TERRAINS PRIMITIFS ET TERRAINS PRIMAIIIES
§ 1 . Rôle ambigu du granité. — Si nous îivons pris comme point de départ des roches massives le granité rouge oriental, la roche fondamentale des massifs cristallins dans les contrées qui nous occupent, c'est à cause de sa structure qui le rattache à cette classe de roche, et sans vouloir d'ailleurs nous prononcer quant à son mode de formation. Il passe, en effet, d'une fiiçon si insensible et si complète aux schistes cristallins qui le recouvrent , qu'il devient difflcile de le séparer d'eux.
L'identité de composition et la parenté qu'offre le granité avec le gneiss ont forcé tous ceux qui se sont occupés des origines de ces deux roches de les comprendre dans une même hypothèse,
(1) Burkhardt, Voyage m Arabie, traduit par Eyries, t. IJ^ p« 98.
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soit qu'ik aient regardé le gneiss comme un granité étiré, laminé, soit qtt%' l'aient considéré comme une roche stratifiée dont les éléments auraient cristallisé en formant de nouveaux groupeimerfts et ne conservant des anciens caractères de la roche que la trace de sa stratification primitive, trace qui aurait enfin disparu elle-même dans le granité.
Cette parenté de deux roches est moins contestée que jamais , aujourd'hui qu'on sait que le granité n'a pas dû exiger, pour se former, une température bien haute, et il en résulte qu'on pourrait, sans témérité aucune, admettre, avec un grand nombre de savants géologues, que la majeure partie des granités répartis à la surface du globe représentent les premières couches solides qui se sont formées à la surface de notre planète.
a On ne peut guère douter, dit en effet M. d'Archiac (1) , que » les roches dues au premier refroidissement de la surface de la » terre ne fussent cristallines , massives, plus ou moins analo- » gués au granité ordinaire, et n'aient eu partout à peu près » les mêmes caractères. Elles durent constituer les parois des » bassins océaniques; mais aujourd'hui nous avons quelque » peine à retrouver, avec toute certitude, ce granité incontesta- » blement primitif ^i antérieur à tous les dépôts de sédiment les » plus cristallins et les moins nettement stratifiés (1). »
Ce qui ajoute à ces difficultés, c'est que le granité a incontestablement joué un rôle voisin de celui que les porphyres ont rempli par la suite, et qu'il a été poussé à l'état pâteux dans les intervalles des premières croûtes formées, de manière qu'il aurait ainsi constitué tout à la fois les premières assises fondamentales de la croûte terrestre et les premières roches d'intrusion. Quoiqu'il en soit, et ces réserves faites quant au mode de formation du granité oriental, comme on ne peut lui appliquer l'épithète de roche stratifiée puisque sa structure est massive, nous commencerons l'étude des terrains par celle du gneiss que l'on peut, dans tous les cas, considérer avec plus de probabilité comme une roche de précipitation aqueuse et comme le premier terrain stratifié.
(1) Gi'olofjie et Paléontologie, p. 353, 1865.
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Nous décrirons ensuite les leptyuites, les micaschistes, les amphiboloschistes, les chloritoschistes et les talcschistes que Ton a observés en Orient.
Les schistes cristallins auxquels passent eux-mêmes les gneiss, nous conduisent par gradations insensibles à des roches plus nettement stratifiées, telles que des phyllades, des schistes argileux, des grauwackes et des conglomérats anagénitiques qui doivent, selon toute probabilité, représenter dans ces contrées les terrains primaires dont l'existence n'est point encore établie d'une façon définitive à cause du manque de fossiles dans ces couches.
§ 2. Gneiss. — Composés des mêmes éléments que les granités, les gneiss sont comme eux diversement colorés. Le plus souvent, ils sont gris, parcourus de veines d'épidote ou mouchetés par des nids de ce minéral.
