B*UJIJ»K
le tçusiàh caractéristique de» brèches osseuses de la Corse est le Lqgôtnys corsicamis ^ Cuvier. Ce Rongeur ne se trouve plus .aujourd'hui qu'en Sibérie, dans les régions situées à Test du Volga et des monts Ourals jusqu'à l'Obi. Or, nous avons vu que les traces d'anciens glaciers sont assez abondantes en Corse. € En présence de ces faits, ne sommes-nous pas autorisé à con- :p dure que c'est précisément à cette époque que le Lagomys, :» contemporain de l'Homme, vivait sur les côtes de la Corse, » immédiatement au-dessous de la région des glaciers, et que, » les conditions climatologiques venant à se modifier à l'époque
> de la disparition de ces grands glaciers, le genre Lagomys
> s*est éteint, tandis que l'Homme, témoin de ces deux phéno- » mènes géologiques, a survécu à ces cataclysmes (1). >
Remarquons que la brèche osseuse ne renferme que de petits animaux, et que jusqu'à présent on n'en a signalé aucun dans le diluvium ; ce qui montre suffisamment le manque de grandes espèces. Ne semble-t-il pas que le principe énoncé par un grand naturaliste, et rappelé par M. de Quatrefages, soit applicable à la Corse de ces temps reculés. On lit en effet, dans les Souvenirs d'un naturaliste (2) : c Buffbn a posé en principe
> que le nombre et la taille des espèces animales vivant sur un :p continent, sur une île, sont en rapport avec l'étendue de i> terre qui leur est départie, de telle sorte qu'elles deviennent )> à la fois plus petites et moins nombreuses à mesure que l'es- ^ pace habitable diminue. :p
Tufs quaternaires de Bistuglio, du sud de monte Pedani^ de Piedigriggio, de Pielrabelloj de Riventosa^ du haut du ravin de Furiani, etc. — Au nord de Corte, à Bistuglio, on voit une énorme masse de tuf compacte, très-dur dans le bas. Les couches inférieures datent certainement de l'époque quaternaire. On y trouve des Hélix et autres coquilles terrestres vivant dans la contrée. Le tuf le plus ancien renferme des empreintes de plantes.
Il existe d'autres dépôts de tuf au nord-est de Riventosa,
(1) Locard, op. cit.
(3) Tome I, p. 106, par H. de Quatrefages.
au sud du monte Pedani, rive droite de la Gasaluna, au nord de Piedigriggio, à Pietrabello, dans le haut du ravin de Furiani, etc.
Il résulte de cette étude des plus importants dépôts quaternaires de la Corse que le littoral de cette lie s'est soulevé lentement, depuis cette époque jusqu'à nos jours. En effet, sur tout ce littoral nous trouvons de nombreux dépôts diluviens situés en moyenne à 15 ou 20 mètres au-dessus du niveau actuel de la mer et bien différents des dépôts qui se forment de nos jours, ainsi qu'il est facile de s'en assurer autour de l'étang de Biguglia, entre ceux del Sale, del Siglione et d'Urbino, au golfe de Saint-Florent, etc. Il semble donc que depuis la dernière époque géologique, le littoral de la Corse se soulève lentement (1).
J'ajouterai que l'observation des dépôts actuels conduit à la même conclusion (2).
(1) Ce fait du soylèvement des côtes est commun dans le bassin méditerranéen. A Cagliari, en Sardaigne, le général de La Marmora a signalé le quaternaire à plus de 50 mètres au-dessus du niveau de la mer. En Sicile, ces dépôts sont à une altitude très-éle?ée. A Monaco, on trouve aussi ce terrain bien au-dessus des eaux de la mer actuelle ; il en est de même à Pouzzoles, près de Naples. En Grèce, au fort de Nauplie ; en Afrique, sur les côtes de l'Algérie, on remarque le même fait, ainsi que sur les côtes de l'Espagne.
(2) On a trouvé, en Corse, des haches de pierre polie : de diorite, de serpentine, de calcaire serpentinifère et de quartz. Les unes, de grand modèle, dans ia Balagne ; les autres, de petit modèle, dans les vallées de la Gravone et du Gruzzini.
