‹ Annales des sciences géologiques (volume 2)Chapitre 38 sur 126 · LES TERRAINS DE LA SERRA DI PIGNO · texte numérisé non relu

LES TERRAINS DE LA SERRA DI PIGNO

Au nord de Ponte alla Leccia et des cantons de Campile et de Vescovato, s'élève la Serra di Pigno. Un peu coudée au sud-ouest, vers Lento et Murato, elle ne tarde pas à prendre la direction N. S. pour former toute la presqu'île du cap Corse.

Environs de Bastia. — La ville de Bastia est, à Test, au commencement de la presqu'île du Cap. Elle est construite le long de la mer en amphithéâtre, sur des schistes luisants. On y voit également de la serpentine ; et, en creusant les fondations du nouveau théâtre à l'ouest de la ville, on a trouvé sous les schistes luisants la protogyne de la Restonica.

Au nord de Bastia est la vallée du Fango. On y trouve les schistes luisants, les calcaires cristallins et de beaux filons de serpentine. L'analyse d'un échantillon des schistes luisants de ce ravin, dit aussi de Sainte-Lucie, a donné ; diallage et olivine. Sur les rochers situés au nord de cette vallée, on a quelques

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carrières exploitées dans le but de donner de la castine pour les hauts fourneaux de Toga, ou des dalles pour les constructions de Bastia. C'est dans les calcaires cristallins de ces carrières que Rampasse (1) a trouvé une brèche osseuse avec Lagomys corsicanuSy Guvier, Mus silvaticus^ L., Ovis Musinwn^ L., Hélix Raspailiy Peyraudeau (2).

Au sud, la vallée du Fango est bornée par la petite chaîne latérale qui commence à Bastia pour aboutir au nord du col de Teghime. En voici la description géologique et la coupe (voy. lacoupeS).

Nous avons déjà signalé la protogyne à remplacement du nouveau théâtre (II). Sur elle on a les schistes luisants avec une épaisseur très-variable (S) ; dans le haut, ces schistes se terminent par un calcaire gris cendré cristallin (G) . A la rencontre des routes de Bastia à Saint-Florent et de Bastia à Cardo, est un filon de serpentine (s); puis on a des schistes, et au sommet des collines on trouve sur ces derniers un calcaire gris cristallin, de 40 à 50 mètres d'épaisseur.#A l'ouest, ces schistes et le calcaire sont redressés par un deuxième filon de serpentine (s'). Ce filon semble avoir coupé ces dépôts sédimentaires ; il y pénètre comme un coin. A l'ouest, on retrouve les schistes luisants et le calcaire cristallin, inclinés en sens inverse, c'està-dire de l'E. à rO. Dans les schistes luisants, à l'ouest de Cardo, on trouve des bancs de bisulfure de fer, avec de lachalkopyrite. Plusieurs compagnies en ont déjà essayé l'exploitation.

Le minerai de cuivre a été jusqu'à présent trop rare pour donner des bénéfices sérieux. Cependant ces minerais de cuivre et de fer se présentent sur une grande étendue. On les trouve, en effet, en couches intercalées dans les schistes luisants, du nord au sud, de Cardo à la route de Bastia à Saint-Florent.

Les schistes luisants, qui ont, en ce point, une épaisseur de 300 mètres, et le calcaire gris cendré cristallin, de 50 à 75 mètres d'épaisseur, s'arrêtent brusquement à l'ouest, à une

(1) Annales du Muséum d'histoire naturelle, \'^ série, t. X, p. 163-167. Paris, 1807.

(2) T^ocard, loc. cit.

altitude de 340 mètres, contre une masse considérable de protogyne II. Ici les schistes luisants sont très-talqueux ; à l'analyse ils ont donné : talc non dichroïque à couleurs brillantes entre les niçois croisés; autre variété de talc en vénules, vert entre les niçois croisés; sphène altéré. Cette protogyne s'étend beaucoup au nord-ouest, elle atteint même le sommet du monte Pigno. A l'ouest, elle est moins développée. Sur elle sont des schistes luisants S, avec un calcaire saccharoïde S' intercalé. Ces schistes sont très-plissés et forment même cuvette à l'est d'un troisième filon de serpentine 2", à l'ouest duquel ils apparaissent de nouveau. Au-dessous, vers le col de Teghime, on a de nouveau la protogyne IF', puis le calcaire gris cendré cristallin, ayant à la base quelques bancs de calcaire schisteux. L'analyse d'un échantillon recueilli au contact de la protogyne et des schistes luisants a donné : quartz ancien, quartz récent granulitique ; muscovite, sphène, minéral bleu feuilleté s'éteignant suivant la longueur.

En résumé, la nature des couches sédimentaires, de Bastia au col de Teghime, est de schistes luisants et de calcaire gris cendré cristallin ; le tout très-bouleversé par la serpentine, formant de nombreux typhons, principalement sur le versant ouest, vere Barbaggio et Patrimonio. Elle y est souvent toute couverte d'amiante asbeste. On y trouve également de l'euphotide, surtout au nord-ouest et au nord.

A l'ouest du col de Teghime, le sol descend rapidement vers la plaine de Barbaggio. On rencontre d'abord des schistes luisants, un petit bois de châtaigniers, traversé par l'ancienne route, puis un grand creux avec de la protogyne, et de nouveau des schistes. Le calcaire gris cendré cristallin se rencontre spécialement au sommet des nombreux rochers qui bordent les petites vallées secondaires. Vers 100 ou 80 mètres d'altitude, dans la plaine de Barbaggio et de Patrimonio, sont plusieurs rochers dirigés du nord au sud et formés par un calcaire compacte au sommet, terreux et fissile à la base. Ce calcaire est en couches inclinées de l'E. à l'O. Sur les bords du Ficajolo, au sud de l'ancienne route, on trouve une carrière sur l'un de ces

38 ■#LLA1V»E.

rochers au milieu de calcaire compacte. A la base, les couches de calcaire terreux reposant sur un grès vert renferment : Avi— cula contortay Port!., et surtout Terebratula gregaria^ Suess., c'est-à-dire la lumachelle infraliasique du couvent de Saint- François, au sud de Corle. Le grès vert est sur le calcaire gris cendré cristallin. De telle sorte que Ton a (coupe 9) :

.^ s. Schistes luisants. . . . épaiss. moy. «35 mètres.