Ils deviennent quelquefois noirâtres par suite de la prédominance du mica. C'est ainsi qu'ils se présentent au waddy Hebran, dans le Sinaï, localité où ils passent aux micaschistes; k Syène, sur les bords de la première cataracte du Nil, où de Rozière les indique sous le nom de Syénitelles noirs veinés. Il est probable qu'une partie au moins des roches noires désignées par les anciens sous nom de basaltes se rattachent également à cette variété de gneiss; plusieurs des monuments formés de ce basalte montrent une structure feuilletée, des cristaux de mica et d'amphibole et sur un fond noirâtre quelques gros cristaux isolés de feldspath rose.
Les syénites roses et jaimes^ blancs et noirs, gri^ et roses de Rozière nous paraissent correspondre également à autant de variétés de gneiss, caractérisées par ces couleurs et utilisées par les anciens qui s'en ser\^aient pour obtenir, par la diversité de leurs nuances, des contrastes heureux en architecture. C'est ainsi qu'à côté des grands monolithes de granit rouge, ils plaçaient généralement des sphinx et autres emblèmes de moindre dimension en gneiss gris et noir. Ils se servaient aussi de ces roches sombres pour les sarcophages.
Les gneiss sont très-répandus dans les contrées que nous étu-
liions. Où en trouTe en Egypte, dans la chaîne Arabique, notamment au jebel Foi^an où ils ont deux firidspaths; au jebelZabara, où ils contiendraient des émeraudes comme les micaschistes qui les recouTrent en ce pi)int. Les montagnes de Baram Ram, ii Test de Syène, renferment des gneiss rouges, gris et noirs.
On en trouTe de belles variétés porphyroïdes près de cette dernière ville. Russegger signale leur présence en Nubie, où ils semient traversés par des filons de diorite et de quartz aurifère , ainsi que sur les versants «xTidentaux de l'Abyssinie, notamment au jeM Ma^ibii, au sud de Resserres, à la montagne de FasogI , f Kl ils si>nt entourés d'une ceintun* île chloritoschistes, et dans le Sclu>ngolo, m ils renferment des liions de quartz aurifère.
Sur le versant oppisé du uut^f de l\Vbyssinie. qui fait face k la mer Rouge, M. Vignaud a égîilement reconnu leur existence. Dans le Tigré, par exemple, il existe, pri»s d'Addi Dahabib, un gneiss dont les lames de mii*a auraient jusi[u*à 25 centimètres de cfÀé et qui est traversé par un filon de quartz de 25 mètres de pijivtanr'e,A 1 2 millesâ l'ouest de ce pMnt ou retrouve les gneiss, re|KiHarit %ur le granité et accompagnés de calcaire grenatifère.
iMriH la presf|irile du Sinaï, lesgneiss sont disposés autour des prind|r#iiix rruln^s granitiques. On en a vérifié la pn'»sence notarrirnerit au wadrlv I^harau, au waddv Emmerane, au waddy lletirari h{i ils [ms<u'nt au micaschiste, près du Ras Mohammed et au '}(*M NfMjgnebat, oii leur pâte renferme deux feldspaths et des cristaux d'anq)hibole et de sphène; au waddy Lidmar et au waddy Mansons ofi des veines micacées et aniphil)oliques les sillonnent. An waddv llehran, ces roches renferment des lits sulionlonnés de calcaire grenatifère, comme en Abyssinie.
On a fait uierition desgiuMss (*omme entrant dans la composition des montagnes (|ui longent la cùte Arabi({ue de la mer licMige.
Dan.M TArabah, nous (mi avons recueilli quelques échantillons disperHés dans la plaine^ au nord et au sud du pailage des eaux, et provenant nans doute du massif iduméen. Ce gneiss est à petits grains et eoniposr dr leldspath gris, de quartz et de mica noir ou hron/é.
Les minéraux accidentels répandus dans les gneiss d'Orient sont le grenat, lamphibole, l'épidote, la tourmaline, la pyrite et l'émeraude. Dans le voisinage des filons de diorite, on y trouve également des veines d'un feldspath verdâtre que les anciens paraissent avoir utilisé pour en faire des statuettes et des scarabées.
