TRIPOLI DE BARBARIE
Lettre du P. ANGE M. DE SANT AGATA , T.-R. Prefet Apost. a Tripoli de Barbarie , au Reverendissime Pere RAPHAEL DE PONTECCHIO, General de I Ordre, sur un grand sinistre, ar rive en cette mile.
Tripoli, ce 31 mai 1854.
REVERENDISSIME PERE GENERAL
Hier apres-midi , a une heure et dernie precise, le feu s est declare a la poudriere, a celui de nos forts qu on appelle le Fort Evpagnol. Heureusenient, comme il est d une construction tressolide, et qu en outre on avait enleve quelques jours auparavant une portion considerable de la poudre qui y etait deposee, le dommage a ete moins grand que n aurait pu Fetre celui que nous avons a deplorer. Les magasins, la douane, le service de sanfce, la belle rue qui conduit a notre cimetiere et qui a coute tant d argent au gouvernement Ottoman, ainsi que les maisons voisines, ont essuye de tres-grands degats. Xotre hospice et Fhopital ont eu aussi leurs toits fortement endornrnages ; Tun de ces toits est meme entierement tombe, et le cimetiere catho-
lique est tout devaste. Mais grace a Dieu et a la Vierge Immaculee, les religieux et les Soeurs de S* Joseph ont ete epargnes, et c est par une faveur speciale du ciel que toute la ville n a pas ete detruite jusque dans les fondements. On ne connait pas encore en detail la perte des Musulmans, mais il a bien peri l0soldats; cinq seulement ont ete sauves. Les chretiens ont eu aussi 5 morts, les juifs 4, et il y a eu un tres-grand nombre de blesses, de tous les cultes. On ne sait pas comment un tel malheur est arrive : le fait est que depuis plusieurs jours on travaillait dans cette poudriere a .faire sec ier la poudre humide et a reunir des cartouches a balle qui, au moment ou Tincendie eclata, sauterent en Fair et tomberent sur les maisons avec les pierres et les boulets de canon. Elles furent ensuite, par bonheur, hmcees du cote de la mer; mais malgre cela , on dirait que la ville a ete bombardee.
Son Excellence Muscir Pacha, commandant general des trouprs, le gouverneur de la ville et tous les forictionnaires se rendirent immediaternent sur les lieux, prenant toutes les mesures sages que Furgence du cas exigeait. On commenca par boucher la porte de la ville avec de la terre pour arreter les Arabes qui voudraient y penetrer dans le dessein de la piller, taudis que des patrouilles nombreuses parcouraient les rues afin d assurer la tranquilliie publique. Aussi faut-il reconnaitre qu^il n y eut point de desordres a regretter, bien que Fepouvante fut grande et generale; la population indigene, les militaires, les religieux, les Sceurs de S 1 Joseph, tout le monde s est conduit d une maniere admirable. De mon cote, aussitot apres Fexplotsion, je recommandai aux Missionnaires de se tenir prets a porter toute espece de secours , et accompague d ; un frere lai je parcourus toute la ville jusqu au fort espagnol, fournissant moi-meme des secours spirit uels et temporels a nos catholiques et en meme temps les encourageant; car dans leur frayeur ils fuyaient de toutes parts, qui a bord des navires, qui vers la campagne; seu lement ceux-ci trouverent la porte fermee.
Sur ce, Eeverendissime Pere, je vous baise vos mains venerables, en me redisant
De Votre Paternite Reverendissirne Le tres-humble, tres-devoue et veritable fils en J.-C* FR. ANGE M. DE SANT AGATA, Prefet Apo&t. Min. Ols. Ref. 16
CHINE
Lettre de feu Mgr JOSEPH EIZZOLATI, Mm. Obs. ref. ci-devant Ficaire apost. de Hu-quam, en Chine, au Reverendissime P. General de I Ordre, JOSEPH MARIE D ALEXANDRIE , depuis evque d AveUino et ensuite de Calatagirone en Sidle*.
EEVERENDISSIME PERE,
J ; ai recu avec un plaisir indicible votre aimable lettre du 22 novembre 1841; ah! qu il m a etc agreable d apprendre avec quel zele Votre Paternite Eeverendissime s occupe des interets de nos missions de Cbine, en ne cessant de recueillir de jeunes religieux dans nos colleges de S* Barthelemy et de S* Pierre in Montorio.
Le tableau descriptif de mes missions, que demande Yotre Paternite Eeverendissime, n est pas aussi facile qu on le croirait au premier abord ; il faudrait s^en occuper serieusement pendant plusieurs mois, et plus longtemps peut-etre, pour en faire memo seulement une relation mediocre. Je n ai, il est vrai, qu^un petit vicariat; mais j ai sous ma juridiction plus de dix-huit mille ames, partagees en plus de cent chretientes ou sieges de mission, et dispersees en divers points sur une superficie plus etendue que Tltalie tout entiere. Aussi Votre Paternite pourrait-elle difficilement s imaginei de combien d occupations et d embarras je suis accable pour m acquitter du ministere dont je suis charge. Ma conscience ne me permet pas de retenir pres de moi quelque pretre pour m aider; tant les besoins des peuples sont grands et les pretres peu nombreux ! Us ne peuvent meme se rend re ici qu une ou deux fois par an, lorsque je les appelle pour suivre les exercices spirituels, beair les saintes huiles, faire les fonctions pontificales, etc. Toutefois, malgre toutes mes occupations, me souvenant que je suis non-seulement eveque, mais aussi disciple de S* Tran-
a ) Nous publions ici cette lettre, bien qu elle soit un peu ancienne, parce i, ue les nouvelles qu elle contient nous semblent assez importantes pour qu il soit utile de les faire connaitre a nos lecteurs; elie consacre, en outre, dans les Annales, la m^moire de deux Prelats eminents, qui honorent grandement 1 Institut auquel ils appartiennent et qui conserve et conservera toujours avec veneration leur doux souvenir.
