‹ Annales des sciences géologiques (volume 3)Chapitre 5 sur 68 · ROCHES MASSIVES · texte numérisé non relu

ROCHES MASSIVES

Nous avons déjà indiqué la répartition générale des massifs cristallins en traitant de Torc^raphie et parlé de leurs étroites analogies, de Tun et de Tautre côté de la mer Rouge.

I^a roche fondamentale de ces massifs est le granité sur lequel s'appuient des schistes cristallins, et le tout est traversé par des porphyres et des diorites, etc.

Parfois, comme en Arabie et en Abyssinie, des épanchements basaltiques sont venus couronner ces massifs cristallins sur la base desquels s'appuient les assises bien réglées des terrains nettement stratifiés qui leur ont emprunté les éléments dont ils sont constitués.

t*^ Boches granlilqoes.

§ 1. Granité. — Granité égyptien [marmor syénitm^ syénites lapis des anciens; granité rouge oriental ; pyropœdlon de Pline (ttO/î, feu; ttocxcXoç, varié — pierre variée couleur de feu à cause des taches roses de feldspath) — 7ion syénite de Werner.

Le granité égyptien, qui se trouve si communément répandu en Orient, a été le sujet d'une erreur ([u'on a généralement respectée par égard pour la mémoire de son auteur, Werner. Depuis plus de quarante ans, de Rozière a cependant montré clairement que le célèbre géologue de Freiberg avait confondu avec le granité égjptien des anciens monuments et des obélisques, une roche d'Allemagne d'aspect analogue mais de nature différente (1). Cette dernière roche, que les Romains ont exploitée, était également connue des antiquaires sous le nom de granité antique^ mais composée essentiellement de feldspath et d'amphibole. Werner, croyant décrire le granité de Syène, lui imposa le nom de syénite.

(1) Descripi» de l'Egypte^ t. XXI, p. 80. — Observation iur la défiomùiatton dé Syénite,

Faujas de Saint-Fond, Dolomieu, Cordier, Brochant de Villiers, de Humboldt, d'Aubuisson (1), Brongniart (2) et Huot (3) ont vainement reconnu ou signalé cette méprise. Les auteurs ont continué à confondre ces deux roches sous une même dénomination et, dans la plupart de leurs ouvrages, le granité d'Assouan (Syène), en Egypte, passe pour être essentiellement constitué par du feldspath et de l'amphibole comme la roche de Saxe.

Dans le cours de ses savantes études sur les roches, M. Delesse a consacré un article spécial à la syénite d'Egypte (4), et tout en reconnaissant Terreur de Werner, il admet que la roche de Syène passe tantôt au granité, tantôt à la véritable syénite de Werner, passages qu'il a également observés dans les Vosges pour une roche semblable et que MM. Naumann et Cotta ont également vérifié en Saxe.

La roche de Syène serait donc un granité amphibolifère formant le passage du granité à la roche décrite par Werner sous le nom de syénite. Elle ne diffère pas sensiblement de certains granités et protogines et se compose, d'après M. Delesse, des éléments suivants :

Quartz hyalin, gris, quelquefois violet, enftimé.

Orthose rose, rouge ou fauve.

Eléhkhts coMSTiTOTirs. { Oligoklase blanc, jaune ou verdâtre.

Mica noir, brun ou vert^ se confondant avec ramphibole. \ Hornblende, qui se trouve souvent dans la roche. MmtRAUX ACCIDENTELS. — Pyrite de fer^ fer oxydulé, grenat, sphène,

A celte excellente description nous pourrions ajouter toutefois que sur les nombreux échantillons de granité de Syène que nous avons pu observer tant parmi les débris d'anciens monuments égyptiens que dans les collections rapportées des environs d'Assouan par plusieurs voyageurs, nous avons remarqué la rareté de lamphibole ainsi que le caractère franchement granitique de ces roches. L'amphibole et l'épidote se rencontrent surtout dans le

(2) De Rozière^ Iol\ ciY., p. 81.