Enfin, M. Vosgin, ingénieur en retraite à Bastia, possède une hache non trouée, de fer.
Je signalerai également les pointes de flèches de silex taillé du col de Campotille, au sud du monte Rotondo, vers la vallée du Gruzzini. Notons qu'il n'y a pas de silex (pierre à fusil) en Corse.
Remarquons que les haches et les pointes de flèches se trouvent surtout là où abondent les $iantare et les stazzoni. Pour plus de détails sur ces questions archéologiques, voyez l'ouvrage de Prosper Mérimée sur les Antiquités de la CorUt et le numéro de la Refme archéologique de novembre 1875, où l'on trouvera un article sur ce sujet par M. Victor Egger.
D'après les différentes remarques que nous avons faites dans diverses notes, au sujet de la géologie de la Sardaigne, on voit qu'il y a de nombreux rapports entre la structure du sol de cette tle et celle de la Corse. Ces deux tles appartiennent à la même chaîne de montagnes ; c'est à peine si, aujourd'hui, celles-ci
104 HOIJLAl«]»K<
DES PRINCIPAUX gItES MÉTALLIQUES RENCONTRÉS DANS LES TERRAINS QUE l'oN VIENT DE DÉCRIRE.
Les dépôts ignés et les terrains de sédiments anciens renferment un grand nombre de gîtes métallifères (1). Dans les terrains primaires, leur apparition semble coïncider avec celle de deux roches éruptives, la serpentine et Teuphotide. Toutefois un assez grand nombre sont dus à des sources thermales.
Les couches sédimentaires soulevées par la serpentine et Teuphotide sont généralement imprégnées de sulfures en cris-
présentent entre elles une interruption. Le détroit ou les bonches de Bonifacio soiit parsemées de récifs et d*ilols : ilols de Cavallo, de Lavezzi, etc., appartenant à la Corse; îlots Maddalena, de Caprera, etc., appartenant à la Sardaigne. Quelques kilomètres seulement séparent le cap Lango Sardo, en Sardaigne, d'il Sprono, en Corse. Le détroit a peu de profondeur. Les roches granitiques et porphyriques forment la masse principale de la chaîne primordiale des deux lies. A Bonifacio, nous avons trouvé, sur le granité, le miocène supérieur avec nombreux Clypéastres. En Sardaigne, en face de Bonifacio, nous avons constaté les mêmes dépôts, par exemple le long de la côte de Porto- Torrcs, dans le golfe d'Assinara. Ces deux tlos n'en ont sans doute fait qu'une à certaines époques géologiques. Les granités de ces îles datent probablement de la première apparition des terres à la surface du globe. Aux points les plus élevés, ils ne sont recouverts par aucun dépôt sédimentaire. 11 en résulte que la Corse et la Sardaigne ont assisté à toutes les périodes géologiques de notre terre : tantôt comme parties actives, par exemple pendant les périodes primaires où de nombreux dépôts s'y sont formés ; ou encore pendant les périodes secondaires : la Corse prenant part aux dépôts infraliasiques, la Sardaigne aux dépôts du lias supérieur, de la petite et de la grande oolithe et d'une partie de la période crétacée ; ou bien encore pendant l'époque nummulitique et la Gn du miocène. Elles sont restées, cependant, le plus souvent isolées et inactives pendant ces longues époques géologiques. Dans le tracé des anciens rivages de la mer Méditerranée, la Corse et la Sardaigne peuvent donc être regardées comme deux jalons précieux. C'est pourquoi un travail fait par le même géologue, ayant pour but d'établir les rapports qui existent stratigraphiquement et paléoutologiquement entre les dépôts de ces deux lies, serait très-instructif pour l'étude géologique du bassin méditerranéen.
(1) C'est également dans ces terrains que l'on trouve, en Sardaigne, lesgites métallifères.
ARTICLE n^ â.
taux; mais ces cristaux, ces druses, sont loin de toujours indiquer le voisinage d'un filon. Ainsi, au-dessus d'Orezza, on voit des mamelons composés en entier d'un calcaire serpentinifère tout pétri de cristaux de pyrite de fer (de la variété dite martiale), et cela sans qu'on aperçoive aucune trace de filon. Il en est de même au cap Corse, à Test de Pino et de Centuri.