§ 3. Leptynites. — Le gneiss passe quelquefois à un leptynite stratiforme qui lui reste subordonné. Ces gneiss leptynoïdes se rencontrent notamment dans le Sinaï, au waddy Sagar et au jebei Uni Schaumart où ils sont traversés par des filons de pegmati^ et de porphyre quartzifère.
M. Figari-Bey cite, en Egypte, des leptynites qui se trouveraient subordonnés aux gneiss à émeraudes de Zabara et de Zaketta.
§ 4. Micaschistes, — Les gneiss sont généralement recouverts par des micaschistes le plus souvent noirâtres. Dans certains cas, leur mica, au lieu d'être noir et magnésien, est blanc , argentin , doré ou rougeâtre et plus rarement d'un beau vert émeraude, et la roche prend ces divers aspects. Les micaschistes offrent tous les plissements qui leur sont habituels et sont traversés, comme les roches fondamentales précédentes , par des filons de porphyre, de diorite et de quartz. Leurs feuillets retiennent l'eau et les régions qu'ils constituent jouissent d'une fraîcheur relative, au milieu des déserts arides formés par les domaines des autres roches cristallines.
En Egypte, on a signalé la présence des micaschistes dans la chaîne Arabique, près de Cosseir, au Bir Inglés et au waddy Attaba où ils sont blanchâtres ; au jebel Zabara où ils renferment des émeraudes, du fer spéculaire et aussi, paraît-il, de l'aventurine.
De Rozière fait mention de plusieurs montagnes de micaschiste amphibolifère gris et noir, situées à l'orient des cataractes d'Assouan. Il en existe aussi dans la Nubie et dans l'Abyssinie.
Dans le Sinaï, les micaschistes prennent un certain développement près du massif d'Hebran es Scheikh, au waddy Pharan et
AU warkly S^lafofa IMénrrr a fvr;<>fiou lexisteocir «k- ^Tiiunznt;^ pyritifijx qui leur i^^rai^rut suUjrdoniJcs.
On l'u dUf enfin rlans Vknïne et. en Idumee. doc» «vûb» n^ cueilli un tn^au «fiéeimen rie micasrbiste noir qui devû prwmv du uiHiMirdu mrmt Hor.
(>*s niieav'histes i'/intir*nnent asv*z y»uvent iJescristaux d~aflH phitKtIe; on y reneontn* auvsi de id diumialine, de l'ùkcrase. dû grenat noir et enfin sur eertains [KiinLs. comme au jebel ZaLanu Ii;h <'*nieraudes qui ont éU'; l'objet d'une exploitation lûl]f1laDp^ Cî^intinuée.
Stnihon, IMine, Holénif^'e. |>arlent de ces mines d'êmeraink» (pji alinuuitèrent TKurofK? avant la découverte du noureau monde. Klles étaient encore en pleine exploitation sous les kalifes et inArne plus bird,M*lon un manuMiit arahe d'Alj«jul Abts el Teisaclii qui traite des pierres [)récieus<.»s <le l'Orient. El Teisadii avait ohterm, sur l(î gisement de c^îtte. pierre précieuse, de curieux rens(*igrie,nienls d'un chef mineur égyptien, nommé Ibn Misr. D'après (v dernier, la partie su|)éri(Mire des couches à éme ramlessiu'ni(»nt constituée par une sorttî de stéaschiste noirâtre parsemé de pyritiMuivreuse (1). (l'est dans le talc ou le mica friahh» supportant U' stéa<liiste que s<' tn)uvaient les émeraudes. Iji plus recherchée de c(»s pi<MTes était le Ihihlmni, dont la belle coid(*ur rappelle celle de la caniharide (Dahhan): puis venaient h»s émiM'audes ordinaires {Znnvoiid) , (»t entin raigue-marine {/nfHr/n/) qui, iTaprès l«»s itlé(»s un peu plutonistes de notre auteur arabe, fVr//////c/* dvstinèf* à dovonir Zomroud^ mais avait M arnWf* (/ans stt fonnatinn par un dr/aat de ruis.son et de chU" Aw. Os min«»s élait»ut fort considtMMbles et il ne fallait pas moins di* «li\ n»urs pour l«»s parrourir.
