DU GOLFE DES LECQUES AU VALLON D*ARKN
(PI. VI, fig. 1.)
L'infralias commence, dans le département du Var, àpeu près à son extrémité la plus occidentale, pour se continuer presque sans interruption jusqu'en Italie. 11 vient expirer sous les grès quaternaires, les sables et les alluvions modernes, au bord du golfe des Lecques, au sud de Saint-Cyr. Il se montre, à gauche, quand on est sorti des sables modernes, en remontant le chemin qui s'avance au sud-est vers le petit port d'Arlon. L'infralias est là très-visible et très-reconnaissable, mais on ne peut pas bien saisir ses limites de contact.
Quand on s'est avancé d'environ un kilomètre à partir du golfe, on atteint l'oolite inférieure, puis la grande oolite, faisant Tune et l'autre partie du système de montagnes du sud-ouest.
Mais, si l'on suit le pied de la montagne qui se termine d'une façon assez abrupte à peu de distance de la mer, on rencontre des formations bien différentes. On trouve en effet, avant même de sortir du vallon, une plàtrière en exploitation. Malgré nos efforts, il ne nous a pas été possible de bien saisir les relations des terrains en ce point; nous dirons seulement que des mouvements énormes se sont certainement produits, puisque, en gravissant la colline au-dessus de la plàtrière, on ne tarde pas à ren-
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contrer des masses considérables de calcaires blancs qui ne sont autre chose que les calcaires à Hippurites^ comme Tatteste le nombre prodigieux de ces curieux animaux au milieu des assises.
En suivant le bord du vallon, à partir de la plâtrière, on ne quitte pas la terre végétale, mais on voit très-bien, à la teinte d'un rouge tout spécial et à la couleur bariolée du sol, que les marnes irisées ne sont pas loin. En effet, en arrivant à la ligne du chemin de fer, la tranchée, ouverte assez profondément en approchant du col de Saint-Cyr, a mis à découvert les marnes irisées sur une épaisseur de 7 à 8 mètres.
Entre la montagne dont nous venons de côtoyer la base et celle de Saint-Jean plus à Test, il existe un abaissement trèsbrusque qui forme le col de Saint-Cyr. C'est là que passe la route qui va de ce village à Bandol. Les calcaires, de chaque côté, appartiennent aux calcaires à Hippurites. Ils sont si compactes ; leurs fossiles, bien qu'en nombre prodigieux, font tellement corps avec la roche, que ces calaiires constituent une excellente pierre de construction. Ils ont été exploités au col même, et mis en œuvre pour les travaux d'art du chemin de fer dans cette partie de son parcours.
La voie ferrée franchit le col à l'aide d'un tunnel passant tout au plus à 20 ou 25 mètres au-dessous du niveau de la route. Du côté de Saint-Cyr, il sort au milieu d'une masse d'argiles noires très-développées dans la partie est du territoire de Saint-Cyr, et qui appartiennent à la base de l'étage turonien. Comme le tunnel n'a pas plus de 300 mètres de long, et que, dans ce parcours, il est nécessairement à peu près horizontal, il en résulte que les marnes irisées, du côté de Bandol, et les marnes turoniennes, du côté de Saint-Cyr, sont exactement au môme niveau par rapport à l'horizon.
En creusant le tunnel de Saint-Cyr, les ouvriers ont rencontré une masse puissante de gypse triasique qu'ils ont dû traverser. Un four à plâtre, qui existe au col depuis plusieurs années, exploite les gypses rejetés comme déblais lors de l'établissement du chemin de fer de Toulon à Marseille.
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Quand, partant du col précédent, on remonte, sur le versant nord, le vallon de Rene-Port et de Marin, on marche presque constamment sur le muschelkalk fortement relevé. On trouve en plusieurs points, et notamment à la propriété Figuiôre, dans des assises marneuses, un grand nombre des fossiles les plus caractéristiques de cet étage.
En s'avançant sur le versant sud du vallon et suivant la route tout d'abord au moins, on marche bien encore dans le muschelkalk, mais les dérangements des couches et surtout les dépôts tertiaires, malgré leur faible épaisseur, ne permettent pas de voir exactement le véritable état des choses.
En atteignant le haut du vallon, quel que soit d ailleurs le chemin suivi, on voit une masse énorme de marnes irisées au milieu desquelles se trouve un dépôt considérable de gypse.
