‹ Annales des sciences géologiques (volume 3)Chapitre 38 sur 68 · X. Marnes crayeuses jaubàtreii · texte numérisé non relu

X. Marnes crayeuses jaubàtreii

y. Calcaire jaune avec OntreCf Lima^ Cnrdium

{C. hilUmum^i PUeatula FluttefsiÇf}^ nie

Ammonite et de nombreux Ilemituttr Luyntti. s. Caleaire blanchâtre eil lits mitabet.

Ce calcaire est recouvert de marnes crayeuses jaunâtres que surmontent des calcaires crayeux blanchâtres, identiques, au

point de vue de leurs caractères minéralogîcjues, avec ceux de Kalwet, dans TAntî-Liban, lesquels renferment, ainsi que nous Tavons ru, des inocérames, des baculites, des ammonites, etc.

Les foraminifères microscopiques qui foisonnent dans les deux calcaires semblent justifier ce rapprochement.

C'est au-dessus de ces calcaires crayeux tendres, que commencent les alternances de craie et de bancs siliceux.

Le premier lit de silex est aussi le plus épais, c'est peut-être le même horizon que celui du gros banc siliceux dont «ous avons déjià fait mention dans la Samarie et que nous aurons occasion de retrouver dans la Judée. Parmi les bancs qui lui succèdent, on trouve de beaux silex bréchoïdes presque identiques avec ceux du jebel Attarus et des silex fossilifères qui paraissent correspondre à un niveau différent de ceux du jebel Attarus et de Mkaour, à en juger au moins par les espèces que nous y avons recueillies. En effet, on n'y trouve plus les petites turritelles avec des tours de spire ornés de deux carènes, qui abondent dans les silex de ces dernières localités : ici ce sont encore des turritelles, mais de grande taille et munies d'une forte et unique carène à chaque tour. Avec cette belle espèce se trouve une Leda qui paraît être la même que celle décrite par Conrad sous le nom de Leda perdita et que nous retrouverons dans la Judée; une Ringicule^ des Natices, des Scalaires délicatement ornées, des Rostellaires ^ des Dentales^ de petites Corbules^ des Venus couvertes de côtes élégantes, etc., et de nombreux foraminifères microscopiques.

Enfin, à la partie supérieure de ce système d'alternances de craie et de silex, se trouve un banc de calcaire crayeux dont les lits sont entièrement couverts de débris de poissons et qui pourrait bien correspondre à l'un des horizons fossilifères à ichtyolites du Liban. Il paraît renfermer les mêmes foraminifères microscopiques qui se trouvent répandus en si grande abondance dans toute cette série d'assises.

Au sud-est du jebel Schihan, près des ruines de Figou, on aperçoit encore ces marnes crayeuses à silex, et cette formation occupe le sommet du grand plateau sur lequel se retrouvent les ruines du Rabbath-Moab, entre Schihan et Kerak.

200 ÏÏMmW LABTBT.

Lorsqu'on descend de ce haut plateau vers ce dernier point , on rencontre au-dessous des alternances de craie et de bancs siliceux, des couches de craie blanche remplies de foraminifères microscopiques à la partie inférieure desquelles se trouve V Ammonites Texanus (1), Rœm. de la craie du Texas, VHemiaster Vignesi (?) (2), des empreintes de bivalves et quelques écailles de poissons.

L'ammonite est transformée en silex.

Le calcaire crayeux blanchâtre dans lequel on trouve ces fossiles est assez semblable à ceux de Kahvet et de Schihan.

A la base de ces couches de craie et au fond du ravin qui sépare le plateau de Moab de Téminence isolée qui supporte le château de Kerak (Kir Moab) , on rencontre quelques rares nodules de silex d'un gris bleuâtre.

il. 3 s

Fig. 14. — Coupe brisée allant du waddy Mojib à Kerak, et de Kerak à la mer Morte.

'•»"•' a. Maroeii et calcaires crayenx blanc* A tilex. ^ft^ b. Couchos raie, et marueuses cénoDauiennes.

i^' c. Grèk de Nnbie.

*Ih d. Allurious anciennes.

e. Marnes gypseiuet et lalifèroi (anoieos dépôts

de la mer Morte), p. Basalte.

i*-. Mimosite décomposée.

En montant du fond de ce ravin vers Kerak, on traverse en sens inverse la même série et Ton arrive à des bancs de silex bréchoïdes, rosés, avec nombreuses traces de bivalves.

Au-dessus viennent des alternances de calcaires avec des silex et Ton trouve dans ces couches une grande bivalve de la taille et de la forme générale de VOstrea Villei de la craie d'Algérie,

(1) M. Fraas regarde cette espèce comme se rapportant à VAmm, Lyelli. C'est sous ce nom qu'il l'indique dans le môme horizon à Jérusalem.

(2) L'étiquette de ce fossile ayant été égarée, c'est d'après nos souvenirs seuls que oous faisons mention de ce fossile en ce point.

mais dont nous n'avons pu déterminer exactement ni Tespèce, ni même le genre (1).

Des calcaires et des marnes d'un gris blanchâtre terminent cette série et supportent Tancienne forteresse des croisés.

De Kerak à la mer Morte, on voit affleurer les couches cénomaniennes inférieures k cette série de marnes blanches à silex. Ce sont des calcaires jaunâtres où l'on trouve en grand nombre des fossiles tels que : Ostrea Africana^ Olisoponensis ^ flabellata^ Hemiaster Foumeli^ Cardium hillanum (?), et plusieurs espèces de Venus ainsi qu'un assez grand nombre de foraminifères microscopiques dont les loges sont en partie remplies d oxyde de fer.

Ces calcaires et les marnes qui leur sont associées affleurent souvent sur le chemin de Kerak à la mer Morte et notamment près d'Ain Ersit, oii ces couches renferment en abondance \ Hemiaster Foumeli et \ Ostrea A f ricana, dont de nombreux exemplaires reproduisent les variétés principales.

On aperçoit, au-dessus de ces couches, les marnes blanches à silex qui se poursuivent sans doute fort loin, au sud , dans TArabie, où elles ont été signalées sur plusieurs points.

Ainsi se termine cette succession de hauts plateaux crétacés qui borde le httoral oriental de la mer Morte et sur lesquels on ne possédait jusqu'ici aucun renseignement précis.

Avant d'en poursuivre la continuation vers le sud, dans l'Arabie Pétrée, il nous reste à examiner les terrains crétacés de la rive occidentale du lac Asphaltite et à terminer l'étude de lu chaîne de Judée que nous avons interrompue à Jérusalem.

§ 6. Terrains crétacés de la Judée. — La Judée étant beaucoup plus abordable pour les voyageurs qui visitent en grand nombre, chaque année, les Lieux Saints, que les plateaux déserts habités par les tribus indépendantes qui vivent à l'est du Ghôr, la première de ces régions est bien mieux connue que celle que nous venons d'étudier. Cependant, les bords du lac

(1 ) Nous avons trouvé également ce curieux fossile, à l'état roulé, dans les poudingues du mont Hor.

202 MIUIS LABTBT.

Asphaltite et la portion méridionale de la Judée n'avaient été que fort imparfaitement explorés jusqu'ici.

Russegger regardait la chaîne de Judée comme constituée par une coupole de calcaire jurassique identique avec celui du Liban et recouvert, çà et là, de lambeaux épars de craie blanche à silex qui en occupait les points les plus élevés.

Ces calcaires jurassiques étaient, suivant lui, ferrugineux à la base, renfermaient des cidaris à la partie moyenne et étaient dolomitiques à la partie supérieure.

Le calcaire cidaritique formerait, d'après ce voyageur, les montagnes du Belkaa, et le terrain jurassique supérieur et dolomitiquo, les montagnes de Jérusalem, de la Samarie et de la Galilée.

Nous avons, dans un travail précédent, montré comment Russegger avait confondu les couches crétacées à échinodermes avec la série jurassique dont on ne connaît, jusqu'à présent, aucun représentant en Judée. NoUs sommes déjà revenus sur ce sujet dans le chapitre précédent, et d'ailleurs, après ce que nous avons dit de la constitution géognostique du Belkaa, on reconnaîtra aisément, dans les calcaires crétacés à Cyphosoma, HeterodiadornUy Cronyopigm^ Holectypus^ etc., les calcaires cidaritiques de Russegger, et dans les calcaires dolomitiques également crétacés qui les surmontent, le terrain jurassique supérieur du même auteur.

Nous ne nous attacherons donc pas à relever les erreurs que le géologue autrichien a pu commettre par suite de ces confusions.

Il en sera de même d'Anderson que les mauvaises déterminations de M. Conrad ont jeté sur la même voie. C'était pourtant un esprit bien consciencieux et prudent, et si l'on ne peut accepter ses vues d'ensemble, ses observations de détail ne doivent pas être négligées et sont souvent intéressantes.

Dans une note publiée dans le Bulletin de la Société géologique do France (1), nous avons esquissé la constitution géologique de la Palestine et donné une petite carte géologique de cette région

(1) Bull, de In Soc. de géoi., 2« sér., l. XXH, p. 420, 1865.

GÉOLOGIE m, LA PALESTINE. 203

ainsi qu'une coupe de la chaîne de Judée, passant par Jérusalem, qui montrent Tabsence des terrains jurassiques et Fimportancc des terrains crétacés dans cette région. Nous y avions déjà indiqué la succession générale des couches que nous venons de suivTC à Test de la mér Morte et cité les principaux niveaux fossilifères qu'on y rencontre. Dans une autre note, nous avons, dans la suite, donné une autre coupe de la portion méridionale de la même chaîne.

M. le professeur Fraas, de Stuttgart, s'étant plus tard rendu en Egypte, au Sinaï et à Jérusalem où il comptait trouver, sur la foi de Russegger, du terrain jurassique , n'a pas tardé h confirmer nos vues sur ce point comme sur beaucoup d autres. Cet habile géologue a étudié avec soin les environs de Jérusalem et il a su compléter ses observations personnelles par 1 étude des matériaux recueillis par Roth et par quelques-uns de ses compatriotes, préciéUi documents qui, sans lui, seraient restés peutêtre longtemps encore ignorés. Assurément, si le terrain jurassique eût etisté près de Jérusalem comme le dit Russegger, et s'il m'eût par malheur échappé, M. Fraas, géologue jurassien, ainsi qu'il le fait remarquer lui-même, n'aurait pas manqué de l'y retrouver.

Nulle part dans la chaîne de Judée, si ce n'est à son extrémité méridionale, près du waddy Fikreh, nous n'avons obser\'é la présence des couches cénomaniennes les plus inférieures à Heterodiadema Ldbycum, Dans les escarpements même qui bordent la mer Morte et sont, à un si bas niveau, l'horizon géognostique le plus inférieur qu'on voit affleurer est celui des calcaires dolomitiques dont nous avons déjà vu la position dans les coupes du Belkaa et de l'Ammonitide et qui prennent, en Judée, un plus grand développement que de l'autre côté du Ghôr.

