‹ Annales des missions franciscaines Volume 4Chapitre 59 sur 73 · MON CHER PERE MARCELLIN · texte numérisé non relu

MON CHER PERE MARCELLIN

J aurais bien voulu vous envoyer tine brieve relation de mon voyage de Home a Alexandrie, ainsi que de la courte halte que j ai faite au Caire, de rnon retour en cette ville et de mon passage a Jaffa et a S t Jean de la rnontagne en allant a, Jeru salem , car vraiment la Basse-Egypte m aurait fourni amplement de matiere pour enrichir vos annales; mais tant que je ne serai pas bien installe dans ma nouvelle demeure, je ne pourrai point m oecuper, comme il convieut, de semblables sujets. En verite, j ai cru remarqaer partout de tels changements politiques et religieux qu on en est tout surpris ; ainsi on me demandait de toutes parts des missionnaires et des pretres qui remplissent le saint ministere, mais la besogne est si grande qu il faut dire : Messis quidem mnlta, operarii autem pauci. En efl^et ; on a ouvert depuis peu des Missions a Port-Said, a Man sour ah et a Damiette, et les habitants de la deuxieme de ces villes ne se contentent pas d^avoir une mission et un instituteur italien, mais demandent maintenant une ecole d arabe, de francais^ de latin, un cours de rhetorique , un cours de morale , et en outre des sceurs pour prendre soin des jeunes filles. Je tacherai de satisfaire a toutes ces demandes; mais il faut avant tout disposer un lieu ou Ton puisse etablir ces diverses oeuvres et trouver les moyens de subsistance. La ville arabe de Tanta, station du chemin de fer situe a mi-chemin d Alexandrie au Caire, me demandait aussi instamment un missionnaire; on y avait dej a prepare une maison avec une chapelle pour y faire Foffice et y administrer les saints sacrements; j y ai done envoye aussitot un de nos pretres, me reser r ant de mieux organiser plus tard cette nouvelle mission. De meine on a ouvert depuis peu de temps un nouvel hos pice et une eglise assez grande a Cafrzajat, ou s est egalement

- 3:>0

rendu nn cle nos confreres, qui aurait deja besoin d un collaborateur. Je ne vous dis rien de notre mission le Ions; de

Fistlime de Suez, que je n ai point encore pu visiter, ni de la Palestine, ni de la Syrie, qui me sont encore egalement inconnues; mais cc qui me parait necessaire, c est de prier Dieu que rn ittat operarios in vineam suam, et de solliciter la charite des fideles de venir au secours de ces regions.

Je joins a. la presente une copie de la lettre du P. Gardien du Caire, notre confrere, sur son voyage dans le Delta d Egypte en compagnie de M r le delegue apostolique; vous pourrez la publier dans vos Annales, si vous croyez que cela puisse etre de quelque utilite.

En attendant, avec Tespoir de vous envoyer bientot des nouvelles plus longues et plus circonstanciees de toutes ces mis sions, je vous presente rnes respects ainsi qu a notre T. E. P. Procureur General Erediano Pardini, et je me redis

Yotre tres-affectionne confrere, P. SERAPHIX MILANI, Custode de Terre-Sainte.

EGYPTE

Lettre du P. VALENTIN DE YERNAZZA, Observantin de la Pro vince de Ge>ies, au Reverendissime Pere CUSTODE de Terre Sainte , sur la visile de quelques parties de VEgypte faite par Mf/r le delegue apostolique en ce pays.

Grand Caire, 21 mat 1863.

PERE EEVEREXDISSIME,

J esperais aller vous rendre mes devoirs a Alexandrie avant votre depart pour Jerusalem; mais j ai du y renoncer, parce que j ai accompagne Mgr Vuicic, notre tres-digne delegue et vicaire apostolique, dans la visite pastorale qu^il a faite a Port-Said. Maintenant je me console par la pensee que vous ne tarderez pas longtcmps a revenir en Egypte, afin de visiter les convents et les hospices soumis a Votre Paternite Eeverendissime, et alors

je pourrai vous parler amplement des infcerets de notre mission en ces contrees. En attendant, je crois utile de vous donner quelques details rapides sur le voyage que je viens de faire avec Mgr le delegue apostolique.

Nous sommes partis du Caire pour Tanta, le 5 du courant. De la, apres une legere collation, nous avons continue notre voyage pour Samanud, ou Mgr le delegue a ete recu de la manic-re la plus aimable par le P. Bernardin de Frattamaggiore, superieur de Phospice de Terre-Sainte a Mansourah, par Fagent consulaire francais et par d autres personnages distingues, qui s y etaient expres rendus a cheval de Mansourali. Quand nous nous fumes reposes un peu, on nous proposa de partir pour Mansourah, soit a cheval, soit sur une Dahhi^ par le Nil. Mgr cut certainement prefere ce dernier moyen de transport; mais comme ce soir la il soufflait un vent Ires-fort et contraire, qui ne nous cut permis d amver que le lendemairi a une heure avancee, nous nous decidames a prendre des chevaux, et nous nous mimes en route avec ces messieurs, precedes d un Cavas. A peu de distance de la ville nous vimes venir a notre rencontre tous les agents consulaires avec douze Cavas, et presque tousles chretiens qui y resi dent; ils nous accompagnerent processionnellement jusqu a notre eglise, ou Mgr fut recu en grande pompe par nos religieux; puis, apres le chant du Te Deum , il exposa en peu de mots Tobjet de sa visite, et nous nous- retirames dans Fhospice.