Pour faire en ce point une coupe aussi complète que possible et retrouver la base fossilifère de l'infralias, il faut, en partant du chemin de fer k 200 ou 300 mètres au sud du col de Saint- Cyr, se diriger de manière à passer par le pied d'une vieille tour isolée qu'on aperçoit d'assez loin sur le versant sud du vallon de Rene-Port.
Au point de départ, le chemin de fer est, comme nous le savons, ouvert dans les marnes irisées, et celles-ci sont recouvertes par les terrains tertiaires. Mais, en marchant vers l'est, on voit bientôt le muschelkall s'élever au-dessus de la terre végétale et constituer toute la base de la première colline. On atteint la tour dont nous avons parlé, et un peu au-dessous s'ouvre une grande carrière abandonnée.
Les marnes irisées apparaissent de la manière la plus évidente, dans cette carrière, sur une épaisseur de plusieurs mètres.
A la partie supérieure, immédiatement au-dessus des marnes irisées, on voit un banc extrêmement compacte, épais de 80 centimètres et exclusivement composé de coquilles triturées : c'est le banc lumachelle à Avicida contorta. Nulle part il n'est plus puissant que dans cet endroit. Au-dessus de ce gros banc, YAvicula contorta s'élève pendant 7 à 8 mètres, et disparaît dans une
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assise formée de bancs assez épais, marneux, et qui ne rappellent plus en rien Taspect de la lumachelle de la base.
On voit, dès le début de cette étude, queVAv. co/ifor/a n'existe plus seulement dans une couche déterminée, mais se trouve au contraire dans une suite de couchesdont l'épaisseur totale devient parfois très-considérable. Il faut bien remarquer, toutefois, que VAv. conforta correspond toujours à un seul niveau, c'est-à-dire existe dans toutes les couches, quelle que soit la puissance de la zone.
Les derniers bancs marneux à Av. contorta sont recouverts par les calcaires blancs cristallins, qui, comme nous Tavons établi, constituent souvent dans le sud-est du Yar la division inférieure de Tinfrahas.
En descendant du côté de Test, on rencontre un vallon appartenant toujours à rinfralias. Au delà on atteint la route qui coupe à une certaine profondeur un petit monticule appartenant au lias et à la zone à Uma heteromorpha.
Au point où la route commence à entailler la colline, on voit apparaître les fossiles du lias, puis ceux de la zone à LÀma heteromorpha^ et, en s'avançant vers le sud, quand la route a tourné de ce cAté, on retrouve les fossiles du lias. \JOstrea cymbiumen particulier se voit très-bien de chaque cAté de la tranchée. On y rencontre en outre, avec ce remarquable fossile, des exemplaires très-nombreux et très-bien conservés d'une Hhynchonelle qui, dans le sud de la Provence, accompagne toujours YOstrea cymbium^ et qui appartient à plusieurs variétés du Rh. tetraedra.
En continuant la coupe vers l'est, on retrouve le lias moyen au pied de la colline, et la zone à Lima heteromorpha qui couronne le premier sommet. On descend un peu, et, à une faible distance, on atteint l'étage du fuller's earth, sans avoir remonté par rapport à l'horizon. Cette division occupe le fond d'un petit bassin qu'on voit devant soi à une faible distance, mais notablement plus bas.
Le fuite/ s earth^ emporté sur les pentes, laisse la zone à Lima heteromorpha revenir au jour. Celte dernière passe au-dessous du
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fvller's ^ar/A du vallon, et disparaît ainsi ; mais à 200 ou 300 mètres plus loin, elle reparaît de nouveau, et c'est elle qui constitue les parties élevées de la colline qui limite à Touest le vallon de Poutié.
En descendant vers ce vallon, on retrouve bientôt le lias supérieur, le lias moyen, et au-dessous, très-dé veloppés, les gros bancs compactes de Tinfralias; on coupe le sentier, et l'on atteint le fond du vallon à peu près à égale distance de la maison de Poutié et du chemin.
A Poutié même, le ravin est creusé dans des marnes rouges très-argileuses, très-épaisses, qui ne sont autre chose que les marnes irisées : il est facile de s'en convaincre en les suivant vers le nord-ouest, de manière à contourner la colline dont nous venons de faire la coupe. On atteint ainsi, sans interruption, les grands amas de marnes irisées avec gypses exploités dont nous avons parlé précédemment.