cois, je ne saurais me dispenser de satisfaire, du moins autant que ce m/est possible, aux desirs de Yotre Paternite Ueverendissime, comme a ceux du general de notre Ordre Seraphique; je me reserve, du reste, de vous donner par la suite cTautres details sur cefc empire , en reponse a vos questions.
D abord je dois vous dire que cette annee a ete pour moi pleine de grands embarras, de persecutions et de depenses. Une persecution succedait a 1 autre , et les tribulations aux tribulations. En outre, je tombai phisieurs fois malade; j eus meme une fois le cholera, et j aurais du mourir en vingtquatre heures, sans un bon medecin qui me guerit aussitot. Toutes ces persecutions n etaient dirigees que contre moi ; il m a fallu fuir plusieurs fois et me mettre a vagabonder dans les villes, de peur d etre surpris par les satellites dans les maisons des chretiens. Encore ai-je i ailli me laisser arreter, et maintenant meme le gouvernement me cherche partout, comme chef de la religion catholique en ces contrees. Ces per secutions dirigees contre ma personne ont eu toutes pour mo tif le Seminaire que je m etais propose de batir au village de Pei-Kiuen-Xan, lieu autrefois sur ou nous pouvions hardiment travailler a notre mission, sans rien craindre de la part des genlils. Au contraire, apres que j y eus cette annee demeure quelques mois, je reussis a convertir a la foi bon nombre des habitants. II s est bien trouve un Judas qui m a trahi; mais la Providence a permis qu il ait ete arrete lui-meme avec cinq autres chretiens et un catechu mene. II est le seul qui ait apostasie, et il n en fut pas moins violemment battu par suite des reponses incoherentes qu il fit au mandarin. C est clone cet homme qui a suscite contre moi une persecution assez violente, et comme on ne parvint pas a me saisir, on me calomnia, on me diffama, non-seulement dans toutes les boutiques de la capitale et dans d autres villes, mais meme dans les feuilles publiques de diverses provinces, ou Ton me depeignit comme un maitre dans Fart magique, comme le chef d une secte pernicieuse , un seducteur du peuple, qui ne fait que troubler les esprts par ses fausses doctrines, etc.
I/existence de mon seminaire, compose de tres peu d eleves, est encore bien precaire, et il sera tres-difficile de le maintenir sans donner lieu a de frequentes persecutions ; car des son
ouverture toutes les furies de 1 enfer semblerent se dechainer pour le faire toinber. Oh! que j ai eu de peines pour cacher et transporter d un lieu a un autre ces pauvres jeunes gens, apres que les satellites les avaient disperses ! J avais deja achete tous les materiaux necessaires a la construction de ce seminaire dans cette chretiente dePei-Kiuen-Xan, et ils m avaient coute pres de 500 ecus, quand je fus den once par le Judas d.ont j ai parle. Les travaux resterent ainsi suspendus, et il me faudra perdre ces materiaux, sans aucun espoir de pouvoir les employer en cet endroit. Les satellites pousserent la barbaric jusqu a depouiller les seminaristes des vetements les plus indispensables, ils einporterent jusqu aux convertures de leurs lits, et beancoup d autres objets, ainsi que beaucoup de livres et d ecrits, auxquels j attachais un grand prix. Mais que la volonte de Dieu soit faite, la volonte de Celui qui m a prepose au gouvernement d un vicariat, le plus pauvre et le plus persecute de tous ! Nous esperions qu apres la guerre avec les Anglais nous aurions obtenu au moins quelque peu de liberte, mais nous n^avons absolument rien obtenu, et par ce que je vois jusqu a present, les clioses sont ce qu^elles etaient. Les Anglais n ont meme pu obtenir la liberte si vivement reclamee par les Europeens de pouvoir parcourir la Chine sans obstacle. De sorte que pour nous il n y a rien a attendre, sinon d^etre persecutes avec nos chretiens , exiles , condamnes aux tourroents et mis a mort.
Mais parlons du fleau du cholera qui a fait cette annee de grands ravages dans cette capitale et sur beaucoup de points de mon vicariat. II revet divers caracteres suivant les dispo sitions du malade et les causes qui le produisent , et les medecins en reconnaissent la nature d apres le pouls. Le moyen curatif le plus ordinaire et le plus facile est celui qu on a employe pour moi : il consiste dans une tres-abondante saignee de la langue, qu on pratique en la percant de trous qui se font avec un couteau de table ou un morceau de cristal, a vrai dire sans grande pitie ! Puis on detire avec force les principaux nerfs du cou, de la poitrine, des reins, des cuisses et du dos, et Ton pince si fortement la peau dans ces parties du corps qu il en coule de petites gouttelettes de sang. Tous ces membres conservent ensuite pendant plusieurs jours des cicatrices qui noircissent la carnation.