Terrains \ U. Protogyne 20

PRIMAIRES. I Si. Schistes luisants 30

\ C. Calcaire cristallin ^0

Trias? T. Grès vert 12

, / I et II. Calcaire avec Avicula contorta,

Tiut p"""" lo.f.

V ï^' Calcaire gris compacte i5

Terrains î a. Calcaire et gros nummulitiques... 50 TERTIAIRES. ( u. Miocènc moyen et supérieur 130

Par celte coupe et quelques autres que nous décrirons plus tard, nous voyons les dépôts sédimentaires du monte Pigno, à savoir :

1® Des schistes luisants, avec bancs de calcaire schisteux et de calcaire saccharoïde.

2** Un calcaire gris cendré, cristallin.

Nous voyons, dis-je, ces dépôts placés sous l'infralias, c'està-dire que nous retrouvons Tordre stratigraphique des environs de Corte et de Pedani.

La Serra di Pigno se continue au nord du monte Pigno, par le monte Stello (allil. 1383 mètres) et le monte Alticciorie (1289 mètres), jusqu'à l'extrémité du cap. J'ai parcouru bien souvent cette pittoresque et riche région' de l'île, je n'y ai trouvé que :

1*" La protogyne de la Restonica ou une roche composée comme il suit : actinote, quartz, feldspath monoclinique et Iriclinique; microlithes d'amphibole et de feldspath.

2° Des schistes luisants avec bancs de calcaire schisteux ou cristallin, toujours riches en minerais^ par exemple en fer spé-

culaire, comme à Farinole et à Brando, ou en sulfure d'antimoine, comme à Meria, à Luri et Ersà. On y trouve également la pyrite martiale en beaux cristaux, quelquefois la chalkopyrite, la philipsite ei le cinabre, comme à Ersà. A Brando, ces schistes luisants renferment une forte assise de calcaire blanchâtre, saccharoïdo.

3"" Enfin sur les schistes luisants on a un calcaire gris cendré . cristallin, d'une épaisseur variant de 50 mètres à 100 mètres. Ici, comme en tous les points du veinant E. de l'ile, où j'ai rencontré ce calcaire, j'y ai vainement cherché des fossiles. Ces divers dépôts ont été boule veinés comme vers le monte Piobetta et autres lieux déjà décrits, par des typhons de serpentine et d'euphotidc. La serpentine est particulièrement abondante à l'extrémité du cap, au lieu dit Maladetta. Elle est d'une teinte très-sombre et présente de nombreux filets de feldspath d'un blanc mat. Elle est exploitée dans le pays ; on la connaît sous le nom de vert antique. L'analyse d'un échantillon de serpentine du cap Corse a donné : diallage, serpentine, fer chromé.

Cependant, vers la marine de Macinaggio, à l'est de Rogliano, les dépôts sédimentaires sont recouverts par un calcaire gris compacte, tout à fait semblable, au point de vue lithologique, à celui déjà signalé aux environs de Corle, à Pedani et dans le bas ouest de Barbaggio.

Au nord du port de Macinaggio est un rocher appelé Buscino ; au sud en est un autre; dit Coscia. Ils sont formés en grande partie par un calcaire gris très-propre à faire de la chaux, comme ceux de la Cima di Pedani. C'est à Buscino que M. Duportal a trouvé des fossiles. Voici le passage d'une lettre que M. Locard m'écrivait le 18 septembre 1874 : « Pendant » l'hiver de 1870, M. Duportal, alors ingénieur des ponts et 9 chaussées à Bastia, me rapporta du Macinaggio une plaque ^ de calcaire gris-noir renfermant une grande quantité de Y fossiles, dont les formes, à peine apparentes à la surface, ne ]> purent être déteniiinées par nous avec les faibles moyens de 9 comparaison dont nous jouissions dans l'Ile. Je devais em^ j» poiler cet échantillon à mon prochain voyage en France et le

40 ■OLLAIVME*

^ faire examiner par quelque naturaliste corapcteul. Là-dessus i> arrivèrent les tristes événements politiques de 1870-1871, et » tout projet de voyage fut oublié. »

J'ai vu cet échantillon entre les mains de M. Locard. Il est tout a fait semblable, si mes souvenirs sont bien exacts, à la lumachelle que j'ai trouvée depuis en un grand nombre de points dans l'ile. Or, cette lumachelle représente le calcaire infraliasique.

Au nord de Buscino, sur les bords de la mer, on a des schistes luisants avec pyrites martiales. Sur ces schistes, mal stratifiés en ce point, est une série de petites couches de calcaire alternant avec des schistes noirs veinés de quartz et de carbonate de chaux. Ces dernières assises sont inclinées de TE. à l'O. Puis on a de fortes couches de calcaire gris avec rares fragments de Crinoïdes. Plus au nord-est un calcaire terreux, alternant avec de minces couches de grès. Tous ces dépôts sont très-bouleversés ; souvent le calcaire gris est en position verticale, et les calcaires schisteux noirs, avec les grès, sont inclinés de l'E. à rO. Au nord, on a une répétition de ces couches jusqu'à Macinaggio.

Sur le versant sud de Coscia, est une forte carrière donnant de nombreux moellons pour la fabrication de la chaux. Vers la batterie, le calcaire est plus pur qu'à Buscino; il est gris, compacte , et donne de bonne chaux.

Au nord on trouve un calcaire terreux, fissile; je n'y ai pas rencontré de fossiles. Plus au nord encore on a de nombreuses couches de calcaire alternant avec des grès, tantôt à pâte trèsfine, tantôt à gros grains et souvent très-décomposés. Ces divers dépôts vont jusqu'à la plage de Tamarone, lieu d'atterrissage du câble électrique reliant la Corse à l'Italie. Au nord de cette plage, on retrouve quelques lits du calcaire de la Coscia sur les schistes luisants, et sur ce calcaire est un énorme poudingue avec gros cailloux roulés de granité, de protogyne, de serpentine, de grès et rarement de calcaire. On retrouve ce poudingue à l'est de la Coscia, où il est fossilifère. On peut citer : Haliotis tuberculala, Linné; Arca Noœy Lamk, Modiola pelagka^

\ AllTlCLE N^ 2.