Ces calcaires se suivent sans interruption le long des falaises, depuis l'extrémité méridionale de la mer Morte jusqu'aux environs de Jéricho et encore plus haut le long de la vallée du Jourdain jusqu'au waddy Fasaïl.

Ces calcaires passent souvent à une belle dolomie blanchâtre et cristalline.

20A LOtlU LARTKT.

Au waddyGumran, non loin de l'exlrémité seplenlrionale du lac, en un point où l'on a cru retrouver les ruines de Gomorrhe, il en est qu'on prendrait aisément pour des calcaires cristallins, n'étaient leur poids et l'éclat nacré des petits rhomboèdres de dolomie dont ils sont formés.

En général, la rocheest d'un gris fonc^ comme à Ain el Feschkah et à Ain Ghuweir. Parfois on y observe des cavités tapissées de rhomboèdres plus gros et plus parfaits que ceux qui constituent la masse. Cela se voit, par exemple, dans les falaises abruptes d'Aïn Ghuweir, qui sont presque entièrement composées de ces calcaires.

Fig. 15. — Vuedei TalaUei occidentales de la mer Morle, prèi d'Aïn Ghuweir.

Dans cette localité, ils renferment ((uelques rares et petits nodules de silex gris, et la structure cristalline s'accuse de plus en plus à mesure qu'on s'élève vers la imrtie supérieure qui est enfin recouverte de marnes blanchâtres. On trouve à Aïn Ghuweir et à A'in Jiiiy, dans ces calcaires dolomitiques.des traces de fossilesqui paraissent se rapporter à VOstrea Mermeti, à la Janira t/icostala Coq. et à \' Ammonites MantelH.

Les calcaires dolomitiques sont queltpiefois imprégnés de matières bitumineuses qui se présentent comme des taches noires microscopiques remplissant les intervalles des cristaux (Ras Mersed, Sebheh, waddy Mahawat).

Au waddy Sebbeh, près de Masada, dans le ravin qui cAtoie au sud la colline sur laquelle sont les ruines delà forteressejuive, on trouve une dolomie vacuolaire dont les vides assez considéra-

GÉOl-OUIE DE LA PALESTINE. 205

bles sont remplis d'asphalte noir et brillant qui, après y avoir sans doute pénétré à l'état liquide, s'y est condensé et solidifié.

Le ealeaire dolomitique qui forme les escarpements du haut de [a colline, examiné au microscope , montre lui-même des traces de bitume qui remplissent les petits vides et les loges des foraminifères microscopiques qui s'y trouvent.

Parfois les calciiires dolomitiques sont beaucoup plus imprégnés de matières bitumineuses qui les colorent alors en un beau noir, aiiisi (]u'on le voit au waddy Mahawat, oh l'action de la chaleur liquéfie cet asphalte de telle sorte qu'il découle de ces calcaires, forme en tombant des sortes de stalactites noires et imprègne les alluvions anciermes adossées contre ces roches.

Fig. 16 — Vue du glto bitumîaeux du Waddy Hahiwal.

Sur la plage du waddy Seyal, presque en face de la Liçan, nous avons recueilli un échantillon de calcaire provenant d'un bloc charrié des falaises par les eaux et qui présente un assez grand intérêt. C'est un calcaire subcristallin blanchâtre rempli de cavités qui ne sont autre chose que des moules extérieurs de fossiles (actéonelles, ptérodontes, bivalves) dont les moules intérieurs ont même été souvent conservés. L'espace correspondant au t&st du mollus<[ue a toujours disparu, et les surfaa^s de.s deux moules interne et exierne sont tapissées de quartz pyramide cl de rhomboèdres de dolomie.

Lorsque ces deux substances ont cristallisé dans le même moule, les rhomboèdres de dolomie sont délicatement jKisés et comme accrochés à l'extrémité des pointements de quartz.

Par conséquent, pour que ces cristaux de dolomie se soient

206 ' UNJIS UimTBT.

formés ainsi, il a fallu : 1*" que la roche fût déposée à l'état solide et que la partie organique du fossile eût complétisment disparu ; 2'' que le quartz eût cristallisé sur les surfaces des moules de la coquille, après y avoir été apporté en dissolution dans des eaux silicifères; S^'que des eaux magnésiennes soient venues déposer à leur tour ces rhomboèdres de dolomie. Tous ces phénomènes ne peuvent guère s'expliquer que par Tinterveation de sources silicifères et magnésiennes auxquelles il faudrait peut-être attribuer les variations qu'on remarque dans l'importance des bancs siliceux ou dolomitiques, suivant qu'ils sont d'un côté du ghor ou de l'autre, au nord ou au midi. Ces variations dépendraient du voisinage ou de l'éloignement de ces anciennes sources.

Nous avons dit que les calcaires dolouiitiques se suivent le long des falaises occidentales de la mer Morte. Au-dessus Niennent des marnes blanchâtres et des calcaires de couleur claire plus compactes, dont certains bancs sont pétris de deux petites huttres que nous avons déjà trouvées associées dans les mêmes couches au jebel Houra et au waddy Mojib. Ce sont VOstrea Mermeti var. minor^ et de petits exemplaires de YOstrea vesicularis var. Juddica (1). C'est de ce calcaire que sort la source tiède d'Ain Jidy (En gaddi) et il est recouvert en ce point par une roche de même nature mais plus tendre, d'où les huîtres se détachent facilement, et dans laquelle foisonnent les foraminifères microscopiques. A cette roche tendre succ^^le un calcaire crayeux gris, blanchâtre, taché de bandes jaunâtres et traversé dans tous les sens par des veinules de gypse fibreux. Nous n'y avons obsené que quelques foraminifères et de rai'es débris de poissons.

Au-dessus de cette craie \iennent des marnes et des calcaires en lits assez minces, à la partie supérieure desquels se trouve un

(1) Nous avions pris précédemment cette variété lisse, pUssée au crochet et fort petite de VOstnca Mermetiy pour la petite huître dési{^ée ^iiéralement dans les collections sous le nom de Ostrea columbo wiVior, et k latpielle M. Coquand a imposé le uom d*(). Henumuri,

L'autre petite huître nous paraissait être tout naturellement 1*0. vesicuiosa^ à laquelle elle ressemble beaucoup au premier abord, et qui se trouve également associée à 1*0. AetfWMuit eu coImim^ hmnot, en Freaee.

banc A'Ostrea Olisoponensis et/Iaèellata, ainsi qu'un grand Cardium, quelques foraminifères et des rhomboèdres spatbiques visibles au microscope. La coupe suivante montre la disposition de

Hf. 17. •

ira wiunltgrii, !■ bUnchvl-

t. Hun* saj*™** tiif:wiréFi da jim

CM^e da U U«iied'Ak iUj (JiuUe).

. C«k«ire gril bUachtlrc avec tJ^tnu mtrtMtlij

dcfcdt Janifn aquicwltte, v\ noiubruiu ttara^

- i^^iain coin|iiintc tvrc Ue jni%« foa«iLi-i. r, C«kurr dnJûDDitiqiir grii Sottpé avw qui>lf|iLfp ■lie» ^A tl dvv eiD[krviDl« ie Jaulri-a cl

iti de L> D« llorlg.

Ces couches sont recouvertes par des alternances de calcaire marneux blanchâtres et de marnes blanches, et cet escarpement est enfin couronne par un calcaire compacte gris d'une assez grande épaisseur.

On observe la présence de ces calcaires compactes en d'autres points du rivage occidental de la mer Morte et ils paraissent être dolomitiques sur certains points.

A Sebbeh (Masada), au-dœsus de calcaires compactes, légèrement dolomitiques et du côté de la chaussée de Silva, on trouve une couche de craie blanchâtre très-riche eu foramini-

fères mirnwiipiqiies et qui renferme de graods et beaux rhomlM>pdres de chaux carbonatée spathique; on y renccmtre YOsirea cfwnimilata et une huître très-voisine de l'O. vesicularis^ particulièrement de la variété de la craie chloritée que nous avons déjà nientionnw au W. Mojib et à Aïu Jidy, sous le nom de 0. vpsiatlaris, var. Judinca. Dans ces deux dernières localités, c'étaient de trèj-petits exemplaires; à Sebbeh, ces huîtres atteip\^ï\t un grand développement et forment un véritable banc.

Au-ilessus des calcaires compactes qui couronnent les falaises dWïn-Feschkah et sur le chemin qui conduit de ce point à Nebi- Musa, on ivtrouve des marnes crayeuses, blanchâtres, friables, senil)lables aux pnn.'édeutes et qui contiennent quelques silex gris. KIU*s S4>nt bientôt recouvertes par un calcaire brun, tendre, greiui, presque entièrement composé d'écaillés, d'ossements, de vertèbres et de coprolites de poissons, et de myriades de foraminifères microscopiques. Ce calcaire, véritable bone-'bea, renferme encoa^ la même variété d^Ostrea vesicularis de Masada, mais de taille un peu moins grande.

Au-dessus de cette couche, qui parait parfois un peu imprégnée de substances bitumineuses, viennent les calcaires asphaltiques de Nebi-Musa, où Ton voit des empreintes nombreuses de petits peignes, des baguettes très-petites d'oursins, de débris de petites huîtres qui rappellent les vulselles des calcaires bitumineux de Hasbeya, des sections de têts d'inocérames, des éc^iilles de poissons cténoïdes [Berix) et de très-nombreux foraminifères microscopiques.

Ces calcaires, fortement imprégnés de bitume, sont d'un beau noir à la cassure, et d'un gris cendré sur les surfaces exposées au soleil dont la chaleur volatilise le bitume. Ils exhalent une (mIciu' ar()Hiati([uc. (>3tte roche est connue des Arabes, qui s'en servent |H)ur entrrtcMiir leurs feux de campement, sous le nom de llajar-Musa (pieiTC de Moïse). Les chrétiens de Bethléhem, (lui la travaillent, en font des emblèmes de piété qu'ils vendent aux pèl(»rins sous 1(» nom (h pierre de la mer Morte.

(/est il Ilili'lM'ock ipu» l'on doit la première analyse de C€ calcaire, (»f il avait été tellement frappé do sa richesse en bitume,

GÉOLOGIE Dl LA rALBSTINE. 209^

qu'il avait proposé d'en £aire une espèce miDérale distincte; plus tard M. Hewston fît Tessai des échantillons rapportés par le docteur Andersen.

Voici ces deux analyses :

ANALYSE D'inTaiGOCK(i).

Garboaata de chan 68,78

— de magnésie 0,27

Résidu terreux. 6,00

Bitume 25,00

ARALTSI M M. nW8T0lf(2).

