RÉGION OCCIDENTALE DES PETITES PYRÉNÉES
Les gîtes que nous venons de reconnaître se trouvent, comme la montagne d'Ausseing, du côté droit de la Garonne. Si nous traversons ce fleuve, nous trouverons, du côté opposé, une longue bande faillée et rubanée dans la direction de la grande chaîne, qui s'étend jusqu'à la naissance même des petites Pyrénées sur une longueur d'environ 16 kilomètres; sa largeur maximum n'a pas moins de 14 kilomètres, et sa plus grande altitude est de 531 mètres, inférieure de 97 mètres à celle de la tour d'Ausseing.
La disposition rubanée si remarquable de cette partie des petites Pyrénées consiste, ainsi que nous l'avons reconnu par une étude très-attentive, en deux rides et deux failles longitudinales concomitantes du grand soulèvement pyrénéen.
Les rides résultent de deux soulèvements anticlinaux que l'on pourrait classer par ordre, selon les principes que Thurmann a posés pour les soulèvements jurassiques. Le soulèvement d'Ausseing, avec sa voûte de sénonien argileux inférieur et ses crôts de calcaire sénonien, étant considéré comme du premier ordre, nous verrions un deuxième et un troisième ordre dans les soulèvements linéaires dont il s'agit. Le premier, dans lequel une ride en dos d'âne, de calcaire sénonien, est flanquée de part et d'autre de bandes garumniennes, pourrait être désigné par le nom du village de Propiary, qui en occupe un point culminant. Le troisième ordre serait attribué au soulèvement de la contrée d'Aurignac, où une plaine de garumnien argileux inférieur, légèrement bombée, est bordée de crêts formés par le calcaire compacte à silex qui constitue l'assise moyenne du même étage.
TYPE GARUMNIEN : MONTAGNE d'aUSSEING. 25
Les failles parallèles aux rides anticlinales sont indiquées par des inclinaisons différentes qu'affectent les terrains de part et d'autre. L'une de ces failles, qui sépare le garumnien de l'éocène, a déterminé la petite rivière de la Noue, qui venait de traverser le système entre Latoue et Aulon, à adopter une direction longitudinale avant de déboucher dans la grande vallée à Mancioux. La discordance correspondant à cette ligne de fracture, que nous appellerons faille de la Noue, consiste dans une différence marquée qui existe dans la valeur de l'inclinaison de part et d'autre, le sens de cette inclinaison restant le même ; tandis que la deuxième faille, à laquelle nous donnerons le nom du village de Latoue^ où son effet est très-sensible, et qui passe à Latoue et au bas de Sepx et d'Àrnaud-Guilhem, met en contact discordant lesénonien et le garumnien, dont les inclinaisons contraires se portent l'une vers l'autre, offrant une relation synclinale.
Il résulte de cette disposition des terrains dans la région qui nous occupe, que le garumnien y paraît trois fois sous la forme de rubans parallèles. Deux de ces rubans s'allongent de part et d'autre de l'axe anticlinal sénonien de Propiary ; le troisième consiste en une large bande qui, dans la contrée d'Âurignac, joue le rôle d'axe de soulèvement. Nous allons donner successivement quelques notions sur les principaux gîtes relatifs à ces affleurements généraux.
Nous avons dit que le chaînon occidental où nous nous trouvons actuellement avait été séparé du chaînon principal qui s'étend du côté opposé de la Garonne par une rupture violente. Cet état de choses s'accuse d'une manière frappante sur la rive gauche de la Garonne, à Saint-Martory, par une ligne d'escarpements rocheux qui peuvent être regardés comme la rupture spéciale de la ride de Propiary, et il paraît évident que cette ride se prolongeait jadis dans la montagne d'Ausseing, bien que celle-ci se trouve reportée horizontalement à plus de 5 kilom. au nord, relativement à la première.
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Nous commencerons par une rapide reconnaissance de ces escarpements qui bordent la Garonne en passant immédiatement derrière le bourg de Saint-Martory, et que nous avons décrits ailleurs sous le nom de Front de Saint-Martory (i).
Cette ligne de rochers, dirigée au nord-nord-est, se divise en deux parties, dont Tune, la partie septentrionale, dont le point culminant supporte les ruines du château de Montpezat, pourrait être appelée normale, parce qu'elle offre la succession régulière des étages des petites Pyrénées. On y distingue trèsbien les trois assises du garumnien , qui n'y présentent rien de particulier.
La seconde partie, qui résulte de la chute d'un immense fragment des montagnes situées à l'ouest, comprend aussi le garumnien, mais très-réduit, et avec cette particularité que cet étage s'y trouve en partie représenté par un sable blanc assez pur pour être employé dans les verreries.
Derrière cette ligne d'escarpements s'allonge, parallèlement aux Pyrénées, la ride sénonienne de Propiary et ses deux bandes marçinales garumniennes, et le gîte garumnien de la série normale de Montpezat, que nous venons de signaler dans le front de Saint-Martory, n'est autre chose que la partie extrême de celle de ces deux bandes qui occupe le côté septentrional. Celle-ci, au reste, est la plus intéressante, et nous allons d'abord la parcourir afin d'y rencontrer les principaux gîtes fossilifères qui s'y trouvent.
Déjà, derrière Saint-Martory, on pourrait citer la métairie de Lacarrau, où le garumnien inférieur, dont un des principaux éléments est une sorte de grès calcaire roux, contient, avec des débris de Reptiles, les deux espèces d'Huîtres caractéristiques de l'assise, savoir : Ostrea garumnica et Ostrea Verneuilliy et une espèce de Lime dont la surface est régulièrement couverte de petites aspérités.
(1) Mémoire sur leê escarpements rocheux de Saint-Martory (Mém. de VAcademie des sciences de Toulouse, 7* série, 1872, t. UI).
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TYPE 6ÂRUMNIBN : MONTAGNE d'AUSSEING. 27
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C'est un peu plus loin, à Touest-nord-ouesl, dans la même assise prolongée, que se trouve le gite d'Auzas, bien connu des géologues par sa faune garumnienne si riche en espèces, qui l'a fait considérer comme type pour le garumnien inférieur.
Pour aller observer directement cette localité devenue célèbre, il n'y a rien de mieux à faire qu'à prendre, à Saint-Martory, la route d'Aurignac, et à la suivre jusqu'à la Noue, petite rivière qui coule, comme nous l'avons déjà dit, dans une faille à peu près parallèle à la zone garumnienne. Un peu avant d'atteindre ce petit cours d'eau, on verra, à sa gauche, le vil-* lage d'Auzas, situé sur une hauteur au-dessus d'une combe occupée par l'assise inférieure dont il s'agit. Le village repose sur les dernières couches sénoniennes sous-jacentes à cette assise, qui passe elle-môme, avec une inclinaison modérée, sous le calcaire compacte à silex. On ne voit pas ici la colonie qui se trouve cachée, et probablement même absorbée en partie, dans le vallon de la Noue, par la faille déjà citée.
La composition et la disposition du garumnien dans ce gite sont nettement représentées dans la petite coupe figurée sous le n"" 4 de notre planche, dont nous donnons ici la légende,