\.K' niéuH* auliMnajoiilt» qu'on en avait ouvert, de son temps, de nouvc»llt\s >ers roucsi, où Ton avait trouve la statue eu cuivre d'un roi.
r,es mines k\\\\ été nMr^nivées, tle nos j^mu^s, au mont Zabara ySmoviU^dus wons kW rtolemée^ dans la chaîne de TEtbaï, près
(O C.Vm (Mhxbj^Uh^ntfni i^ i^v^li^ qi,^ Von <tvuw au moia Bartm.
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de la mer Rouge et vers la latitude de Syène, par le voyageur français Frédéric Caillaud, minéralogiste de Nantes, et ses rapports prouvent qu'à l'égard de leur importance le récit d'Ibn Misr n'a rien d'exagéré (1). Caillaud en ayant rapporté une certaine quantité d'émeraudes, il fut chargé par Mohammed-Ali d'y tenter de nouvelles recherches et s'y rendit de nouveau, accompagné cette fois de soldats et de mineurs, mais il abandonna bientôt cette entreprise, reconnaissant l'impossibilité d'entretenir, en ce point, le nombre d'hommes nécessaire pour déblayer les galeries anciennes. Ces dernières existent au nombre de quarante environ au mont Zabara et se prolongent au milieu des micaschistes suivant une pente très-inclinée et à de grandes profondeurs. On y rencontre de grandes salles où 300 hommes pouvaient travailler en même temps.
Le mont Zabara, dont la masse est granitique, se trouve entre deux petites villes qui durent servir à loger les mineurs : celle du nord porte le nom de Bendar (2) ez Zc^hair et près de celle du sud, Bendar el Kebir ou Sekket, qui est plus considérable, se trouvent des mines beaucoup plus vastes que c-elles du mont Zabara et qui comprennent un millier d'excavations.
Il paraît, ainsi que nous l'avons dit plus haut, que les gneiss du mont Zabara contiennent également des émeraudes, mais elles sont très-difficiles à extraire de cette gangue. C'est dans les micaschistes qui leur succèdent qu'elles abondent et sont le plus faciles à isoler.
Ceux-ci, d'un gris noirâtre et légèrement verdâtre, ressemblent tellement aux micaschistes à émeraudes de Salzbourg (Autriche) et d'Ekaterinembourg (Russie), qu'il serait impossible de les distinguer les uns des autres si on les avait une fois mélangés.
(i) Voyage à Cousis de Thèbes et dans les déserts, à F Orient et à l'Occident de la Tkébaîde, pendant let annéei 1815-1816, 1817 et 1818, par M. Frédéric Caillaud^ rédigé et publié par M. Jomard, 1821.
(2) Bendar signifie en persan ville marchande ; Bendar ez Zoghair, la petite ville , Bendar el Kebir, le grande ville marchande. Cette dernière porte le nom de Sekket ou Zaketta, suiTaot lei divers auteurt.
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On exploitait encore anciennement d'autres mines d'émeraude dans la Nubie, au sud du parallèle de Syène.
Enfin, non loin du jebel Zabara, se trouve près du golfe de Bérénice, Vile des Êmeraudes (Djeziret el Sbirget), formée de buttes coniques composées de schistes amphiboliques et argileux, qui est aujourd'hui inhabitée. Bruce y trouva d'anciennes exploitations et des lampes grecques. On y rencontrerait encore, d'après M. Figari-Bey, des aigues-marines ou zoberjed, comme aux mines de Zabara.
De Rozière pense que cette île est la même que celle décrite par Diodore de Sicile sous le nom Aile Ophidide et d'où les rois d'Egypte auraient tiré la topaze.