Maintenant pour satisfaire aux desirs cle Yotro Paternite" Reverendissime, je veux vous tracer une esquisse de la reli gion de la Chine. La religion de la Chine, comme tout le monde le salt, est une idolatrie a peu pres semblable a celle des anciens Remains, et peut-etre plus absurde encore. Les dieux de la Chine sont cVun nombre quasi- illimite. Beaucoup de ces divinites sont entierement fabuleuses ; mais la plupart sont des hommes ou des femmes qui ont existe dans les ages primitifs de la Chine, tels que les inventeurs des arts, les sages, les monarques les plus celebres ou d autres personnages qui se sont distingues par leurs vertus ou lears vices, leur avarice, leur cruaute, etc. Le culte qu on rend a ces divinites et en general les vsuperstitutions de cette grande nation tirent leur origine des fables et des impostures qu ont coutume de debiter les devins, les Bonzes et les religieuses idolatres; et ceux-ci vivent tous a leur caprice, sans aucune discipline, abusant de Fignorance et de la credulite des peuples. Si je voulais vous donner une idee complete des dieux et des su perstitions de la Chine, j en pourrais certainement remplir plusieurs volumes ; car leur nombre correspond a celui des chimeres que se forge ^imagination de ces bonzes, devins et religieuses, et qu adopte 1 ignorance populaire. Je me borne a vous dire que les Chinois adorent Pam-gu, comme celui qui dans le Chaos a separe le ciel de la terre ; ils adorent Jenuam, comme le juge auquel sont presentees les ames des morts et qui dispose avec une autorite absolue de leurs futures transmigrations; ils adorent encore d autres dieux, nommes Ceu-uam, comme dieux de Tenfer; Tien-quam, comme Dieu du ciel ; Luei-xen, comme Dieu du tonnerre et de la foudre ; Lao-chiun et cVautres, comme dieux des armees ; Confucius ou Kum-fu-zu, comme dieu de la sagesse; Leu-zai-xen, ou les six dieux du commerce et des richesses; Men-chiun, ou les dieux gardiens des portes des maisons ; Cham-huan, ou les dieux tutelaires de chaque ville ; Ma-uam, le dieu des animaux et des pasteurs ; et une multitude innombrable d autros divinites, comme aux temps de Rome antique. De plus, chaque famille, chaque metier, chaque societe a ses dieux particuliers qui y president. Communement les payens adorent telle ou telle divinite, suivant ce qu exigent leurs interets publics ou
prives. Ainsi, en temps cle secheresse, ils recourent au dieu des eaux pour obtenir de la pluie, et si apres avoir pendant quelques jours fait des prieres et des adorations, allume des cierges et brule des parfurns, ils ne voient pas arriver la pluie, ils se mettent a maltraiter et a injurier le meme dieu, voire meme a lui donner la bastonnade : // Yoleur, fripon que tu es, lui disent-ils, pourquoi ne fais-tu pas pleuvoir, pourquoi te fais-tu tant prier?
En ce qui concerne les Dieux particuliers de chaque famille, les pay ens tiennent une conduite encore plus singuliere, quand leurs affaires vont mal ou qu ils subissent quelque malheur ; car ils les prennent et les portent dans quelque temple d idoles, pour que les adore qui veut. Ils lui disent alors, par exemple : // Voila trois ans que nous t adorons en nous prosternant, en brulant des parfums, en faisant toutes sortes de depenses, et nous n y avons rien gagne. Eh bien! desormais tu ne seras plus rien pour nous; nous allons te porter a tel temple ou tu trouveras d autres adorateurs, et nous nous pourvoirons d autres Dieux qui nous feront gagner plus que toi ; cependant, pour que tu ne nous en veuilles pas, nous allons te faire une derniere adoration. // Puis ils se prosternent la face centre terre, enlevent le Dieu de leur maison et vont le deposer, en lui rendant tons les honneurs divins, dans le temple des idoles !
Les navigateurs sont encore plus superstitieux que le reste du peuple. Un jour que je me trouvais en voyage sur les frontieres de la province de Xen-si, sur un navire payen, les marins defendaient a leurs passagers de parler de dangers, de departs, de dis tances, etc. Apres quelques jours de navigation nous jetames Tancre dans le port de la ville de Jam-Shien. Moi qui n etais pas encore accoutume a ces defenses idolatriques, je laissai echapper de ma bouche, en presence de mon domestique et d un catechiste qui m accompagnait, ces simples mots : // Pourquoi ne partons-nous pas encore? // Le patron du navire m entendit, et comrne le meme jour nous nous heurtames contre un ecueil, il me reprocha cet accident, qiie j avais, disait-il, cause, en parlant de depart. Les marins payens, quand ils se trouvent en danger, soit sur les fleuves, soit sur la mer, out coutume d invoquer le Dieu des eaux par ces mots : Lun-uam, secours-nous !