Forbes, etc. La plupart de ces coquilles se rencontrent encore vivantes dans le port de Macinaggio; de telle sorte que ce poudingue est d'époque récente, sans doute quaternaire. En face des lies Finocchiarola, il s'élève souvent à plus de 30 mètres au-dessus du niveau actuel de la mer.

Malgré plusieurs jours de recherches, je n'ai pu trouver dans les terrains de Buscino et de la Coscia aucun fossile déterminable. Tout ce que je puis affirmer, d'après ce que j'ai vu, c'est que ce calcaire est fossilifère et semblable, au point de vue lithologique, à l'horizon de l'infralias.

Collusions. — En résumé, les premières assises sédimentaires de la région orientale de l'Ile sont :

l** Des schistes luisants, avec petites couches de calcaire cristallin et une forte assise de calcaire saccharoïde, le tout intercalé dans les schistes. L'ensemble de ces dépôts a une épaisseur moyenne de 900 mètres. Ils reposent sur la protogyne.

2** Un calcaire noir charbonneux, cristallin, aux environs de Corte et sur les chaînes latérales du monte Piobetta, de iOO à 150 mètres d'épaisseur. Au nord, ce calcaire est d'un gris cendré, cristallin, comme dans la Serra di Pigno, où il a une épaisseur moyenne de 75 à 100 mètres.

Ces dépôts sédimentaires' ont été très-bouleversés par plusieurs roches éruptives, principalement la serpentine et l'euphotide.

Ces schistes et ces calcaires sont recouverts par un grès vert schisteux, sur lequel est un calcaire avec fossiles de l'infralias. Ils sont donc inférieurs à l'époque jurassique, et représentent sûrement soit le trias, un ou tous les terrains primaires.

Nous croyons pouvoir affirmer que le permien n'existe pas en Corse, et nous regardons la présence du trias comme douteuse.

La serpentine et l'euphotide n'ont pas traversé les couches de l'infralias, du lias ni du nummulitique. Je ne puis donc considérer ces deux roches éruptives que comme antérieures à l'infralias. De telle sorte que leur apparition en Corse a dû avoir lieu à la fin du carbonifère, ou pendant les temps géologiques compris entre les terrains primaires inférieurs et te jurassique

ANN. se. GÉOL. IX. 8. — ART. N« 2.

42 HOLLANBE.

inférieur. Elles ont en effet traversé, en y apportant les plus grands désordres, les schistes luisants et les calcaires cristallins que nous avons été amené à considérer comme carbonifères.

D'un autre côté, n'oublions pas de rappeler que la serpentine en filons se trouve également dans le bassin de l'Ogliastrone, sur la côte occidentale, et qu'elle y a bouleversé les schistes luisants, inférieurs au calcaire carbonifère du Gapitello.

Les couches de l'infralias n'ont donc pas participé aux premiers bouleversements des terrains primaires.

Examinons maintenant les divers terrains décrits jusqu'ici et comparons-les.

Que voit-on sur la côte occidentale ? Des schistes luisants, avec nombreuses traces de minerais : bisulfure de fer, chalkopyrite, philipsite, etc. Puis, sur toute la grande masse des schistes, un calcaire cristallin, malheureusement sans fossiles, mais placé dans le même ordre stratigraphique que le calcaire gris de fumée et carbonifère du Gapitello.

Que voit-on au monte Piobelta, à la Serra di Pigno, sur toute la région orientale de l'Ile? Des schistes luisants riches en minerais, avec bancs de calcaires cristallins, intercalés et toujours recouverts par une assise de calcaire de 75 à 100 mètres d'épaisseur, le tout traversé par 'de la serpentine et de Teuphotide, surtout pour ce qui concerne les schistes.

On ne peut s'empêcher de voir dans ces dépôts de la côte orientale de nombreuses ressemblances stratigi^aphiques et minéralogiques avec les dépôts de la côte occidentale, que nous avons vus représenter le terrain carbonifère supérieur. C'est pourquoi, malgré le manque de fossiles, on croit pouvoir considérer ces assises inférieures de la partie inférieure des termins sédimentaires de la Corse comme représentant les teriains primaires.

A l'appui de cette manière de voir je citerai un dernier fait. A 5 kilomètres d'Âsco, sur la route de Calenzana, on ti^ouve une grande masse de schistes et de calcaire en couches horizontales. Ces schistes et ce calcaire sont entourés de tout&s parts par du granité, ainsi que l'indique la coupe suivante prise

ARTIGUE N» 2.

par M. Tabariès de Grandsaignes, coupe que j'ai eu l'occasion de vérifier (voy. la coupe 13).

Ces dépôts sédimentaires, semblables, au point de vue lithologique,à ceux du Gapitello ou de la côte orientale (1), paraissent être un jalon laissé entre les deux bassins que nous venons de décrire. On ne peut en effet expliquer leur présence en ce point, à plus de 20 kilomètres des dépôts sédimentaires les plus voisins, autrement que par l'apparition du porphyre rose globuleux, qui les aura détachés de la masse générale pour les' porter à cette hauteur. (Yoy. la carte annexée à ce mémoire.)

D'après ces faits, le trias, si toutefois il existe en Corse, serait représenté par la petite assise de grès vert schisteux que l'on trouve sous l'horizon à AviciUa cantortay Portl., au Nebbio, à Pedani et au col de San-Quilico. Mais il se pourrait aussi que ce grès fût la base de Tinfralias. Je n'y ai pas trouvé de fossiles.

Nous pensons donc que l'on peut regarder le calcaire noir charbonneux des environs de Corte, ou le calcaire gris cendré de la Serra di Pigno, comme l'analogue du calcaire gris de fumée du Gapitello ; c'est-à-dire que ces couches de calcaires appartiendraient au carbonifère supérieur. Dans ce cas, les schistes luisants, avec assise de calcaire saccharoïde intercalée, appartiendraient au devonien, au silurien, etc., ou à un seul de ces terrains primaires (2).

