MISSION A SAN-GIOVANNI
Au E. P. ALEXANDER HERCULE DE SOLEEO, gardien du college
de Tarija.
San- Giovanni, 11 novemlre 1861.
EEVEEEND PERE ,
Jesus-Christ, qui dans la plenitude des temps fut crucifie sur la croix, ne veut pas que son sang precieux ait coule inutilement, et c est pourquoi il m on tie par mille moyens aux enfants qu il a rachetes par Teffusion de ce sang, le chemin de la vertu et de la
penitence dans lequel il est venu les appeler a marcher, pour qu ils puissent parvenir a la gloire eternelle.
On remarque aujourd hui un merveilleux changement chez tous, ces habitants si nombreux du sud de cette province de Cinti, qui jusqu au 24 juillet de cette annee avaient vecu comme beaucoup d autres, livres a toute sorte de preoccupations terrestres, sans songer aux destinees de leur ame, ne cherclmnt qu a acquerir ou accroitre des biens perissables et a se procurer des plaisirs defendus; il est beau de les voir regeneres dans la grace de Dieu, eux qui i avaient longtemps comme oublie, et refugies de nouveau a Tombre de cette sainte religion, chargee de restituer a Hiomme sa dignite primitive, la paix qu il a perdue et les esperances celestes.
Maintenant comment cela s est-il fait? Par la parole evangelique sortie des levres de saints ministres qui, du haut de la chaire de verite, ont prodigue a ces fideles leurs soins apostoliques. Ces ministres etaient trois venerables religieux Franeiscains du col lege de Tarija. Oui, c est vous, 6 dignes fils du patriarche Seraphique d^Assise, c est vous qui, guides par la main misericordieuse du Seigneur, obeissant, comme vous le ferez partout ailleurs, aux secretes impulsions de votre zele apostolique pour le bien de vos freres egares, objet constant de votre ardente et universelle charite, nous avez rendu les joies du ciel!
Nous que la Providence divine a places en ce lieu, pour y pas ser les quelques jours de notre vie mortelle, nous avons ete temoins des rudes travaux, des privations de tout genre et des sacrifices que vous vous etes imposes a cette fin. Nous avons vu de nos yeux le changement opere en cette nouvelle Ninive convertie par vos exhortations apostoliques et le feu de charite vive qui ne cesse de bruler dans vos cceurs, 6 Peres Thomas Marie Gallo, Athanase Montanari et Athanase Berardi, et qui s en epanche comme une source de vertu, de religion et de sublime morale, ou les ames chretiennes peuvent se desalterer et se retremper dans les principes sur lesquels doit s appuyer une vie conforme aux prescriptions divines.
Nous devons done benir du fond du coeur ces religieux, grace auxquels nous avons vu reparaitre a notre horizon Tarc-en-ciel pacifique qui nous permet d esperer que le pere de toute bonte et de toute consolation fera eclater sur nous sa misericorde. Ah !
ce n est point Famour des biens terrestres, on tout autre motif interesse qni aurait pu les amener des regions si lointaines de FItalie dans cette Amerique; car la ils auraient bien aussi eu un cloitre comme celui du college de Tarija, rnais beaucoup plus agreable au sein de leur patrie, jardin de FEurope! Eh bien ! ils ont genefeusement renonce a leur patrie et a toutes leurs affections, uniquement pour nous donner un solermel spec tacle de vertu, d abnegation et d activite apostolique. Nous faisons cette declaration pour ^instruction salutaire de certaines gens portes a ne voir dans Farrivee parmi nous de ces serviteurs de Dieu, qu une nouveaute qui ne nous serait d aucune utilite reelle. Qui ne se sentirait, au contraire, profondement touche en voyant comment dans ce peu de temps qu ils ont passe parmi nous, ils ont montre, meme aux moins clairvoyants, qu aucune institution humaine ne saurait procurer autant d a van tages que la religion catholique, et Fordre pauvre de S -Prancois d^Assise, dont ils sont les fils? Examinons done rapidement ce que fut leur mission dans notre pays.
D^abord il faut signaler leur courage et leur admirable constance dans Fexact accomplissement de leur ministere apostoli que; car, non contents de se tenir toute la journee au confessionnal, assieges d^une foule de penitents qui leur laissaient u peine le temps de celebrer le sacrifice non sanglant, ils continuaient a entendre les confessions, meme dans les heures de la nuit, si necessaires au. repos et a la reparation des forces affaiblies par les fatigues de la journee, sans parler de la fatigue que leur causaient la cliaire, Foraison et les chants spirituels. Qui depeindra Faffluence des auditeurs qui se pressaient autour de nos missionnaires pendant leurs sermons et leurs instructions? C etait une multitude innombrable qui depuis le commencement jusqiFa la fin de la mission assista constamment a toutes les ceremonies religieuses. Eien de plus touchant surtout que les deux commu nions generales qui eurent lieu, Fune le 13 octobre, Fautre le l er novembre, et que la procession expiatoire, a laquelle ne manqua personne soit de Fun, soit de Fautre sexe, et ou tous, en habits de penitents, suivaient avcc componction les religieux. Je passe sous silence Foffice solennel qui fut celebre pour les ames du Purgakrre, et les adieux a cette population, et Ferection de la croix. Souvenir sacre de la mission, sur le majestueux piedes-
tal eleve devant notre eglise; en verite, s il se trouve parmi nous Fun de ces hommes qui vont debitant que la Religion s est eteinte dans notre population, il a recu ce jour la le dementi le plus eclatant possible. Combien ces bons Peres ont travaille pour le salut des ames et la gloire du Seigneur! Sans une assistance speciale du ciel, ils n auraient certainement pu supporter pendant deux mois entiers de si rudes fatigues de jour et de unit, et cependant ils n ont pas fini; car en laissant ici les fideles plonges dans le deuil et la desolation, ils sont alles porter les bienfaits de leur apostolat a ceux de Camataqui.