Je ne dois pas omettre de noter que les payens, au milieu
d un grand peril, ont aussi Fhabitude de s ecrier; Lao-tien-ie, secours-nous; c est-a-dire : o grand Seigneur, ou bien del anti que, secours-nous; car c est la une expression ambigiie, qu il n est pas permis a nos chretiens d employer. On voit clairement par la que 1 idee d un Etre Supreme est gravee j usque dans 1 esprit des payens eux-memes, et que les pretendus philosophes d Europe qui ont cherche a soutenir le contraire n ont fait qu etouffer les inspirations de leur propre conscience, lorsqu ils ont enseigne des doctrines de la faussete desquelles ils etaient eux-memes pleinement convaincus.
Les habitants de toutes les provinces que j ai visitees jusqu ici admettent partout la transmigration des ames, et c est cette stupide croyance qui a donne -naissance a une foule de sectes dont les membres s engagent par serment a to uj ours s abstenir de viande, de poisson ou d amphibies, dans la crainte que Tame de quelqu un de leurs ancetres n ait transmigre dans 1 animal dont il s agirait de manger. En beaucoup d endroits et particulierement ici dans le Hu-quan, Y extravagance des payens est poussee si loin quails croient cliaque homme doue de trois ames; ils disent que Tune d elles garde le sepulcre du vivant, Tautre recoit les sacrifices des vivants, et la troisieme opere la transmigration. J^ai du refuter cette opinion absurde dans le nouveau catechisme que je viens de mettre au jour a F usage des chretiens de mon vicariat.
Les payens des dix-lmit provinces, dont se compose aujourd hui ce vaste empire, invoquent leurs morts; c ; est ce qui est enseigne et prescrit par le Code Imperial et par tous les sages de la Chine, d accord avec le prejuge le plus fort des idolatres; car ils croient que, comme Tenseignent dans leurs livres meme les auteurs classiques, les ames de leurs morts deviennent autant de Dieux. C est pourquoi ils leur offrent souvent des sacri fices de parfums, de papier-monnaie, etc.; ils leur rendent de grands hommages par des protestations et des adorations; ils vont meme jusqu a imaginer en leur honneur un grand nombre de fables et de formules particulieres d adulation. En certaines localites des provinces de Xan-si et de Xen-si, aux confins de la grande muraille, ainsi que sur certains points de la province de Pekin, les habitants adorent les Huo-foo, dieux vivants des Lamas ou Dieux incarnes , il faudrait plutot dire des demons
incarnes, car, quoique ce ne soient pas des demons, ils sont pires que le demon lui-meme. En effet, sous ce masque de Dieux vivants, il leur est permis de faire tout le mal qu ils veulent et de briser impunement les liens les plus sacres de la societe. Du reste, soit magie, soit intervention diabolique, il faut reconnaitre qu ils font quelquefois des choses etranges et merveilleuses, et se jouent ainsi de la credulite des malheureux chinois qui les adorent comme des Dieux vivants. II y a encore quelques sectes idolatres qui adorent le ciel materiel, ou le soleil, ou la lune, les etoiles polaires, les planetes, etc. et jusqu a cer tains demons de Fenfer. Yoila dans quelle nuit tombe 1* esprit humain sans la lumiere surnaturelle de la foi ! II s ensuit que les superstitions des petits sont presque infinies et varient comme varient les pays, les provinces et les generations d hommes; aussi, quand il s agit d idolatrie, n ose-je rien assurer de certain et de constant. Ce qui est hors de doute, c est que I idolatrie n est qu un melange de contradictions, de puerilites, de fables et de sottises de peuples egares qui vivent dans les tenebres les plus epaisses et dans les ombres de la mort; il serait encore plus vrai de dire qu il n ; j a dans Fidolatrie que des choses ridicules et propres a exciter la compassion de celui qui a recu du ciel le don de la foi et la connaissauce du vrai Dieu, Createur Supreme de Funivers.
<Pai observe que dans les provinces de Xan-si, de Hu-nan et de Hu-pe il y a aussi en grand nombre des Mahometans nommes Huei-huei-Kiao, ou bien Kiao-men. Les juifs sont dans ces rnemes provinces en beaucoup plus petit nombre sous le nom de Huei-huei-qu-Kiao. Les chefs de leur secte ne s appellent point rabbins ou rabbi comme en France et en Italie, on leur donne en toutes ces provinces le nom d Aronnistes ou d Aahuon. La dispersion des juifs les fait hair par tout le monde, comme dans notre Italic, et il n y a point de ville ou de village compose de seuls hebreux. Ils ont cependant deroge assez aux anciennes lois judaiques; pires que les payens, ils ne craignent pas de commettre les fraudes et les injustices les plus criantes. On m a rapporte dans plusieurs chretientes quails adressent beaucoup de ques tions aux notres, surtout sur la venue du Messie. l\ T e vous abusez pas, leur disent-ils, le Messie n est pas encore venu, nous sommes encore a Tattendre.