Sulfure d'antimoine du cap Corse. — Au cap Corse, l'antimoine se rencontre principalement à Luri, Meria et Ersa. On le trouve dans la serpentine, dans un calcaire serpentinifère et dans les schistes luisants, quelquefois aussi dans l'euphotide et mêmedans lapegmatite. L'apparition de ces roches éruplives a, sans aucun doute, contribué pour beaucoup au soulèvement des assises sédimentaires du cap; les fissures produites par ce soulèvement ont été remplies, sous l'action de sources thermales, paV du sulfure d'antimoine et aussi par du sulfure de mercure.
Le cinabre se présente accolé à la stibine, il la contourne et forme des croûtes de 1 à 3 centimètres d'épaisseur. La teneur du minerai en mercure est très-grande : quelques échantillons m'ont donné 80 pour 100; la moyenne est de 50.
La stibine est le plus souvent à l'état cristallin ou grenu. A Méria, elle se présente sous la forme de petites aiguilles prismatiques k quatre pans. Elle n'a généralement pas de gangue; celle-ci, quand elle existe, est le plus souvent quartzeuse.
Au toit et au mur du filon on trouve quelquefois de la pyrite de fer, un peu de blende et du soufre. Je n'ai que rarement constaté la présence de l'arsenic, ce fidèle compagnon de l'antimoine.
L e rendement du minerai est considérable : des analyses faite par voie sèche m'ont donné 50 pour 100, et l'exploitation en ess facile.
Sulfure de cuivre et sulfure de plomb de VArgentella. — L'Argentella est un petit bassin de terrains primaires entourct par les granités et les porphyres. C'est dans les granités que se présentent des filets et parfois des poches de philipsite et de galène. Un peu au-dessus de l'usine de l'Argentella, on avait
ANN. se. GÉOL. IX. 9. — ART. N« 2.
106 HOLLAl«]»E.
trouvé une poche de philipsite fort riche adossée à la serpentine ; cette poche est maintenant épuisée.
La galène, cristallisée en grandes lamelles, est pauvre en argent.
La philipsite est très-pure ; dans les échantillons que j'ai analysés, je n'ai rencontré ni plomb, ni arsenic, ni aucun métal pouvant souiller le cuivre.
Une usine vient d'être étabhe à l'Argentella par M. Colas.
Sur un grand nombre de points de ce bassin, entre la marine de Crovani et le golfe de Porto, on trouve aussi des roches tout imprégnées de pyrite de fer.
Minerais de cuivre de Castifao, Moltifao^ etc. — La Serra di Pigno se coude vers Oletta pour se diriger au sud-ouest et gagner Vallecalle, Rapale et Pietralba, centre de plusieurs petites chaînes de montagnes les plus riches de l'île^en minerais. C'est là surtout qu'il faut chercher la philipsite. Des travaux assez importants ont déjà été entrepris dans le bas de Castifao et à l'est du Champ de la bataille, sur les bords de laTartagine.
Le minerai de cuivre se présente en poches ou en blocs énormes très-purs, avec peu de gangue, au milieu des schistes luisants serpentinifères.
La philipsite se rencontre encore à Vallica, à Moltifao, à l'est de la Tartagine, vers Ponte alla Leccia, à Canavaggio, à Lento, etc. On peut dire, en thèse générale, que dans tout ce périmètre le minerai de cuivre est au milieu des schistes adossés à la serpentine, et quelquefois dans cette roche.
Cuivre natif de Linguizetta. — Une des plus riches mines de cuivre de la Corse est, sans contredit, celle de Linguizetta. Le cuivre se présente là le plus souvent à l'état natif ou à l'état d'oxyde; le sulfure est rare, mais on y trouve du carbonate (malachite) .
Le cuivre est en filets dans la serpentine et le calcair serpentinifère. La roche encaissante est assez dure, et le cuivre taisant corps avec elle, il est assez difficile de l'en extraire, mais l'exploitation peut se faire à ciel ouvert.
Galène de Vile Rousse^ CalenzanUy etc. — La Corse renferme
aussi de la galène argentifère. Au-dessus de Zilia, vers Die Rousse, aux environs de Galenzana, au sud de Belgodere, dans le bas du monte Asinao, la galène se présente enfilons dans le granité.