Mais il n y a point de plume qui puisse dignement retracer tout ce qu ont opere ces saints cenobites et missionnaires , avec une abnegation telle, que tous les coeurs en ont etc et en seront longtemps profondement touches.
Recevez done, 6 venerables pretres , recevez les benedictions de ces crntaines de chretiens, que vous avez ramenes sur le chemin du salut par votre vie exemplaire, par vos enseignements et par vos secours spirituels. Recevez les benedictions d innombrables epoux et epouses que vous avez leconcilies et fait jouir de la paix du Christ. Eecevez celles que vous offrent les per.s de famille, auxquels vous avez rendu pleins de docilite des enfants egares, qui ne vous benissent pas moins eux-memes, saintement heureux d avoir reconquis Tamour de leurs parents. La croix que vous avez elevee devant cette eglise , restera comme un monu ment eternel de Fapostolat que vous avez exerce parmi nous en 1861; ce sera, nous 1 esperons, Farbre de vie pour la generation naissante, 1 arbre d^une vie nouvelle, d^une vie chretienne, d une vie religieuse.
Et vous, Reverend Pere Gardien, recevez de meme, ainsi que votre venerable communaute, les vifs et sinceres reme-ciments des ndeles auxquels vous avez envoy 6 des religieux si distingues et veritablement faits pour regenerer les ames pecheresses par la grace de Jesus-Christ. Oh ! je n^n doute pas , le Dieu qui se complait en ses serviteurs, vous a prepare et vous reserve dans son royaume eternel une couronne de gloire proportionnee a vos travaux.
Le Syndic de San-Giovanni , SIMON LASCANO.
MISSION DE CAMATAQUI.
Au Reverend Pere ALEXANDRE HEUCULE DE SOLERO , Gardien
du college de Tarija.
Camataqui, 13 Janvier 1862.
Les fideles de Carnataqui conserveront a jamais le doux sou venir de la matinee du 11 novenibre dernier, ou, dans sa bonte et sa rnisericorde infinie, la divine Providence a fait arriver parmi nous les Beverends Peres Thomas Marie Gallo, Athanase Montanari et Athanase Berardi , ministres saints de la parole de Dieu , herauts da Crucifix , qui en nous donnant une sainte mission nous ont apporte la paix.
Or, des le di mane he suivant, 17 du mois, ils ouvrirent la sainte mission par deux sermons pathetiques et eloquents d un gout exquis et d une force irresistible. Ils continuerent a precher pendant quinze jours sans interruption et attirerent des plus grandes distances une foule d auditeurs par le charme de la verite evangelique, par la merveilleuse solidite de leurs raisonnements et par la sainte onction de la parole de Dieu. Aussi vit-on des le 20 du mois tant de penitents accourir a leurs pieds qu on ne leur laissait que le temps strictement necessaire pour prendre un peu de nourriture et un moment de repos. Le 12 decembre eut lieu ensuite la belle et touchante ceremonie de la communion des enfants, et le 22 celle de la communion des adultes des deux sexes, laquelle dura plus de deux heures, outre le temps employe an saint sacrifice de la messe et au sermon qui 1 accompagna. Apres cela, j eus la satisfaction d assister, a cinq heures du soir, a une procession expiatoire entremelee de sermons d une force si persuasive que tons les auditeurs en etaient frappes, surtout au moment oil les saints predicateurs joignant Fexemple a la parole traverserent tout le village, charges d une lourde croix, la tete couverte de cendres, et le front ceint d une couronne d epines piquantes. Oh! qui n aurait ete emu a un pareil spectacle? On vit une infinite de personnes les imiter dans cet acte de penitence; c etait une scene religieuse d une grandeur incomparable. Le lendemain on celebra un ser vice solennel pour le repos des ames du purgatoire , et tous
les dimanches qui suivirent les quinze jours de predications non interrompues, il continua a y avoir a la messe paroissiale des instructions et des sermons, avec de nombreuses communions, ct chaque fois le chant du trisagion en Fhonneur de la Tres- Sainte Trinite; le reste de la semaine ces venerables Missionnaires confessaient sans interruption ni repos, jusqu au 12 Janvier courant, jour ou la sainte mission fut close, apres deux mois de duree, par 1 erection d une croix majestueuse sur un piedestal dresse en souvenir perpetuel d un si grand bienfait du ciel.
