CONTRÉE DE SALIES ET DE MARSOULAS
Au sud de la montagne d'Ausseing, et du même côté de la Garonne, se trouve la contrée de SaUes et de Marsoulas, où les terrains supérieurs des petites Pyrénées ont subi un relèvement spécial à la lisière méridionale de cette montagne. Ces terrains d'ailleurs y conservent les mêmes caractères et le même ordre de superposition et se présentent en séries régulières, malgré les perturbations causées par des éruptions ophitiques dont le massif d'Ausseing ne nous avait pas offert la moindre trace. Le garumnien s'y trouve même représenté plus complètement en ce que l'assise inférieure, où nous n'avions pu indiquer que de rares fossiles, y contient, notamment à Marsoulas, des espèces caractéristiques de coquilles et des débris de Vertébrés, faune assez pauvre, d'ailleurs, que nous retrouverons bien plus complète de l'autre côté de la Garonne.
La vallée du Salât, que suit le chemin de fer de Saint-Girons, offre, au nord du typhon ophitique de Salies, une coupe complète où le garumnien occupe sa place habituelle entre la craie
ARTiaE N» 1.
TYPE GARUMNIEN : MONTAGNE d'AUSSEING. SI
sénonienne et le calcaire à Miliolites ; la colonie s'y accuse par plusieurs de ses fossiles les plus caractéristiques ; elle n'offre d'ailleui'S rien de remarquable, et nous ne nous y arrêterons pas.
Nous aurons au contraire à signaler dans le vallon de la Louine, qui passe au bas du village de Marsoulas, et qui n'est séparé de Salât que par une colline, un de nos gîtes les plus intéressants. La petite rivière que nous venons de nommer coupe transversalement les divers étages des petites Pyrénées, qui s'y accusent par une succession de parties protubérantes et de ravins dirigés dans le sens de la stratification, et dont la coupe transversale est représentée dans le diagramme 2 de notre planche.
En partant d'une petite combe qui sépare un conglomérat du grès vert de la craie sénonienne, et qui monte vers le hameau de Clouset, si l'on descend la petite rivière, on aura à droite les éléments de la coupe, et l'on pourra les suivre dans leur ordre d'ancienneté. On rencontrera d'abord une colline sénonienne dont les couches sont renversées, circonstance accentuée d'ailleurs par cette particularité curieuse, que les Hemipnetistes y montrent leur base à l'extérieur.
Après avoir traversé cette assise en relief, en continuant à descendre le vallon, on trouvera une nouvelle dépression.
Celle-ci, qui offre un intérêt tout particulier, est occupée par l'assise inférieure de l'étage garumnien. Il y est constitué par une argile d'un gris bleuâtre, tachée de jaune et de violâtre, associée plus loin à des couches plus sableuses. Le tout forme un système friable au sein duquel plusieurs bancs isolés de roches plus solides s'intercalent et se montrent en saillie comme des murs presque verticaux qui descendraient au vallon à partir d'un petit col, curieuse disposition qui résulte évidemment de la désagrégation et de la dénudation par les eaux de leur matrice peu consistante. Quant à la nature de ces bancs, elle est identique à celle qui a déjà été indiquée sur les bords du Salât. C'est encore ici un calcaire argileux, déchiqueté à la surface et lardé de nids d'argile. Toutefois aux lisières de l'étage se trouvent des bancs de grès friable.
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C'est dans cette combe transversale que Ton a tenté des recherches de lignite, qui n'ont pas été couronnées de succès, mais qui ont amené la découverte de nombreux débris de Reptiles (Crocodile et Tortue), et même, dit-on, d'un squelette entier. On a rencontré aussi dans ces fouilles un lit d'une matière succinique en décomposition, et de nombreuses Huîtres appartenant à deux espèces nouvelles : Ostrea Y^rneuilli, Leym. , et OHrea garumnica^ Goquand.
La combe garumnienne est comprise entre la colline sénonienne dont il vient d'être question et dont les derniers bancs contiennent des Orbitolites, et une autre colline qui est constituée par des calcaires appartenant à l'assise moyenne du garumifien. La lisière de cette dernière assise est marquée ici, comme partout, par un calcaire blanc crayeux, associé à des calcaires lisérés par des parties cloisonnées à réseaux allongés, puis viennent de beaux banos 4'un calcaire à pâte trèsrfme, qu'on a essayé d'exploiter, et qui serait très-susceptible d'être employé en lithographie, s'il n'était trop fissuré. On se rappelle que nous avons signalé les mêmes qualités et le même défaut dans la pierre qui occupe une position analogue au sud d'Ausseing.
La colline elle-même est formée par d'autres calcaires plus ou moins compactes renfermant quelquefois de petites concrétions, d'autres fois des sile^^, et qui comprend quelques bancs marmoréens de couleur b^nohe.
En continuant à suivre le vallon, après avoir parcouru l'espace correspondant à cette assise moyenne du garumnien, on passe devant une troisième combe qui contient le chemin direct de Salies à Marsoulas, et qui occupe la place de la colonie. C'est en effet \^ qu'on la trouve, çt il est d'autant plus facile de l'y reconnaîtra qu'elle renferme de nombreux fossiles indiquant cet hoirizon.
Le croquis %. 2 montre la position de cette assise entre le calcaire compacte garumnien et le calcaire ï, MilioUtes qui lui succède au nord, où il est accidenté par une faille. Toutefois les éléments qui constituent ce deirnier terme du garumnien n'ont
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pu qu'être indiqués dans ce croquis. Nous avons pensé qu'il ne serait pas inutile de les montrer plus complètement et plus nettement. C'est dans cette intention que nous donnons la figure 3 dessinée à une plus grande échelle, et dont voici la légende :
a. Calcaire compacte et couches subcristalHnes un peu disloquées, avec
silex.
b. Marne blanche argilo-sableuse, très-fossilifère.
c. Calcaire blanc, très-marneux et très-fossilifère.
d. Marne très-sableuse glauconifère (quelques fossiles).
e. Banc de calcaire vermiculé, à petites parties concrétionnées (petits poly-
piers branchas, fragment d'Oursins), et bancs de grès terreux glauconieux.
f. Marne blanchâtre.
g. Calcaire blanc marneux.
h. Calcaire blanc et bleu à Miliolites, base de réocône.
Ce dernier banc est, sans doute, précédé par le calcaire à Operculines, dont on trouve des morceaux sur les lieux.
Ce chemin de Marsoulas peut être regardé comme offrant un des meilleurs exemples pour la colonie, à cause de la faune, qui y est assez riche et qui offre ce caractère particulier, que les espèces principales de la montagne d'Âusseing n'y sont que faiblement représentées, tandis que d'autres espèces, rares dans cette dernière région, se montrent ici comme fossiles habituels. Parmi ces derniers, je citerai particulièrement des Arches se rapportant à deux ou trois espèces qui s'y manifes-? tent par de nombreux individus. C'est là que glt spécialement un grand Pleurotomaire que nous appelons Pleurotom. danica.
Les Oursins offrent une différence encore plus marquée. Le Micràster tercensis^ si fréquent ailleurs, ne se montre ici que rarement et dans un mauvais état de conservation ; il semble avoir cédé lepaskVHemiaster nasutuli^y qui abonde au chemin de Marsoulas. Il y a aussi, dans ce gîte, des Micropsisy notamment Micropsis Leymerieij Cotteau.
Cette petite région a été explorée et décrite par Dufrénoy (4), qui ne distinguait pas ajors l'assise du chemin de Marsoulas du
(1) Mémoires pour servir à une description géologique de la France, t. ïï, p. 8i.