(3) Article Syénite ^ du Dict, dliist, naf. (A) Tableau des roches.

(5) Bull, de la Soc, géoL, 2« sér., t. VIU, p, 484,

bli LOUIS liARTBT.

voisinage des nombreux filons de diorite épidotifère qui traversent ces granités. Il est d'ailleurs très-rare que le premier de ces minéraux prenne l'importance d'un élément constituant, et beaucoup d'auteurs ont confondu avec l'amphibole, le mica vert noirâtre surtout lorsqu'il a perdu tout éclat par suite d'un commencement de décomposition.

Dans le massif du Sinaï, les roches où le feldspath et l'amphibole dominent ne paraissent pas être aussi rares, et de Rozière avait proposé , pour faire cesser toute équivoque , de modifier légèrement l'appellation de Werner et de les désigner par le nom de sinaite puisque c'est dans le Sinaï et non h Syène qu'on rencontre cette roche.

Lefèvre a rapporté de la base et des flancs de Um Schaumart, Tune des montagnes les plus élevées du Sinaï et qui sert de tête à la croupe granitique qui va de là s'abaissant vers le sud, jusqu'à la pointe de la presqu'île, une roche pareille à la syénite des Vosges et renfermant des cristaux de sphène.

On trouve encore un granité à deux feldspaths, très-amphibolifère, au waddy Guebe dans la même presqu'île et cette roche estjtra versée par des filons de porphyre quartzifère.

M. Fraas a aussi recueilli au mont Hébran et au waddy es Scheikh une roche à grains fins, composée de quartz incolore, de feldspath blanc et d'amphibole vert foncé avec du mica noir, renfermant, comme éléments accidentels, du fer titane et du sphène et que M. le docteur G. Werner regarde comme un granité sj'énitique(l).

Ces roches passent à des gneiss à deux feldspaths, avec amphibole et sphène et à des leptynites caractérisés par ce dernier minéral.

Le sphène est un compagnon assez habituel de l'amphilwle dans ces roches feldspathiques qui nous paraissent être de simples monstruosités accidentelles du granité.

Le mica, au lieu d'être remplacé dans ces granités par de l'amphibole, se transforme quelquefois en un minéral intermé-

(1) A us (hm Orient^ p. 18.

diaire entre lui et le talc et qui colore en vert le feldspath dans son voisinage. Ces granités passent alors à de véritables protojm^^ ainsi que de Rozière Tavait reconnu et comme on peut aisément le constater sur les roches qui proviennent de la chaîne de Syène, de la chaîne arabique et du massif cristaHin du Sinaï. Ces protogines renferment parfois du sphène et de Tépidote comme éléments accidentels.

Les granités à deux feldspaths (orthose et oligoklase) sont assez fréquents en Orient; l'exemple le plus remarquable de cette variété nous est fourni par une roche des monts Baram au sud-est de Syène que de Rozière nomme syénite à cristaux encadrés et dont nous avons pu voir des spécimens dans les collections de Lefèvre. Ces échantillons rappellent, au premier abord, la variété de granité de la Finlande connue sous le nom de Rappakivi et un examen plus attentif ne larde pas à confirmer ce premier rapprochement. Cette roche est, en effet, composée de cristaux volumineux de feldspath rose (orthose) encadrés de feldspath blanc, cireux, strié (oligoklase) ; le tout cimenté par de petits cristaux blancs, qui paraissent appartenir à ce dernier feldspath, quelques grains de quartz et quelques paillettes de mica. Ces auréoles de feldspath blanc autour de Torthose donnent de loin à la roche une apparence de texture orbiculaire.

Les anciens ont exploité ce granité comme le prouvent les carrières que Ton y trouve pratiquées, à une heure d'Assouan.