C est ici le lieu de parler de la conduite que tinrent ces veritable^ imitateurs du Dieu crucifie , car c est surtout par leur exemple qu ils out conquis nos ames en les portant a la vertu, a la Concorde, au pardon des injures. On ne les trouvait jamais que dans le temple, occupes tantot a celebrer le saint sacrifice de la messe , tantot a precher les excellences de notre sainte religion catholique, qui lie si bien 1 homme a Dieu que par elle il le voit mani fester ses perfections, et peut lui rendre des ado rations dignes de sa majeste infinie. Apres leur avoir laisse prendre un peu de repos, on les poursuivait j usque cliez eux dans les quelques moments qu ils y passaient, pour deposer a leurs pieds le fardeau de ses fautes. On leur avait fait quelques dons en argent, inais ils les demanderent pour quails servissent a embellir notre eglise et a la pourvoir d^ornements sacres. Ces sommes servirent en outre a clever une grande pyramide au haut de laquelle on placa une belle croix, monument de la mission. En un mot dans les deux mois qu ils ont demeure parmi nous, ils nous ont combles de tant de biens spirituels qu il en restera un eternel souvenir.
C est pourquoi profondement touche de tout ce qu a fait a Camataqui une si sainte mission, j en rends en mon nom et en celui du peuple que j ai 1 hoimeur de gouverner, de vives et sinceres actions de graces au Maitre Souverain de Punivers, puis a Votre Eeverende Paternite et a Votre Venerable Communaute de fils de S fc Erancois , en suppliant le B. P, Gardien , a qui je m adresse, de vouloir bien communiquer a ses religieux cette expression cordiale de ma reconnaissance sans bornes. Plaise a Dieu de conserver encore de longues annees Votre Reverende Paternite !
JOSEPH-EREDERIC AVILA,
Syndic de Camataqui.
Au Reverend Pere ALEXANDER HEUCULE DE SOLERO , Gardien du College de la Propagande de Tarija
Camataquij 13 Janvier 1862.
BEVEREND PERE,
Puisque le Dieu que nous adorons a daigne Jeter un regard de rnisericorde sur le triste etat des habitants de Camataqui , en faisant repandre la semence de TEvangile sur notre sol, ou avaient germe maintes erreurs que deracinerent les saints ministres qui nous Fapporterent, je crois de mon devoir de vous dire quelques mots sur les resultats de la mission seraphique que nous ont donnee vos fils , les Peres Athanase Montanari , Athanase Berardi et Thomas Marie Gallo.
Arrives ici le 11 novembre dernier, ils curent a peine touche notre sol qu ils commencerent a exercer leur mini si ere apostolique en criant au nom du Seigneur : Preparez les voies au Dieu d Israel; redressez ses sentiers; faites de dignes fruits de penitence ; car deja la cognee est a la racine de Tarbre, et tout arbre qui ne porte pas de bons fruits sera coupe et jete au feu.
A ces accents toutes les consciences souillees par 1 iniquite s ebranlerent, tous les pecheurs verserent des larmes de douleur et dans tous les coeurs commencerent a germer des pensees de salut et de repentir, des propos de changer de vie, en sortant du chemin du mal et en revenant a Tamour du Dieu crucifie pour la redemption des hommes.
Et Fardente charite des excellents religieux se deploya dans ce saint apostolat sans relache ni interruption, du 17 novembre jusqu au l er du mois suivant.
Et comme notre auguste religion, nee au pied de la croix , s est propagee sur la terre, non par la terreur des armes, mais par la persuasion et la charite, ces herauts evangeliques, pleins de cet esprit du catholicisme, se sont attaches avant tout a d;ssiper les tenebres de nos intelligences en les eclairant par les lumieres de 1 Evangile dans des instructions oii ils traiterent avec une clarte admirable les points les plus importants de la doctrine chretienne relativement a la sainte confession.
Independamment des instructions de chaque soir, nous avons entendu des sermons pleins d energie et de pathetique qui ont fait briller a nos yeux les grandes verites concernant les der-
nieres fins de Fhomme et les devoirs de quiconque professe notre religion.
Et comme la persuasion est Fame de pareils discours, Forateur en s adressant au cceur de son immense auditoire, en exciiait les sentiments et les affections a nn point tout- a -fait extraordinaire, de sorte qu il s operait dans les consciences une veritable transformation, qui les faisait, pour ainsi dire, passer de la terre au ciel. Aussi n y eut-il personne, meme parmi ceux qui etaient plonges dans la f ange du pec-lie, qui ne se reveillat ou qui ne fondit en larmes araeres de penitence, auxquelles succedaient bicntot des larmes de joie, telles qu on eprouve le besoin d en verser quand on se sent rerais en possession de la grace et de Famitie de Dieu.
C est ainsi que les pecheurs que la predication appelait a participer aux delices spirituelles, fuirent les sentiers du mal semes de fleurs, qui conduisent a la perdition , et entrerent dans les sentiers etroits, converts de chardons et d epines, en entonnant sur la harpe de David ces hymnes d allegresse vraiment chretienne, et ces psaumes brulant de Famour divin, et ces tristes chants de douleur et de repentir qui ont rendu si celebre le nom du saint roi d Israel.