GerboBate de chaux S2,i0

Mafiiéiie 0,00

SiUcc 1,95

Fer et alumine 1,95

Matière organique 13,55

Ces calcaires bitumineux sont recouverts de marnes à poissons et de calcaires blancs crayeux, puis enfin des marnes crayeuses blanches à silex que nous avons vues si souvent déjà.

Sur le chemin de Nebi-Musa, à la fontaine des Apôtres, un peu après avoir dépassé le premier de ces points, on rencontre des couches crayeuses bigarrées de rouge, et renfermant de nombreux cristaux de gypse qui brillent au soleil; puis, on entre dans le domaine de la craie à silex et, au-nlessus des premiers bancs de ce terrain, se montre un calcaire grossier jaunâtre, pétri de Leda et d'autres fossiles. On trouve dans ce calcaire de nombreuses vertèbres et autres débris de poissons qui n'appartiennent plus, comme ceux de Nebi-Musa, à la famille des perchoïdes : on y rencontre de rares dents de Larmia^ différentes de celles du Lamna elegans; une arche du sous-genre Macrodon que Conrad a nommé Cuculleaparallela^ et qui ne peut se distinguer par aucun caractère bien saillant de \Arca securis, espèce cénomanienne; une Leda que Conrad a décrit sous le nom de Nueula perdila et qui ressemble assez à la Leda lineata de Blakdown, mais à laquelle il convient, je crois, de laisser le nom de Leda perdita ; une Nucule décrite par Conrad sous le nom de Nueula crebri-Rneata^ et qui n'a rien à voir avec les Nueula Renauxiana ou Comueliana que l'on aura retrouvées dans ces couches sur des échantillons écrasés ou mal conservés, de même

(1) Notes on the Geology ofSeveral Parts of Western Asia^ p. SW.

(2) Lynch's, Off. rep.^ p. 155.

Am. se. GiOL. 1. '" lA

210 ïïj&vm liAmvBv.

que les Nucula scapha^ subrecurva^ doivent sans doute correspondre à des exemplaires de i>rfajoerfifeVa et \Arca cenomanemis, à une Arca parallela un peu déformée ; des Crassatelles^ des huîtres qui se rapportent encore probablement à YO. vesiculam, var. Jxidàica^ et enfin des débris de Dentalium,

Ces couches correspondent à ce que Anderson appelle «la craie de Mar-Saba » , parce qu'on les retrouve dans les environs de ce couvent. Très-riches en fossiles, elles se montrent sur divers points de la Judée, non loin de Bethanie, à la base de la montagne des Oliviers, dans le torrent du Kedron, sur les plateaux qui dominent les falaises d'Ai'n-Ghuweir et d'Aïn-Turabeh, près du W. Mrabba, entre Bethléhem et Jérusalem, etc..

On trouve dans ces calcaires à Leda, de Nebi-Musa, des corps allongés qui ressemblent à des baculites et des fragmeuts de test qui semblent devoir se rapporter à des Inocérames.

La présence de ces deux genres de mollusques a d'ailleurs été déjà signalée aux environs de Nebi-Musa. Anderson y fait mention de Vlnoceramus aratus, Conrad, qui s'y trouverait associé au Pecten obnitus et à YOstrea vesicidaris^ et le même voyageur a trouvé le Baculites Syriacus, Conrad, dans un silex provenant de la craie située au-dessus des falaises d'Aiu- Turabeh.

M. Fraas cite également la présence du Baculites anceps dans le calcaire bitumineux de Mar-Siiba où ce fossile serait associé à la Natica lyrata et à la Scùlaria Rauliniana. Le même géologue fait mention des ^o^/^//ffr/Vi carinella et inornata dans les couches à Leda. Malheureusement, les origines de ces fossiles et de quelques autres ne sont pas suffisamment précisées, non plus que leurs niveaux, et ces déterminations ne sont peut-être pas toutes d'une rigueur suffisante.

Voici, il ces i-éserves près, la faune de la craie de Mar-Saba.

Conrad y cite les:

Gryphœa vesiadaris.

— capidoides.

Sucula crebrilineata^ Cour-

Niicula perdita. Cour. {Leda).

Crassatella Syriaca^ Conr.

Cardium bellum^ Conr. [C. hillanum d'après Fraas?).

Pecten delumbis^ Conr. (P. iVe/^^om d'après Fraas).

Dentalium creiaceum^ Cour.

Panopœa.

M. Fraas y mentionne, d'après ses recherches, et quelques autres documents :

Bactilites anceps^ Lam.

Rosiellaria carinella^ d'Orb.

— inornata^ d'Orb.

Natica lyrata^ Sow.

Scalaria Rauliniana^ d'Or.

Deiitalium Wilsoni^ Fraas.

•— octocostatum^ Fraas.

Leda Renauxiana^ d'Orb.

— subrecurva^ d'Orb.

— scapha^ d'Orb.

Corbida striatula^ Sow.

Cardium Hillanum^ Sow.

Trigonia distans^ Conr.

Lucina campaniensis ^ d'Orb.

Astarte substriata (A. undulosa^ Conr.).

Arca cenomanenm, d'Orb.

Toutes ces déterminations ne sont peut-être pas inattaquables, mais néanmoins on voit par ces listes et par les fossiles que nous avons cités précédemment que malgré le faciès tertiaire de ces couches et de l'ensemble des fossiles qui s'y trouvent, elles appartiennent à la craie, et doivent probablement correspondre k un horizon fort voisin de celui des calcaires crayeux à inocérames et à baculitos de T Anti-Liban.

Au-dessous de ces calcaires à Leda, on voit déjà affleurer àMar- Saba des calcaires compactes qui forment les escarpements sur lesquels est bâti le couvent.

La ville de Jérusalem est assise sur ces calcaires à rudistes et à nérinées qui plongent légèrement vers la mw Morte, et passent sous la montagne des Oliviers, laquelle est entièrement composée de calcaires crayeux blanchâtres^ avec des bancs de silex à la partie supérieure.

Ces calcaires à rudistes ont été excavés en nombre d'endroits autour de la ville sainte.

Au nord de Jérusalem se trouvent d'anciennes et oonsidérables carrières souterraines d'où on a tiré les grandioses matériaux des constructions gigantesques de Tancien temple; aussi appelle-t-on ces catacombes, les « Cavernes royales » . Ou désigne aussi, sous le nom de Malekeh qui rappelle le terme de banc royale si souvent employé par nos carriers français, rassise inférieure de ces calcaires, qui a été anciennement exploitée. Cette couche est d'un beau blanc^ assez tendre dans le souterrain et contient de nombreux débris de rudistes ainsi que des Janires et d'autres mollusques. M. Fraas y a signalé la présence du Galerites albo-galerus et de la Discdidea cylindrica.

La partie supérieure des calcaires à rudistes se compose d'assises de calcaire marmoréen très-compacte, gris clair, dont la cassure montre des sections de gastéropodes qui ont leur test spathifîé {actéonelles ^ nérinées^ etc.). Ces calcaires auxquels on donne le nom local de Missih^ sont séparés du Malekeh par un petit banc oolitique qui s'observe dans presque tous les escarpements où l'on a creusé des tombes aux environs de Jérusalem.

C'est sur le plan incliné formé par ces couches calcaires qu'est assise la ville de Jérusalem, et c'est au milieu d'elles que sont creusés les anciens caveaux funéraires situés à la base de l'Abu- Tor. On les retrouve le long de la vallée de Josaphat et leur plongement vers la mer Morte, sous la montagne des Oliviers, est très-visible près du tombeau d'Absalon, comme le montre la figure 18 placée ci-contre :

Ces bancs affleurent encore à l'ouest et au nord de la viDe,près des portes de Jaffa et de Damas, et c'est au milieu d'eux qu'est creusée la grotte de Jérémie, ainsi que le tombeau des rois; Près de ce dernier point, au waddy Jos, M. Fraas a releté

GËOLOeie M U FAUtSTINB. ÂlS

coupe détaiUde qui donne une idée exacte de la nature de cette formation.

Sur te Malekeh repose une couche de calcaire marmoréen à

Ffg. 18, — Tua de* Mlcafr» du» Uaqueli lont lallli* tei toinbeaui diti d'AbulMi, dM propbtlM M da Zacbiria, daot ta nlléq de Janptwti

Radiolitet Mortoni de six pieds d'épaisseur, surmontée d'un calcaire à nérinées de quatre pieds d'épaisseur ; au-dessus, viennent des alternances de calcaires marneux et de marnes oolitiques, sur une épaisseurtotalede six pieds. C'est à cette place que se montre un banc siliceux de un pied de puissance avec nombreux débris à'aciéoneiles, de nérinées, de trochm, et dont nous avons déjà signalé la présence à Aïn-Uaramyeh, et entre Bethel et Jérusalem; à ce banc siliceux, succèdent des calcaires marneux grosaérement oolitiques, de trois pieds d'épaisseur, recouverts à leur tour par de nouveaux calcaires compactes, marmoréens, d'un gris clair, avec Hippurites sukaïus, de trois pieds d'épaisseur, que surmonte enfin un banc, de deux pieds de puissance, de ctlcaîici durs à Nerinea Beçtaaiùma. TeUe est, en ce point,

21 & lAVIS LABTBt.

la succession de ces calcaires à hippurites qui ont 25 mètres (l'épaisseur totale.

M. Fraas a trouvé dans ces calcaires un foraminifère qu'il considère comme étant une véritable nummulite et auquel il a imposé le nom de Nummidites cretacea. Néanmoins, la figure qu'il en a donnée semble prouver que ce n'est point une nummulite, mais bien un genre nouveau et distinct de celui qu'on accepte comme caractéristique de la période tertiaire. Tel était au moins l'avis de M. d'Archiac, si compétent en pareille matière.

Les calcaires à rudistes des environs de Jérusalem sont recouverts par des calcaires tabulaires jaunâtres et parfois rougeâtres que l'on emploie pour les mosaïques et pour la fabrication de quelques objets de piété. Ils correspondent peut-être à ces calcaires marneux et à ces marnes tabulaires jaunâtres que nous avons vus, de l'autre côté du ghor, superposés aux calcaires compactes, lesquels parfois, comme à Aïn Musa, renferment de nombreux débris de rudistes. Ils portent le nom local de nareh.

Au-dessus de ces couches en plaques minces, viennent des alternances de calcaires crayeux d'inégale dureté et d'une puissance totale assez considérable. Ils constituent la zone moyenne de la montagne des Oliviers et sont exploités en divers points des environs de Jérusalem comme pierre de construction [KakuHeh], Il n'est pas difficile d'y reconnaître les calcaires tendres blanchâtres de la Samaric et de la Galilée {Snltaneh), non plus que ceux des hauts plateaux d'Ammon et de Moab.

Aux environs de Jérusalem, les calcaires crétacés renferment à leur base des Ammonites dont nous avons vu des espèces de taille considérable que nous n'avons pas pu rapporter tant leur poids était considérable.