Indépendamment de ces variétés de composition, le granité oriental offre les principales variétés de structure que Ton trouve habituellement dans nos granités d'Europe. La plus commune est le granité rose à gros éléments qui donne aux montagnes qu'il constitue une coloration rougeâtre, visible de très-loin. Il se compose essentiellement de feldspath orthose rose et rouge accompagnés généralement , de quelques cristaux plus petits de feldspath blanc, de quartz gris légèrement enfumé et de mica brun ou vert foncé. L epidole y forme parfois d'assez larges taches.

C'est la roche fondamentale de ces massifs cristallins et elle joue le môme rôle important en Nubie, dans la chaîne arabique, dans la presqu'île du Sinaï et en Arabie. Nous l'avons observée

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sur place près de l'extrémité du golfe d'Akaba où elle forme les montagnes qui bordent la vallée du même nom. Elle y est sillonnée de nombreux filons de diorite épidotifère (voy. fig. 2, p. 72) orientés du sud-ouest au nord-ouest et qui lui donnent de loin Taspect rubanné; elle se débite en ce point en fragments parallélipipédiques.

Cette roche offre d'ailleurs, assez souvent, dans sa masse, un clivage en grand qui lui donne quelquefois Taspect stratiforme et, d'autres fois, elle présente une structure fendillée. Les anciens ont su mettre à profit ce clivage pour l'extraction des monolithes gigantesques qu'ils tiraient principalement des carrières des environs de Syène. Ce clivage donne lieu à des surfaces verticales d'une étendue considérable et qui ont été remarquées au Sinaï ainsi qu'au Sennaar par Russegger. On lui attribue la formation de fissures servant de réservoir a des sources qui jaillissent tout à coup au milieu de ces murs et la fontaine de Moïse, dans le Sinaï, signalée par M. Fraas, en est un curieux exemple.

Ce granité s'altère en général assez difficilement. Lorsque cela a lieu, la désagrégation présente souvent ce curieux phénomène que l'on a observé dans un certain nombre de roches cristallines : elle marche par zones concentriques de façon à isoler des sphéroïdes qui ressemblent à des boulets ou affectent des formes bizarres. Ce mode de désagrégation est fréquent aux environs de Syène et au Waddy es Scheikh dans le Sinaï.

Les anciens, qui savaient reconnaître les qualités propres à chaque variété de granité, ont parfaitement su choisir celles qui résistent le mieux aux agents atmosphériques, et depuis des siècles, les arêtes de leurs monuments sont aussi vives et leurs inscriptions aussi fraîches que le jour où le ciseau les a tracées. Ce fait a particulièrement frappé l'esprit des voyageurs qui avaient pu, comme Newboldt, observer dans l'Inde la prompte altération du granité à laquelle on a donné, dans ce pays, le nom de « maladie du granité ».

En Egypte et en Arabie, tandis que les roches sédimentaires sont toutes plus ou moins imprégnées de sels et s altèrent plus facilenieiU que partout ailleurs, les roçhea sïlicatt?ps et sjlic^uîseï^

conservent au contraire leur fraîcheur, ce qui tient sans cloute à la grande sécheresse du climat.

Sur les bords du Nil, et notamment près des premières cataractes, les surfaces des granités sont recouvertes d'un enduit noirâtre et brillant analogue, à celui que Humboldt a remarqué sur les bords de certains fleuves d'Amérique. De Rozière attribuait ce vernis à un dépôt d'oxyde de manganèse; mais M. Delesse, qui l'a mieux étudié, a reconnu que c'était un enduit mince et transparent de sihce hyaline, déposé probablement par les eaux du Nil , et qui se fond avec la roche à laquelle il adhère fortement.

Par le développement exceptionnel de quelques cristaux d'orthose, le granité oriental passe au (/mniteporphi/roide que Von rencontre notamment aux environs du mont Baram.

Quelquefois, au contraire, le volume des éléments diminue et la roche prend la structure d'un granité à grains fin^.