A la predication de la parole de Dieu se joignait Fadminist ration du saint sacrement de la Penitence dans lequel par la vertu de cette formule ineffable et mysterieuse : ego te ahsolvo, le malheureux pecheur echappe aujoug insupportable du peclie; et il est certain que la grace qui vient du Dieu tout puissant, pouvait seule donner a nos Missionnaires la force ct la patience necessaires pour obtenir ces resultats.
I/admirable spectacle ! On voyait les habitants des environs accourir par troupes, afin de laver leurs consciences dans le sang de FAgneau et repandre des torrents de larmes au souvenir de leurs fautes, et fajre de dignes fruits de penitence qui devaient leur meriter une recompense eternelle.
Get entliousiasme religieux pour la penitence manifeste par le pcuple a produit une grand e et vive joie dans le cceur de ces saints serviteurs de Dieu , parce qu il leur prouvait qu ils recueillaient des fruits abondants dans la vigne du Seigneur, et que la parole qu ils semaient n etait pas tornbee le long du rhemin ou sur les pierres ou au milieu des epines, ma^s bien dans la bonne terre, ou elle avait pousse a mervcille.
La communion generate des enfants ties deux sexes eut lieu le 12 decernbre; et line pieuse et touchante exhortation, prononcee quelques minutes avant que le pain des anges se lit pour la premiere fois F aliment de vie de ces jeunes etres, stir les levres desquels ne se trouve ni mensonge ni malice, a penetre leurs cceurs d une devotion tendre, melee a une sainte crainte et a une veneration profonde envers Jesus-Christ cache dans PEueharistie. C est ce qu on voyaifc bien a la modestie de leurs regards, a leurs mains croisees sur la poitrine, dans toute leur attitude, par leur silence el par le temps que dura leur action de graces. Ce jour la, les prieres de Tmnocence monterent en odeur de suavite jusqu au trone de Dieu; car Dieu se plait a ecouter les prieres des humbles et des petits.
Mais un pareil bonheur etait reserve non-seulement a ces tendres enfants, rnais encore a leurs parents et a tous les adultes des deux sexes. En effet, la voix de nos apotres les appelait et les invitait tous indistinctement a une communion generate pour le 22 du meme mois, et tous, il faut le dire, s empresserent de s asseoir a la table preparee pour les noces du celeste epoux; personne ne s abstint, tous accoururent pour manger le pain eucharistique ; tous offrirent a Jesus leur ame comme demeure. Aussi tous s^abreuverent-ils ce jour la au torrent des
voluptes divines et resterent-ils comme enivres d une sainte extase dans la contemplation de la Jerusalem celeste.
Yers le soir de ce saint jour, les sons prolonges , lugubres et plaintifs de la cloche preparerent les fideles a faire dans un esprit de devotion et d humilite une procession expiatoire. Soiree terrible pour le pecheur impenitent, soiree consolante et sublime pour le pecheur repenti ! Les Missionnaires sortent de leur hos pice ; le peuple se presse autour d eux; on invoque en pre sence de Dieu les lumieres de TEsprit Saint; on implore la pro tect: on de Fauguste Eeine des cieux; puis on entend retentir du haut de la chaire de verit.e une voix forte, qui resonnant dans toute Tenceinte du saint temple, crie Penitence! // Ce mot, qui prend vie dans les exemples de penitence donnes par les saints ministres eux-memes, encourage les auditeurs a s humilier sincerement, excite dans leur ame une sainte et salntaire terreur, tire de leurs yeux des torrents de larmes, et les porte au repentir. II etait sept heures du soir, quand le peuple se mit en rang, afin de parcourir processionnellement les rues du
village. Le ciel etait couvert d epais nuages , de sorte qu une pleine nuit regnait sur la face de la terre ; c est dans cette obscurite que s avancaient les trois Missionnaires , precedes d une image du Christ ([ Eccehomo) entre deux cierges qui ne jetaient qu une faible clarte , pale et melancolique, propre a rendre ce spectacle encore plus solennel. Le peuple les suit, les hommes portant de lourdes croix, les femmes marchant a pieds nus; celles-ci ferment la pieuse procession , chantant alternativement avec les hommes les Litanies des Saints qu on entendait au loin, parce qu elles etaient repetees par Fecho des montagnes voisines. De temps en temps, lorsque ces chants eurent cesse , on entendait la voix des Missionnaires appeler de nouveau les pecheurs a la penitence. A ces accents les sentiments assoupis se reveillaient, les saints desirs s enflammaient et les fideles eclataient en de tels sanglots que les pierres memes devaient en etre touchees.
Sous Fimpression de ces mille sentiments divers , mais tous egalement saints, le peuple elevant la voix, se mit a interrompre les paroles des ministres sacres , pour s ecrier luimeme : Oui, penitence, penitence! // Alors les sanglots et les gemissements redoublerent et retentirent de toutes parts ; alors le sol fut baigne des larmes abondantes du pecheur humilie et contrit.