§5. Amphiboloschistes. — Nous comprenons, sous cette dénomination, des roches voisines des gneiss et des micaschistes, mais qui sont exceptionnellement chargées d'amphibole et dans lesquelles ce minéral finit par prendre un rôle prédominant. Quand le quartz est rare ou manque entièrement, ils constituent des diorites stratiformes et des amphibolites et, par suite de la diminution de volume de leurs éléments, ces roches passent à de véritables aphanites.
Les amphibolites et les aphanites signalées dans le massif central du Sinaï par M. Fraas et au waddy Pharan par Newboldt, sont des exemples de ces dernières variétés. D'autres schistes amphiboliques ont été recueillis aux environs de Cosseir et dans la chaîne Arabique ainsi que dans l'île des Êmeraudes,
§ 6. Chloritoschistes. — Ces schistes ne se distinguent des précédents qu'en ce que la chlorite y remplace l'amphibole : ils ont les mômes allures et des gisements fort voisins.
On en a signalé dans le Fasogl, sur les confins de l'Abyssinie, qui occupent une aire assez étendue, et dans le massif central du Sinaï. Russegger, auquel on doit la connaissance de ces deux gttes, dit que dans le Fasi^l ils contiennent des cristaux d'amphibole et de chlorite et sont parcourus de veines ondulées de quartz qui paraissent être contemporains de la formation de ces si'histos.
$ T. Talcschhtes. — Los talcschistes constituent, dans
l'Etbaï et dans la chaîne Arabique, des massifs assez importants. Ils se rattachent, ainsi que les roches précédentes, aux micaschistes par des transitions insensibles.
Ils sont fréquemment pyriteux et cuprifères comme aux monts Baram, à Test de Syène et au jebel Zabara.
Indépendamment de ces deux massifs, on les trouve dans la chaîne Arabique au jebel Debas, près de Cosseir, à Bir Inglés,au jebel Haouashich près du jebel Gareb, etc.
C'est à cette espèce de roche qu'il convient de rapporter la pierre ollaire, travaillée par les anciens qui la tiraient des monts Baram. Les Arabes en font encore, de nos jours, des ustensiles de cuisine , utihsant ainsi , comme nos montagnards des Alpes , les propriétés réfractaires et les autres qualités de cette pierre. Suivant de Rozière,les Abbaddy eh exploitaient, aux environs de Daraoueh, un talcschiste gris verdâtre plus compacte que celui du jebel Baram et en fabriquaient divers vases qu'ils allaient vendre dans les marchés de la Thébaïde.
Tels sont les schistes cristallins qui succèdent aux gneiss en Orient, et constituent avec eux les terrains primitifs.
Nous hésitons beaucoup à comprendre dans ces derniers les phyllades, les euritines, les quartzites et lydiennes, les anagénites et grauwackes, et les schistes ai^ileux qu'on rencontre en divers points du Sinaï, de TÉgypte et de la Nubie; et, malgré l'absence des fossiles qui seuls pourraient fixer l'âge de ces roches, nous préférons y chercher des représentants des terrains primaires, espérant que des recherches plus complètes y feront découvrir les débris organisés que des roches identiques et semblablement disposées renferment dans les régions mieux connues.
§ 8. Phyllades. — Les phyllades ne sont pas rares au Sinaï
et en Égjpte.
Ils renferment parfois des couches subordonnées d'anagénite, de brèches polygéniques, d'euritine, de calcaires cristallins, de leptynolite, de quartzites, de lydienne, et sont traversés par des filons de quartz et de trapp noirâtre (mélaphyres?), au contact desquels ils ont éprouvé une silicification qui les a parfois con-
110 LM)I8 LABTBT.
vertis en jaspe. Ces schistes, comme les précédents, ont subi de nombreux plissements.
Ou a mentionné la présence des phyllades en divers points du Sinaï, notamment au waddy Mandsous et, en Arabie, dans la chaîne de THedjaz.