On la trouve en filons dans les schistes luisants au sud du col de Teghime, sur le sentier de Barbaggio à Poggio d'Olelta, aux environs de Pietralba et a Paterno près de Bastia. Malheureusement, dans tous ces gisements la galène est généralement fort peu riche en argent.
Nous pouvons aussi mentionner de nombreuses traces de galène et de cuivre panaché dans tout le Niolo. Il y a là, sans doute, des gisements très-riches, mais qui sont encore inconnus.
Minerais de fer. — Le fer se présente en Coi-se à l'état d'oxydes et de sulfures.
Le fer oligiste se montre en amas fort riche au milieu du granité, à Otta et à Vero. Il constitue des filons moins riches au milieu des calcaires serpentinifères et des schistes luisants, à Farinole, Brando, Olmetta du Cap, vers la crête de la Serra di Pigno, etc. En ces différents points, on a la variété dite spéculaire. La richesse de ces minerais varie de 35 à 50 pour 100.
On rencontre encore du fer oligiste au pont du Fium'Orbo, à Bisinchi, au monte Ladroncello, etc.
A Tétat de sulfures, le fer est très-commun en Corse. Ainsi, dans le Nebbio on le trouve en très-grande quantité à la surface du sol, mêlé souvent à du sulfure de cuivre.
Aux portes mômes de Bastia, a Cardo, on voit un amas de sulfures de fer de toute beauté : le minerai, généralement a l'état de pyrite, forme des assises régulières entre les bancs des calcaires et des schistes serpentinifères; il contient un peu de cuivre, d'arsenic, de zinc, etc.... Différentes analyses m'on' indiqué un fait curieux, c'est que la richesse en cuivre va eu croissant de Test k l'ouest.
Le sulfure de fer se montre encore au Ii-incone,ddrjs la fente du Bovinco. et à Bisinchi, où il sert à préparer des bains sulfu-
108 H9U.AIVDB.
reux. Il est connu dans le pays sous le nom de pterre de volcan. Ici il renferme quelquefois du sulfure d'antimoine.
Minet^aisde manganèse. — Le manganèse n'est pas rare en Corse; son principal gisement me paraît ôlre dans la chaîne du Tenda. Son origine doit être attribuée à l'action des sources thermales; aujourd'hui celles-ci n'en fournissent plus que très-peu, mais leur action est restée sensible jusqu'à l'époque actuelle : la découverte d'un lézard vert au miHeu du minerai en est une preuve.
La principale masse de manganèse du Tenda est à quelques kilomètres d'Ostriconi, au milieu des terrains primaires, dans un endroit facilement abordable. Une autre masse se montre au-dessus de Pietralba, dans la protogyne.
Le manganèse se rencontre encore dans le ravin de Furiani près de Bastia, vers Murato, aux environs de Valle d'Alezani,etc.
Gisements divers. — Il existe des indices de gisements métallifères en d'autres points de la Corse : par exemple, dans le Nebbio, vers Santo-Pietro, depuis l'Aliso jusqu'à Casta, de Pietralba à Canavaggio et Lento.
A l'ouest de Belgodere, on voit rextrémito d'un filon de sulfure de cuivre et de malachite, avec gangue quarizeuse. Le sulfure et l'oxyde d'antimoine se montrent à Valle d'Alezani et à Vico ; le sulfure d'arsenic, à Vico ; l'oxyde de manganèse, à Valle d'Alezani et a Tallone ; la galène, à Corseia, Calacuccia, Casamaccioli et Alberlaccie ; le fer oligiste, à Venzolasca, Chiatra, Corte,etc.
La plupart des gîtes métallifères que je viens de mentionner sont dans les terrains primaires et les granités ; aucun n'a été signalé jusqu'ici dans les terrains tertiaires et infraliasiques. La galène et le fer oligiste se rencontrent généralement dans le granité, tandis^que le cuivre y est rare, et abonde au contraire dans les terrains primaires ; ceux-ci fournissent aussi du fer, du manganèse, de l'antimoine, du mercure, du plomb, etc.
