‹ Annales des sciences géologiques (volume 2)Chapitre 37 sur 126 · C. Calcaire ooir, charbonneux · texte numérisé non relu

C. Calcaire ooir, charbonneux

L Calcaire avec Terebraiula grcgaria^ Suess., Plicn-

tula iniusslriataf Dunk 15

Épaisseur totale 1040 mètres.

Pour nous rendre bien compte de la position stratigraphique des diverses assises relevées le long de la Restonica, suivons-les au sud et au nord de Gorte.

A l'ouest de la chapelle Sainte-Marie, le long de la Restonica, on voit la protogyne s'élever rapidement vers le monte Rotondo. Les montagnes qu'elle forme sont très-accidentées, néanmoins j'ai pu les parcourir de cette chapelle au Razzo Bianco, rocher situé au sud de Gorte et de Serragio. Sur tout ce parcours, la protogyne reste constamment inférieure aux schistes luisants et ne les pénètre pas à la manière d'un filon. Au sud du Razzo Bianco, la protogyne va jusqu'au Vecchio, qui la sépare du granité à petits cristaux de feldspath et de quaitz, avec mica noir.

Au nord de la Restonica, la protogyne forme des monts de iâOOàiSOO mètres d'altitude, lesquels vont jusqu'aux montagnes de Gastirla, entièrement formées par cette roche. Au nord des montagnes de Gastirla, la protogyne disparaît sous les schistes luisants : ce fait existe de ces dernières montagnes à la chaîne du Tenda, allant du S. E au N. 0., ou de Pietralba à la mer. Les points culminants de cette chaîne varient entre 1000 et 1500 mètres. Au sommet, la protogyne est franchement granitoïde; sur les versants, elle devient schisteuse et est recouverte par les schistes luisants.

La protogyne et les schistes luisants forment donc une large bande appuyée sur les rochers granitiques. J'ai cherché vainement à savoir si le granité avait traversé la protogyme. Au Razzo Bianco, le calcaire saccharoïde est également intercalé dans les schistes luisants. La roche qui estau-dessous du calcaire saccharoïde au Razzo Bianco a pour composition : muscovite, talc, quartz ancien et récent, calcite, feldspath triclinique, sphène avec inclusions dans le talc.

On trouve encore ce calcaire saccharoïde, au nord de Serragio, au kilomètre 74 de la route de Lugo di Venaco à Corle. Enfin, il apparaît aussi à la surface du sol, au col Animanda, situé au nord de Gorte et à l'ouest de Soveria. Le calcaire saccharoïde formait autrefois une bande continue dirigée du sud au nord. Sa position stiatigraphique est défmie par ce que nous venons de dire. Il est intercalé dans les schistes luisants inférieurs au calcaire noir charbonneux, cristallin, si bien développé à l'ouest des ruines du couvent de Saint-Fmnçois ; lequel calcaire est recouvert, en ce point, par des dépôts infraliasiques, ainsi qu'on l'a dit plus haut.

Le calcaire noir disparaît à quelques kilomètres au sud de Gorte. Il forme la majeure partie du rocher sur lequel est le château fort de cette ville. On le retrouve, au nord, vers leTavignano. De là il décrit une courbe au N. E., et vient former avec les schistes luisants, qu'il recouvre constanunent, la base des terrains de la petite chaîne de montagnes dirigée S. à N. E. de Gorte, au col de San-Quilico, col situé à la rencontre de la route de Gorte à Bastia et du chemin de Tralonca à Soveria.

Les couches inférieures de cette petite chsdne de montagnes sont par conséquent : les schistes luisants et le calcaire noir charbonneux. Sur ce dernier point, on trouve un calcaire terreux, fissile, avec une lumachelle formée principalement par Tercbratula gregaria^Suess.yPlicatula m^u^^^mto,Dunk.;des fragments de Pentacrines, des dents de Poissons, etc. Cette lumachelle renferme aussi Avkulaconlorta^ Portl., c'est-à-dire que l'on y trouve les fossiles caractéristiques de l'infralias. Il importe de bien noter ce fait, tout nouveau et capital pour la géologie de la Gorse. Nous trouvons l'infralias bien caractérisé là où les auteurs voyaient du crétacé supérieur (1) ou de l'éocène moyen (2).

G'est ainsi que les schistes luisants, le calcaire saccharoïde et le calcaire noir charbonneux représentent les terrains inférieurs à répoque jurassique. Ges dépôts inférieurs sont très-

(i) Élie de Beaumonl el Dufrénoy, Carte géologique de la France, (â) Gosselet, Cours élémentaire de géologie, carte annexée à ce coors.

abondants sur la côte orientale de l'Ile de Corse. C'est pouixifuei la coupe de la Restonica et la présence de l'infralias aux environs de Corte nous seront d'un grand secours pour étudier et classer les dépôts si tourmentés de la Serra di Pigno et du monte Piobetta, ainsi que ceux situés au sud de Corte.