Ce fut la un moment vraiment sublime que celui ou la pensee de I eternite triomphait de celle du monde, Fesprit de la chair, la vertu des passions, la grace du Pils de Dieu des puis sances de Penfer.
Enfin, la croyance a la communion des saints fit celebrer le 23 un service funebre solennel avec une messe chantee pour le repos de ces ames qui bien qu heritieres du Paradis , amies de Dieu et epouses de Jesus-Christ , sont encore retenues pour se purifier dans la prison du Purgatoire, jusqu a ce que, comme les fils de Levi, elles aient paye le reliquat de leur dette a la justice divine. Un discours pathetique, prononce apres la celebration solennelle du saint sacrifice, excita en leur faveur la compassion du pieux auditoire, surtout ces paroles du saint eveque d Hippone, citees par 1 orateur dans sa peroraison : Priez pour les defunts , afin que, lorsqu ils seront dans le ciel , ils ne manquent pas de prier et d interceder pour vous. Ils ne cessent de crier, parce qu ils se trouvent au milieu des tourments et qu il y en a peu
qui leur repondent ; ils gemissent, et il n est personne qui les secoure et les console. Quelle cruaute ! quelle inhuinanite ! Ceux qui pendant leur vie aimaient a souffrir pour nous, nous adressent continuellement leurs supplications, et nous ne nous empresserions pas de leur porter secours ! // Le sermon fut suivi du chant des absoutes entonnees autour clu catafalque; puis, les pretres termirierent la ceremonie funebre en deman dant au Dieu de la paix le repos eternel pour ces ames destinees au ciel.
Une seconde communion generale cut encore lieu le 12 Jan vier 1862, i\ la grande satisfaction de beaucoupde fideles auxqucls il n avail pas etc donne de s approcher de la sainte table dans la premiere.
. C est par la que nos saints Missionnaires terminerent leurs rudes travaux apostoliques. Ils y mirent le sceau, en portanf, devant le temple, avec 1 aide des principaux assistants, une inajestueuse croix qu ils erigerent comme un monument eternel du bien qui avait etc opere et un souvenir des resolutions qui avaient etc prises de rester fidele au Seigneur.
Mais cette croix sur laquelle on lit : Mission de 1861 donnee par les Peres Missionnaires de Tarija, sera aussi pour les genera tions futures un temoignage de la charite infati gable et du zele apostolique de ces veritables fils du Pere Seraphique, et des grandes et admirables conversions qu a operees leur predication fecondee par la grace divine !
O reconnaissance, eleve-toi au-dessus de la poussiere des vanites mondaines, deploie tes ailes et faisant entendre ta voix par toute la terre, loue et benis les noms des Eeverends Peres Thomas Marie Gallo, Athanase Berardi et Athanase Montanari ! Oui, que ces noms soient veneres en tout temps et en tour lieu, et que la memoire des bienfaits one nous avons recns pinno tre reconciliation avec le ciel ne s* efface jamais de nos ccrurs !
Et vous , digne superieur de cette Sainte Comraunaute , pere , maitre et guide de ces vertueux cenobites, agree/ ce temoignage de notre sincere gratitude. Le bienfait dont nous vous sommes redevables est grand, et nous en garderons, nous vous le jurous, un eternel souvenir.
Le Prieur de Camataqui, JEAN BAPTISTE BALDIVIESO.
HEEZ^G OVINE.
Rapport du P. A^DRE SARA VAN JA, Missionnaire apostolique en Ilerzeyovine, sur I etat de la mission Franciscaine en ces contrees.
Le culte catholique jouit aujourd hui, grace a Dieu, d une beaucoup plus grancle liberte qu auparavant, parce que le gouverneraent le protege, quoique faiblement, par principe de politique, centre le fanatisme toujours vivace des Turcs indi genes, qui n epargnent aucun effort pour empecher qu on batisse des eglises et qu on obtienne une veritable amelioration de ces contrees.
La population catholique de ce vaste vicariat apostolique est desservie uniquement par des missionnaires Franciscains Mineurs Observantins, tous nes dans le pays, pauvres au milieu d un peuple extremement pauvre, et Von pourrait meme dire miserable.