Quant aux usages auxquels les anciens ont adapté ces roches, on peut dire qu'ils choisissaient de préférence les variétés les plus uniformes, n'employant que très-rarement le granité porphyroïde. Le granité rouge à gros grains a été le plus estimé : la colonne de Pompée, les aiguilles de Cléopâtre, l'intérieur de la pyramide de Chéops, le sanctuaire monolithe de Sais, des sphinx , sarcophages et autres restes de monuments, que Ton trouve dans les ruines de Philœ, Éléphantine, Thèbes, HéliopoHs, Luksor et surtout d'Alexandrie, témoignent de l'emploi fréquent de cette roche, qui est encore, de nos jours, utilisée dans la marbrerie.

Le granité oriental gris {granito bigio) était, après le précédent, le plus recherché. Les variétés à mica noir servaient à faire des sarcophages, des sphinx et de grandes statues, qui, par leurs tons, devaient heureusement contraster avec les grands monolithes et les obélisques de granité rouge.

§ 2. Granité blanc à grains fins. — Outre le granité oriental rouge ou gris rougeâtre, il existe encore, dans ces contrées, un autre granité fort différent de ce type commun, et composé de petits cristaux de f^ldspth Wauc, quelquefoji^ un peu nacrés,

de quartz et de mica noir peu abondant. Ce granité blanc à grains fins constitue les sommets des principaux pics du Sinaï (Horeb, Jebel Musa, Jebel Katherine, Jebel Um Schaumart) auxquels il donne une couleur plus claire que celle de la base de a*s montagnes. Russe^er expliquait cette disposition en supposant que ces pics font partie d'un filon vertical de granité blanc qui coupe, du nord-est au sud-ouest, le granité à gros éléments, et forme ainsi les points culminants du massif sinaïtique. Le même voyageur a remarqué, en outre, que les filons de porphyre se trouvaient en bien plus grand nombre dans le granité blanc que dans le granité ordinaire, et il en concluait à une certaine parenté entre les deux premières roches. D ailleurs, les filons de porphyre du granité blanc sont, diaprés lui, dirigés suivant une direction nord-sud, tandis ({ue ceux du granité oriental sont orientés de Test à Touest ou du nord-est au sud-ouest , ce qui semble indiquer que ces deux classes de filons sont respectivement d'âge difierent de même que les roches dans lesquelles ils se trouvent encaissés.

Nous avons eu occasion d'obsener un granité blanchâtre composé de feldspath blanc, de quartz et de mica noir, au milieu des massifs porphyriques de Tldumée, non loin de Pétra et au pied du mont Hor. I/isolement de ce granité, qui forme sur ce point une bande étroite au sein des porphyres, est très-difficile à expHquer.

§ 3. Pegmatite. — Le granité oriental est fréquemment coupé par des filons de pegmatite, en général rougeâtre, composée de feldspath et de quartz. Souvent Tépidote y entre connue élément accidentel et vient par sa couleur verte contrcister heureusement avec les tons rosés ou rougeàtres du felds|>ath. Cette roche présente au Jebel Musîi, dans le Sina'û la structure dite graphique^ le quartz y dessinant des contours polygonaux qui ressemblent à des cartictères d'écriture.

Cette pegmatite graphique renferme des grenats comme élément accidentel. Ce dernier minéral n'est pas rare dans les pegmatites de TOrient ; on le trouve notamment dans un filon de cette roche qui ct)upe le granité au nord d'Assouan, dont le >ieux

bourg est en partie établi sur un autre gros filon de pegmatite épidotifère.

La pegmîititc n'est pas seulement fréquente en Nubie et dans le massif cristallin du Sinaï, mais aussi dans la chaîne arabique , aux environs deCosseir, du Jebel Doukhan, du Jebel ez Zeit et au Jebel Gareb où elle offre une belle couleur violette et contient des cristaux de tourmaline. Cette roche existe également dans ridumée comme le prouvent les cailloux roulés que nous avons recueiUis dans le waddy Akabah. Botta Ta observée dans TArabie Heureuse^ au mont Saber où elle renferme de l'amphibole,

s* Boehea porphjrlqae* et trappéennes.