En Egypte, de Roziëre les indique dans la chaîne Arabique, près de Cosseir, où ils sont satinés, verts ou bleuâtres, et renferment des noyaux de quartz et de spath calcaire. Ces phyllades , qui couvrent une surface de 12 lieues, sont traversés par des filons de quartz et de calcite.
Ce massif schisteux de la chaîne Arabique se continue, près de la fontaine d'el Haoueh, où il passe à des schistes tégulaîres souvent interrompus par des matières différentes, telles qu'un « pétrosilex jadien verdâire » , fusible au chalumeau (qui est sans doute de l'euritine), et une roche stéatiteuse, tendre, feuilletée, onctueuse, vert pâle, avec cristaux ootaédriques de fer oxydulé (qui est évidemment un talcschiste)*
Nous avons vu des roches rapportées par Lefèvre de cette localité, et Ton y remarque, en effet, des euritines qui s'y trouvent associées à des anctgénites et à des phyllades*
Au sud de Cosseir, on rencontre également des phyllades verdâtres avec des brèches anagénitiques et des couches de pétrosilex gris.
Au jebel Doukhan, les phyllades recouvrent un véritable leptynolite tabulaire auquel ils passent. Le même massif renferme un pétrosilex zonaire traversé par un filon de porphyre quartzifère. Sur le phyllade reposent d'autres leptynolites compactes et noirâtres.
Les phyllades forment encore de petites collines aux environs de Redeshieh, où ils renferment des veines de quartz ainsi que des couches de phtaiiite et de calcaire cristallin.
On trouve encore dans la chaîne Arabique, au jebel Haïdié, un phyllade très-carburé.
Au sud et au nord-est de Syène, ces roches sont redressées presque verticalement. Entre Syène et Koum-Ombou, les massifs de phyllades contiennent des couches de lydienne noire,
GÉOLOGIE Dfi LA PALESTINE. 111
bleuâtre et aux euvirons du mont Baram, on observe, au milieu de ces schistes, des lits de novaculite.
On cite encore des phyllades dans l'île des Émeraudes.
M. Vignaud, qui a observé ces roches en plusieurs points du Tigré, en Abyssinie, les rapporte, avec toute vraisemblance, au terrain de tmnsition inférieur. Ces schistes, d'après lui, deviennent souvent ardoisiers comme à Adua, où ils renferment de nombreux cristaux de pyrite cubique et des veines de quartz. Ils sont, en général, associés aux schistes argileux. A L^at, dans la même contrée, on exploite, paratt-il, des plaques de ces schistes dont ont utilise la sonorité pour appeler les fidèles aux cérémonies religieuses, en les frappant avec une boule de schiste. Ces plaques de schistes remplacent les cloches dans les églises chrétiennes de cette partie de T Abyssinie.
§ 9. Schiste argileux. — Newboldt et M. Figari-Bey citent, en Egypte, quelques massifs de schistes argileux.
Russegger en a observé de puissantes formations dans le désert de Nubie, dans le Kordofan, le pays Berbère, où ils alternent avec une sorte de grauwacke, et enfin dans le Sennaar, où ils renferment du fer oxydé, des filons d'eurite, de quartz carié et de quartz pyritifère et argentifère.
Ces schistes argileux sont communs en Abyssinie, et M. Vignaud a constaté que c'est sur ces roches qu'est bâtie la ville d'Adua, capitale du Tigré.
Ils renferment des couches de conglomérats porphyriques ou pétrosiliceux, ainsi que des couches d'euritine, et sont coupés de filons de quartz et de diorites.
On y rencontre des minerais de fer.
§ 10. Anagénite, grauwacke et brèche verte. — Nous avons déjcà parlé des anagénites qui, dans la chaîne Arabique, sont associées aux phyllades, ainsi que des conglomérats polygéniques qu'on rencontre en Abyssinie au milieu des schistes argileux, alternant avec des calcaires compactes.
