or, la je fis des instructions et des catechismes, et j^administrai avec grande joie les Sacrements de la Penitence, de rEucharistie et de la Confirmation a ce peu de fideles. Mais je me sentis penetre d une joie bien plus vive, quand on me

7 ) Le ly represente environ 400 metres.

presenta une famille entiere de Catechumenes, deja parfaitement instruits des principaux mysteres de notre sainte religion par notre bon medecin. Ces Cateclmmenes pleins de foi et de ferveur me suppliaient de les baptiser en meme temps que trois autres, parmi lesquels se trouvait un vieillard de 78 ans qui ne le cedait pas en foi et en vertu a ses huit compagnons. C etait vraiment merveille de les voir, et Ton se sentait profondement touche de la pieuse impatience avec laquelle ils attendaient 1 heure oii ils recevraient le don du Saint-Esprit. Mais avant de les admettre aux fonts sacres, je voulus achever moi-meme de les instruire, surtout relativeinent aux superstitions, en les exhortant a garder fermement leurs resolutions jusqu a la mort. Mes paroles les comblerent d une joie telle qu ils en etaient comme transported hors d eux-memes. Je n eus pas une moindre satisfaction en voyant un enfant de neuf ans, le plus gentil du monde, ne point se donner de repos, parce que le moment ou il pourrait enfin recevoir le bapteme n arrivait pas assez tot au gre de ses desirs. Je le fis venir pres de moi et je lui dis en plaisantant : // Mais je ne vais point te baptiser ! // // Etpourquoi? // repondit-il. // Parce que je crains, ajoutai-je, que tu n apostasies. // // Oh! non, ne craignez pas, repliqua-t-il ; car avec le secours du Seigneur je perse vererai; il me semble que Dieu me donne tant de force que, si en ce mo ment meme on menacait de me tuer avec un couteau pour me porter a renier Jesus-Christ, je ne le ferais certainement pas pour echapper a la mort; car on peut bien m oter ce corps mortel, mais non mon ame qui est immortelle, et si je mourais pour Jesus-Christ, j irais tout droit en Paradis. // Une pareille reponse dans la bouche d un enfant me fit tressaillir jusqu au bout des doigts; je ne pus m einpecher de pleurer d attendrissement, admirant une si grande fermete dans un age si faible et si tendre. La conversion du pere de cet enfant est tout aussi digne d admjration : Dieu est toujours admirable dans ses ceuvres. Cet homme avait un frere cadet gravement malade, et comme il Taimait tendrement, il s adonna, dans la crainte de le perdre, a toutes sortes de superstitious, en invoquant ardemment ses idoles pour qu ellcs lui rendissent la sante. Mais tout cela fut inutile et le malade mourut. Son frere en concut une telle douleur qu il en devint fou; n ayant plus un instant de

repos, il courait ca et la comme un desespere et faisait peur a tout le monde. Or le hasard voulut que j arrivasse precisement alors a la maison de notre bon inedeein, distante d environ vingt ly de celle de cet homme. J y fus accueilli avec la plus grande politesse et la plus grande affection, et nous parvinmes a calmer un peu le pauvre Chinois, en lui demandant ce qu il avait et ce qu il voulait. // Je veux la paix ! // repondit-il. La dessus notre medecin le conduisait a la chapelle chretienne, et lui montrant le crucifix et Fimage de la Vierge Immaculee : // Voila, lui dit-il, oii est la paix apres laqnelle vous soupirez ! n Puis, il Fengagea a faire trois fois le signe de la croix. Qui le croirait? A la troisieme fois le pauvre homme se sentit interieurement si console que tout son mal avait disparu. II voulut aussitot connaitre la vertu de ce signe, et notre medecin Fayant satisfait a Finstant et exhorte a repondre a 1 appel divin, il se fit chretien. II retourna ensuite tout joyeux chez ses parents, qui voyant un si grand changement chez leur fils, et ayant appris de lui comment ce changement s etait opere, sentirent, eux aussi, sur le champ et temoignerent le desir de devenir chretiens, et quand tous eurent ete convenablement instruits, ils furent, huit mois apres, baptises, comme je Fai deja dit.