I!s sont neanmoins parvenus a construire au centre de la province, avec les offrandes de pieux bienfaiteurs, un convent (commence en 1846) auquel ils out joint une eglise, malheureusement trop petite pour contenir la foule qui y accourt aux ceremonies religieuses. On n a pu la batir plus grande a cause du firman donne par la Sublime Porte en 1841, lequel en fixait Fetendue, sans qu^il fut en aucune facon permis de la depasser. Ce couvent est la demeure da Custode de la province, ainsi que d autres pretres attaches a la mission et de pretres vieux et infirmes, ou meme de jeunes pretres, non encore charges du ministere apostolique. On y entretient, en outre, plus de vingt jeunes gens qui montrent de la vocation pour 1 e tat religieux et qui serviront plus tard de missionnaires dans leur patrie. On les y recoit de 12 a 14 ans et on les y instruit, a partir des premiers rudiments de lecture et d ecriture (il n y a point d ecoles dans le pays) jusqu a la philosophic. Dans le cours des etudes, le couvent pourvoit a tous leurs besoins, sans jamais recevoir un seul florin de qui que ce soit; Tunique ressource de la maison consiste dans les modiques ofFrandes qui se recueillent a cette fin sur le territoire de la Custodie, et dont le chiffre a considerablement baisse par suite de la
pauvrete croissante de la population catholique. Cette pauvrete s est accrue 1 par les services rendus a Tarmee turque sans dedommagement convenable dans la guerre centre le Montenegro, qui a dure pres de cinq ans; 2 par les impots les plus injustes, repartis au gre des Turcs, toujours hostiles aux chretiens; 3 par les travaux ordinaires et extraordinaires executes sur les routes carrossables que les Turcs n ont commence a construire qu apres quatre siecles de domination, et auxquelles ils n ont employe en Herzegovine que les paysans; 4 par les corvees arbitrages imposees aux pauvres agriculteurs chretiens par leurs agas; 5 parce que les chretiens ont etc depouilles de leurs armes, raaintenant possedees par les Turcs, bien que ceux-ci se soient si souvent revokes centre leur propre souverain, tandis que ceux-la lui sont toujours restes tres-fideles; 6 par la longue et desolante secheresse qui a rendu leurs champs steriles ; 7 par la peste qui a exerce de tels ravages parmi leurs bestiaux que des villages entiers n en avaient plus ; 8 par les innovations continuelles introduites dans les lois du gouvernement relatives a 1 organisation civile, aux droits des sujets, a la liberte individuelle et a la liberte du culte. Trop souvent elles ne sortent aucun effet parce que Fautorite qui les promulgae ne sait leur donner aucune sanction. De la vi&nt que les Turcs indigenes, irrites de ces innovations, en veulent de plus en plus aux chretiens, et dechargent leur haine cruelle principalement sur les pay sans de notre royaume.
Yoila pourquoi la Custodie des missionnaires Tranciscains, depourvue des moyens absolument necessaires pour assurer pendant tant d annees une education convenable a ces jeunes gens, les envoyait jusqu ici en Italic, ou ils recevaient Taccueil le plus charitable et ou ils etaient entretenus par les pro vinces locales de FOrdre comme s^ils en eussent etc les propres fils. Puis, lorsqu^ils avaient termine les etudes propres a des missionnaires, ils s en retournaient aussitot dans leur patrie au service de la mission, comme ils s y engageaient par serment dans leur profession. Mais aujourd hui qu un pareil bienfait leur manque par suite des tristes vicissitudes que supportent les ordres religieux dans la peninsule italienne , il est facile de comprendre que cette mission est menacee des plus graves pre judices. D autant plus que la Custodie de FHerzegovine, ayant ete detachee par le pape Gregoire XVI de sainte memoire de la
province de Bosnie, avec laquelle elle formait auparavant une seule famille, cessa par la meme de profiter de la liberalite insigne de Joseph II, empereur d Autriche, qui avait entierement pourvu a 1 entretien de trente-quatre religieux, eleves da vicariat apostolique et de la province de Bosnie. Neanmoins, quand eut cesse en 1852 la tyrannic cruelle et persecutrice d Ali-pacha, Bizvan-begovic, qui pendant dix-neuf ans opprima les pauvres Chretiens d une maniere inouie, les niissionnaires Eranciscains batirent deux eglises, aides a cet effet par la generosite de la famille imperiale et royale cFAutriche et par la charite des habitants de Trieste , dont ils solliciterent les secours pour pouvoir achever le couvent et Teglise de Sirokibrig; il faut joindre a ces ressources le produit d une quete en divers lieux de 1 Italie, qui merite toujours bien des ceuvres catholiques. De plus, Mgr le vicaire apostolique voulut bien consacrer au meme objet les 500 ecus montant des offrandes pour la mission qu il avait recues de Tetranger. Les missionnaires ont aussi construit sept residences ou presbyteres nouveaux, et en ont repare cinq de fond en comble, travaux conside rables, si Ton pense aux tres-faibles subsides que fournit en cette occasion 1 etranger : ils consisterent uniquement en 50 florins que donna 1 ceuvre de la Propagation de la foi, etablie a Lyon, et qui ne servirent qu^a la batisse de la maison des missionnaires au grand village de Gabela. De meme, 100 autres florins, dus a d autres pieux bienfaiteurs, furent depenses pour la con struction de Feglise (jusqu a present la seule veritable eglise) de S fc Etienne, premier martyr, a Gorica. Mgr le vicaire aposto lique se batit ensuite, avec d^autres offrandes, une maison episcopale, ainsi qu un oratoire sur le plateau de Mostar.