(I) La monte de Gomari se trouve au cenlre de la Sardaigne et est isolé do tûotes parts par du granite. Il est formé de schistes, de pierre ollaire et de calcaire cristallin. (De La Marmora, êoc» cit.)

(9) 11 importe de rapporter ici quelques-unes des conclusions d'un travail considérable du général de La Marmora sur la géologie de la Sardaigne : c En » résumant, dit-il, ce que nous venons d*expo$er sur Timportante masse du

> terrain paléoioique de cette partie occidentale de la Sardaigne, nous obser- • vous : i* que ce terrain consiste principalement en un schiste argileux, quel •

. » quefois talqueux, et rarement micacé, qui alterne avec de la grauwacke et fort

> peu avec du calcaire ; 2* que sur ces schistes reposent, en quelques points

> seulement, des assises plus ou moins puissantes de roche calcaire. En d'autres » localités, comme à Flumini, le calcaire à Orlhocères semble faire partie du 9 terrain schisteux, dans lequel il forme des dépôts lenticulaires. Enfin, que

> tout ce terrain, pris dans son ensemble, forme la région métallifère par excel-

> lence ; c*est celle où se trouvent les mines les plus nombreuses et les plus

> importantes de looti« l'Ile. Nous ferons remarcpier que si Ton rencontre aussi

44 HOLLAMiB.

Ces conclusions nous amènent à la classification suivante, c'est-à-dire que Ton a, en allant de bas en haut :

/ Granités.

1° Un ou tous les terrains / Schistes luisants riches \ „ . Pegmatite.

primaires inférieurs l en minerais. i . . IFrotogyne.

au carbonifère. ? Calcaire saccharoTde in- [ i» ( Porphyres.

^ . «.^ / tercalédanslesschi8tcs\^^f ^" ^/Serpemine.

Épa.ss. moy. 900 m. [ ^^.^^^^ ] trouve. U^^^^^^^

\Smaragdite.

Calcaire gris de fumée

rduCapitelIo ^^^ /Porphyres.

\ Calcaire • noir charbon- f , ,. lo «• o, r. /ix ) j il cruptives \Serpentine.

2' CARBONiFËnE(f). ( neux des environs, de} ,» „ „\isi..jrk«ij.

^ ' ) r I 1*1"® '^ y i Éiupnotide.

v ' 4ni\ I r i ^'^' ' i * A \ l«*ouve. ISnuuragdite.

Epaiss. moy. 100 m. Calcaire gris cendre de

\ • la Serra di Pigno. /

3' Trias ?

( Ëpaiss. moy. ^0 m. (

Ëpaiss. totale. lOÎO m.

(irès vert.

> des mines de quelque valeur dans d'autres régions de la Sardaigne, elles se

> trouvent toutes dans des terrains analogues à ceux que nous considérons » comme des modifications des schistes paléozoîques. »

Et plus loin : c Malheureusement, les localités fossilifères de ce terrain y sont » si restreintes, qu'il nous. fut impossible de bien définir les étages dans les » roches que nous avons visitées. Nous croyons cependant que la présence des » OrthiSy des Orthocères, du Cardiola interrupta et Graptolithuê Priodon de » Flumini Maggiore et de Gonnessa soit sufQsante pour nous indiquer en cet

> endroit l'existence de deux terrains ; c'est-à-dire celle de la parlie supérieure

• du terrain silurien inférieur, et celle de la partie inférieure du silurien

• supérieur. Ces deux étages constitueraient, à notre avis, la principale masse » du groupe occidental, tandis que le groupe oriental, avec ses Graptolîtes de 9 Goui, ses Orthocères et les fossiles de Silius, pourrait appartenir de préférence

> à la partie inférieure de l'étage supérieur. Quant à la présence du terrain

> devonien dans l'Ile, nous ne saurions ni la nier, ni l'admettre, puisque les » fossiles de cette catégorie nous ont fait complètement délaut. » (DeècripUcn géologique de l*He de SardaigtM, par le général de La Marmora.)

Il est naturel de rencontrer dans ces deux iles, érideniment de même origine, des dépôts inférieurs si ressemblants au 4)oint de vue Hthologique et slratigraphiquc. En Sardaigne, ces dépôts inférieurs des schistes luisants renferment, en quelques points privilégiés, des fossiles siluriens ; en Corse, malgré de nombreuses recherches, il nous a été impossible d'en trouver. Néanmoins nous ne ferons aucune difficulté pour admettre leur identité, convaincu qne de nouvelles recherches nous donneront raison.

(1) On sait que la Corse appartient à la chaîne de montagnes dont fiût partie

GÉOLOOIB DfE FA 'CORSE. 45

V bis.

ROCHES ÉRUPTIVES RENCONTRÉES DANS l'IlE DE CORSE.

Nous croyons devoir placer à la suite de ces terrains primaires une description sommaire des principales roches éruptives de l'île de Corse ; nous pensons devoir le faire ici, parce qu'il ne nous a jamais été donné de constater que ces roches éruptives avaient traversé des terrains plus récents situés dans rile; en exceptant toutefois le conglomérat trachy tique de la pointe de Balistro.

Les roches éruptives de la Corse se présentent dans deux conditions différentes.

1 Ml y a le granité et les roches éruptives qui le traversent,

la Sardaigne. Cette cbatne de montagnes, nous Tavons vu, se prolonge, d'une pari, sous la mer, vers Tllalie, et d'autre part, au sud de la Sardaigne; elle semble former le haut fond que l'on trouve entre cette lie et la province de Tunis. Cela étant, il n'est peut-être pas inutile de rappeler ici que le général de La Marmora a trouvé le silurien en Sardaigne (voy. la note précédente). Cette assise est caractérisée surtout par quelques fossiles du genre Trilobite (Description géologique de tile de la Sardaigne, voy. TAppendice). c De plus,

> l'année dernière, on découvrait dans la partie orientale de Tile de Sardaigne,

> au milieu de ces labyrinUies de vallées incohérentes et tortueuses qui se 1 détachent du mont Gennargentu, sur le territoire de Seni, à environ 70 kilo-

> mètres de la station de Samassi, entre Cagliari et Orislano, le terrain houiller % sur un périmètre de 2 à 3 kilomètres. > (Voy. la Bépublique française du i7 juin 1876). On a tout lieu de croire que ce charbon appartient à la période houillère, comme celui que nous avons signalé en Corse, sur le territoire de la commune de Curzo.