§ 4. Porphyres feldspathiques . — Les porphyres feldspathiques sont extrêmement répîindus dans tout TOrient et sillonnent partout les massifs granitiques sous la forme d'épais filons. Ces filons constituent souvent des séries de montagnes où, en vertu de leur compacité plus grande et des résisUmces qu'ofl*rent ces roches aux dégradations atmosphériques, ils se détachent du granité, sous forme de gr inds murs ou dykes que l'œil peut suivre sur des distances considérables.

On peut distinguer dr.ns ces porphyres au moins deux classes principales qui correspindent à des âges distincts.

Les premiers et les plus anciens sont les porphyres feldspathiques quartzifères (jui traversent les granités et la pegmatite et sont à leur tour coupés par les diorites.

Les seconds, plus jeunes, sont \e^ porphyres feldspathiques non q\iartzifères (porphy rites) , plus foncés en couleur que les précédents et qui semblent se rattacher par plus d'un lien à une série de roches d'un vert foncé, jouant probablement, ici, un rôle analogue à celui que remplissent, dans d'autres régions, les mélaphyres et les ophites.

§ 5. Porphyres quartzifères. — Les porphyres quartzifères et pétrosiliceux ofl*rent, en Orient, les variétés lithologiques qu'ils nous présentent en Europe et, déplus, une richesse et une variété infinie de tons et de nuances qui les rendraient précieux

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pour rornementation architecturale. Les échantillons de ces porphyres que nous avons rapportés du massif du mont Hor suffiraient à eux seuls à établir une gamme chromatique, depuis le vert franchement accusé jusqu'au rouge le plus intense.

De Rozière avait proposé une nomenclature de ces roches basée sur la diversité de leurs couleurs et il avait créé, dans ce but, les noms de iophyres^ pour les porphyres violets; chlorophyresj pour ceux qui sont verdâtres; tephrophyres ^ pour les variétés à couleur cendrée, etc., réservant le nomàci porphyres pour ceux qui sont rouges et rendant ainsi à cette dernière dénomination sa signification première que les géologues semblent avoir depuis longtemps oubliée.

Mais, bien que ces rectifications s'appuient sur la Ic^que et qu'il soit aussi singulier de voir le mot de porphyre caractériser une texture plutôt qu'une couleur que de trouver accolés dans les descriptions des mots tels que porphyre vert ou porphyre gris. il nous paratt aujourd'hui difficile de revenir sur cette erreur. D'ailleurs, le système d'appellations proposé par de Rozière, tout en séparant les variétés de couleur d'une même espèce de roches, en réunirait d'autres qui méritent d'être distinguées par des motifs plus importants et surchargerait la nomenclature lithologique déjà si compliquée.

Sous le rapport de la texture, les porphyres de l'Orient offrent les principales variétés connues.

On y observe des porphyres yranitoïdes qui passent lithologiquement au granité en prenant du mica (Horeb, jebel Musa, Sainte-Katherine, waddi Lechatar, waddi Adakar... dans le Sinaï). Le quartz y est souvent assez nettement cristallisé en prismes bipyramidés.

La roche est quelquefois comme cariée et constitue un porphyre molaire comme le porphyre du waddi Adakar, par exemple, qu'il ne faut pas confondre avec un trachyte.

Le quartz se fond très-fréquemment dans la pâte et n'est souvent représenté que par de rares cristaux. Dans c^t état la roche passerait à une eurite si des cristaux, en général bien définis d'orthose ne \\\\ conservaient la structure porphyri(iue,

On trouve, dans ces divers massifs, des argilophyres violacés. Il en existe aussi dans l'île d'Ormuz à l'entrée du golfe Persique. Dans la chaîne Arabique, près du jebel Doukhan, un de ces argilophyres présente, dans ses formes générales extérieures, le retrait prismatique et, dans TArabie Heureuse, on trouve sur le chemin de Moka à Sana, capitale de rYémeii, de véritables orgues de porphyre.