M. Fraas y cite de nombreuses espèces A' Ammonites :

Am. nisticus, varians^ Rothomagensis (espèce qui aurait été recueillie par le docteur Roth au couvent de la Croix, au sudouest de Jérusalem), rostraius^ Lyelli^ Goliath^ Mantelli^ fissicostalus^ bicurvatus.

\J Ammonites Mantelli paraît être d'ailleurs répandue à plusieurs niveaux dans ces couches. Nous lavons déjà signalée à

GÉOLOaiE DE LA PALESTINE. 216

Tebnin ; nous ne pouvons guère rapporter qu'à cette espèce une Ammonite que nous avons recueillie dans les falaises d'Aïn Ghuweir près de la mer Morte, et c'est aussi probablement à elle que se rapportent les empreintes laissées dans les calcaires dolomitiques d'Ain Musa.

M. Fraas cite encore au niveau du Kakulleh, VAstarte sub^ striata (A. undulosa^ Conr.), la Plicatula aspera et le Cardium hillarmm (1).

Enfin, à la partie supérieure de la montagne des Oliviers, on voit apparaître, au milieu des calcaires cnayeux, des bancs de silex dont un très-gros lit occupe notamment le voisinage du faîte de la route qui conduit à Béthanie. Ce sont les assises.de marnes blanches à silex dont nous avons si souvent parlé déjà et qui nous ont fourni des fossiles au jebel Attarus à Mkaour et à Schihan.Ici on n'en a pas encore rencontré; cependantM.Mauss, architecte français à Jérusalem, m'a donné une curieuse turritelle siHcifiée qui provenait probablement de la craie du mot des Oliviers, mais j'ignore le niveau précis auquel elle a été recueillie. Nous n'avons jamais trouvé de fossiles dans ces assises en Judée. M. Fraas y signale l'association de VOstrea vesicularis avec la Nummiilites variolaria^ ce qui le porte à considérer ces couches comme la transition naturelle de la craie au terrain tertiaire, mais, malgré ce que nous avons dit à propos du passage lithologique du terrain crétacé au terrain tertiaire, en Palestine, nous devons nous tenir en garde contre des idées pareilles, quelque séduisantes qu'elles puissent être , d'autant que dans les nombreux points où il nous a été donné de voir ces marnes à silex et môme dans les localités où elles sont fossilifères, nous n'y avons jamais trouvé de nunuuulites.Ce qui ne veut pas dire que l'on puisse nier la présence de quelques silex dans les couches à n\immulites. Ils existent dans ces terrains au.Garizim et près de Saïda. Mais, dans les couches à silex analogues à celles de la montagne des Oliviers, nous n'en avons jamais rencontré. D'ail-

(1) Ne serait-ce pas la roème Plicatule que celle que nous avons trouvée à la base de la craie à silex de Schihan, avec uq cardium du groupe du C. hiUamum ?

leurs, ce n'est pas la Nnmmulites variolaria que noQS avons recueillie dans les couches nummulitiques de ces contrées, mais bien d'autres espèces.

Au demeurant, il ne serait pas impossible que la partie tout à fait supérieure de cette craie silicifère appartint au terrain tertiaire tandis que les assises inférieures se rattacheraient enc(Nre à la craie. Les alternances nombreuses de craie, de calcaire et de bancs siliceux que nous avons relevées au jebel Schihan (voyei la coupe, fig. 13, p. 198) en montrent la possibilité. Les changements dans les faunes ne sont pas toujours accompagnés de modifications dans les phénomènes de la sédimentation et dans les caractères lithologiques des couches qui les renferment. Et certes, sans l'abondance des fossiles que l'on rencontre dans les assises nummulitiques des Pyrénées, il deviendrait souvent difficile de distinguer ces dernières des couches de craie qu'elles recouvrent. Mais on ne pourra accepter le mélange des faunes crétacées et tertiaires que lorsqu'on géologue aura trouvé hdmême^ dans un même lit non remanié^ des espèces caradéris-' tiques et bien caractérisées de Vun et de Vautre terrain. S'il est tin pays qui semble devoir nous promettre ces couches de jonction entre la craie et le terrain tertiaire, c'est assurément l'Orient. Mais nous croyons que le fait de cette jonction reste encore à vérifier.

Les calcaires crétacés de Jérusalem se continuent vers la Méditerranée et affectent bientôt une faible inclinaison en sens inverse de la précédente. Il en est de dolomitiques; d'autres renferment des géodes tapissées de quartz.

La craie à silex se montre à l'est de Jérusalem, aux environs de Latroun où l'on y trouve des bancs de silex bréchoïde. Bientôt l'inclinaison cesse et il y a comme un faible relèvement vers la Méditerranée, auquel est due la saillie de la colline de craie sur laquelle est bâti le petit village de Kubab. En ce point , M. Fraas a recueilli des spongiaires qu'il rapproche des Ventriculites angustatus du planer de la Saxe.

Au sud de Jérusalem, la chaîne de Judée est toujours constituée par les mêmes terrains, qui sont fort peu fossififèreSydépifis

GÉOLOOm DB LA PALESTINE. S17

les calcaires dolomitiques qu'on rencontre aux environs d'Hé« bron jusqu'aux marnes blanches à silex qui se trouvent aux environs de Bethléhem. Ces dernières forment une large bande cx)ntinue de plateaux arides compris entre la partie centrale de la chaîne et les falaises de la mer Morte. Les fossiles qu'on rencontre à la base de ces marnes blanches sont les mômes que ceux des couches à Léda de Nebi Musa, et nous avons vu qu'à Masada il y avait, au-dessus des calcaires dolomitiques des falaises , une craie très-riche en huîtres.

À partir de ce dernier point, il se produit dans la disposition des strates, comme dans le relief général de la chaîne, une modification importante. Ce sont des ressauts, dans les couches, qui forment de gigantesques escaliers depuis la chaîne centrale jusqu'au fond du ghôr et qui semblent, au premier abord, être le résultat de failles parallèles. Ces ressauts sont indiqués sur les cartes par une alternance de plaines et d'escarpements qui se dirigent obliquement du nord-est au sud-ouest.

La coupe suivante donnera une idée de cette structure :

^^' lèH Util 1^ 13.

ta

flfi

Eh

ai '

il»Vf<»« fin, fm. Wif ITUrtt^

•45 kilomètres.

Fig. 19. — Coupe du versant oriental de la chaîne de Judée jusqu'à la mer Morte, passan par les gîtes salins de Zouweirah et du Jebel Usdom (montagne de Sodome).

«. Calcatr* oompaete, plut qq idoIm dolopdtiqiic. a. AllnrioDS modernes et terre Tégétale. m. Craie maroease, à silex.

q. Gyh« iippHfoé dt Ml, à la bêM.

a'. AlluTions oncieiuies.

f. 8el.

La chaîne de Juda se termine à Test, près de Makhul,parune croupe arrondie formée par des calcaires à texture légèrement cristalline et d'aspect dolomitique. Ces calcaires plongent assez fortêmeat au sud, sou» la plaine de limon occupée par las Arabes

218 LOUIS LABTBT.

Djehalins qui plantent fréquemment leurs tentes près des puits de Makhul.

Dans le fond des ravins, peu profonds, qui sillonnent cette plaine, se montrent des marnes crayeuses blanches, puis des mamelons apparaissent sur le fond blanc desquels se détachent en noir de nombreux lits de silex qui accusent la stratification horizontale de ces marnes crayeuses (1). Ces dernières constituent les éminences de cette haute plate-forme où sont élevés quelques redjums (redjum Selameh, redjum er Rameh), montiticules de pierres d où Tœil domine et embrasse la vaste étendue des terrains qui la sépare de la mer Morte.

On descend de cette hauteur par une pente très-roide et assez difficile, en marchant sur des calcaires dolomitiques fortement inclinés, sous-jacents aux marnes blanches qu'on vient de quitter et qui renferment du gypse, sur ce point.

Les marnes crayeuses blanches apparaissent de nouveau, trèsriches en nodules de silex, au bas de ce ressaut qui porte le nom de Zouweirah el Foca. Bientôt on rencontre, au milieu de ces marnes, des bancs de gypse compacte, terreux, coloré en jaune très-clair ou en brun et parsemé en certains endroits de quelques veinules d'un vert très-vif et très-beau, dont la cx)uleur est due à la présence d'un sel de nickel. Des couches de gypse, situées à la base, sont fortement imprégnées de sel, et les silex noirs, bleuâtres du voisinage, renferment les mêmes coprolithes de poisson et offrent le môme aspect que ceux des marnes blanches situées entre Jérusalem et la mer Morte et de certains bancs de silex du jebel Schihan.

Après avoir pendant assez longtemps marché sur ces gypses, qui constituent ainsi un accident remarquable au milieu des marnes blanches crayeuses, ces dernières reparaissent avec leur allure accoutumée et Ton y retrouve les nombreux lits de silex si répandus à la partie supérieure de cet étage.

On arrive ensuite à un deuxième ressaut analogue à celui de Zouweirah el Foka et l'on y retrouve les mêmes calcaires gris

(i) Le Tell Arad, si célèbre dans Thistoire des Hébreax, serait un de ces "TfP'^'iFnf

compactes et d'aspect dolomitique qui formaient le précédent. Au bas du ressaut, ces calcaires sont recouverts par des dépôts puissants d'alluvions anciennes dont un lambeau isolé occupe le milieu du waddy Zouweirah et supporte les ruines d'un vieux château sarrazin qui commande le défilé de Zouweirah et Tahta.

Au delà du waddy Zouweirah, le calcaire compacte est de nouveau ondulé et toujours surmonté par des marnes crayeuses blanches avec silex. Enfin, après avoir traversé la plaine que suivent les eaux du waddv Mahawat dans leur cours vers la mer

Morte, on arrive à la montagne de sel du jebel Usdom qui doit se trouver dans les mêmes conditions que les gypses de Zouweirah el Foka. En effet, son sommet, ainsi que nous allons le voir, paraît être occupé par les marnes blanches et ses flancs sont couverts de silex qui paraissent en avoir été détachés.

Ce gîte salin du Jebel-Usdom ou Jebel-el-Melah (la montagne de sel) est situé à l'extrémité sud-ouest de la mer Morte. Des bancs de sel gemme surmontés de gypse et d'ai^ile bariolée comme dans la généralité des gisements de ce genre, constituent la masse principale de cette petite montagne, ou pour mieux dire de cette grande colline étroite et allongée qui, s alignant d'abord dans la direction nord-sud, s'infléchit ensuite un peu vers louest, dans son prolongement méridional. Elle a environ 6 kilomètres de long sur 1 de large, à la base, et une hauteur qui doit atteindre tout au plus 100 mètres. Se détachant trèsnettement des reliefs qui l'avoisinent, elle s'isole brusquement au milieu de la plaine, par les formes tranchantes et escarpées de sa base de sel gemme, munie elle-même de tours, d'aiguilles et de piliers de sel à propos desquels s'est exercée si souvent l'imagination des voyageurs bibliques. Des plaines basses et fortement imprégnées de sel partent du pied de cette colline et se continuent, en pente douce, jusqu'à la mer Morte qui en est ellemême assez rapprochée.