Russegger a caractérisé cet ensemble de roches, qui réunissent tous les caractères principaux des terrains de transition, par le nom de terrain de grauwacke. Il lui assigne, sur ses cartes,
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une aire très-étendue, en Nubie, entre Abou-Hanied et Souakin, et en a reconnu la présence dans le Kordofan et dans le pays Berbère.
C'est probablement à ce terrain que se rapporte la brèche verte ou brèche universelle d'Égj'pte [Breccia verde dEgiito; brèche arttique de Cosseir) qui passe souvent à des poudingues et de véritables anagénites, connue aux environs de Cosseir et du jebel Doukhan. Cette brèche est associée aux phyllades, aux euritînes et aux schistes argileux. De Rozière la regarde comme le dernier terme de la série des terrains primitifs et schisteux de TÉgypte, et Newboldt nous apprend qu elle repose en stratification concordante sur les schistes argileux et devient de plus en plus horizontale à mesure qu on s éloigne des massifs cristallins dont cette roche constitue la lisière extérieure.
Cette brèche universelle. Tune des plus belles roches que les anciens aient jamais utilisée , est un conglomérat de cailloux quelquefois anguleux, mais le plus souvent roulés, de granité, de porphyre, de diorite, de gneiss, de schistes cristallins, de pétrosilex, etc. . . , et, en général, de toutes les roches que nous venons de décrire, car ce conglomérat paraît être postérieur à tous ces terrains et leur avoir emprunté ses éléments.
La pâte qui cimente ces fragments est dure, compacte, faiblement calcarifère et d'une couleur variant du vert au rouge pourpre. Les nuances i*ougcàtres du porphyre et les teintes rosées des granités forment, avec les couleurs vertes des diorites et de répidote des contrastes des plus agréables à Toeil.
Quelquefois la niasse devient complètement verte, par suite de la disparition complète des éléments granitiques et porphyriques; d'autres fois, les gros éléments faisant défaut, cette roche prend une texture granuleuse et ressemble à un granité.
La brèche universelle d'Egypte se trouve principalement dans la chaîne Arabique, vers la latitude de Cosseir, sur le chemin de la Guita à cette ville, au waddy Kammanat, ainsi qu'au jebel ez Zeit et au jebel Doukhan.
Ix^s anciens l'exploitaient au waddy Kammanat, où se trouvent des carrières avec de nombreuses inscriptions en caractères hi^
roglyphiques et grecs attestant, d'après M. Figari-Bey, que les travaux se sont poursuivis jusqu'au règne de Tempereur Adrien. Us attachaient une haute valeur à cette roche et semblent avoir préféré les variétés exemptes de porphyre.
L'exportation qu'on a faite de cette roche a été immense à une certaine époque, car Newboldt fciit justement remarquer qu'on rencontre plus d'échantillons de cette brèche dans les églises d'Italie et dans les mosquées de Constantinoplc que dans tous les palais de l'Egypte.
On cite partout, comme composé de cette roche, le célèbre sarcophage découvert à Alexandrie et que le docteur Clarke supposait avoir été celui d'Alexandre (1); nous avons pu vérifier la composition de la roche qui a servi à ce sarcophage, au British Muséum, et c'est, en effet, la brèche universelle d'Égjpte qui le compose.
Nous rapportons encore à cette roche les brèches à éléments de porphyre au milieu desquelles se trouvent les dykes de porphyrite du waddy Safieh, près de la mer Morte. Ces brèches renferment des fragments de granité à grains fins , de porphyre quartzifère rouge, de porphyre pétrosilic^eux d'un brun rougeâtre avec cristaux blanchâtres de feldspath, de diorite et d'une roche épidotifère. Elle offre donc, en même temps que l'aspect de la brèche égyptienne, la même composition que cette roche dont nous ne saurions la séparer.
§ 11. Observations générales sur ces divers terrains, — Les schistes gncissiques, micacés, talqueux, amphiboliques, chloriteux, phylladiens, argileux, etc. , forment en général une auréole autour des massifs granitiques, ainsi qu'on l'observe dans les autres contrées. Ils ont été traversés, depuis leur formation, par diverses roches éruptives, et leurs fissures ont également livré passage à des émanations métallifères qui ont provoqué la formation des filons et des minéraux que l'on y trouve.