Telle fut aussi la conversion des autres. Le vieillard de 78 ans etait le maitre absolu de son village, un despote qui maltraitait, offensait et attaquait tout le monde, a tel point que les Manda rins eux-memes le redoutaient. Le Seigneur, qui voulait le sauver, commenca a le frapper comme Job, en ne lui laissant en vie que deux enfants ; il Faffligea ensuite de maux si cruels que, comme il n y avait plus de medecin paien qui voulait le soigner, le pauvre vieillard se decida de demander le medecin chretien. Celui-ci, se voyant en presence d un mal incurable, tacha, s ; il etait possible, de sauver au moins Fame du malade. // Si vous ne vous faites pas chretien, lui dit-il, il m est impos sible de vous guerir. A cette proposition, le vieillard, ouvrant de grands yeux, s ecria : // Chretien ! Et qu est-ce qu etre chre tien? // // C^est, repondit le medecin, croire en un seul Dieu, et Fadorer en trois personnes distinctes, le Pere, le Fils et le Saint-Esprit ; e est lui qui a cree le ciel, la terre, les hommes et toutes les autres choses, et vous aussi, pour que vous Fadoriez et le serviez dans cette vie, afin de le posseder ensuite

eternellement dans le Paradis. Au contraire ; vous 1 avez offense" et vous Foffensez encore chaque jour,, sans meme le connaitre, et vous serez eternellement puni dans 1 enfer. // Le malade fut tout etourdi d ; entendre une doctrine si nouvelle, et ne pouvant y contredire, il consentit volontiers, dans Fespoir de recouvrcr la sante du corps, a se faire chretien. Alors le medecin ajouta : // Mais si vous voulez etre chretien, il faut que vous renonciez au diable ainsi qu a tons les esprits, a toutes les idoles que vous gardez chez vous, poses dans des niches ; il faut que vous jetiez toutes ces images devant ksquelles vous vous livrez chaque jour a vos superstitions; car on ne peut servir a la fois deux maitres, Dieu et ses ennemis tels que vos impuissantes idoles. Chose merveilleuse ! Le medecin n avait point fini de parler, que le malade sauta a has de son lit tout a fait gueri, et sur le champ il brise et jette au feu ces signes de Fidolatrie avec une tranquillite d ame incroyable. Cela fait, il appelle ses enfants et leur deinande s ils veulent Fimiter, et comme ils repondeiit par un refus, il les chasse tons de sa maison, de peur qu ils ne It 1 tentent de manquer a ses saintes resolutions. Puis, se mettanta genoux avec son medecin, il rendit graces a Dieu de la faveur qu il avait recue et le pria de Taffermir dans la resolution qu il avait prise. 11 s appliqua ensuite a Tetude du ca^echisme que lui avait donne le medecin, et en moins de six mois il apprit tout ce qui etait necessaire pour le rendre capable de recevoir le bapteme. Oh ! comme il se montrait fervent la veille de la cereinonie ! Comme la derniere nuit lui parut longue, bien qu il la passat sans dormir, en ne cessant de repeter : // Oui, je crois; oui, certes, je crois fermement; je crois en un seul Dieu, que j ai offense sans le connaitre ! Oh ! non, je ne 1 outragerai plus ! Je reparerai le mal que j^ai fait, les dommages que j j ai cau ses! Mon Jesus, misericorde ! Pardonnez-moi ! Je suis a vous ! // Quant a moi, qui logeais pres de sa chambre, en entendant ces protestations, j en eprouvais une joie qui tenait du ciel. Quand vint enfin 1 heure si ardemment desiree , oh! tons se sentirent remplis d une consolation telle, qu on ne saurait Fexprimer par des paroles, et verserent des larmes d attendrissement, jusqu a ce que la ceremonie fut terminee. En verite, je n ai jamais vu eclater un amour pour le clivin Sauveur com parable a celui qui cmbrasait ces neophytes, et la plume est

impuissante a retracer la scene qui eufc lieu au milieu des trans ports cPallegresse de plus de 25 chretiens, accourus des villages voisins a la ceremonie sacree.

Quand elle fut terminee, ces nouveaux enfants de Dieu reciterent les prieres accoutumees dictions de graces, ainsi que leurs parrains et maraines, avec une ferveur telle qu on les eut pris pour des bienheureux descendus du ciel. Tout contents et joyeux, ils vinrent ensuite me remereier de les avoir enroles sous les etendards de Jesus-Chript, et ils etaient epris d une telle affection pour ma personne que je ne savais comment faire pour les renvoyer dans leurs cabanes ; a la fin j obtins qu ils partissent, non sans imposer un sacrifice a mon cceur, en voyant combien il leur en c out ait de me quitter.