Ces dépôts charbonneux de la Sardaigne ont en effet été rapportés au carbonifère. Le général de La Harmora les a déjà signalés c à l'est de Saint- 1 Sébastien, au pied oriental de la grande masse de calcaire d'Ârqaeri >, ainsi qu'à «Perdas di Fogu >. D'après lui, ils consistent presque uniquement en une espèce de grès gris verdàtre, que nous avons signalé également en Corse (voy. la coupe n* 4, couches C*' et Ci). Ce grès, en Sardaigne, est superposé aux schistes siluriens» en stratiCcation discordante. EnQn, n'oublions pas de rappeler que, d'après le général de La Marmora, les dépôts charbonneux de cette lie sont traversés par un porphyre rouge qui s'y présente en (lions.

En résumé, nous voyons que ces terrains primaires présentent de nombreuses ressemblances avec ceux de la 0>rse.

46 HAIXAWMB.

à savoir : la pegmatite, ia syénite, la diorite orbiculaire, les porphyres et le grûnstein.

9" Les roches éruplives qui travereent les dépôts sédimentaires. Ces roches sont : la pegmatite, TeuphotÛie, la serpentine et les porphyres quartzifëres de la côte occidentale. Nous placerons également ici la protogyne comme caractérisant la base des dépôts sédimentaires.

a. Granité et roches éruptives postérieures.

Granité. — Le granité forme la masse importante de la région occidentale. Les trois éléments du granité y sont presque toujoui^ très-distincts. Le feldspath y est souvent rosé, quelquefois rouge corail. On y remarque souvent des cristaux beaucoup plus grands de feldspath orthose, rosés sur les bords et presque blancs au milieu . Le mica y est généralement noir. Ce granité est très-dur; il résiste très-bien aux agents atmosphériques, principalement celui qui occupe le centre des montagnes. Sur les parties latérales de celles-ci, le granité se divise en stmtes et passe insensiblement aux véritables gneiss. Je citerai comme exemple les montagnes situées h Test et au sud de Belgodere, Speloncato, Feliceto^ Ântonino, etc., dans la Balagne.

A l'est de Galvi, vers Algayola, se voit un granité à gros cristaux de feldspath rose, avec grains de quartz relativement petits, mica gris et de petits cristaux de titane d'une teinte noire. Il est très-dur, susceptible d'un beau poli, et l'on peut en extraire de longues colonnes, ainsi que l'atteste l'énorme monolithe abandonné dans une carrière située à une heure de marche, à l'est de l'AIgayola.

Le granité à grands cristaux de feldspath rose est également abondant dans l'arrondissement d'Ajaccio. Un autre granité, rappelant celui de l'AIgayola, est avantageusement exploité à la pointe de Scudo, près d'Ajaccio, et à Appietto.

Pegmatite. — Dans les montagnes situées à l'est de Belgodere se voit un puissant filon de pegmatite formée de quartz; de feldspath monoclinique infiltré de quartz. Ce filon est dirigé du N. 0. au S. E. A l'ouest, il est adossé au granité; à l'est, au

ARTICLE N" î.

calcaire nummulitiquc. La pcgmatite renferme ici de petits filets de molvbdénite, rarement de la tourmaline.

Un deuxième filon de pegmatite se rencontre dans le granité, aux monts du Pargolo, au sud de Tile, vers Quenza. Ce filon eâl également dirigé du N. 0. au S. E. Il donne, à l'ouest, de nombreuses ramifications dans le granité du Pargolo et même des monts Incudines ; mais, à Test, il est adossé aux terrains num* mulitiques si bien développés à Bocca Caica, à l'ouest des baraques de l'Âsinao.

Cette pegmatite a pour composition : quartz ancien, quartz infiltré dans le feldspath, et des feldspaths mono- et triclinique; chlorite.

Syénite. — A l'ouest de Sartène, au-dessus des villages d'Olmeto, sûr tout le territoire d'Evisa et de Cristinaccie, on trouve des montagnes entières formées par une roche granitoïde, dans laquelle le mica a été remplacé par l'amphibole. Cette roche comprend : feldspath monoclinique, feldspath triclinique; amphibole transformée en chlorite; sphène.

Celte roche, quoique très-dure, est susceptible d'un trèsbeau poli,et depuis longtemps Gueymard a proposé d'employer cette syénite comme pierre de deuil.

Diorite orbiculaire. — Dans l'arrondissement de Sartène, à Sainte-Lucie di Tallano, ou plutôt à Campologo, on trouve en filons, dans le granité syénitique, une des plus belles roches éruptives de la Corse : je veux parler de la diorite orbiculaire, désignée aussi sous le nom de granité orbicidaire de Corse, diorite globaire^ carsile. Cette roche est formée d'anorthite, de hornblende et d'un peu de quartz. On y trouve de gros noyaux sphéroïdaux, dans lesquels l'hornblende et le feldspath sont disposés par couches concentriques. Souvent la partie granitoïde qui enveloppe ces noyaux renferme des cristaux de pyrite de fer. Ce curieux gisement de la diorite orbiculaire a été bien étudié par Gueymard.

Il y distingua trois variétés, d'après le diamètre des orbes. La première variété est à petits globules d'amphibole et de feldspath peu prononcé, ayant de 0",005 à 0™,03 de diamètre.

48 HOLLAIWB.

La deuxième variété présente des orbes variant de O^jOS à 0",055 de diamètre, à cercles cwicentriques et alternant de feldspath et d'amphibole. Enfin, la troisième variété a des orbes de 0",055 à 0*",08 de diamètre. Cette roche, susceptible d'un beau poli, pourrait être utilement employée dans les arts.