Cantons de SermanOy de Piedicarte et de Vezzani. — Au sudest de Corte sont les cantons de Sermano, de Piedicorte et de Vezzani. Les montagnes et les vallées qui en forment l'orographie sont presque entièrement de schistes luisants recouverts en un grand nombre de points par le^ calcaire noir charbonneux des environs de Corte. Ces dépôts ont été trës-bouleversés par d'énormes typhons de serpentine et quelques filons d'euphotide. La serpentine est également abondante aux environs de Corte, au milieu des schistes luisants.

Du pont du Vecchio, situé au nord de Vivario, à Vezzani, les schistes luisants sont en grande quantité. On y trouve de nombreuses traces de divers minerais, tels que : bisulfure de fer, chalkopyrite, sulfure de plomb, oxydes de manganèse. La serpentine y forme de très-beaux filons. Au sud-est de Vezzani, les schistes luisants sont recouverts par un calcaire noir cristallin. Ce dernier est très-abondant sur les montagnes qui séparent la maison Sabarelli du Fium'orbo. Au sud du petit hameau de San-Polo, le long de la route de Ghisoni, les schistes luisants, traversés par de nombreux filons de serpentine et d'euphotide, se terminent par un calcaire schisteux très-dur, teinté en rose et traversé par un grand nombre de petits filets de quartz. Au nord-ouest de Lugo di Nazza, ces schistes et ce calcaire rosés sont recouverts par un calcaire bleu cristallin. C'est adossé à ce calcaire que l'on retrouve, en ce point, l'horizon àeVAvicula cantorta, PoTlL Les calcaires jurassiques sont ici peu développés ; néanmoins leur présence ici est d'une grande importance, parce qu'elle nous démontre que les terrains des schistes luisants et des calcaires cristallins de toute la portion de l'ile comprenant les cantons de Piedicorte, de Vezzani et de Prunelli, au moins pour la partie nord de ce dernier, sont inférieurs à l'infralias.

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Monte Piobetta. — Au nord-est de Corte et au nord du Tavignano, est le monte Piobetta. Il a sans doute plus del500mëtres d'altitude. Quoi qu'il en soit, il est le centre de plusieurs petites chaînes de montagnes, lesquelles forment un grand nombi^e de creux que Ton désigne sous le nom de vallées, toutes bien habitées, riches en châtaigniers énormes, principalement ceux des vallées d'Orezza et d'Âlezani. Les dépôts sédimentaires sont : des schistes luisants ; un calcaire noir, le plus souvent grisâtre, cristallin, en gros bancs traversés de veines blanches de carbonate de chaux. Avec les schistes luisants on trouve quelquefois intercalée au milieu d'eux l'assise de calcaire saccharoïde de la Restonica. Je citerai comme exemple Ortiporio. Le calcaire saccharoïde y est même plus blanc qu'à la Restonica ; il pourrait être employé par les statuaires. Tous ces dépôts, sur cette énorme surface, ont été très-bouleversés par des roches éruptives, principalement la serpentine et l'euphotide. On y trouve de nombreux minerais, souvent en assez grande quantité : par exemple le sulfure d'antimoine avec un peu d'oxyde, dans la vallée d'Alezani ; tandis qu'à l'est de Moïta on trouve le sulfure de cuivre et la chalkopyrite, voire même du cuivre natif, comme à Linguizetta. Nous reviendrons sur ces faits après la description des terrains sédimentaires.

La protogyne se montre rarement de ce côté ; lorsqu'elle apparaît, elle est sous les schistes luisants, sans jamais les pénétrer à l'instar d'une roche éruptive.

Dans toutes ces nombreuses vallées ou sur la crête des chaînes de montagnes qui les forment, je n'ai rencontré nulle part l'infralias. Mais il est une roche qui a appelé mon attention plus que toutes les autres : je veux parler de la smaragdite, qui constitue avec la saussurite la belle roche qu'on appelle verde di Corsica (1).

C'est une euphotide, à feldspath compacte, le plus souvent d'un blanc mat, quelquefois violacé, avec diallage d'un beau vert-émeraude. Cette roche, susceptible d'un très-beau poli.

(1) Leymerie, ÉlétnenU de minéralogie^ p. 1^7.

est en énormes filons dans le haut des vallées d'Orezza et d'Ale* zani. Elle est au milieu des schistes luisants et serait d'une extraction facile, si elle n'était si dure. « C'est aux Romains > que nous devons la découverte de cette intéressante roche, 1» particulière au stfl de la Corse. Us en avaient orné la chapelle ^ des Médicis à Florence. Aujourd'hui nous avons la certitude ^ de nous procurer le verde di Corsica à un prix modéré, et 3 nous pouvons l'employer aussi bien à la décoration des palais 9 et des grands édifices comme à l'ornement des demeures 3 privées (1). »

Enfin, je signalerai un bel amas de cristaux de quartz amé* thyste que Ton trouve vers les sources de l'Alezani.