Oh! oui, certainement, ce jour la fut pour moi une fete du Paradis, et notre bon medecin n etait pas moins heureux, lui qui leur avait donne a tous une hospitalite gratuite pour Fainour de Dieu.

Mais ce n est pas tout. Apres la mission, j eus Poccasion de precher aux gentils, qui, pousses par la curiosite de voir le Pere europeen, s etaient introduits dans la cour de la chap elle, au nombre de 30, et j eus le bonheur d en gagner 4 a Jesus- Christ. Ils assisterent tout de suite aux prieres communes, et le lendemain je leur permis d assister au saint Sacrifice de la Messe. Oh ! vous auricz du voir, mon Reverendissime Pere, comme ils s y tenaient avec devotion, remerciant Dieu de les avoir amenes a sa connaissance et le priant de leur pardonner les peches qu ils avaient commis ! L un d^eux etait attache autrefois au tribunal du gouvernement, et cemme il etait treshabile et tres-influent, le Mandarin se servait de lui pour contenir le peuple, tandis qu il comme ttait lui-meme toute sorte de vols, d injustices et d iniquites ; aussi tout le monde le ha issait-il mortellement, et il s etait rendu odieux au tribunal lui-meme. Quand on voulut se debarrasser de cet agent trop zele, on Faccusa calomnieusement d avoir vole le mandarin, on sequestra iinmediatement tous ses biens, et on le condamna sans pitie au bannissement avec sa femme et son fils sans que per sonne, a raison des circonstances, les plaignit. Sa femme etant morte en exil, notre chinois se refugia sur les montagnes, ou il mena pendant quatre ans la vie la plus miserable. Quand cet

homme eut entendu la parole de Dieu par laquelle je lui promettais le salut et la paix, il se rendit aussitot avec son fils a ines exhortations et se remit eritre mes mains, dispose a faire tons les sacrifices ponr sanver son ame. Je lui promis de lui conferer le saint Bapteme, s il perseverait dans ses resolutions. Et voila comment Dieu refuse le salut a 1 orgueil liumain et recoit les homines humbles dans le sein de sa misericorde !

Le lendemain je me dirigeai vers une autre chretiente, celle de Ma-ta-ceu, et je fus tout surpris de rencontrer en route ce bon chretien, qui avait acquis la vie de la grace a ^occasion de la mort de son plus jeune frere ; il m attendait a fin de me mener benir ses cabanes et en chasser les demons. Mais malgre toutes ses prieres, toutes ses instances, je ne pouvais le satisfaire, car la nuit tombait, et je lui promis de le contenter a mon retour. Cetta promesse ne suffit point pour le calmer. Dependant je poursuivis ma route jusqu a ce que j arrivasse a cette chretiente, ou les fideles me recurent avec de grands honneurs, a la clarte des torches et an bruit des decharges de leurs mortiers, au grand etonnement des paiens, qui ne comprenaient pas quails fissent un pareil accueil a leur maitre. Je m arretai hi huit jours, instruisant, comme dans les autres chretientes, et catechisant ces fideles simples et ignorants, et leur administrant ensuite, non sans une vive consolation, les Sacrements de la Penitence, de FEucharistie, de la Confirmation et du Mariage. Je donnai aussi le bapteme a six Catechumenes, qui ne le cedaient pas en foi et en ferveur aux autres dorit j ai deja parle; enfin je prechai aux paiens, et j eus encore la consolation de faire parmi eux deux nouveaux Catechumenes.

Ma mission ainsi terminee, je me remis en route, pour visiter une autre petite chretiente, celle de Xe-in-cou, et voila que je rencontre encore une foi notre chretien (celui dont j ; ai parle plus haut) me conjurant de nouveau de me rendre chez lui. II s etait fait accompagner de plusieurs chretiens et de son parrain pour exercer plus d intluence sur mon esprit; vaincu par tant d instances, je n eus point la force d y resister davantage, et je me dirigeai avec eux vers sa cabane. Le brave homme en fut si enchante qu il prit les devants afin d aveitir ses parents de mon approche, et quand, apres avoir marche pendant pres d unedeiniheure, nous arrivames a notre destination, nour y fumes accueillis

