‹ Annales des missions franciscaines Volume 4Chapitre 37 sur 73 · ETAT MORAL DE LA MISSION · texte numérisé non relu

ETAT MORAL DE LA MISSION

Si un voyagenr, passant dans nos missions de FAlbanie, se mettait a considerer 1 ignorance et les vices des habitants, sans prendre la peine de remonter a la source du mal, il s etonnerait sans doute que, malgre les efforts incessants des Missionnaires catholiques, toutes ces peuplades ne sortent pas d une pareille situation. Mais en verite, Mgr Ciurcia, notre digne confrere, s en est convaincu par de serieuses observations, cela s explique : 1 parce qu elles sont trop dispersees par le genre de vie pasto rale qu elles menent; 2 par une certaine indolence naturelle a Tegard des choses de Dieu et de Tame; 3 par le grand attachement que ces peuplades ont aux traditions, aux fables, aux coutumes de leurs ancetres; 4 par la forme de leur gouvernement qui est a peu pres republicain, mais sans Fordre des republiques; 5 par 1 inertie du gouvernement turc, dont la politique consiste a voler et laisser faire, pour manger et ne rien faire; 6 enfin par je ne sais quel penchant a la barbaric. Telles sont, a mon avis, Reverendissime Pere, les veritables causes des maux de ces contrees. C est pourquoi je pense qu on n a cherche jusqu^ici a y remedier que par des palliatifs, en en combattant les effets sans en atteindre le principe, qui a toujours etc et est encore 1 ignorance, mere commune de tous les vices, et c est Fignorance que j ai toujours travaille, ainsi que mes confreres, a dissiper. En efTet, depuis que je suis Prefet Apostolique, nous avons etabli trois nouvelles residences, afin que ^augmentation du nombre des ouvriers permit de mieux cultiver cette vigne et de la reridre vraiment digne du Seigneur; et Dieu merci, beaucoup de graves abu-s ont disparu : les fetes se celebrent partout selon le calendrier Gregorien; tous les fideles frequentent les Sacrements et assistent en plus grand nombre a la sainte Messe ; on apprend les prieres ; le nombre des excommunies , dont les listes etaient desolantes il y a quinze et vingt ans, diminue; les concubinages sont plus rares; les hommes n epousent plus leurs belles - sceurs , et ne vendent plus leurs filles aux Turcs; on ne voit presque plus d enlevements ou de fuites des femmcs; on ne reste plus des annees entieres sans s unir en mariage devant FEglise, et ainsi de suite. Je ne dis pas qu il n y ait encore beaucoup a faire, mais nous sommes en voie de grande amelioration.

Nous esperons done parve-nir, avec 1 aide de N.-S.-J.-C^ avec

la puissante protection de la Vierge Immaculee et ^intercession de notre Pere Seraphique, a peri ectioimer 1 ceuvre confiee a nos soins.

Je crois maintenant, Reverendissime Pere, avoir satisfait aux desirs de Votre Paternite Revereudissime, en vous adressant une relation qui ne deplaira point au T.-R. P. Marcellin de Civezza, ti qui je rendrai compte plus tard de tout ce que nous contiimerons a operer en ce pays. En terminant, je me recommande a vos prieres , je vous baise vos mains venerables et je vous demande votre benediction seraphique. J ai I honneur de me dire de nouveau

De Yotre Paternite Reverendissirne Le tres-hunible et tres-obeissant fils en J.-C. FR. GABRIEL DE BRACCIGLIANO,

de la Province de Salerne , Prefet Apost. des montagnes de Scutari.

Page 1