Le jebel-Usdom surgit au milieu de cette plaine, sans ofl*rir de liaison apparente avec les derniers chaînons des montagnes de Juda, qui se terminent non loin de là. Aussi, pour caracté-

ik.

riser ce relief itolé, peot-on se servir de Vexpression si hrareu* sèment appliquée par Gordier à une autre montagne de ael, celle de Cardona, en Espagne, et dire que le Djebel Usdom se présente comme un hors-^miwre au milieu des terrains qui l'entourent.

Sa base de sel gemme doit avoir plus de 20 mètres d'épaisseur totale (1). Cette couche saline est recouverte par des argiles bigarrées de rouge et de]vert, renfermant souvent de très-beaux cristaux prismatiques de gypse de la forme dite rhombique et aussi par des couches composées de très-petits cristaux lenticulaires de gypse serrés les uns contre les autres de façon à donner un grain grossier à la roche qu'ils constituent.

Quelques voyageurs ont signalé l'existence, au-*dessus des couches dont nous venons de parler, d'un calcaire crayeux blanchâtre dont les bancs réguliers occuperaient les sommets du Djebel-Usdom. Malgré tous nos efforts, et après avoir tenté l'escalade à l'est et à l'ouest, nous n'avons pu atteindre la crête de la colline ; il nous a donc été impossible de contrôler cette assertion autrement que par l'examen des débris de craie et de silex qui sont répandus sur les flancs de la montagne de sel et doivent provenir du plateau étroit qui la couronne. Ces éboulis confirment complètement, parleur nature, l'observation que nous venons de citer, et il faut croire qu'au-dessus des argiles et des gypses il existe des couches de calcaires crayeux avec bancs de silex, comme celles que l'on observe non loin de là, aux débouchés du waddy Mahawat et du waddy Zuvreirah, et qui se continuent d'un bout à l'autre du rivage occidental de la mer Morte, à la partie supérieure des calcaires crétacés plus compactes des falaises.

Ce qui vient à l'appui de ces observations, c'est qu'en regardant, avec une lunette d'approche, du ghôr méridional ou de la Sabkah, dans la direction de la montagne de sel, cette dernière

(1) Sur le versant occideatal du Djebel Uidom la base de la masse de sel ^mme est masquée par des accumulations, en lits fortement inclinés^ de débris détachés de la colline elle-même et cimentés ensvdte par des matières salines dissoutes par les eaux plu- Tlalet qui les avaient eniratnéee.

GÉOLOGtt M LA VA^UKTINE. 231

parait oouroniiée des mêmes couches de craie blaïich&tre qui se montrent au loin à des niveaux peu différents^ au^essus des £Bilaises. Il n'y aurait d'ailleurs rien, dans ce fait^ qui nes'accor* dàt rigoureusement avec les notions que nous avcms pu acquérir sur Tallure générale de ces couches crayeuses auxquelles tout nous porte à croire que les principaux gttes salins des bords de la mer Morte sont subordonnés.

On peut dirC) en effet, qu'il est bien peu de points de la rive orientale de la mer Morte où Ton ne trouve pas, à ce môme niveau géologique, quelques veinules de gypse et des traces plus ou moins considérables de chlorure de sodium.

La présence de ce dernier sel se manifeste au goût ; elle a d'ailleurs été révélée, dans beaucoup d'échantillons de ces marnes blanches, par les analyses d'Hitchcock et d'Anderson.

Il est donc probable que loin d'être des manifestations isolées des phénomènes qui les ont produits, les gttes salifères du Djebel-Usdom ne sont que des points où ces phénomènes ont acquis une intensité exceptionnelle et qu'ils rentrent dans leois plus général d'une impr^g^tion des sédiments de ht mer crétacée, le long de Taxe principal du bassin de k mer Morte. Maintenant qm nous avons cherché à assigner an ige à ces masses salines et particulièrement au Djebel-Usdom, la plus importante d'entre elles, revenons à ce dernier gîte et examinons d'abord quelques accidents intéressants qui se présentent dans sa structure.

Lorsqu'on suit le littoral de la mer Morte, en longeant le Jebel-Usdom, on arrive à l'entrée d'une grotte creusée dans la couche de sel elle-même et à propos de laquelle les Arabes, pour se dispenser d'y conduire les voyageurs, disent qu'elle sert de refuge à des voleurs et qu'elle traverse de part en part la montagne de sel. On distingue, en effet, sur le versant opposé du Jebel-Usdom et vis-à-vis du débouché du waddy-Mahawat^ l'orifice d'une autre cavité, et c'est sans doute la correspondance supposée de ces deux grottes qui a donné naissance à la fable dont les Arabes se sont plu à gratifier la crédulité de quelques voyageurs. M. le duc de Luynes voulant s'assurer par lui-même

de la véracité du fait, pénétra jusqu'au fond de cette grotte dont le sol est encombré de blocs immenses de sel gemm« et dont la voûte est ornée <le stalactites empruntées à la même substance. Nous pûmes ainsi vérifier que cette galerie, après s'être prolongée borizontalement assez avant dans la montagne, qu'elle perce perpendiculairement à son grand aie, aboutit à un vaste et magnifique puits naturel, dont les parois de sel gemme sont unies et lissées par l'effet longtemps répété du passage des eaux pluviales. Ces eaux doivent se rendre ensuite à la mer Morte par la galerie dont nous venons de faire mention, et dont l'eutrée est figurée dans la vue suivante :

Fig. 20. — Vue de la mooUgae de m1 ïDjebel-Didoiii el de U portion méridioiule de la mer Horte.

Ainsi s'explique la formation de cotte grotte, dont l'existence parait se relier, d'ailleurs, à la structure particulière du versant oriental du Jcbct-Usdom.

Hitchcock avait déjà donné l'analyse des fragments de sel rapportés du jebel Usdom par des missionnaires américains. Il y constata l'absence de l'iode et du brome. M. Terreil, qui a bien voulu soumettre à un essai plus complet le sel gemme que nous avons rapporté nous-méine de cette localité, est arrivé à un résultat analogue qui met en évidence la pureté du sel du jebd Usdom, dont voici la composition :

Chlore 59,30

Sodium 38,47

Acide suirurique 0,92

Ghaax 0,60

Magnésie 0,09

Silice, argile, matière organique 0,15

Sulfures Traces.

Nous avons examiné au microscope les résidus de ce sel, dans Tespoir d'y découvrir des débris organisés qui auraient pu nous fournir peut-être quelque renseignement précieux relativement à son origine ou à son âge.

Nous n'y avons trouvé que des cristaux microscopiques de pyrite.

Comme le sel gemme se dissout beaucoup moins vite que le sel de cuisine, que la température de la contrée est très-élevée, le climat très-sec, les eaux atmosphériques n'exercent qu'une action insensible sur ces masses de sel. On sait d'ailleurs que les expériences faites par Cordicr sur la solubilité du sel gemme de la montagne de Cardona, en Espagne, qu'on regarde dans le pays comme indestructible, prouvent qu'en cent ans, l'eau n'enlèverait pas à cette niasse saline une couche de sel de 1 mètre 50.

Ce n'est donc pas dans ces masses de sel qu'il faudra chercher, à l'exemple de certains voyageurs, l'unique cause de la salure de la mer Morte, car l'apport salifère des eaux qui sillonnent cette masse ne saurait entrer en comparaison avec celui des affluents et des sources des bords de la mer Morte, dont l'évaporation immense qui se fait au fond de ce bassin concentre sans cesse les eaux.

Al'ouestdujebelllsdom, apparaissent les marnes crayeuses blanches à silex supportées par des marnes de même couleur sans nodules siliceux, et qui surmontent à leur tour des calcaires compactes bleus et gris dont certains bancs sont dolonii tiques. Au waddy Mahawat, ces couches sont imprégnées, ainsi que nous l'avons vu, de bitume qui découle de la roche et pénètre dans les alluvions anciennes du waddy en les transformant en

poudingue bitumineux que les eaux torrentielles entraînent à la mer Morte. (Voy. fig. 16, p. 205.)

Si, partant de Makbul, on se dirige vers le sud, au lieu de s'acheminer vers le sud-ouest comme précédemment, on ne tarde pas à arriver à Tell Mill où afQeurent des calcaires curieux par leur nature et par les fossiles dont ils renferment les empreintes. La roche est poreuse, criblée de petites vacuoles et ne feît que peu d'effervescence avec les acides. C'est, malgré sa fiûble densité, un calcaire dolomitique qui a conservé le moulage extérieur de nombreux fossiles dont il ne reste pas d'autres traces. Ce sont des Murex des cérites inverses {Triphoris)^ une pyramidella et un corps énigmatique composé de petits ovîiles disposés en étoile autour d'un centre commun et que je ne saunus ranger dans aucun groupe d'être connus.

Après cette plaine, on descend les escarpements de Rublet el Baul, qui sont la continuation de ceux de Zuweirah el Foka et , après avoir traversé la plaine de Thamar, on trouve un nouveau ressaut qui pourrait bien être Clément le prolongement curvitigne de celui de Zuweirah el Tahta. On le traverse par un petit défilé, au milieu de calcaires jaunâtres à natices, et autres gastéropodes où l'on trouve des druses de quartz pyramide.

La présence dans ces calcaires de la Nerinea gemmifera^ qui se trouve en Algérie dans Vétage provencien de M. Coquand, c'est-à-dire à la partie supérieure de la craie moyenne avec les hippurites et les sphérulites, confirme cette parenté des calcaires de Ttiamar avec ceux de Zuweirah.

Un nouveau plateau conduit de ce ressaut à la plate-forme de Safa d'où Ton jouit d'une vue fort étendue dans la direction des déserts de TArabah et du Sinaï.

C'est la terminaison méridionale de la chaîne de Judée.

n y a encore ici un nouveau ressaut ; les calcaires cénomaniens sont fortement inclinés et, sans laide d'une vieille voie romaine, il serait difficile de g^a^ir ces hauteurs. On trouve dans ces couches V Heterodiadema Libycum et d'autres oursins, de gros ptèrodontes et des titrritelles.

Le waddy Fikreh a creusé son lit au bas de cette pente roide^

Après avoir traversé cette petite vallée, on tombe sur des marnes en lits minces, d'un blanc verdâtre, salifères et avec silex. Ces couches sont presque horizontales et la dénivellation est si accentuée, qu'on pourrait à la rigueur admettre, dans ce cas, que le ressaut brusque dont nous venons de parler a déterminé la rupture des couches, et que le waddy Fikreh suit la direction d'une véritable faille.

Nous avons terminé l'étude des terrains crétacés de la Syrie , de la Palestine et des contrées situées à l'est de la vallée du Jourdain et de la mer Morte.