II y a, non-seulement dans les grandes villes, mais aussi dans les principaux bourgs et villages, un grand nombre de temples de fausses divinites qu on appelle Miao-iu. On trouve, en outre, dans chaque ville, beaucoup de couvents de bonzes et bonzesses des sectes de Tao et de Too. Tons les temples et couvents des idolatres possedent des terrains et des immeubles, et dans cha que ville ils ont de tres-belles proprietes qu on prendrait pour des maisons de campagne plutot que pour des couvents. Ces bonzes et bonzesses recitent en chceur de tres-longues prieres. Tout le temps que dure cette recitation, ils se tiennent agenouilles, les mains jointes, les yeux baisses, la tete immobile, etc.; ils ne se levent qu a Fexemple du celebrant et de ses acolytes, quand ils se sont vetus d ornements solennels pour faire devant les idoles les ceremonies prescrites. Ils s acquittent de ces ceremo nies avec une gravite et une modestie incroyables. Les bonzes des deux sectes remplissent egalement les fonctions de pretres et de celebrants; mais les religieuses et les bonzesses en sont exclues. Quant aux bonzes, ils ont coutume de solenniser avec grande pompe et magnificence les jours de fete, les anniversaires de la naissance et les jours onomastiques de leurs principaux personnages, ainsi que les septenaires et les anniversaires de leurs morts. Le costume et les orneinents que portent les bonzes dans ces solennites sont extremement precieux, et quant a la forme, ils ressemblent beaucoup a. nos chapes et a nos surplis. Je pense bien que les bonzes ont emprunte a nos missionnaires la forme de leurs ornements, au temps de Tempereur Kam-shi ou la religion chretienne etait libre. Dans ces grandes solennites dont j ai parle, ils elevent d ordinaire des theatres tournes du cote du temple, ou de Fidole, ou du tombeau du defunt, dont ils honorent la memoire.
Le calendrier chinois suit les phases de la lune. Tous les jours de Fannee y sont designes par des indications particulieres qui distinguent les jours heureux des jours nefastes. En ces derniers jours aucun payen ne se hasarderait a ensevelir un mort, a conclure un mariage, a faire un repas de noces ou a entreprendre une affaire de quelque importance. Tous les calendriers qu on repand dans les provinces doivent concorder avec le calendrier Imperial de la capitale, qui regie tous les autres calendriers, particulierement en ce qui regarde les jours heureux ou nefastes.
Malheur a quiconque enfreindrait cette loi ! il serait certainement puni des peinea les plus graves. Ceux qui sont charges pres de FEmpereur de designer dans le calendrier les jours heureux et. nefastes, sont les bonzes de la secte des Lamas, lesquels se vantent follement d avoir recu des Dieux le don de la sagesse et du discernement des destinees des hommes. Ces bonzes sont aujourd hui les favoris et les privilegies de 1 Empereur, qui a coutume de les consulter dans les affaires les plus difficiles de son Empire. On ne commit ici ni sabbat ni dimanche; rnais les payens observent les nouvelles lunes, et c est ce jour la que les principaux mandarins ou gouverneurs vont d ordinaire faire au Temple de Confucius leurs adorations et leurs sacrifices. Les gens du peuple celebrent les memos jours de fete, son-settlement en 1 lionneur de Confucius, mais aussi en Thonneur de leurs Dieux tutelaires, et specialement en Thonneur des esprits de leurs morts. II y a encore d autres fetes institutes par les Chinois seulement en Fhonneur de quelques Dieux principaux. En ces jours la, surtout dans le Hu-quan, on se donne et 1 on se rend d ordinaire le salut par ces mots : // Eelicitons-nous avec les Dieux! // demence ! Quand sera-ce done que ces peuples trompes par le de mon connaitront ce Dieu qui est le vrai createur et le maitre du ciel et de la terre? Quand laissera-t-on enfin nos missionnaires enseigner librement la voie du salut a un peuple qu il serait facile d amener, quoique idolatre, a la foi, si Fon pouvait la lui precher, et si les chretiens n etaient pas exposes a tant de tourments, a tant de mauvais traiternents, et meme a la mort!
II n y a point de superstition qui ne trouve aujourd hui pro tection pres de Tempereur et des ministres d Etat, et c est pourquoi il n y a point de Divinite qui n ait ses adorateurs cliez les Chinois, ni de superstition a laquelle ils ne pretent creance. Le gouvernement approuve tout, justifie tout, permet tout; bien plus, le peuple est souvent engage par des edits publics de FEmpereur a adorer tantot telle Divinite, tantot telle autre. II est de ces Dieux qui ont etc invented et eleves aux honneurs divins par TEmpereur lui-meme. On ne prohibe que le culte du vrai Dieu, et la religion chretienne est en Chine la plus humiliee, la plus avilie, la plus meprisee et la plus persecutee. A peine le traite de paix avec les anglais etait-il conclu, que TEmpereur promulgua de nouveaux edits pour exciter les sujets a adorer de nou-
velles Divinites appelees Xam-ti (rois supremes), en exposant la bonte et les prerogatives de ces Dieux et en promettant leur pro tection a leurs adorateurs.