D'une manière générale, on peut dire que le cuivre forme une bande qui s'étend du S. E. au N. 0., entre le Tavignano
et le Bevinco, depuis le golfe de Saint-Florent jusqu'au Losari. Le fer, mêlé d'abord d'un peu de cuivre, constitue une zone dirigée S. E.-N. 0., de Bevinco à Brando et du golfe de Saint- Florent à Nonza. De ce dernier point à l'extrémité du cap, on trouve l'anlimoine. La galène semble cantonnée dans le Niolo et aux abords de la crête de la chaîne principale.
CONCLUSIO^CS GENERALES. .
Lorsque le géologue parcourt pour, la première fois le beau pays de Corse, il lui est bien difficile de se rendre compte de Tordre stratigraphique des terrains : telle fut du moins notre impression. Le bouleversement des couches, leurs nombreux plissements, leurs cassures formant souvent de gigantesques crevasses, des abîmes de plusieurs centaines de mètres de profondeur au fond desquels on entend vaguement le murmure d'un torrent, tout cela est bienfaitpour le décourager, dira-t-on. Et cependant ce ne serait rien, si ces terrains tant déchirés renfermaient de nombreux fossiles. Il y trouverait une grande compensation aux difficultés qu'offre la stratigraphie, et, avec le secours de la paléontologie, il arriverait bien vite à connaître Je terrain qu'il foule. Malheureusement, les fossiles y sont excessivement rares ; leur absence vient ajouter de nouvelles et grandes difficultés. Pendant plus de quatre années j'ai parcouru la Corse sans pouvoir assigner une position certaine aux terrains des schistes luisants et des calcaires cristallins. Et, sans aucun doute, sans les bienveillants conseils de M. Hébert, professeur de géologie à la Sorbonne, il m'aurait été impossible d'y parvenir. Si mes recherches en Corse apportent de nouvelles idées sur la structure géologique d'un coin de l'écorce de la terre, tout le mérite en revient à notre illustre et bienveillant maître.
Depuis longtemps j'avais rencontré l'horizon de l'infralias,
110 HOLLAIVBB.
mais toujours avec des fossiles indéterminables ; enfin j'en trouvai de bons et en quantité. Peu de temps après, notre savant ami M. Dieulafait, professeur de géologie à la Faculté des sciences de Mai^eille, trouvait également la lumachelle signalée à la borne 8 du kilomètre 86 de la route de Corle à Bastia. Ces fossiles, envoyés à la Sorbonne,furent aussitôt reconnus comme caractérisant l'infralias de la Lombardie. Avec ces jalons et ce précieux renseignement, il nous fut facile de retrouver Tinfralias en beaucoup d'autres points, avec les fossiles caractéristiques de cet horizon, ainsi que nous l'avons indiqué plus haut. €ette découverte de l'infralias nous fit faire un pas considérable dans la' tâche que nous nous étions imposée, à «avoir, la classification des terrains sédimentairesde la Corse. Mais sous l'horizon infraliasique sont de nombreux dépôts d'au moins 1000 mètres d'épaisseur; que pouvaient-ils représenter? Nous avions vainement cherché des fossiles sur la côte orientale, dans les calcaires cristallins qui sont à la partie supérieure de ces dépôts. Nous avions bien retrouvé les schistes luisants sur la côte occidentale, au milieu des roches granitiques etporphyriques ; nous connaissions les dépôts d'anthracite d'Osani ; mais, malgré plusieurs voyages, nous n'avions pu obtenir aucun résultat sérieux. Cependant nous savions très-bien que Pareto y avait trouvé un calcaire fossilifère; il en a donné une description si incomplète, que nous ne pouvions le retrouver. Lorsque, dans une de nos excursions, la pluie nous arrêta tout un jour à la belle usine de l'Argentella, et là nous apprîmes avec la plus grande satisfaction qu'à quelques kilomètres au sud-est de l'usine il existait un banc de calcaire sur les schistes luisants, et que des empreintes assez semblables à des Poissons ou à des Insectes, nous fut-il dit, y avaient été trouvées, principalement par M. Agostini, ancien propriétaire de la mine de l'Argentella. M. Fajolle, directeur de l'usine, et M. Bonaccoi-si, comptable, nous montrèrent alors des échantillons de ce calcaire. Le lendemain, de très-bonne heure, nous étions sur les lieux; nous pûmes constater qu'on nous avait bien renseigné, et que le Capîlello était la clef de la question des schistes lui-
GÉOLOGIE DE LA CORSE. Ili
sants. Plus tard nous apprîmes que ce gisement était connu depuis longtemps de MM. Koch, Locard et Villot, et que des fossiles recueillis en ce point, puis déterminés par M. Fischer, faisaient de ce calcaire du carboniférien supérieur. En comparant minutieusement les dépôts de la côte occidentale avec ceux de la côte orientale, nous fûmes convaincu qu'ils étaient de la même époque. C'est alors que nous fîmes le voyage d'Asco pour visiter le calcaire et les schistes signalés par Barrai (4) et par M. Tabariôs de Grandsaignes (2).