Les maisons religieuses munies de petites chapelles, elevees jusqu ici par les missionnaires, sont au nombre de 14. Ces chapelles, dont quelques-unes peuvent contenir environ 40 personnes , se trouvent toutes au rez-de-chaussee et presque cacbees, comme au temps des persecutions des Turcs. Les reli gieux y celebrent la sainte messe, y conservent rEucharistie et y remplissent les autres fonctions ecclesiastiques. C ; est ici le lieu de dire qu avant la liberte du culte accordee aux chretiens, les Eranciscains avaient fait batir de petites eglises souterraines en pierres seches, couvertes de paille et de bois sans autre ressource que les offrandes faites par les pauvres catholiques
de la mission et leurs propres epargnes ; car ils se privaient meme (Tune partie du necessaire pour avoir un lieu, quel qu il fut, oil ils pussent celebrer les mysteres du Tres-haut.
Mais malgre tant de sacrifices, dans la plupart des lieux depen dants de la mission, on celebre encore le divin sacrifice sous les arbres, dans des grottes, pres de fenils, ou a decouvert, et pendant Fhiver, dans de sales etables d animaux, ou les catholiques accourent en grand nornbre, de 3, 4, 5 et 6-lieues de distance, souvent a pieds nus par des chemins scabreux et difficiles, sans se soucier ni des dangers des forets, ni de rintemperie des saisons , tantot froides , tantot tres-chaudes. Puis, quand ils sont arrives, on les voit en plein air, sous les rayons d un soleil brulant, ou a genoux sur la neige, assister a la sainte messe et entendre la parole de Dieu, vraiment avec la foi et la piete des chretiens de la primitive Eglise.
Cette malheureuse mission compte actuellement 43 pretres Franciscains, tons natifs du pays, outre 2 autres qui ont ete appeles a Rome comme professeurs de tbeologie, 5 qui etudient dans la meme fa cult e en Italie, 9 eleves aussi de tlieologie qui restent dans diverses provinces de FOrdre et 4 eleves de philoso phic, 5 clercs novices, 2 freres lais profes catechistes et 12 jeunes seculiers, cleja seminaristes se livrant aux etudes ecclesiastiques avec 1 intention de revetir la bure franciscaine. On y trouve environ 45,000 catholiques.
Maintenant voici les principaux besoins de cette mission. 1 Batir le plus tot possible un seminaire distinct du noviciat , ou convent religieux , pouvant contenir 36 seminaristes a y elever convenablement. Car il est impossible de tenir les jeunes gens entasses dans les etroites cellules du monastere, oii ils devraient manger, dormir et etudier ensemble, souvent an grand prejudice de leur sante , sans pouvoir faire aucun progres, soit dans leurs etudes, soit sous le rapport de leur education et de la piete. II faudrait ensuite qu il rut alloue a ce Seminaire un large subside, qu on pourrait obtenir en partie de Foeuvre de la Propagation de la foi de Lyon; car ces jeunes gens ont deja participe aux genereuses aumones de cette ceuvre. Je dois 1 avouer avec douleur, sans un pareil Semi naire, la mission entiere court grand risque de se trouver bientot depourvue d un nombre sumsant de pasteurs, et deja le man que s en fait sentir pour les raisons ci-dessus enoncees, D ail-
leurs cet etablisseinent pourrait encore aisemerit servir i\ la mission apostolique voisine de Trebinje.
2 Construire pour le moins, 10 autres residences ou presbyteres, de sorte qu a Tavenir les pauvres catholiques ne soient pas obliges de faire 3, 4, 5 et jusqu a 6 lieues, dans de mauvais sentiers, seulement frequentes par les chevres, s ils veulent recourir au missionnaire dans leurs necessites religieuses, surtout aux dernieres heures de la vie ou lorsqu il s agit de faire baptiser les nouveaux nes; encore ces courses deviennent-elles parfois impossibles, surtout en hiver, a cause des neiges, des torrents, des fleuves, tellement grossis, qu on ne sauraifc les passer, meme a cheval.
C est dans ce but que les Missiqnnaires Franciscains out clierche et sont parvenus a acquerir des Turcs, bien qu a un prix treseleve, trois emplacements convenables avec les aumones de Tceuvre de la Propagation de la foi de Lyon et (Taut-res pieux bienfaiteurs. En outre, apres bien des depenses et des difficultes, on a rachete, avec 1 aide du gouvernement turc un terrain precieux pres de la fontaine deCerin a Brotnjo. La tradition rapporte que la se trouvaient anciennement Feglise et le convent de tons les saints. Au printemps dernier trois pretres s empresserent de s etablir a Cerin, a Ljuti Dalac, pres de Blato de Mostar et a Suica; ce sont eux qui travaillent a preparer les materiaux destines a la construction des residences clont Ton a besoin, comptant sur les secours des fkleles charitables, ils n ont du reste, point eu jusqu ici d autre ressource que celle-la, pour toutes les batisses et les ameliora tions qu ils ont faites, depuis que la Custodie de THerzegovine a ete detachee de la province de Bosnie.
3 Des eglises, fussent-elles couvertes en paille, sont necessaires dans plus de deux cents villages habites jusqu a present par des catholiques, dans les cinq villes du pays, il faut qu^elles soient, ainsi que la cathedrale, proportionnees autant que possi ble, a la population qui habite ces villes et qui depuis quelques annees augmente d une maniere etonnante; de la vient que les religieux ont commence, pour la commodite des fidelfS, a rendre leurs residences stables. On y a besoin aussi d ornements sacres; mais en en aclietant avantageusement de vieux, on pourrait provisoirement s en contenter. Je ne parle pas des cloclies, parce qu elles ne sont pas aussi necessaires que ies ornements. Nous en possedons, du reste, deja trois, dont deux nous viennent de
pieux bienfaiteurs de F empire d Autriche, toujours si charitable.