avec une affection vraiment toucliante. La pauvrete et la niisere, voila tout ce que presentaient les trois huttes, Funique domaine de cette famille ! Mais des que j Central dans la premiere, de quelle joie mon coeur fut penetre, en voyant suspendus a la muraille des chapelets et des medailles, forrnant comme an petit autel tout entoure de fleurs, au pied duquel la famille recitait ses prieres en commun ! J aurais voulu lui offrir un crucifix ou une image qui Feut comblee de bonheur, mais je n en avais point. Je prie done, en passant, votre Patemite Reverendissime de rn eu envoyer un certain nombre ; tous ces pauvres gens en sont prives. Alors leur souci fut de me preparer une collation pour laquelle ils se mi rent en quatre; mais emu de leur pauvrete, ou plutot de leur misere, je les priai, apres avoir touche a leurs irets, de garder le reste pour eux, parce que le peu que j avais pris me suffisait, grace a 1 assaisonnement qu y avait donne leur bon coeur, Mais cela ne les satisfaisait pas : Nous avons encore bien mille sapeques. // me dit le fils de notre chretien. // Mais quaud vous les aurez depensees, lui repondis-je, comment ferezvous ? a // Dieu y pourvoira, repliqua-t-il. Cette reponse, faite sur un ton qui prouvait bien la confiance avec laquelle on comptait sur Fassistance divine, me tira des larmes des yeux. Je benis alors les huttes de ces bons Chinois, et la nouvelle s etant bientot repandue aux alentours que le grand personnage europeen etait la, tous ceux qui se trouvaient sur ces montagnes, emerveilles de tant de simplicite et de bonte, se disposerent a descendre afin de me voir. Je pris done conge de mes chretiens et je me remettais en route, quand je rencontrai deux vieilles septuagenaires, qui descendaient, aussi pour me voir, du sommet de la montagne. Les ayant saluees d une maniere affable, je commencai a leur parler de Dieu, de 1 existence du Paradis et de 1 enfer. Et en verite mes paroles ne iurent point jetees au vent; car ces femmes, emues, me promirent d<3 prier et de renoncer a leurs superstitions. Je les recommandai done a ce nouveau cliretien, pour qu il les instruisit, et je poursuivis mon chemin. Mais j avais a peine fait vingt lieues, que notre bon cliinois me rattrapant vint m^annoncer que trois families paiennes etaient arrivees a sa cabane afin de m entendre et de se convertir. Quoiqu une pareille nouvelle me rejouit beaucoup, il me fut impossible d y retourner; cependant j y envoyai un zele cat6chiste, qui, j espere, y fera un grand bien.

J arrival ensuite a line autre chretiente, oil, apres avoir exeree mon ministere pres des fideles, j administrai le bapteme a deux Cateclmmenes, de Fun desquels la conversion est vraiment admirable. C etait mi grand fumeur d opium, et par consequent un homme adonne a tous les vices ; il avait bien entendu parler de Dieu et de la religion catholique, mais sans en retirer aucun fruit. A la fin, frappe d une grave maladie et n ayant aucun parent sinon un frere cadet vicieux comme lui, il se trouva tellement abandonne de tout le mon le, qu eclaire dans cette miserable situation par un rayon de la grace divine, il commenca a songer serieusement a son etat, et se tournant vers Dieu, il Finvoqua en ces termes : // S il est vrai, o Seigneur, que vous existiez, comme Fenseignent les chretiens, donnez m en un signe; car alors je me consacrerai tout entier a vous jusqu a la mort, en penitence de mes fautes. // Le Seigneur Fexauca, et le pauvre hoinine se leva a F instant tout a fait gueri. Cela suffit pour que, prenant avec lui mille sapeques, il s en allat en quete du bapteme. Chemin faisant, il rencontra un cliretien, avec lequel il echangea, suivant Fusage cbinois, la demande ou allez vous, et auquel il repondit : en quete du bapleme. Vivement surpris de cette reponse, le chretien lui demanda quelques details, et reconnaissant qu^il y avait vraiment la une conversion venant de Dieu, il en felicita son interlocuteur, Fencourageant a perseverer et lui assurant qu ; il aurait bientot la consolation apres laquelle il soupirait, puisque le Missionnaire allait arriver et n etait plus eloigne que de 300 ly. II lui recommanda, en attendant, d apprendre a faire le signe de la Croix, les prieres et le catechisme ; puis a assister tous les dimanches aux reunions ordinaires des chretiens. Aussitot notre chinois obeit, en renoncant a toutes les superstitions domestiques et a tous ses vices, meme a cette habitude de fumer de Fopium dont Foil se defait si difficilement.