Porphyres. — Les monts les plus élevés de la Corse sont de porphyres quartzifères. C'est en effet ce que l'on remarque au Cinto, au Paglia Orba, au Tafonato, au Padro, etc. Ces porphyres ont traversé les granités ; ils sont formés principalement de quartz ancien, de quartz récent granulitique. Nous en parlerons plus loin, au sujet des ix)ches éruptives qui ont traversé les dépôts sédimentaires, le porphyre étant une des principales de ces roches.

Grunstien. — Souvent les granités et surtout la protogyne sont traversés par une roche d'un gris verdâtre. Cette roche, désignée par Gueymard sous le nom de grumtein^ a pour composition : feldspath triclinique, pyroxène, chlorite. Nous lui conserverons ce nom de grûnstein. Elle se présente en filons presque toujours dirigés de l'E. à l'O. ; elle paraît souvent stratifiée et est alors tendre. Nous citerons comme exemples: le filon que l'on trouve dans le granité, dans le bas de Feliceto, en Balagne, celui que l'on trouve dans le granité au porto Agro, à l'ouest de Calvi; les nombreux filons que l'on trouve dans la protogyne du Tenda, des montagnes de Castirla, etc.

fc. Roches éruptives ayant traversé les dépôts sédimentaires.

Pegmatite. — La pegmatite à petits cristaux de feldspath et de quartz se rencontre dans les terrains sédimentaires de Tlle de Corse, en un premier filon dirigé du S, 0. au N. E., du pont de Francardo aux monts de Saint-Laurent. Ici au N. 0. dufilon de pegmatite on a les terrains primaires, au S. E. les terrains nummulitiques. La pegmatite a pour composition : quartz, feldspath monoclinique infiltré de quartz.

Au S. 0., le Golo coule dans un pli présenté par la masse pegmatique. On trouve en effet cette roche sur les deux rives, en remontant le cours du Golo au S. 0.

Un affleuretnent de la même masse pegmatique se voit à l'ouest de la Sommana, à un kilomètre environ de Gaporalino. Ici la pegmatite a travei^é les terrains primaires et est en partie recouverte par un calcaire riche en Nummulites. Enfm, la même roche se retrouve dans le bas du San-Quilico, sur les bords du Tavignano, où elle a également traversé les teiTains primaires; au nord, elle est recouverte par les terrains nummulitiques.

J'ai trouvé dans les terrains primaires un autre filon de pegmatite, au sud-ouest de la mine de cuivre natif de Linguizetta. Rappelons ici ceux cités au contact des terrains nummulitiques de la Balagne et du monte Asinao.

Euphotide. — L'euphotide forme dans les terrains sédimentaires de la Corse orientale de nombreux filons ou typhons. Leur direction est bien désordonnée; néanmoins je pense qu'elle peut être donnée comme étant du N. 0. au S. E. Toujours ils sont dans les terrains primaires. Le feldspath et la diallage y sont très-distincts, principalement au sud de la Gasaluna, dans le massif de montagnes d'Aïti à Saint-Laurent. Cette roche éruptive est excessivement abondante en Corse; elle a contribué pour beaucoup au bouleversement des assises inférieures des terrains sédimentaires de l'Ile.

Une variété de cette roche est spéciale à la Corse, je veux parler du verde di Corsica. C'est une euphotide à feldspath compacte, le plus souvent d'un blanc mat, quelquefois violacé, avec diallage d'un beau vert-émeraude. Cette roche, susceptible d'un très-beau poli, est en énormes filons dans le haut des vallées d'Orezza et de TAlezani. Elle est au milieu des schistes luisants, et serait d'une extraction facile, si elle n'était si dure.

Non loin de cette roche on trouve un très-bel amas de cristaux de quartz améthyste. Ces cristaux pèsent de 100 grammes à 1 kilogramme. Dans l'île de Corse il n'y a guère que le gisement du monte Grosso, près de Calvi, qui puisse rivaliser en richesse avec celui de l'Alezani.

Serpentine. — La serpentine, avec l'euphotide, constitue la roche éruptive la plus abondante des terrains primaires de l'Ile de Corse. Elle s'y présente en filons ou typhons de plusieurs

centaines de mètres d'épaisseur. En thèse générale, les filons de serpentine sont dirigés du S. E. au N. 0. Jamais je ne les ai trouvés au milieu des terrains infraliasiques et nummulitiques; ils ne les ont pas traversés. Mais ils ont provoqué de grands désordres dans les terrains primaires, et ont certainement joué le rôle actif dans l'apparition de ces dépôts sédimentaires. Souvent ils sont accompagnés d'émanations métalliques. C'est ainsi qu'à Linguizetta on trouve du cuivre natif dans un filon de serpentine; au Cap, à la mine d'Ersà, on trouve, avec la serpentine, la stibine, la chalkopyrite, lachalkosine, le cinabre, etc. Le filon de philipsite rencontré à TAi^entella était adossé à un filon de serpentine, etc.

La serpentine noble domine dans tous ces filons ; souvent elle est h la surface du sol désagrégée, fibreuse, et donne la chrysotile. En d'autres points, surtout sur le versant ouest du monte Pigno et dans le canton de Tallone, elle est toute recouverte d'amiante asbeste.

La serpentine commune est moins abondante. On la trouve cependant au cap, près d'Ersà, au lieu dit Maladetta; elle y est exploitée. On la rencontre encore en énormes filons au nord de Farinole et de Patrimonio, dans les monts d'Orezza, de Piobetta, de la Porta, de Saint-Laurent, etc. Enfin, en quelques points de l'Ile, mais principalement dans la fente du Bevinco, dans le lit même du torrent, on trouve un filon de serpentine ayant empâté des fragments de calcaire cristallin. Le tout forme un magma compacte, susceptible d'un beau poli et employé comme pierre d'ornement.

Il est bien difficile de prouver quelle est, de la serpentine et de l'euphotide, la plus ancienne des deux. Cependant mon opinion est que la serpentine est postérieure à l'euphotide.