4 Ouvrir, au -morns clans quatre villes, des ecoles catholiques necessaires pour instruction de la jeunesse catholique, afin de la soustraire au danger auquel Fexposent les ecoles slaves schisrnatiques, ouvertes presque partout au grand prejudice de notre religion. Nous en avons a Mostar une petite qu on a etablie a Faide des secours fournis par le gouvernement Autrichien, et ou depuis douze ans les religieux missionnaircs font gratuitement la classe. Dans Ja meme ville le gouvernement Ottoman a recemment ouvert une ecole de langue turque et d autres parties d enseignement purement profane; il y paie le professeur et donne les livres necessaires a la jeunesse catholique.
I/annee derniere Sa Majeste le grand Sultan a encore daigne nous faire don a Mostar d un beau terrain, suffisant pour y elever Feglise cathedrale, et il y a joint cette annee 25,000 pias tres turques (sur lesquelles toutefois nous n en avons jusqu ici louche que 7 mille) pour les premieres depenses. Nous entrames nussitot en possession de ce terrain, et la premiere pierre de cet edifice, qu on reclamait a Mostar depuis 400 ans, futsolennellement posee, en presence des autorites ecclesiastiques, civiles et militaires, ainsi quo des consuls des puissances catholiques; mais cette pierre attend encore Fachevement de 1 entreprise, au grand scandale des Turcs cux-memcs qtii nous croient abandonnes des catholiques nos freres, et a. la grand? joie des schismatiques qui sont sur le point de terminer leur iinposante cathedrale dans la meme ville.
S. E. le Ministre des affaires etrangeres de Prance ay ant appris que le sultan nous avait concede un terrain pour la construction des ecoles et de 1 eglise, s empressa de nous allouer gracieusement un subside de 10,000 francs. II est vrai que ce terrain ne suffirait pas pour les deux objets dont il s agit; mais il se trouve a cote trois maisons turques a vendre, avec des jardins spacicux entoures de murs, et de Feau pouvant ser\ir aux irri gations. Ce serait un emplacement excellent pour les ecoles, dont le besoin se fait si vivement sentir; on Fobtiendrait maintenant pour oGOO florins; mais le prix en augmentcra si Foil ajourne Facquisition, de sorte que nous ne serous plus capables de la faire, comme, da reste, nous n en serions pas capables aujourd hui sans Faide pieuse de nos genereux bienfaiteurs.
En cet endroit on pourrait, outre les ecoles, batir plus tard
commodement un liopital, dont nous ne saurions nous passer; car tres-souvent nos pauvres catholiques, prives de toute assis tance, meurent en desesperes sous le toit des maisons turques, ou parfois les missionnaires ne peuvent penetrer pour administrer les derniers secours de notre sainte religion.
Par tout ce qui precede chacun voit clairement quels immenses avantages produirait en peu de temps un seminaire si indispensable et reclame par toute la mission. Car la nation entiere en profiterait, meme sous le rapport des progres materiels, de Fagriculture, du commerce et de Tindustrie , toutes choses si necessaires; il est bien entendu que les Missionnaires surveilleraient avec une sollicitu.de toute speciale la inarch e de ces progres,. eux qui jouissent ici a present de Testime universelle, et qui ne cessent de travailler a policer le peuple et a adoucir les Turcs. Qui sait s ils ne reussiraient pas meme a ramener leurs compatriotes du scbisme si funeste de Pbotius? Oh! quel bien produirait un pareil seminaire, surtout dans une province, ou Ton construit en ce moment la route qui unira le Danube a TAdriatique ! En outre, il servirait a abaisser Forgueil de ceux que separe de nous le schisme oriental, et qui nous montrent un dedain insupportable, parce qu ils out deja bati liuit eglises , et qu en ce moment meme ils en construisent encore quatre autres, avec le secours du czar et de ses sujets. C est aussi sous ces puissants auspices que des ecoles tant pour les garcons que pour les filles ont ete fondees a Mostar et ailleurs.
Telle est, en peu de mots, mon bon Pere Marcellin, la triste situation des Missions Franciscaines et des chretiens de 1 Herzegovine ; il est bon qu elle soit connue des pieux lecteurs de vos Ann ales, afin quails y compatissent, et que dans leur charite ils viennent par leurs aumones et leurs prieres en aide a un peuple heroique, qui lutte depuis quatre siecles centre la cruaute musulmane pour conserver la foi de ses peres, et qui aujourd hui plus que jamais court risque de se voir accable, si la divine Providence ne la secourt pas dans ses malheurs.
TR. ANDRE SARAVANJA, Mm. Obs. Mixs. apost. de I Herzegovine.
Trieste, ce 15 mars 1861.
TBOISIEME PAKTIE.