Nous allons maintenant aborder celle de la craie de l'Arabie Pétrée, et nous verrons que dans l'Idumée, comme dans le nord de la presqu'île du Sinaï, les terrains crétacés continuent à jouer le rôle dominant dans la constitution des massifs orographiques.

§ 7 . Terrains crétacés de tldumée^ de f Arabie Pétrée et de f Arabie méridionale. — A partir du waddy Fikreh, la craie se continue vers le sud formant la lisière de plateaux qui sert de limite orientale à l'Arabah, ainsi que la ligne de faite de cette vaste vallée et couvrant le grand plateau du Tyh qui doit ses caractères de steppe désert à la prteence île ces terrains maigres et salés.

Il est en outre très-probable que ces mêmes terrains, dont nous avons vu l'importance dans la Moabitide, pénètrent fort avant dans Tintérieur de l'Arabie dont ils contribuent sans doute, pour une forte part, à former les steppes déserts, et nous verrons plus loin qu'on les retrouve à l'extrémité opposée de cette vaste presqu'île, dans le Hadramaut.

On a d'ailleurs indiqué la présence des calcaires blancs avec silex eu divers points de la chaîne des monts Seir qui sert de limite orientale à l'Arabah, par exemple au sud-est de Petra, aux environs de Maan, près d'Aïn Dalegeh, en amont du waddy Gharundel ; enfin , entre le waddy Gharundel et le marais salé de l'Arabah, nous avons nous-même constaté leur existence sur la lisière de ce désert.

Au wdday Haïmeh, par exemple, on trouve au-dessus des grès de Nubie qui là sont blancs et très-friables, des ai^iles vertes

226 LMIH LABTM.

avec gypse, puis un banc de calcaire dolomitique que surmontent de nouvelles ai^ilos vertes et jaunâtres avec gypse au milieu desquelles se trouve VOsirea flabellata et de lougues baguettes

\y jjArMEJf

Fi(. 21. — Vue de* calcairea créUcés luperpoié» au grit de Nubie, a« dtboueli^ du V. Halmeli, dani l'Arabab.

de Cidaiis. Ces ai^iles sont à leur tour recouvertes par des calcaires tabulains sur lesquels reposent des calcaires compactes et la série des marnes et calcaires crétacés, qui se continue vers l'est.

Aux environs de Pétra et du partage des eaux de l'Arabah, lex déjJÔts erétjut's sont très-dévoloppés et recouvrent généralement les grès de Nubie qui constituent en majeure partie le massif du jebel Haroun [inout Hor). Le sommet d'une montagne voisine de ce pic est occupé par les calcaires céiiomaniens dont quelques ban(« contiennent les iioilules de calcaire spathique que nous avouB déjà renctintro à la liase de cet étage, au waddy Mojib, tandis ({ue d'autres, d'un jaune fauve , renferment de nombreux oursins, tels que V Hemiaster Fourncli, le Cyphosoma Delamarrei et une nouvelle espèce de nucléolites voisine du N. sintiHg, le JVucleolites Luynesi, Cott. Ces couches à échinodenues sont recouvertes à l'est par des assises crayeuses et enfin par la craie à silex.

Cette dernière se montiv d'ailleurs un {)pu tKirtout; on la retrouve sur les bonis il» waddy cl Abiad qui lui doit son nom de « vallée blanche » et sur les ])latcau>L situés eiitiv le massif du mont llor i^t le waddy Araliah.

GÉOLOGiE DE LA PALESTINE. 227

Ce dernier est couvert, dans le voisinage d'el Saté, de débris de silex. C'est là qu'affleurenten effet les mêmes calcaires crayeux et la môme craie à silex qu'au jebel Schihan et au jebel Attarus , ainsi que les bancs fossilifères de ces deux localités.

La crête de la selle transversale qui divise en deux versants anticlinaux TArabah est formée de calcaires gris compactes presque marmoréens, dans lesquels nous avons recueilli une trèsbelle espèce de Baculites quir essemble au B. Asper, Rœm. , de la craie d'Amérique.

Au sud de cette ligne de faîte (\m a environ 240 mètres d'altitude, on voit les couches crayeuses constituer la lisière occidentale du Ghôr jusqu'au voisinage de la mer Rouge.

Au nord, elles se continuent en pente douce et ne sont, dans le voisinage de ce double versant, recouvertes par aucun autre dépôt.

Ces couches crayeuses et blanchâtres sont parfois entièrement couvertes d'une infinité de débris de silex qui résonnent sous les pieds des chevaux et proviennent des affleurements de bancs siliceux qu'elles renferment en grand nombre.

Les calcaires crayeux des environs du waddy Meliheh renferment les mêmes foraminifères microscopiques que les marnes blanches à silex de l'Ammonitide.

On y trouve les mêmes turritelles à deux carènes et les mêmes scalaires ({u''àMkBiOuv el au jebel Attarus et, de plus, des pétoncles.

Il y a des bancs de ces calcaires cmyeux qui sont îissez fortement imprégnés de sel.

Les silex, tantôt gris, tantôt noirs, reproduisent les variétés que nous avons mentionnées en décrivant le jebel Schihan et l'on y trouve les mêmes niveaux fossilifères, des scalaires^ Leda^ turritelles, etc. Au-dessus de ces couches qui ondulent suivant des sens différents, vieiment des calcaires blancs tendres disposés en bancs minées et qui inclinent légèrement vers l'est; ils représentent peut-être les calcaires nummulitiques.

Toutes ces couches calcaires tendres et blanchâtres sont le ))lus souvent imprégnées de sel et parfois de gypse, ce qui donne aux

228 EM)im LABTBT.

rares sources que Ton trouve sur leur lisière une saveur saumâtre à laquelle s'ajoute une odeur sulfureuse désagréable qui a pour origine la réduction des sulfates au contact des joncs et des roseaux en décomposition.

Ces calcaires crayeux occupent la lisière occidentale de TArabah qu'ils bordent sous forme de plateaux peu élevés et deviennent de plus en plus salifères à mesure qu on s'approche du waddy Fikreh, où nous avons vu les marnes à silex offrir leur maximum de salure, comme il est naturel de s'y attendre à cause du voisinage du jebel Usdom.

De cette lisière de l'Arabah, les marnes crayeuses s'étendent uniformément à l'ouest, sur tout le Tyh; on a cité lacraieàsilex au jebel el Garra, près des ruines d'Éluse; aux environs du jebel el Helal et du jebel Scharrig; au jebel Moyle et sur les plateaux avoisinants où se voient des bancs de silex de 22 pieds d'épaisseur ; dans la chaîne de collines qui va du jebel Araïf au jebel el Mukrah et qui se prolonge jusqu'au waddy Jeraf, près de TArabah, où nous avons, en effet, constaté la présence de ces calcaires à silex.

A l'orient du jebel Fahadi, on a trouvé, au milieu de cette craie, un petit gisement de sel gemme. La même craie à silex forme la séparation du bassin hydrographique du waddy el Kureiyeh, tributaire du waddy el Arish, lequel se jette dans la Méditerranée, et du waddy el Jeraf qui se jette dans le bassin de la mer Morte. On la retrouve près de l'origine du waddy el Arish, au jebel Ojmeh, dans la plaine de el Kaa en Nukb, non loin de l'extrémité du golfe d'Akaba, plaine qui est couverte de silex noirs. Cela montre suffisamment que la craie à silex est le terrain dominant dans ces steppes désertes du Tyh.

Cet étage paraît constituer paiement la partie supérieure de la chaîne de collines, ou plutôt de la suite d'escarpement qui sépare la région sablonneuse des grès de Nubie (située dans la partie moyenne de la presqu'île sinaïtique du grand plateau calcaire du Tyh) .

Seetzen et d'autres voyageurs ont signalé cette craie à silex dans les environs du Ras Sal, à Surabet ed Djemel, au jebel Wu-

tah. On rindique encore au jebel Tobie, au jebel Tyh, dont la base est occupée par les marnes et calcaires cénomaniens correspondant à ceux que nous avons étudiés en Palestine et en Idumée.

Ces calcaires sont superposés aux grès de Nubie , auxquels ils passeraient même en certains endroits par degrés insensibles au moyen de grès glaucouieux calcarifères. Ils sont recouverts par des calcaires à rudistes, cx)mme en Judée, et renferment des ceratites , comme en Algérie et dans le Liban.

Ils sont très-fossilifères en certains points, notamment au jebel Tyh (à 4 heures au nord-est du puits de Naseb), au Suchet Emerane, au waddy Guenet (à 16 heures au sud-ouest du puits de Naseb), aux environs de Nouguebat. Les nombreux fossiles que Lefèvre a rapportés de ces diverses localités ne laissent aucun doute sur leur âge, ainsi que nous avons pu nous en assurer en examinant sa collection ; ce sont :

\J Heterodiadema Libycum.

Un Pseudodiadema voisin du variolare.

UHemiasler Foiirneli.

Des cératites.

Des moules de grands et de petits mollusques, notamment de grands Cardium.

Des plicatules.

VOstrea flabellata.

VOstrea MermetL VOstrea Africana.

VOstrea Olisoponensis.

Des marnes et des calcaires renfermant parfois des grains de quartz et un peu arénifères sont superposés à ces assises inférieures et renferment des hippurites et autres rudistes dont Lefèvre a rapporté de nombreux exemplaires, ainsi que des nérinées.

Ces couches sont à leur tour surmontées, au waddy Guenet , par un calcaire compacte blanc avec débris d'oursins qui est luimême recouvert par des marnes blanches entremêlées de cal*

caires souvent un peu dolomitiques. Ces derniers sont assez développés aux environs de Nouguebat où ils atteignent une puissance de /liOO pieds et renferment à leur partie supérieure des bancs de silex et des lits de Venus.

On trouve aussi en certains points du Sinaï YOstrea larva.

La partie inférieure de l'étage cénomanien que Rusaegger range dans la craie dure grise renfermerait, d'après lui, en certains points, des belemmtes associées à des Umes^ des ammonites^ des térébratules et des peignes. Peut-être que ce sont les couches à belemnites que M. Figari rapporte au lias.

On sait que Léopold de Buch, Ch. d'Orbigny et M. Desor ont publié depuis longtemps quelques fossiles cénomaniens du Liban, du Sinaï et de TËgypte.

Dans une note présentée en mai 1865 à la Société géologique, nous avions appelé l'attention de nos confrères sur l'étroite ressemblance de l'Egypte et du Sinaï avec la Palestine. Nous avions en même temps classé les calcaires qui recouvrent immédiatement les grès de Nubie dans le terrain crétacé moyen en y signalant la présence de V Hemiaster Fournelt ^ de Y Heterodiadema Libycunij de YHolectypus séria lis et de nombreuses exogyres; association de fossiles dont nous constations la continuation dans toute cette bande de terrains crétacés qui borde la Méditerranée, aussi bien en Algérie cju'en Égjpto.