J'ai pu observer, en Idumée, un porphyre argiloïde qui renfermait des cristaux de quartz en assez grand nombre et, dans le même massif, des porphyres pélrosiliceux globulifères analogues à la pyroméride de TEsterel, dans le Var, ainsi que des/?orphyres bréchi formes .

Dans le Sinaï, les porphyres se montrent au milieu des granités, des pegmati tes et des gneiss, enfilons de 10 à 30 mètres de puissance, en général, et ils y sont le plus souvent alignés dans la direction du sud-ouest au nord-est. Russegger , qui les a bien étudiés et a représenté par un diagramme leur disposition dans le granité à grains fins du waddy Barrak, remarque que c'est surtout au sein de ce granité qu'ils se montrent avec le plus d abondance. C'est ce qui le portait à supposer que ces deux roches étaient étroitement apparentées et d'âges fort rapprochés.

Le même voyageur nous montre, par un autre diagramme, ces mêmes porphyres traversés, à leur tour, au waddi Hamila, par des filons de diorite. Sur d'autres points, ils sont coupés par des filons de quartz et de fer oligiste.

Au jebel Doukhan, le porphyre quartzifère, dont la couleur varie du rouge au brun chocolat, paraît associé, dans un même filon de 3 mètres de puissance et dirigé du sud-ouest au nord-est, k une pegmatite rouge et à un filon de porphyre pélrosiliceux noir à cristaux de feldspath blanchâtre.

Entre Petra et la mer Rouge et dans le massif du mont Hor, où nous les avons observés sur place, les porphyres quartzifères forment de petites montagnes alignées sensiblement du sud-sudouest au nord-nord-est et englobant au milieu d'elles un lambeau de granité blanchâtre à grains fins.

Entre l'Arabah et Petra, les massifs gréseux^ calcaires et por-

phyriques ()ui avoisinent le jebel HarouD (nioul Hor) s'éta^nt, en formant un vaste amphithéâtre de ehaque c^té de cette mouline qui s'élève à 1000 mètres au-dessus de la plaiue.

Deux waddis priucjpaux. te waddy Abu Kuseibeb et le \raddy el Abyad. se rendent du pied du niout Hor dans lArabah. emportant les débris des terrains qu'ils traversent, vers le waddy el Jeib qu'ils atteignent, l'un eu face du waddy Jeraf. l'autre près de la source sulfureuse d'Aïn Weibeh et des collines de Dobt el Bogla. Les porphyres fetdspalhiques qui entrent dans la composition de ce massif forment des collines alignées du sud-sud-ouest au nord-nord-est suivant deux séries principales dont l'une borde la rallée de l'Arabah. à l'est, tandis que l'autre passe à côté du mont Hor. La ligure 1 donne une idée de cette dîs])osilion. Il y a une exti'ènie variété dans la texture el la coloration de ces porphyres et il est rare de rencontrer dans le lit des waddis deux cailloux (le cette nature qui se ressemblent exactement.

Hf . 1. - — Vue de l'Anbib prûe du J. Harooa (oMiit loi) dans les enrirou de Nln lMvmte\

t. <'.ilniT« trtar^t. I 4. IViidinn».

Quand on obser^e du sommet du moni Hor les massifs porphvriques les plus voisins, on se n-nd compte de ivtle diversité en remartiiiant les traces des nomlireux filons qui Pilonnent ces masses elles-mêmes, filons qui sont fiti-niés de imq>liyres de la même nature et de couleur ou de texture seulement un peu différentes. Cette dis^iositiou est visible dans hi umuta^nie de por-

phyre placée au premier plan et à droite dans la fig. 1. Les porphyres quartzifères avec cristaux de quartz bien apparents sont assez répandus dans les alluvions du waddy Abu Kuseibeh où j'ai recueilli un porphyre quartzifère bréchoïde, rouge lie de vin, empâtant des fragments de porphyre gris ou verdâtre. On en trouve encore au sud et à Touest au pied du mont Hor.