Ils ont dû également subir, depuis le dépôt de la brèche verte.
(1) Caplurô en 1801 par les Anglais, ce sarcophage figure au British Muséum, sous le nom de sarcophage de Nekhtkerebl (Nectambés^ roi de la XXX« dynastie).
AKN. se. GÉOL. I. — 8
des mouvements qui les ont relevés, plissés et inclinés. Ces mou^ vements ont fait do ces massifs les continents ou les tics de Tépo* que secondaire, tandis qu'au fond de la mer se déposaient les grès et les calcaires dont sont composés les plateaux qui environ^ nent ces ohaines primitives, grès et calcaires qui reposent en stratification discordante sur les schistes dont nous venoni^ de parler , et particulièrement sur la brèche verte.
Nous avons dit que les derniers de ces schistes semblent, d'après leurs caractères pétrographiques et leur rôle stratigraphie que, représenter les terrains primaires.
On a cependant affirmé l'absence du terrain carbonifère en Egypte; mais, d'un autre côté, M. Salter vient de décrire (1), il y a peu de temps, une plante de ce terrain, qu'il nomme kpidodendron mosatcnm et qui aurait été rapportée, il y a quelques années, du Sinaï, par un officier anglais et donnée par ce dernier à sir RoderickMurcbison. Bien que le gisement de ce fossile ait besoin d'être confirmé par d'autres découvertes ; ce document suffit pour mettre en garde contre ces proscriptions trop hâtives, et pour permettre d'espérer que les recherches futures amèneront l'identification de quelques-uns des terrains schisteux que nous venons de décrire avec quelque étage de la série paléozoïque.
Quant à l'âge relatif de ces divers terrains, nous ne pouvons avoir la prétention de le donner avec quelque rigueur.
Sur le granité oriental, roche fondamentale des massife cristallins, paraissent s'être déposés successivement les gneiss et les leptynites; les micaschistes, les talcschistes, les chloritoschistes et les amphiboloschistes; les phyllades et les schistes argileux, les grauwackes, les quartjjites, les calcaires cristalhns, et enfin, en dernier lieu, les brèches universelles et conglomérats polygéniques,
A travers ces diverses couches, auraient successivement percé les granités et les pegmatites, les porphyres quartzifères, les diorites, les [)orphyrites, les niélaphyres et, plus rarement, les trapps et les basaltes.
(1) Quart, Jùwm, of the gêoL Soc., i8S8, t. UlV, p. 500.
GKeLOGIB DE LA PALESTINE. 115
C'est, sans doute, à la fin de l'époque primaire que de grands mouvements ont émergé et plissé ces couches, et ébauché les massifs niootagneux qui, alors, ne devaient former (jue des îles plus ou moins grandes. La mer secondaire a laissé déposer, autour de ces Iles, des sédiments arénacés et calcaires, et ce [l'est qu'après le commencement de la période tertiaire, que des mouvements, qui ont déterminé l'émersion de ces nouveaux dépôts, ont relié
Fig. A. — Esquille giologique de la Palettine, de l'Arabie Pétrie el de l'Egypte.
entre eux ces niassifs cristallins et achevé de donner au relief de ces régions les traits principaux de leur physionomie actuelle.
Nous allons maintenant passer en revue les terrains secon-
116 LOUIS liABTBT. GÉOLOGIE DE lA PALESTINE.
daires qui se sont formés pendant Tintervalle compris entre ces deux grandes époques d'exhaussement.
La carte ci-jointe qui n'est, à vrai dire , qu'une grossière ébauche, suffira cependant à donner une idée de la distribution des massifs cristallins et des terrains plus récents que les mers secondaires et tertiaires ont déposés autour d'eux.
{La suite à un jjtvc/iain cahier.)