Cinq mois après, M. Duncan présentait à la Société géologique de Londres une excellente étude paléontologique sur les échinodermes fossiles recueillis par le docteur Carter sur la cAte méridionale de l'Arabie et dans llnde (2).

Le docteur Carter avait déjà reconnu l'identité des marnes jaune rougeâtre à échinodermes des environs de Marbat , sur la côte méridionale de l'Arabie, avec celles de Bagh, sur la Nerbudda, dans llnde. L'étude scrupuleuse faite par M. Martin Duncan des fossiles rapportés de ces deux localités a confirmé ce

(1) Sur la formation du hasfiin de la mer Morte {Bull, de la Soc. géol, de France)^ niai 1865, 2« série, t. XtU, p. ààà.

(2) Quart. Jourru of the Qtol. Soe., t. XXI, p. 3A9, novembre 1865.

rapprochement et a mis en évidence les caractères cénomaniens de ces faunes.

Les argiles et les marnes à échinodermes du cap Marbat reposent sur des grès micacés d'environ 1700 pieds de puissance. Elles ont elles-mêmes 1000 pieds d'épaisseur et sont recouvertes par 2000 pieds de calcaires blancs que M. Carter rapporte à la craie supérieure, et qui se trouvent en certains points surmontées par des calcaires nummulitiques.

ABagh, les calcaires et marnes rougeâtres à échinodermes d'une puissance bien moindre (16 à 20 pieds) reposent également sur des grès qui, cette fois, sont blanchâtres.

Les faunes de ces deux localités qui offrent entre elles une parenté évidente et comprennent même des espèces communes, telles que Y Hemiaster similis , le Pecten quadricostatus (Janira), la JSeithea Alpina^ et se rapportent évidemment au même horizon de la craie moyenne que nos calcaires cénomaniens de la Palestine et de lldumée et du Sinaï.

Au ras (cap) Fartak et au ras Scharween sur la côte d'Arabie, M. Duncan cite la présence des espèces suivantes :

Cidaris Cenomanensis^ Cott.

Pseudodiadema Rœmeri^ Desor. Salenia scutigera^ Gray.

Holectypus Cenomanensis^ Guer.

Pygaster iruncatus^ Ag.

Epiaster distinctus^ Ag.

Hemiaster similis^ d 'Orb .

Cottaldia Carteri^ Dune.

Pecten quadricostatus^ Sow (1).

Pecten œqxiicostahis ^ Lamk.

Neithea aipina. d'Orb. sp.

Actinospongia.

Potellina concava^ Cart. sp.

OrotioJna concava^ Lamk.

(1) Ce doit être la môme Janire à trois côtes intermédiaires^ ((tle «loqs avoni rapprochée de la Janira (rinostata de Coq. (non Bayle), '

232 lAUM LARtBT.

Et à Bâgh dans riiide :

Hemiaster Cenomanensis^ Cott.

Hendaster similis^ d'Orb.

Nucleolites similis (1), Desor, Nudeolites subquadrahis ^ d'Orb. sp.

Nei/hea Alpina^ d'Orb.

Pecten quadricostatus ^ Sow.

Rhynchonella depressa, Sow.

ThamncLstrœa dedpiens. Mich. spec.

Centrastrœa Cenomanensis^ d'Orb.

Escharina.

Eschara.

Vincularia.

Serpula plexus^ Sow.

Deux ans après, M. Diincan a publié les échinodermes fossiles recueillis au waddy Mokatteb et au waddy Badéra,dans le Sinaï, par M. Rolland (2) et il a reconnu les analogies que présente cette faune avec celle du cap Fartak et de llnde.

Les oursins crétacés du Sinaï, déjà décrits antérieurement par Agassiz, Desor et d'Orbigny, étaient les suivants :

Diadema Sinaicum^ Desor.

Pedina Sinaica, Desor, Ag. Diplopodia Sinaica, Desor.

Claviaster comulm, d'Orb.

Periaster oblongusj d'Orb.

M. Duncan a ajouté à cette liste sept espèces :

V Heterodiadema Ubycum que Lefèvre avait depuis longtemps déjà rapporté de ces contrées et que nous avons cité en Palestine, le Psendodiadema Ruppelii, Des. , qu on retrouve en Égj^pte, XHolectypus excisus^ Des., que nous avons également recueilli à

(1) Ce nucléolite, que nous avons vu à Londres dans la coUecUon du docteur Carter, au musée de la Société géolofique, est si voisin du Nucleolites Luynesi des environs de Petra, que nous sommes fort enclins à penser qu'il pourrait bien se rapporter à eette dernière espèce plutôt qu'au X fimihs. Des.

(8) Quarf. Jount, ofGeol, Soc.^ 4867, p. 38,

Aïn Musa, le Periaster elatus, d'Orb., V Hemiasier gracilis^ Cott., et VEpiaster distinctus qui figure dans la liste de fossiles précédents du ras Fartak.

Nous avons vu plus haut les analogies frappantes qui rattachent les couches cénomaniennes du Sinaï à celles de la Palestine et de ridumée, analogies que nous avions reconnues depuis plusieurs années grâce aux fossiles rapportés par Lefèvre tels que : Heterodiadema Libycum^ Osirea Olisoponensts, Africana^ Mermeti^ flabellata, etc., cette analogie est confirmée pleinement par la liste des oursins recueillis au waddy Mokatteb par M. Rolland et si liien décrits par M. Duncan. Nous pouvons même ajouter aux fossiles communs à la fois à la Palestine et au Sinaï que nous venons d'énumérer, VHolectypus excisus, que nous fournit la liste du vraddy Mokatteb et qu'on rencontre aussi à Aïn Musa(l).

Tous les gisements de craie que nous avons cités jusqu'ici sont au nord du massif cristallin du Sinaï; on n'en a pas signalé dans rintérieur de ces montagnes élevées, ce qui porterait à croire que cet îlot granitique était déjà émei^é à Tépoque des terrains crétacés.

Sur la côte du golfe d'Akaba, la craie a été signalée en plusieurs points, par exemple au ras Kureyeh , près du fond du golfe, au ras Zuweirah et sur toute l'étendue de la côte comprise entre Aïn Muweibia et le ras el Kamile.

Burkhardt cite encore la présence de ce terrain en face de l'tle de Tiran .

En tournant la pointe du Sinaï et en remontant vers le nord le long du golfe de Suez, on retrouve la craie dans les collines qui séparent la plaine d'el Kaa du massif cristallin central du Sinaï. Plus loin, viennent les calcaires cénomaniens du waddy Mokatteb et du waddy Baderah dont nous avons déjà parlé. Enfin, au nord-ouest du waddy Naseb, la craie affleure assez près du rivage, et au ras Hammam, on trouve encore des calcaires

(1) Dans la note que nous vcnocr de recevoir sur les récentes explorations du Sinaï, par M. Baiiennai), se trouve rirdicitior des fossiles cr^ta^s déterminés par M, Ihinc^,

23& r<OCM LABTBT.

blancs à silex. Après quoi, la craie se continue par une chatne de collines assez distante du rivage Jusqu'aux environs de Suet, recouverte çà et là par des calcaires à nummulites et à operculines, comme à la montagne de Pharaon, près des bains de Moïse.

§ 8. Calcaires crétacés de F Egypte. — Sur le bord méridional de risthme de Suez, opposé à la péninsule du Sinaï, se dresse la montagne do TAttaka ou le jebel el Taka, où Russegger avait déjà observé la superposition des couches nummulitiques aux calcaires crétacés (1).

Newboldt décrit c^s calcaires comme étant d'une texture compacte, rude, et de couleur fauve, criblés de trous, faisant faiblement eflFervescence avec les acides , comme s'ils étaient magnésiens et contenant des cavités primitivement occupées par des fossiles dont la substance a entièrement disparu (2).

On doit à M. Léon Vaillant la connaissiince détaillée de ces assises dont il a relevé la coupe pendant son séjour à Suez (3).

Nous avons déjà mentionné Tintercalation de calcaires dolomiticjuesà la partie supérieure des terrains crétacés du Sinaï; ici ces bancs alternent ré{?ulièrement avec des couches de craie et le passiige lithologique de la craie au terrain tertiaire s'effectue à travei^s ci^s alternances d'une manière aussi insensible qu'au milieu des alternances de craie à silex de la Palestine.

Les calcaires (lolomiti(|ues de la luisi* de TAttaka renferment des moules de rudistes qu'on a cru pouvoir rapporter, malgré leur mauvais état de conservation, aux Ilippurites organisam et cornu vaccimun. Presque immédiatement au-ilessus, viennent d'autres bancs de calcaire dolomitique où se montrent des empreintes iVOstrea /arva (4) et ilymejanire qui semble être la Janira scxangularLs, Au-dessus de ces calcaires qui sont incontestiiblement crétaws, re|Hxse une couche mince de craie blanche surmontée de Uuics très-i*i>ais de calcaire dolomitique. Plus

;l) ii^\ '!/., t. IV, p. 309.

{2) (h //u' (t>>Avv <»/' *•Vy/»^ {Quart, y«>«r#i., t. iV, p. 334).

(3) Hu/L iU^ Al »f. yM. de Franct, 2«s*rie, U XXII. p. 277.

^4) Utèvre a trouTé ee fossilt en dÎTtn autres points de r£fypie et du Sina!.

haut sont des alternances de calcaire dolomitique et de craie et enfin, à d&O mètres environ au-dessus des bancs à rudistes, une couche mince de marnes rouges avec gypse. Toute cette série que M. Vaillant range dans le terrain crétacé est surmontée par de nouveaux calcaires dolomitiques à orbitolites de 150 mètres d'épaisseur, dont la faune est assurément tertiaire, et paratt être éocène autant qu'on en peut juger d'après ces moules.

Toutes ces couches sont faiblement inclinées et presque horizontales ; une faille en amène la répétition à des niveaux supérieurs.

Il est douteux que les calcaires à rudistes de l'Attaka appartiennent au même horizon géognostique que ceux de la Palestine et de ridumée, du Malekeh et du Missih de Jérusalem, par exemple, car il faudrait admettre alors que l'étage si puissant de la craie à silex manque en ce point ou s'y trouve singulièrement réduit. La présence de VOsirea larva, celle d'une huître qui, à en juger par les empreintes qu'elle a laissées sur la roche, doit se rapprocher de VOstrea Pyrenaica; toutes ces raisons nous portent à penser que les calcaires à rudistes de l'Attaka pourraient bien se rapporter à un horizon supérieur à celui des calcaires à rudistes de la Palestine et du Sinaï.

Dans le reste de l'Egypte, la craie se présente avec les caractères que nous lui avons vu revêtir en Palestine et en Arabie Pétrée. Ce terrain affleure ça et là dans les entailles des waddis et forme la base des plateaux calcaires dont les terrains nummulitiques constituent le faite, et au milieu desquels le Nil et les cours d'eau qui lui servaient jadis de tributaires ont anciennement creusé leur lit.