Da reste, il faut attribuer les mosurs des Chinois en grande partie aux enseignements de leurs anciens philosophes, dont le premier est Confucius et le second serait Muncius. Les ecrits de ces auteurs et de leurs disciples sont les plus estimes de toute la Chine; ils exercent un empire absolu sur le cceur des Chinois. Leur doctrine est regardee comme infaillible; elle est adoptee et veneree par toutes les classes de la population coinme un oracle descendu du ciel pour montrer a I homme la route du bonheur. Cette route, dont il est parle si souvent dans presque tous les au teurs estimes de la Chine, est precisement celle qu ils ne sont jamais parvenus a connaitre; aussi n ont-ils pu en dormer une defi nition satisfaisante. Toute la sagesse des Chinois se reduit a savoir connaitre et interpreter les livres de ces philosophes classiques. Aucun Chinois n aurait de credit dans une societe de personnes instmites, s il n etait d abord bien verse dans la doctrine de Con fucius et de Muncius. Pourtant ces livres si loues, si vantes par tout le Paganisme, n ont guere de valenr. Je les ai pris expressement entre les mains ces jours-ci, et je suis a les lire. On n y trouve qu un assemblage informe de propositions et de inorceaux deta ches de lecons morales, en belles phrases ronflantes; mais on n y voit aucune composition, aucune coordination reguliere de matieres qui s enchainent. Les enseignements, quoique tires de la na ture de I homme et des proprietes des choses, y sont en beaucoup d endroits, ou tout a fait obscurs, ou tres-ambigus et imparfaits. Ce sont neanmoins ces livres qui inspirent tant de presomption et d orgueil aux lettres et qui forment les grands homines de la Chine ! L Evangile seul pourrait par sa lumiere dissiper les tenebres qui obscurcissent leur intelligence actuelle et donner une clarte parfaite aux idees peu nettes de ces philosophes payens. Leurs ecrits prouvent d une maniere evidente et incontestable que 1 idee de 1 existence d^un Etre supreme ne leur manquait pas entierement, mais ils en ont parle en termes trop confus. Tous ces ecrivains, qui ont rempli tant de volumes en s efforcant d^eclaircir les oeuvres de leurs philosophes, n ont reussi qu^a les rendre plus obscures qu elles n etaient, et encore en les souillant d ? une infinite de balivernes et de fables mythologiques auxquelles ils
ont tache de donner des explications d un caractere superstitieux et le plus grossierement idolatrique. Aujourd hui surtout les extravagantes superstitions des Chinois, meme de ceux qui passent pour sages, sont arrivees au comble.
Si maintenant il faut parler de la modestie et de la gravite chinoise, on peut dire qu en effet les Chinois sont certainement la nation la plus grave du monde. Aucun homme n oserait sortir de cliez lui pour marcher a cote d une ferame , meme vieille , fut-elle sa sceur ou sa propre femme. Les femmes de families honnetes ne quit tent jamais leurs foyers que pour des affaires importantes, et elles rougiraient d entrer dans des bouti ques ou maisons de commerce, meme dans leur voisinage, a moins que d autres femmes ne s y trouvassent. Qnand un homme, etranger ou ami, n importe, entre dans une maison, les femmes honnetes se retirent a part , elles ne s asseient pas a la table occupee par les homines , mais elles mangent separement dans une autre piece. Ces regies s observent rigoureusement dans les festins, dans les noces, aux funerailles et dans les fetes de payens. En semblables circonstances , les femmes , particulierement les jeunes filles, n oseraient pour rien au monde s asseoir a la meme table que les hommes, ou se meler a eux. Ce serait la une chose qui provoquerait certainement Findignation et Fhorreur des con vives; il en serait de meme, si un homme entrait dans un festin de femmes ou s asseyait parrni elles. Meme apres les fiancailles , on ne permet pas a riioinme de voir sa propre future , sinon quand elle est conduite chez lui cornme sa femme , au son de la musique, avec touts la gravite et toute la modestie possible. II n est pas question , en pareil cas , de danses , qui ne sont point dans les usages du pays; les parents croiraient, au contraire , diffamer leurs propres families, si leurs fils dansaient avec des femmes. Aussi est-il bien sur que , si des Europeens dansaient quelques part dans ces contrees, les personnes honnetes ne permettraient pas a leurs enfants d^assister a ces bals , meme conime simples spectateurs ; si grande est la modestie de cette nation idolatre !
Mais revenons au futur epoux. Avant les liancailles, on ne lui permet qu une seule fois de voir sa future , mais a la derobee, et cela encore rarement; car souvent ce sont les parents qui font les fiancailles pour leurs enfants, meme a Finsu de ceux-ci, et
sans qu ils osent s en meler; ainsi le veulent les coutumes et les lois Chinoises. Conclure des fiancailles sans Tassentiment des enfants est bien un usage contraire au droit naturel ; neanmoins il demontre a merveille jusqu a quel point les payens, meme seulement eclaires par la lumiere naturelle, abhorrent les desordres et les fredaines de la jeunesse, et le vice da libertinage.