Ils sont très-abondants au commencement du waddy el Abyad où se trouvent des masses porphyriques très-variées. On recueille dans le lit de ce waddy des fragments roulés d'un porphyre rouge violacé et sombre avec cristaux de feldspath rose et de nombreux cristaux de quartz ; des débris de porphyre gris de fer avec cristaux de feldspath rouge-brique et des cristaux de quartz et enfin des échantillons de porphyre argiloïde cavec cristaux de quartz ainsi que des fragments de porphyre lilas îivec cristaux de feldspath d'un jaune chamois et de quartz pyramide, etc.

On trouve aussi, avec ces roches où le quartz est apparent, des porphyres pétrosiliceux dont la dureté vient seule révéler la richesse en silice. Des porphyres de cette nature se montrent au sud du mont Hor, ayant une pâte rouge sombre et de rares cristaux de feldspath rouge-brique. Ils passent accidentellement h la pyroméride en prenant une structure globulifère.

On en trouve également, au commencement du waddy el Abyad dont la pâte est d'une belle couleur verte qui fait ressortir les cristaux jaune pâle d orthose.

Au point où le waddy el Abyad rencontre le waddy el Jeil) le lit de ce dernier est couvert de cailloux de porphyres quartzifères, les uns globulifères, d'autres dont la pâte est grise et les cristaux blanchâtres, un grand nombre de couleur violette ; enfin il en est aussi dont la pâte est d'un rouge vif avec des cristaux d'orthose de couleur rouge-brique et des taches vertes qui paraissent formées par Tépidote.

Les porphyres pétrosiliceux dans lesquels le quartz n'est plus décelé par des cristaux, s'y trouvent également en grand nombre ; on en remarque notamment une belle variété dont la pâte d'un rouge-brique assez clair renferme des cristaux de feldspath plus foncés, d'un rouge de sang.

6& tiOUUI LAmTBT.

D autres ont une pâte d'un violet sombre avec des cristaux d'un jaune pâle et rosé ou bien encore une pâte rouge lie de vin avec des cristaux verdâtres. En un mot, il est peu de combinaisons de couleurs qu'on ne puisse retrouver dans ces porphyres et les contrastes qu elles offrent entre elles sont parfois des plus heureux.

Ces variétés de porphyres se retrouvent dans les alluvions anciennes de TArabah où ils constituent un poudingue.

Leur volume va en diminuant jusqu'aux environs de la mer Morte et, au débouché du waddy Jeib dans le Ghor, nous en avons encore trouvé quelques fragments dans les alluvions anciennes, mais d'un volume très-restreint.

Indépendamment du massif du mont Hor, les porphyres existent encore dans les chaînes granitiques qui bordent, à l'est, le waddy Akabah, dans le voisinage de la mer Rouge. Nous avons recueilli, au pied de ces massifs , des fragments de porphyre quartzifère dont la pâte, d'un rouge vineux, fait ressortir des cristaux de quartz peu nombreux et des cristaux de feldspath encore plus rares.

§ 5. Porphyres non quartziféres {Porphyrites) . — Le type le plus beau, mais aussi le plus rare de ces por])hyres est la roche restée célèbre sous le nom de porphyre ronge antique à la((uelle fut appliquée en premier lieu, par les anciens , la dénomination de porphyre, tirée de sa couleur {nopcpvpoL, pourpre). C'est cette roche qu'ils allaient chercher en Egypte et loin du Nil, jusque dans la chaîne arabique. Pour en rendre l'exploitation plus aisée, ils établirent des routes dispendieuses protégées par des postes convenablement espacés. I^s Romains ont fait particulièrement usage de c^ porphyre dans leur architecture.