Ces terrains crétacés se relèvent insensiblement vers les limites de leur domaine, en s'appuyant toujours sur les grès de Nubie qui les bordent au sud, près des montagnes d'Assouan,et à l'est, le long de la chaîne Arabique. Enfin, ils contournent ce dernier massif et se montreraient même, d'après certains auteurs, échelonnés, par lambeaux épars , le long des côtes de la mer Rouge.

236 IiOUm LABTBY.

En comparant entre eux les foraminifères qu'il avait recueillis dans la haute Egypte, ainsi que dans les déserts de la Libye et ceux de T Arabie, avec les animalcules de la même classe répandus à profusion dans nos terrains crétacés d'Europe, Ehrenberg avait reconnu l'identité des uns et des autres et n avait pas hésité à en déduire celle des couches qui les renferment.

Cela serait regardé comme imprudent aujourd'hui qu'il est reconnu que des foraminifères jurassiques vivent encore dans nos mers; mais, il y a lieu d'être émer>^eillé néanmoins, dans ce cas-ci, de la justesse de^ indications que donnèrent les dépouilles de ces petits animaux à ce savant naturaliste, en lui faisant considérer comme crétacés tous ces vastes domaines de calcaires qui couvrent la Libye, l'Egypte, l'Arabie Pétrée, la Palestine et la Syrie.

Il fut mieux inspiré en cela que plusieurs de ses successeurs qui, dans les deux dernières contrées dont il vient d'être question , les rapportèrent , les uns aux terrains jurassiques , les autres aux terrains tertiaires.

Cependant Ehrenberg ne put séparer de ces calcaires crétacés les calcaires nummulitiques qui les recouvrent, et ses successeurs n'y sont pas parvenus davantage. En se rappelant ce que nous avons dit du passage lithologique de ces deux terrains on n'en sera point surpris, car on a pu voir que nous avouons ne pas connaître encore la ligne de démarcation précise qu'il convient d'établir entre eux,

Newboldt, ne pouvant diviser les deux terrains, les réunit sous la dénomination commune de « calcaire marin » . Il prétend cependant que les couches supérieures de ce terrain marin, dans lesquelles abondent les nummulites, diflFèrcnt lithologiquement des assises inférieures, et il leur attribue les caractères des calcaires du jébel Attaka. Nous ne pouvons être de son avis sur ce point , car dans la série tertiaire du Mokattam et de la Thébaïde on retrouve les principaux types de roche que nous a offerts la craie.

Les couches inférieures du calcaire marin seraient, au contraire, d'après Newboldt, composées de craie blanchâtre avec

(les lits tabulaires ou uodulaires de silex, comme par exemple dans le voisinage de Thèbes, de Bir Inglés, etc. Ces couches à silex, où se trouvent parfois de véritables nodules de jaspe égj'ptien, contiennent du gypse terreux et cristallisé, du sel, du calcaire spathique, de Taragonite, du quartz cristallisé et des dépôts considérables d'une belle variété d'albâtre calcaire connue sous le nom à' albâtre égyptien et fort employée par les anciens dans la fabrication de leurs vases (1).

Les couches inférieures de cet étage alternent avec des couches de marnes tendres verdâtres et brunes, employées par les anciens et par les modernes pour la poterie et le blanchiment des étoffes.

En fait de fossiles, Newboldt mentionne une couche dOstrea carinata (?) qui affleure entre Cosseir et Thèbes, en un point où M. Nash avait trouvé des turritelles, des Cardium et des silex qui ne seraient autres que des spongiaires fossiles (2). On a également reconnu la présence de foraminifères dans les silex de cette formation, comme nous avons vu qu'il en existe dans certains nodules siliceux de la Palestine et de l'idumée.

Ehrenbei^ et Newboldt ont également appelé l'attention sur les morpholites ou pierres ocellées^ sortes de concrétions siliceuses imparfaites qui affectent la forme grossière d'un œil avec ses paupières ou celle d'une planète avec son anneau. On les trouve aux environs de Thèbes et sur les bords du Nil, dans un calcaire blanc terreux avec de petites veines de gypse , de sel et de spath calcaire. Les Arabes les regardent conmie des gouttes tombées du ciel, d'où le nom de Muktah^ qu'ils leur donnent (3).

Lefèvre et Russegger ont parfaitement reconnu l'existence de

(1) Newboldt ajoute que les anciennes carrières d'albâtre étaient situées dans le désert oriental à 27<> 43' de latitude nord, près de Tell el Amara. Les carrières modernes sont à 8 Idlom. de distance de Benisuef^ dans la cbaine du Mokattam. Ce sont probablement dei dépôts de sources thermales.

(2) Edimb. Philos. Joum., t. XXIf, p. 144-234.

(8) n n'est pas certain que le gisement de ces morpholites appartienne à la craie ; il «si pins probable qu'il est éocène.

238 lAuis UlBtby.

la craie en Egypte , mais ni Tun ni Tautre ne Tont distinguée avec un peu de précision du terrain tertiaire qui la recouvre. Russegger mentionne sa présence au Mokattam où il n'y a que des terrains nummulitiques, et Lefèvre réunit les deux terrains dans un même système, en prétendant que les nummulites se trouvent dans ces deux étages. Ce dernier voyageur a cité la présence d'hippurites au Caire et celle d'échinites à Esneh.

11 a d'ailleurs rapporté d'une foule de points de TËgypte de nombreux fossiles qui montrent que la craie y est constituée comme en Palestine et en Arabie Pétrée, peut-être avec l'addition de quelques horizons fossilifères supérieurs qui manquent ou sont très-pauvrement représentés dans ces dernières contrées.

Les recherches de iM. Figaribey n'ont guère ajouté à ces vagues données sur la constitution du terrain crétacé de l'Egypte, et nous ne pouvons que regretter qu'il n'ait pas soumis les fossiles recueillis par lui à l'examen de quelque paléontologiste compétent, et qu'il n'ait donné aucune coupe détaillée et méthodique des terrains dans lesquels on les rencontre.

Nous nous bornerons à reproduire textuellement les noms des principaux niveaux fossilifères qu'il indique dans ces coudies.

Ce sont : ii la partie sui)érieur*e, des calcaires à Hippurites SphciruiUes foliacem^ Baculitcs^ Serpules^ souvent remplacés par un calcaire avec Iwincs et nodules de silex, où l'on trouve de grandes Ammonites^ le Nautilus elegans^ le Plagiostoma spinosum, la Gryphœa columba, \ Isocardium Carinthica^ Trigonia, Exogyra^ BaculiteSj Echimdes^ Spatangus cor-^ngmnum et dents de squale.

Ces couches reposeraient sur des calcaires tufacés à la base desquels on trouverait VOfitrea cannata^ la Gryphœa colim\ba^ des llamites^ etc.

D'a|u*ès le même auteur, la partie moyenne du terrain crétacé, qu'il assimile au gault, serait constituée par des marnes et argiles vertes traversées de veines de gypse et de sel gemme, et qui renterm(*raient : Inoceramus concentricus ^ undt/latiis, Plicatula^ JSucula peclinata^ Ostrea dello'idea (!), etc. Des grès siliceux seraient intercalés à ces assises.

La partie inférieure du terrain crétacé serait constituée par des sables chloritiques qui n'affleureraient que vers le jebel Selseleh, dans la vallée d'Arabah, près des monastères de Saint- Paul et de Saint-Antoine, etc.

Nous nous faisons, il faut bien Tavouer, une autre idée du terrain crétacé de TÉgypte. D'après les observations rapportées plus haut, et surtout d'après les collections réunies par Lefèvre, il nous paratt qu'il ne dififère de la craie de la Palestine et de l'Arabie Pétrée que par quelques détails de peu d'importance.

Les assises inférieures sont composées de calcaires et de marnes jaunâtres ou verdâtres, parfois chloritiques, comme dans le Sinaï et caractérisés par les Ostrea Olmponensis^ Mermeii^ flabellata^ Africana^ ainsi que par la faune d'échinodermes que nous avons eu plusieurs fois déjà l'occasion de citer et dont le type le plus constant est V Heterodiadema Libycum. Ces oursins et ces exogyres ont été rapportés par Lefèvre de plusieurs points de l'Egypte , notamment de la région comprise entre Suez et Cosseir et de la vallée d'Arabah.

La série supérieure se compose de marnes et de calcaires blanchâtres plus ou moins crayeux qui contiennent à leur partie supérieure des bancs nodulaires et tabulaires de silex et sont imprégnés de g^'pse et de sel comme dans les contrées avoisinantes.

Il est à croire qu'on rencontrera entre ces deux étages de la craie les bancs de calcaire dolomitique et de calcaire à rudistes qui les séparent dans les régions voisines et auxquels les calcaires , dolomitiques à rudistes de l'Attaka pourraient bien être supérieurs.

Nous avons déjà dit que Lefèvre a recueilli des hippuritesdans certains calcaires des environs du Caire. Ces calcaires à rudistes sont recouverts par une lumachelle friable et composée de petites huttres au-dessus de laquelle viennent des bancs de calcaire avec Nérinées, Tornatelles, etc. On a vu que les bancs calcaires à rudistes de Jérusalem renfermaient des couches à nérinées et autres gastéropodes. Il est donc à espérer que Thorizon des calcaires à rudistes de la Judée se retrouvera en Egypte^

240 LOUIS LASTST.

Nous venons de suivre ainsi, depuis le Liban jusqu'à THadraniaut, en Arabie, et depuis llnde jusqu'au désert Libyque, une faune crétacée bien caractérisée et qui a son cachet spécial. Les rares fossiles rapportés du désert Libyque, ceux qu'Overweg a recueillis dans le Fezzan, les faunes si riches des couches crétacées de TAlgérie que les travaux de M, Coquand ont rendues célèbres, celles de plusieurs points du Portugal, de TEspagne et de la Sicile, nous permettraient d'élargir encore beaucoup le domaine de cette craie méditerranéenne et africaine qui revêt des caractères propres et un peu différents de ceux qu'affectent les dépôts du même âge dans nos bassins septentrionaux.

En résumé, il n'y a encore de bien établi, dans les riions orientales que nous étudions, que la présence d'une série puissante d'assises cénomaniennes qui se termine par une formation de calcaires à rudistes. Au-dessus viennent cependant des calcaires tendres blanchâtres surmontés de craie à silex, et ces couches, malgré le caractère ambigu de leur faune, doivent appartenir encore, au moins en grande partie, à la craie. Toute cette série est surmontée de calcaires tantôt compactes, tantôt friables, tantôt tabulaires, (jui passent aux roches précédentes par les transitions les plus ménagées. Ces calcaires renferment en certains points des nummulites, et c'est d'eux que nous nous occuperons maintenant.

Page 1