Si l'on suit le ravin de Poutié en descendant vers le sud, les marnes disparaissent bientôt, et l'on voit apparaître de larges tables d'un calcaire bleu extrêmement dur, épaisses de 30 à 40 centimètres. Elles appartiennent au muschelkalk. Leur position au-dessous des marnes irisées conduit d'abord à cette conclusion ; mais, en descendant un peu plus bas, on ne tarde pas à rencontrer les fossiles spéciaux à cet étage.
Si Ton examine en ce point la direction des couches, il semble qu'elles s'inclinent seulement un peu vers le nord ; mais si l'on choisit un des bancs et qu'on le suive dans la colline, à gauche du ravin, on voit le muschelkalk monter rapidement vers l'est. D'un autre côté, les marnes irisées, très-développées à quelques centaines de mètres plus haut, sont extrêmement réduites dans toute la partie sud des collines dont nous allons nous occuper, et nous voyons ici, ce qui se présentera bien souvent dans la suite de nos études, la base de l'infralias reposant presque directement sur le muschelkalk.
Dans le flanc du ravin, au voisinage des larges tables de muschelkalk, on voit apparaître un peu d'argile, dernier affleurement des marnes irisées. Au-dessus, en remontant un peu
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le torrent, ou remarque quelques bancs de calcaires bleuâtres marneux assez compactes : c'est la base fossilifère de Tinfralias.
Nous devons retrouver, d'après cela, cette base très-développée en gravissant la colline.
En effet, la direction et les allures de cette couche ne font que confirmer de la manière la plus précise les indications fournies précédemment par ladisposition des bancs du muschelkalk. L'infralias se relève assez rapidement, mais sans solution de continuité, et va constituer le sommet même de la colline.
On trouve ici un caractère général qui, par lui-même, n'a aucune importance, mais qui mérite de fixer l'attention du géologue : c'est la présence, dans la zone à Avicnla contorta^ de calcaires marneux en minces feuillets. Cet élément est d'autant plus important, que nous l'avons retrouvé récemment, exactement au même niveau, dans une grande partie du Languedoc (1).
Ces calcaires sont très-dévelôppés à la partie supérieure de la colline qui nous occupe, notamment aux environs de la propriété Revest. On rencontre d'un autre côté, au-dessous de ces calcaires fissiles, VAv. contorta très-répandu et très-bien conservé, et cela sur toute la colline au niveau que nous venons de signaler, particulièrement entre la propriété Revest et la propriété Entrechaux, sur le versant est.
En descendant , on laisse Entrechaux en arrière, et Ion retrouve les marnes irisées peu développées, mais occupant d'une manière bien manifeste le fond de la petite vallée. Bientôt cm rentre dans la puissante formation du muschelkalk; elle ne cesse plus de constituer le sous-sol jusqu'au point culminant des collines qui encaissent, à l'ouest, le vallon du val d'Arenetlaroute de Bandol au Beausset.
Un peu au-dessous du dernier sommet, au bord de la route, on voit tout à coup apparaître une masse considérable de marnes rouges avec gypses exploités.
Quand on regarde ces marnes placées beaucoup plus bas que
(1) BuIL de la Soc. géoL, t. XXVÎ, p. 430.
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les cossises du muschelkalk sur lesquelles on a marché depuis le vallon d'Entrechaux, il est impossible de ne pas les considérer comme faisant partie de cet étage ; mais si Ton vient à examiner les choses de près, on voit bientôt que les bancs du muschelkalk s'inchnent rapidement vers l'est, de manière à devenir presque verticaux. En môme temps, leur plongement vers le nord n'en persiste pas moins. Dès lors l'examen des lieux permet parfaitement d'établir que les bancs du muschelkalk passent au-dessous des marnes gypsifères. Ces marnes, malgré une impression contraire produite par une observation superficielle, sont donc parfaitement à leur place. En s'élevant, du reste, au-dessus d'elles du côté du nord-ouest, on retrouve la lumachelle infraliasique, puis l'infralias compacte, en un mot la série normale.
Les gj'pses exploités et les marnes irisées dont nous venons de nous occuper communiquaient, à Tépoque triasique, avec les marnes du vallon Poutié et celles du col de Saint-Cyr.