Dans la province de Xan-si, qui est la plus civilisee de la Chine et ou j ai fait pendant plusieurs annees les courses de mon ministere apostolique, j ai vu de mes propres yeux les habitants observer une gravite et uae modestie incroyables , et beaucoup plus grande encore que dans toutes les autres provinces. Pai remarque en beaucoup de lieux de la province de Xen-Si que les fe names jeunes, mariees ou non, quand elles voyagent (ce qui est fort rare), soit a cheval, soit en voiture, se couvrent entierement le visage d ; un voile noir, par pudeur naturelle , et pour echapper aux regards des hommes. I/ampleur des vetements de femmes est telle quails leur couvrent largement tout le corps jusqu au cou; les manches en sont tres-larges et la robe est garnie d une collerette. Les femmes ne se servent d aucune ceinture pour serrer et ajuster leurs robes, parce que, dans leur opinion, ce serait contraire a la gravite et a la modestie qui conviennent au sexe. Non-seulement elles ne voudraient point se servir de parures , ou de corsages transparents , mais elles se croiraient deshonorees , si leurs amples vetements laissaient le moins du inonde paraitre leurs formes. Meme les courtisanes les plus impudentes n oseraient le faire. En un mot, les femmes Chinoises, fussent-elles richement vetues , comme dans ieurs festins de noces, aux anniversaires de leur naissance ou dans les fetes du Paganisme, observent une modestie incroyable dans leur mise, et une gravite telle dans leur maniere d agir et de parler qu elles etonneraient meme les femmes les plus modestes d Europe; bien plus, en pareilles circonstances elles observent une gravite encore plus grande que de coutume. Pour parler ensuite des femmes chretiennes dans les eglises , les oratoires et autres lieux de priere, elles sont tellement separees des hommes que souvent les personnes des deux sexes peuvent a peine se voir les unes les autres. Aucun chretien ne voudrait certainement s ageuouiller pres des femmes, ne fut-ce que par point d honneur. Quand elles s approchent de Fautel pour recevoir les saints Sacremeiits , elles
se couvrent (Fun voile comme les religieuses d ltalie. Qu on ne s etonne done pas si dans les ports de mer les Chinois haissent les Europeens d une haine implacable, en les appelant Pam-quei, ou bien Si-fam-quei, epithete que les Europeens ne comprennent pas et qui veut dire diables de I Occident. La raison de cette haine , de ce disaccord des Chinois avec les peuples europeens n est autre, comme le disent les Chinois , qne ce manque de gra vite dans la maniere de se vetir, d agir et de parler des deux sexes, qui corrompent Tun et Pautre les bonnes mceurs des Chi nois. Et si les Europeens pouvaient s entendre avec les Chinois sous le rapport de la gravite et de la mockstie, oh ! quails se feraient aimer et desirer dans toute la Chine par leur science et leur habilete !
J ai du plusieurs fois rougir en distribuant aux fideles quelques medailles ou images de Saints et de Saintes manquant de toute gravite et faites sans respect des anciennes regies de 1 Eglise catholique, a la poitrine dessinee, aux vetements d une recherche indecente, a la gorge et aux pieds decouverts, telles, en un mot, qu on aurait pu douter si elles representaient des objefcs sacres. Certaines images de la Vierge Immaculee ellememe n^etaient pas exemptes de ces contre-sens. Comment serait-il possible que les Saints, modeles de vertu et de modestie, comment serait-il surtout possible que la Tres-Sainte Vierge, mere et miroir de purete, se fussent vetus d une maniere telle que les payens eux-memes, avec leurs seules lumieres naturelles, la reprouvent hauternent, comme indignes de personnes sages et honnetes !
Apres avoir tant parle de la modestie et de la gravite des Chinois, suivant ce que j ai pu observer et voir de mes propres yeux, il est juste que je dise maintenant quelques mots a cet egard en ce qui concerne les bonzes et bonzesses. Cette race d imposteurs semble avoir degenere passablement de la gravite et de la modestie si naturelk s aux membres de cette grande nation. On dirait ineme qu ils out perdu jusqu a la pudeur naturelle a tout homine ; car les bonzes et les bonzes ses portent le meme costume, de sorte qu on ne distingue point parmi eux Thomme de la femme ; et quant a moi , je ne suis point parvenu jusqu ici a discerner un sexe de Fautre. Dans les convents soit d hommes soit de femmes on n ? observe
aucune espece de cloture ; les bonzes et bonzesses n ont qu a suivre leurs caprices et vivent, sans regie aucune, comme les aniinaux. En realite, il n y a que la vraie religion qui puisse prescrire ties regies de cloture et enseigner le moyen d eviter les occasions de faire le mal; car les ministres du culte idolatrique, avec leur conduite abominable et leurs pernicieuses doctrines, ne font que pervertir les moeurs en detruisant la modestie et cette repugnance instinctive pour tout ce qui est inal, que la nature elle-meme a gravee dans le cceur de 1 homme. Autant les Chinois mettent de la gravite et des formes ceremonieuses j usque dans leurs affaires commerciales, autant leurs vetements, si modestes, sont varies ; mais on peut les reduire a trois sortes : les vetements ordinaires, ceux de ceremonie et ceux des funerailles. Les vetements ordinaires sont ceux que porte communement tout le monde, et quant a la forme, ils ne different point suivant la condition des personnes ; il n y a de difference que dans la valeur de 1 etoffe plus ou moins bonne. On n use des vetements de ceremonie que dans les repas, a la nouvelle annee, aux fetes les plus solennelles, aux noces, aux anniversaires, etc. Dans les tribunaux ks mandarins et les personnes de rang portent d ordinaire des vetements plus ou moins somptueux. Les vetements de deuil (ils sont de couleur blanche) servent aux convois et dans les repas funebres; les parents du defunt doivent les porter pen dant un certain temps determine par la coutume, et suivant que leur degre de parente est plus ou moins proche, leur mise doit etre plus ou moins lugubre, et le temps de porter le deuil plus ou moins long. Quand Yon est tenu a un grand deuil, on doit porter des vetements de toile entierement blan che de la tete aux pieds : le bonnet, le chapeau, les souliers doivent etre exterieurement recouverts de toile blanche, et le par-dessus ou la robe doit avoir la forme du vetement des bonzes; cela est neanmoins interdit aux chretiens. Les militaires usent de vetements un peu differents quant a la couleur; puis ils ont sur la poitrine et sur les epaules une bande avec deux lettres marquant a quel corps ils appartiennent. Enfin les mandarins, soit civils, soit militaires , portent au milieu de leur tunique, c est-a-dire sur la poitrine et sur les epaules, 1 image d un dragon avec quelques fleurs, qui sont plus ou
moins nombreuses, plus ou moins ornees, suivant leur grade et leur dignite.