Protogyne. — Nous plaçons ici la protogyne sans être bien certain toutefois que ce soit une roche éruptive. En Corse, elle forme la base des plus anciens terrains. Elle y est très-développée et se voit souvent à la surface du sol sur la côte orientale, surtout dans l'arrondissement de Corte. Elle forme une longue bande dirigée du sud au nord, adossée à l'ouest au

GÉOLOOIC DE LA CORSE. Si

granité, et cela sans jamais le traverser, du moins, malgré de longues recherches, je n'ai pu le constater; tandis qu'à Test elle supporte les schistes luisants. Au fur et à mesure que l'on s'éloigne de ceux-ci pour aller vers les montagnes granitiques, la protogyne devient plus cristalline, sans cesser pour cela d'être toujours stratifiée. Elle alterne souvent, surtout dans la chaîne du Tenda, avec des couches de schistes et de calcaire schisteux, et même vers le pont du Vecchio, à l'ouest du Razzo Bianco, elle empâte des morceaux de calcaire cristallin ; le même fait se re« marque sur la rive droite de la Restonica. Au contact des schistes luisants, le longde la Restonica, laprotogyne a pour composition : quartz en grains, à contours grossièrement cristallins, inclusions à bulles mobiles; feldspaths mono- et tricliniques remplis de petits prismes très-légèrement verdâtres, allongés, flexibles, éteignant suivant la longueur; muscovite; talc vert,dichroïque, avec inchisions verdâtres, troubles ; sphène bien cristallisé, jaune clair, rugueux.

Un deuxième échantillon a donné : quartz en grains moulés les uns sur les autres, mais grossièrement cristallins; feldspaths altérés remplis d'inclusions cristallines très-légèrement ver* dfttres, éteignant suivant la longueur; biotite, talc, chlorite, limmiite.

La chaîne du Tenda est presque entièrement formée par de la protogyne. Elle en forme toute la crête ; elle y est gi^anitoîde et devient schisteuse à l'ouest et à l'est de cette arête; puis elle alterne avec les schistes et les calcaires schisteux. Au centre de la chaîne du Tenda, elle est en couches très-puissantes, souvent verticales et dirigées du nord au sud comme la chaîne ellemême; puis à l'ouest et h l'est les couches sont inclinées en déviant de plus en plus de l'axe de la chaîne, en s'enfonçant vers le pied. En résumé, on retrouve ici la stracture en éventail signalée au mont Blanc par de Saussure et mise en relief par MM . Fabre et Lory.

La protogyne se rencontre également dans la Serra di Pigno, à la base des schistes luisants.

Notons enfin que la protogyne est souvent travei^ée par l'eu-

53 H*LLA!V1»B.

pbotide et la serpentine, ce qui en fait en Corse une roche anté* rieure à ces deux dernières.

Porphyres. — Nous avons déjà parlé des porphyres des terrains carbonifères de la côte occidentale, nous rappellerons ici leur composition. Â II Forno et au col délia Fuata, on a un porphyre formé comme il suit : quartz en grands cristaux; feldspath monoclinique infiltré de quartz; sphérolithes de quartz, cristaux peu nombreux, distincts; microlithes d'acti* note; fer. oligiste.

 Girolata, le porphyre a pour composition : matière amorphe remplie de concrétions siliceuses sous forme de traînées de petits prismes incolores, sans action sur la lumière polarisée; touffes siliceuses, actives, enveloppées de plages granulitiques de quartz; concrétions chloritiques.

Et encore : matière amorphe semée de.granules d'hématite en traînées fluidales; quartz ancien, quartz récent granuli tique; concrétions quartzeuses sphérolithiques. .

Dans le haut du ravin de 1^ Tuara, au col de Parma, sur les montagnes de le Canne, on trouve un porphyre ayant la composition suivante : concrétions orbiculaires de feldspath motioclinique rosé, associé k du feldspath transparent grisâtre, rempli de petits microlithes prismatiques, légèrement verdâtres ou de granules ou de prismes de hmonite, chlorite.

Ces porphyres ont traversé les granités et les dépôts, sédimen* taires de la côte occidentale. Ils ont fait leur apparition à la fm du carbonifère supérieur, et sans doute pendant et après Tépoque du terrain hoyiller. Ils forment les nionts les plus élevés de la Corse et se présentent sur une grande surface. Ils méritent certainement une étude plus minutieuse que celle que nous venons de donner ; mais n^ayant pu nous en occuper jusqu'à présent d'une manière toute spéciale, nous émettrons ici le vœu que les circonstances nous permettent de le faire un jour.

Anricr.E n* 2

GÉOLOGIE 'DE LA' CORSE. bS

IMFRALIAS ET LIAS.

Environs de Carte. — Dans les chapitres IV et V nous avons eu l'occasion de signaler plusieurs fois la présence de couches infraliasiques dans l'Ile de Corse. C'est principalement aux environs de Corle et dans le bassin du Nebbio que ces dépôts du jurassique inférieur sont abondants (i). C'est là évidemment un fait d'une grande importance au point de vue qui nous occupe, à savoir : la classification des terrains sédimentaires de la Corse. L'énorme masse des schistes luisants et des calcaires cristallins formant la majorité des terrains de la région orientale de l'Ile est recouverte par les calcaires du jurassique inférieur, comme on l'a dit plus haut, et cela non-seulement sur le littoral," comme au Nebbio, mais encore dans l'intérieur de l'île, au centre même, à Corte ou à la Cima di Pedani.

Au nord de Corte, on trouve en effet une petite chaîne de montagnes allant de Corte au col de San-Quilico, situé au sudest de Soveria. La route nationale de Bastia à Ajaccio passe à ce col. La Sommana y prend sa source sur le versant nord; le San-Quilico, sur le versant sud.

Dans le bas du ravin descendant du col de San-Quilico, vers le nord, côté de la Sommana, la route a été refaite de ce point à Corle. Elle passe actuellement à l'ouest, vers Soveria, sur des schistes luisants et de la serpentine. L'ancien tronçon de route est à l'est du ravin et gagne également le col de San- Quilico, mais en traversant des terrains d'une tout autre nature. En effet, aussitôt la montée, on trouve un mamelon formé à la base par un calcaire terreux, fissile, avec Terebratulagregariay Suess. , et quelques autres fossiles de l'infralias en très-mauvais état ; sur ces couches infraliasiques est un calcaire gris compacte, sans fossiles. Ces calcaires jurassiques disparaissent bientôt vers le sud, au contact des schistes luisants, et l'on a (voy. coupe 5) :

(1) Voyez la carte annexée à cet ouvrage.