La nature argileuse des marnes irisées, l'obstacle absolu qu'elles offrent dès lors à l'écoulement des eaux, n'ont pas permis k cette division du trias de suivre le mouvement général qui, par le soulèvement lent des terrains, a fini par donner au muschelkalk et k l'infralias compacte la courbure en arc de cercle que nous avons constatée, et que la coupe met encore plus complètement en évidence. On comprend dès lors comment les marnes irisées sont presque réduites k rien dans les parties moyennes, et surtout vers le sommet de la colline, tandis qu'elles sont au c>ontraire accumulées de chaque côté de la courbe, la où, a ses deux extrémités, elle atteint ses deux points les plus bas.
La manière dont nous concevons ici la présence et l'accumulation des marnes irisées s'applique k toute la Provence. Nous aurons bien des fois a signaler des dispositions analogues k celles de ce canton, et qui, nous le croyons du moins, devront s'expliquer de la môme manière.
En atteignant la route k la plàtrière et la franchissant, ainsi que la rivière, au hameau des Hautes, on monte constamment dans le muschelkalk jusqu'k la propriété Long, quand on suit le ravin.
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Mais, si l'on passe un peu plus au sud, de manière à couper la colline qui s'élève à l'ouest de la propriété préc^ente, on trouve encore le muschelkalk à la base, puis les marnes irisées assez faiblement développées, la lumachelle à Av. contorta^ l'infralias compacte, le lias moyen, le lias supérieur et la zone kLima heteivmorpha au sommet; et cependant l'altitude de cette colline est très-sensiblement la môme que celle des dernières assises du muschelkalk à 200 mètres plus au nord.
Pour nous rendre un compte exact des choses dans ces parages, il est nécessaire de nous arrêter ici quelques instants, et d'embrasser d'un seul coup d'œil un espace d'une certaine étendue.
Du point où nous sommes placés, on voit, dans la direction du sud et s'étendant jusqu a l'horizon, la Méditerranée, dont nous sommes à peine éloignés de 2 kilomètres. A 4 kilomètres, toujours dans la direction du sud, s'avance la pointe aiguë du cap de la Cride, qui supporte une batterie destinée à défendre les deux rades de Saint-Nazaire et de Bandol. Un peu plus à l'est, et en même temps plus près de nous, s'élèvent les calcaires abrupts du cap Tourette. Au bord de la mer, on remarque la ligne du chemin de fer parfaitement indiquée par le haut viaduc du vald'Arcn.
Or, si l'on fait une coupe (fig. 2) partant du bord de la mer, à 300 mètres environ à l'est de la pointe de la Cride, et venant passer k la propriété Long, voici les résultats qu'on obtiendra :
Au point de départ, le rivage est formé par les cargnieules du keuper, recouvertes par la zone à Av. contorta. Au-dessus la série se développe d'une manière régulière, et l'on trouve successivement l'infralias, le bas moyen, le lias supérieur, la zone à Lima heteromorphu , le fuller's^ la grande oolite et le combrash. Tout le système plonge fortement au nord.
Le combrash est recouvert à son tour par un puissant dépôt de poudingues appartenant à la formation quaternaire. C'est un lambeau de ces dépôts si développés autour des montagnes de la basse Provence, et qu'on retrouve quelquefois à une assez gmnde hauteur au-dessus du niveau de la mer. La voie ferrée passe
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dans ces dépôts; ils ont été, en outre, entaillés par la route de Saint-Nazaire à Bandol, et la coupe actuelle rencontre les points les plus développés et se prêtant le mieux k Tobservation.
Au nord du chemin de fer, on retrouve la grande oolite, le fuller'searth^ Toolite inférieure, le lias supérieur, le lias moyen, rinfralias, les marnes irisées et le muschelkalk. Mais, à partir de la ligne du chemin de fer, ou, plus exactement, du col de Saint- Nazaire, toutes les couches, au lieu de continuer à plonger au nord, plongent au contraire vers le sud. Il y a donc, en ce point, une courbure des couches sur une longueur d'environ 4 kilomètres. D'un autre côté, le relèvement des étages s'est fait*au nord du chemin de fer, do manière que les tranches visibles des différents étages sont dirigées sensiblement de 1 est à louest. Gomme notre coupe principale marche dans cette direction, il est clair que, si on la continuait, elle ne nous apprendrait plus rien de nouveau.
En dehors de notre coupe, et dépendant du même système, la zone à Av. contorta et Tinfralias se montrent encore au bord de la mer, dans le petit vallon d'Arlon, au sud de Saint-Cyr. Leur constitution et leurs relations générales sont les mêmes que dans les lieux traversés par notre coupe ; il suffira doue de signaler leur existence en ce point.