De la enfin je me rendis dans les chretientes eloignees de Cicia-cioam, de Tsai-cia-tsuin, et de Che-^tuo-tsum, y faisant ce que j^avais fait dans les autres; j^y eus egalement la con solation de baptiser trois catechumenes et d^en laisser trois nouveaux. Mais il me serait impossible d aborder dans une lettre toutes les particularity s d^une mission, a Fhistoire de la quelle un volume ne suffirait pas. Je terminerai done par le

recit d un fait merveilleux, bien propre a emouvoir les coeurs les plus insensibles. Deux epoux chretiens, tres-fideles observateurs de notre religion, passerent en pen de temps Fun apres Fautre dans Fautre monde, ne laissant qu un enfant de quatorze ans qui resta a la charge d un oncle, pa ien intraitable, anime d une haine mortelle centre les chretiens. Aussi cet liomme employa-t-il tous les moyens, les menaces, les coups, la prison, pour forcer son infortune neveu a Fapostasie, et il finit par reussir dans son infernal dessein de le rendre pire qu un infidele. I/enfant resta plus de deux ans dans ce triste etat, non sans de vifs remords de conscience. Un jour qu il allait dans un autre village pour affaires , il rencontra un chretien auquel il fit part de la situation critique ou le placait son oncle , et demanda conseil pour se soustraire a cette tyrannic. Le chretien, touch e de compassion, Fexhorta a se recommander a Dieu, disant que, quand le Pere arriverait a la Mission, il aviserait aux moyens de lui preter assistance. Or, comme rentre au logis, le pauvre enfant songeait le soir, avant de se coucher, serieusement a se convertir, voila que le demon, se jetant sur lui, Fetreint violemment, et le menace de le precipiter a Pinstant dans Fenfer, s il ne renonce pas u son des sein. Malgre son effroi, Fenfant trouve le courage de repondre au tentateur : // Attends ; avant de me mener en enfer, laissemoi en essay er moi-meme sur la terre. // Redevenu sur le champ libre, il forme interieurement Fintention d apaiser Dieu et d en obtenir misericorde ; pour cela, il etend les cinq doigts de sa main droite au-dessus d un flambeau allume, et les laisse peu a peu bruler et rotir, de sorte que les chairs fondaient comme la cire qu on approche au feu. Et chose incroyable, mais vraie, Fheroique enfant endura son supplice, jusqu a ce qu il cut vu tomber la moitie de son index, et que de ses quatre autres doigts il ne rcstat plus que les phalanges toutes noircies et toutes racornies. Au mfime moment son oncle s eveille et sent cette odeur de chair brulee ; il se leve, se rend dans la chainbre de son neveu pour voir ce qu il y a, et le trouvant dans un pareil etat, il entre en fureur, quand il en connait la cause, et lui dit hautement que, s il ne cesse pas toutes ces folies, il le tuera lui-rneme a coups de baton. Mais le neveu resta si calme devant ces menaces, que son inhumain parent ne put a la fin s empecher

(Ten etre louche et le laissa maitre de faire ce qu il lui plairait. Aussi le penitent, resolu de vivre desormais en vrai enfant de Dieu, attendait-il mon arrivee avec impatience. Quand il vint me trouver et me raconta sa conduite, je fremis a la vue de Fetat auquel il avait reduit sa main. Lui, se prosternant aussitot a mes pieds, demande a se confesser avec les marques d une douleur si vive que les etres les plus endurcis en eussent ete touches de compassion. Telles sont, Eeverendissime Pere, les consolations par lesquelles Dieu a daigne encourager mes travaux dans 1 espace de plus d un mois que j ai passe sur ces montagnes a remplir mon ministere apostolique.

Sur ce continuez a me recornmander au Seigneur dans le saint Sacrifice de la Messe, tandis que de casur je vous baise la main, en me redisant De Votre Paternite Eeverendissime,

Le tres-humble serviteur et subordonne,

FR. PAUL DE FRESONARA, Mm.. Obs. Miss, apost.

CONSTANTINOPLE

SITUATION DBS CUSTODIE ET MISSION DE CONSTANTINOPLE AINSI QUE DES ETABL1SSEMENTS QUI EN DEPENDENT, GOUVERNES PA1J. LES MINEURS OBSERVANTINS REFORMES DE SAINT FRA^OIS.

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