54 HOIXANBB.

o I 1 . Schistes luisants.

PRIMAIRES, s. )

^ ^ ^ m ( ^' Gi^^ violacé, quelquefois vert, à gros grains,

' ( représentant peut-être le trias, épaiss.moy. 20 mètres.

/ 3. Calcaire terreux, iissile avec Terebratula . . \ gregariat Suess., PUcatula intuêstriata^

1 Dunk., dents de Poissons, Pentacrines, \ c'est-Mliie riafralias 15

t 9 f ( "^^ Calcaire gris compacte, très-bo uleycM é ,

( sans fossiles , Ma

Vers le col, sur le calcaire gris liasique, on a des couches de calcaire schisteux, souvent avec enduit noir charbonneux et rognons de calcaire beaucoup plus durs, renfermant de mres Nummulites. Plus haut, ce calcaire alterne avec des grès à gros grains. Au col même, ces divers dépôts disparaissent, et l'on ne trouve plus que les schistes luisants avec bancs de calcaire cristallin. Enfin, au sud-est, ceux-ci sont recouverts par un calcaire avec Nummuliles Ramondiy Defr., Orbiloliles Fortisiiy d'Arch.

Au sud du col de San-Quilico, l'ancienne route gagne Corte par le versant est du torrent de San-Quilico, tandis que la nouvelle route descend à Corte par le versant ouest. Suivons cette dernière, et bientôt nous rencontrerons un calcaire noir charbonneux, semblable à celui de la Restonica. Ce calcaire prend ici une grande extension; ses couches, souvent toutes plissées, reposent sur les schistes luisants. On trouve également en ce point les schistes luisants sous le calcaire infraliasique, et au milieu de ces schistes de fortes masses de serpentine. Au kilomètre 90, borne 7, on retrouve la lumachelle de Tinfralias, mal représentée cependant sur la route. Elle est mieux développée, plus fossilifère, vers le haut du petit ravin situé à l'ouest de cette borne 7. A 100 mètres environ au sud du col de San-Quilico, on trouve, à l'ouest de la route, une carrière dans un calcaire noir charbonneux, semblable à celui de la Restonica. Mais, contrairement à ce que nous avons vu le long de cette rivière,

ARTICLE N" 2i

les couches y sont inclinées de l'E. à l'O. Elles reposent sur les schistes luisants. Si nous coupons le ravin de San-Quilico de l'O. à l'E. , nous trouverons immédiatement à Test de la route (voy. coupe 6) :

. ^ I i ^' ^<^i(*^ ?"3 compacte, en couches incli-

' ( nées de TE. à TO épaiss. nioy. 40 mètres.

2. Calcaire terreux, fissile, avec Terebratula Infhalias. I. \ ^r0^aria,Suess., et autres fossiles de Tin-

fralias 12

Puis on a un petit creux donnant passage au torrent du San- Quilico, où l'on voit affleurer les schistes luisants. Plus à l'ouest, ces schistes luisants supportent de gros bancs de calcaire et légèrement cristallin, renfermant en quantité : Nummuliles Ramondi^ Defr., Orbitoliles Forlisiij d'Arch., Cijcloliles Vicarjiiy J. Haime? c'est-à-dire des fossiles de l'éocène moyen. Bientôt les schistes luisants apparaissent de nouveau, et vers l'ancienne route ils supportent de petites couches de calcaire alternant avec des couches de grès, renfermant de rares Nummuliles. Il importe de bien noter la présence et la position du calcaire bleuâtre avec Nummulites; il nous sera plus tard très-utile.

Remarquons que l'inclinaison des couches infraliasiques est de l'E. à l'O., c'est-à-dire diamétralement opposée à celle de la coupe de la Restonica (voy. coupe 3), située seulement à quelques kilomètres au sud ; tandis que l'inclinaison des couches nummulitiques est de 10. à l'E., c'est-à-dire dans le sens des couches à Nummuliles de la coupe de lu Restonica. Ces faits nous paraissent indiquer que ces terrains ont subi en ce point un soulèvement brusque et violent.

Au sud de cette coupe (coupe 6), sont des schistes luisants recouverts un peu plus haut par le calcaire gris, lequel va jusqu'à Bistuglio, où il est tout lufacé. On trouve en effet au-dessus de cette petite auberge un tuf très-dur, servant à faire des meules de moulins. Un petit filet d'eau, dernier vestige du ruisseau qui descendait juste au milieu du mamelon, se voit

56 H*LLAmMB.

au sud de Taubei^e. Il dépose encore des tufs. Remarquons que la formation de ceux-ci aux dépens du calcaire infraliasique est un fait commun. On les trouve en effet à Pictrabello, à Piediggrîgio, au sud de Pedani, à Bisluglio, toujours avec les calcaires du jurassique inférieur. A l'ouest de Bistuglio, Finfralias avec Terebratulagregaria^ Suess., elPlicatulaintusstriata, Dunk., est bien développé. Mais, sur la route, au sud de Bistuglio, Tinfralias disparait pour faire place aux terrains primaires. On le trouve à la borne 8, située entre les kilomètres 87 et 88. C'est ici, en effet, que M. Dieulafait, professeur de géologie à la Faculté des sciences de Marseille, a découvert la lumachelle infraliasique. En ce point, les terrains jurassiques sont enclavés dans le calcaire noir charbonneux, que nous pensons être carboniférien. Nous y avons relevé la coupe suivante (voy. coupe 7) :

^ M. Schistes luisants avec bancs de calcaire

^ ^r, \ cristallin 175 mètres.

PRIMAIRES. S. etc. / c> r. 1 • . 1 1 ca

V 2. Calcaire noir charbonneux 60

3. Calcaire terreux, flssile, avec Terebratula gregariOf Suess., PUcatnla intusstriata, Dunk 8

4. Calcaire à fragments de Crinoïdes, dents de Infralias. I. ( Poissons 0,50

5. Calcaire lumachelle, avec Terebratula gregaria, Suess., etc 6

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