L'inspection de ces dépôts d'Asco confirma complètement notre manière de voir. Sans doute, pour être tout à fait affirmalif, il faudrait des fossiles. Mais la présence de i'infralias et du grès vert, peut-être triasique, est bien faite pour nous donner raison. Les schistes luisants et les calcaires cristallins intercalés dans ces schistes de la côte orientale sont bien certainement inférieurs au jurassique et sans doute primaires.
Quoi qu'il en soit, nous pouvons affirmer qu'il existe dans les dépôts sédimenlaires de la Corse cinq horizons bien distincts :
1" Un calcaire saccharoïde fibreux, avec veines d'un gris cendré; quelquefois cependant très-blanc, comme à Borgo di Carignano, àOrtiporio, etc. Ce calcaire renferme 4 à5 pour 100 de magnésie. Il est sans fossiles et intercalé dans les schistes luisants qui forment la masse prîncipale de cette assise.
2" Un calcaire gris de fumée, gris cendré ou noir cristallin, avec veines blanches de carbonate dechaux, et susceptible d'un beau poli. Il est moins magnésien que le premier. On y trouve assez souvent des cristaux de pyrite martiale, principalement au cap. Il est fossilifère au Capitello, sur la côte occidentale, et représente le calcaire carbonifère. Partout ailleurs il est sans fossiles. Il recouvre immédiatement les schistes luisants.
3** Un calcaire jaunâtre à la surface, d'un gros bleu à l'intérieur, quelquefois noir, et avec des fossiles infraliasiques. Il se termine par un calcaire gris très-propre à faire des dalles,
(1) Rarral, loc. ciL
(S) Tabariès de Grnndsaignos, loc, cit.
112 HOLIiAMIE.
des pierres de construction et de très-bonne chaux. Ce calcaire du jurassique inférieur recouvre immédiatement le calcaire n^2.
4** Un calcaire bleuâtre, avec fossiles de Téocène moyen. Il est légèrement cristallin, donne de bons moellons pour les constructions et fournit également de bonne chaux. Il recouvre immédiatement le calcaire n° 3 ; mais on le trouve aussi sur de la pegmatite et les schistes luisants.
5** Un calcaire renfermant une grande quantité de grains de quartz lui donnant l'aspect d'un grès grossier. Il est souvent d'un jaune terreux, quelquefois blanc, rose, etc. Il renferme en quantité des Échinodermes, principalement des Clypéastres. Il appartient au miocène moyen. A Saint-Florent, il recouvre les assises nummulitiques et même les schistes luisants vers TÀliso. Dans la plaine d'Aleria, il est sur le calcaire n"" 2, les schistes luisants ou la serpentine. A Bonifacio, sur le granité.
6** Enfin ces derniers dépôts sont recouverts dans la plaine d'Aleria par des sables et des calcaires argileux appartenant au miocène supérieur, aux couches à Congéries. Sur le littoral, ces dépôts sont à leur tour recouverts par du sable riche en fossiles pliocènes. Nous avons démontré que les dépôts quaternaires sont aussi abondants dans l'Ile de Corse.
Nous résumerons dans le tableau suivant la classification des terrains sédimentaires de la Corse.
ARTICLe N* i.
Cl«Mifle«li»a «es lerrataM sédlaiMitalrMi «e râle de Cmrme.