Environs de Morosaglia. — La belle vallée d'Orezza, si remarquable par son eau fernigineuse (2) et ses énormes châtaigniers plus que centenaires, est séparée de la vallée do Morosaglia, patrie de l'illustre Paoli, par le massif montagneux connu sous le nom de montagnes de Saint-Pierre.

Ce massif est presque tout de serpentine d'un vert sombœ, avec filets de quartz. Les schistes luisants et les calcaires ont été rejetés sur les flancs de la montagne. Sur le versant ouest, le calcaire noir charbonneux est bien représenté, ainsi que vers Castineta et Gavignano. Au nord de Morosaglia, les schistes luisants, riches en minerais de fer, renferment de beaux filons de serpentine et d'euphotide. Le sulfure de fer est le minerai le plus commun ; il abonde à Bisinchi : les indigènes le connaissent sous le nom de pierre de volcan. Bisinchi et les environs sont sur de petits monts formés à la base par les schistes luisants avec une forte inclinaison ; de nombreux filets

(1) Gueymard, toc. cit.

(â) A l'est de Slazzona, est la source d*eau ferrugineuse d'Orezza. U en est peu qui lui soient comparables, et même, si nous en croyons M. Poggiale, il n'en est aucune en son genre. En effet, Teau d'Orezza ne contient pas moins de 12 centigrammes de sel ferrugineux par litre, tandis que Pyrmont n*en a guère que 5 centigrammes, Schwalbach 7, et le Pouhon de Spa 9 seulement, l^s sources d*eaux minérales et thermales sont abondantes en Corse ; on cite avantageusement celles de Pietra Polla ou de Pnzzichello, d'Urbalacone, de Guagno, etc.

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d'eau y pénètrent, et en 1875 on y remarqua des glissements considérables, glissements qui produisirent de nombreuses crevasses et occasionnèrent des pertes assez sérieuses. Ces terrains de schistes luisants et de calcaire noir ou d'un bleu grisâtre constituent les dépôts sédimentaires des cantons de Campile et de Vescovato.

 l'ouest de Morosaglia, au kilomètre 86 de la route de Piedorezza à Ponte alla Leccia, est le col de valle di Rostino. Immédiatement & l'ouest de celui-ci, les schistes luisants rosés sont recouverts par un grès vert schisteux, sur lequel est un calcaire terreux, fissile à la base, avec Terebratula gregaria, Suess., PUcatula intvsstriata, Dunker, Avicula con^ torta, Porll., et de nombreux fi^ments de Pentacrines, des dents de Poissons ; en résumé, la lumachelle du couvent de Saint-François, des environs de Corte. Ici l'infralias forme toute une montagne reposant, à l'est, au nord et à l'ouest, sur les schistes luisants ou sur les calcaires noirs charbonneux. C'est la Cima di Pedani. La présence de ces couches infmliasiques au centre des terrains sédimentaires des schistes luisants et des calcaires cristallins est un nouveau fait bien précieux à noter pour l'étude géologique de la Corse. Il prouve la constance de l'horizon infraliasique, et montre bien que tous les dépôts schisteux et les calcaires noii's, si bouleversés par la serpentine et l'euphotide, représentent des dépôts très-anciens. Nous donnerons plus loin le détail des couches de la Cima di Pedani.

A l'ouest de ce mont est Ponte alla Leccia, petit hameau de Morosaglia, séparé de Pedani par d'énormes iSlons de serpentine fortement chargée d'amiante asbeste. Au nord-ouest de Ponte alla Leccia, sont de nombreuses galeries ayant servi à l'exploitation des minerais de cuivre, que l'on trouve ici en rognons, dans les schistes luisants. A l'ouest, est la grotte de Pietrabello; et, quelques centaines de mètres plus loin, on voit sur les schistes et les calcaires cristallins les dépôts infraliasiques formant une petite coUine,

Les schistes et la serpentine s'étendent bien au delà vers le champ de la Bataille.

Au sud du monte Pedani est la Casaluna, descendant des montagnes de Saint-Laurent, formées par les schistes luisants avec calcaires cristallins à la partie supérieure, le tout trèsbouleversé par des filons de serpentine et d'euphotide et autres roches éruptives. L'une d'elles a donné à l'analyse: quartz; feldspath monoclinique imprégné de traînées de quartz ; feldspath triclinique, talc vert dichroïque; chlorite remplaçant deux minémux (grenat et amphibole) ?.

Plus haut, vere Aïti, le diallage forme la masse des roches que l'on y rencontre. L'analyse a donné : diallage en grands cristaux; muscovite et actinote dans une matière amorphe; traînée de sphène. Enfin, vei's Saint-Laurent, les schistes talqueux dominent; un échantillon recueilli sur le territoire de la commune de Saint-Laurent a donné : talc, grenat, idocrase.

En résumé, nous voyons que les dépôts sédimentaires inférieurs des environs de Corte et ceux qui sont plus à l'est, que ces dépôts, dis^je, sont sous les couches infraliasiques.

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