Le lendemain je recus la visite de tous les agents consulates et des principaux personnages de la ville, qui ne se possedaient plus de joie de voir pour la premiere fois le delegue apostolique; de son cote, les remerciant, avec sa gaiete et son affabilite ordinaires, de cet acte de respect et de courtoisie, il les exhorta aetre bons, fermes et constants dans la foi.

II fit ensuite annoncer que le dirnanche 10, il confererait le sacrement de la confirmation a ceux qui ne 1 avaient point encore recu; aussi ce jour la Teglise (c est un petit magasin irregulier, convert] en eglise, ne contenant pas plus du vingtieme des Chre tiens de cette residence) se remplit-elle de bonne heure a un tel point qu il fut necessaire de placer des tentures sur le porche, afin d^y garantir des rayons du soleil les assistants qu attirait a la ceremonie soit une vraie devotion, soit la simple curiosite qui y amena les Grecs, les Armeniens et les Cophtes schisrnatiqucs.

) Sorte de barque egyptienne.

Tout se passa tres-bien, et Yon se sentait emu jusqu aux larines en voyant plusieurs chretiens, qui deja touchaient a la quaran tine, recevoir le saint Chreme. Le soir meme Mgr voulait partir pour Damiette; nous nous embarquames sur une DaJibie, preparee a cette fin, avec le P. Superieur de Mansourah et le Fr. Vin cent de Treja, qui se joignirent a nous, et nous abandonnant au vent et au courant du Nil, nous nous dirigeames vers cette ville. Malheureusement, deux heures apres, de favorable le vent devint feellement contraire, que nous ne pumes arriver que le 12, a neuf heures du matin. Quand nous eumes pris terre, nous nous rendimes a Fhospice, et Mgr recut egalement la visite des consuls francais, italien, autrichien, espagnol et anglais, et du Modir (fonctionnaire egyptien). Le 13 il administra le sacrement de la confirmation, et le soir nous partimes pour Port-Said sur une petite barque, avec laquelle nous abordames le jour de F Ascen sion a neuf heures du matin, apres avoir deja sanctifie cette fete, malgre la houle de la mer, par la celebration de la sainte Messe. Mgr recut ensuite la visite de M. Delaroche, ingenieur en chef, et d autres homrnes respectables appeles en ce lieu par Tinfatigable M. de Lesseps, afin de terminer le percement si difficile et si couteux de Fisthme de Suez, oeuvre qui fera un jour le bonheur et la richesse des peuples d ; Europe.

Le lendemain, 15 du courant, notre Pere President Erasme de Sasso, mineur observantin, presenta les jeunes garcons, au nombre de 14, qui devaient etre confirmes, et que Mgr voulut exami ner lui-meme en francais et en italien; les ayant trouves suffisamment instruits, il leur conferale sacrement quails demandaient. Maintenant, Pere Reverendissime, je pourrais vous dire beaucoup de choses de Port-Said; mais je m en dispense pour abreger et parce que le temps me manque, d autant plus que le T. E. Jacques Eado, qui a visite deniierement ce pays, pourra vous donner tous les details desirables. J ajoute toutefois que, vers le soir de ce meme jour, Mgr a administre le sacrement du Bapteme a deux enfants nes la veille , et le lendemain matin nous reprimes la mcr pour Damiette. Nous ne fumes point retardes en route par un vent contraire, de sorte qu apres seulemcut 21 heures de navigation, noas abordames heureusement, et le 18 nous nous remimes en route pour Samanud sur un vapeur de la C ie de 1 isthme que le consul de France fit mettre a la disposition de Mgr. Arrives de cette maniere a notre desti-

nation, nous primes terre, et nous nous rendimes chez un excel lent et zele catholique nomme Nand, maltais d origine, dans la chapelle domestique cluquel Mgr celebra la sainte Messe; nous Hiontames le inerne jour a neuf heures en chemin de fer, et nous reviines enfin Alexandrie , cPou je revins le lendemain au Caire.

Voila, Pere Reverendissime, voila tout ce que j avais a vous dire de mon voyage avec Mgr FExcellentissime et Reverendissime delegue apostolique. Maintenant je salue Vofcre Paternite Reverendissime, et je la prie de benir

son tres-humble et tres-obeissant serviteur,

."Fii. VALENTIN REZASCO DE VERNAZZA, Suf&rieur et cure de Terre- Sainte au Caire.

Page 1