Chez le peuple il y a beaucoup de manieres de parler et de saluer, que cliacun doit observer, meme les gens ignorants du vulgaire, et meme les enfants, des qu ils sont capables de discernement. Malheur a celui qui enfreindrait ces regies, ou refuserait de s y soumettre, quand il y est term ! Car il s exposerait par la a de grandes difficultes ou querelles; aussi arrive-t-il souvent que les confesseurs obligent leurs penitents a faire, par example, une genuflexion devant telle personne qai a droit, en certaiues circonstances, a cette marque de respect. On peut reduire a trois le nombre des manieres de saluer. La premiere consiste en une simple inclinaison de tete; la seconde en une inclinaison profonde du corps, accompagnee de Televation des deux mains jointes, et ^inclinaison doit etre plus ou moins pro fonde, suivant les personnes et les circonstances. La troisieme est une genuflexion avec abaissement de la tete vers la terre, dont on Fapproche plus ou moins suivant les circonstances et les personnes; on n use de cette derniere salutation qu envers les Dieux, les mandarins, les parents, les pretres, et envers ceux dont Ton sollicite un bienfait ou qu on invite a un repas de ceremonie. Les salutations, les inclinaisons et les prosternations dont usent entr eux les gens officiels sont beaucoup plus variees, et il faudrait un volume pour les decrire. Les instituteurs et les parents enseignent a la jeunesse des 1 enfance la modestie, la gravite, le beau langage et les formes ceremonieuses de la nation , qui sont beaucoup plus compliquees pour les per sonnes bien elevees que pour le vulgaire.
Yotre Paternite Eeverendissime n apprendra point sans plaisir qu il y a lieu d^aj outer au tres-grand nombre des saints confes seurs, vierges et martyrs, qui ont to u jours fleuri et qui continuent a fleurir dans notre ordre Tranciscain, un nouveau martyr qui a donne sa vie dans mon vicariat en temoignaore de la foi de Jesus-
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Christ. C est le T. E. P. Jean de Triora 1 , martyrise dans la ville de Cham-sa-fu. La relation de son martyre et de la translation de son corps a ete envoyee, en ces dernieres annees, a votre Paternite Eeverendissime. J^espere que je pourrai, s^il plait a
J ) Aujourd hui venerable.
Dieu, introduire Fan prochain, apres Paques, le proces de son martyre, ainsi que celui du martyre de deux Peres Lazaristes et de huit autres martyrs de nion vicariat, savoir deux pretres, trois catechistes et trois fideles, tous huit chinois. Mais ce n est point la une affaire aussi facile qu on le croirait au premier abord : il y a mille forrnalites a remplir, de tres-longs voyages a faire, des proces-verbaux et d autres pieces a ecrire, d apres les reglernents et les formulaires envoyes par la sacree congregation des Rites. Relativenient aux depenses qu entrainera le proces du martyre des deux Peres Lazaristes, Mgr Rameaux, eveque de Myre > m a ecrit que leur superieur general nous les rembourserait. Quant au martyr Eranciscain, notre confrere, et aux autres, je devrai faire du mieux que je pourrai dans notre pauvrete, et le Dieu, qui glonfcatur in consilio Sanctorum suorum, ne manquera certain ement pas de me fournir les ressources necessaires pour atteindre a mon but.
Voila, Eeverendissime Pere, que j ai repondu, au moins en partie, a vos questions. Je vous assure que je n ai ecrit tout ceci que par obeissance; car, quoique j ai ete sacre eveque, je n ai pas cesse d etre membre de 1 ordre seraphique, et je dirai toujours avec S* Francois Xavier : // Qae j oublie ma main droite plutot que de t oublier, 6 Eeligion Seraphique ! //
En vous saluant de tout co3ur et en me recommandant a vos prieres, je me declare avec veneration et respect,
De votre Paternite Reverendissime, Le tres-humble et tres-devoue serviteur,
FR. JOSEPH, Eveque d Aradia, 7 icaire apostolique du Hu-quan.
TEOISIEME PAETIE,