M. Delesse, qui a étudié d une façon spéciale cette roche (1), la décrit conmic éUint composée essentiellement de cristaux allongés et maclés d'un feldspath du sixième système, rosés et rarement verdâtres, noyés dans une pâte variant du rouge clair au rouge violacé ou lie de vin et au brun marron ou rougeâtre.

(1) BuiL de h Soc. fjéoL, 2* «ér., t. VU, p. 524.

Les cristaux sont d'une densité plus grande cjue ceux de Talbite et même de Toligoklase. Leur composition est intermédiaire à celles de ces deux derniers feldspaths et fort rapprochée de celle de l'andésite que Ion trouve dans la syénite des l)allons d'Alsace, ainsi que de celle de l'oligoklase à base de chaux (hafneljordite de M. Forchammer) des environs de Sala (|u'a analysé M. Svanberg.

La densité de la pâte est, comme dans tous les porphyres, supérieure à celle des cristaux. Cette pâte est très-faiblement magnétique et fait très-peu d'eflPervescence avec les acides.

Les minéraux accidentels qui s'y trouvent disséminés sont, toujours d'après le même auteur :

V Des cristaux en général peu nets, d'amphibole hornblende;

2° Des grains microscopi(iues et assez rares de fer oxydulé qu'on retrouve au jebel Doukhan dans la pegmatite qui encaisse le porphyre ;

y Des veines irrégulières et très-rares de quartz qui se perdent dans la pâte.

La densité de la masse est de 2,763; sa résistance à l'écrasement est plus grande que celle qu'offre la syénite, ce qui justifie son emploi fréquent dans les colonnades. 11 se présente souvent avec une structure bréchiforme qui lui est donnée par des fragments anguleux de la pâte elle-même.

On savait, par les anciens auteurs, que ce porphyre venait d'Egypte; mais, jusqu'en 1823, on ignorait son véritable gisement. A cette époque, deux voyageurs anglais, Burton et Wilkinson, découvrirent au jebel Doukhan (montiigne du tabac), dans la chaîne arabique, les anciennes exploitations de ce porphyre auxquelles menait une voie romaine. Cette montagne, qui a été identifiée avec le mons porphyrites de Ptolémée, se trouve par 27''20' de latitude à peu près, suivant les parallèles de Manfalout et de Siout, et à 25 lieues du Nil. Il existe, paraît-il, près des carrières, les restes d'une station gréco-romaine et d'un petit temple portant des inscriptions qui le font remonter à ré})oque de Trajan.

Outre les échantillons de porphyre rouge antique, que Burton

ANN. se. GÉOL. I. — Ô

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rapporta du jebel Doukhau, il y recueillit d'autres variétés de porphyrite, entre autres une roche à pâte noire et à cristaux allongés de feldspath blanc que nous avons vu dans sa collection au musée de la Société géologique de Londres.

Dans un voyajje entrepris en 1839, sous les auspices du \iceroi, Lefèvre recueillit au jebel Doukhan des spécimens nombreux et variés des roches cjui constituent cette montagne dont la masse, principalement formée de granité amphibolifère , est coupée de filons de diverses roches.

Le porphyre rouge antique s y présente au milieu de la pegmatite, en filons de 20 à 25 mètres de puissance, alignés du sudouest au nord-est. Il passe accidentellement à un porphyre d'un violet foncé avec des bandes brunes parsemées de quelques cristaux de feldspath d'un rouge vif, qui ont juscjuà 1 centimètre de long. Ce dernier porphyre renferme peu de fer oxydulé; on y observe des nids microscopiques de chlorite, qui a même cristallisé au centre des cristaux de feldspath. 11 ressemble à certaines variétés de porphyre d'Efdalen en Suède, et reste d'ailleurs étroitement apparenté avec le porphyre rouge antique, duquel il se distingue par une couleur plus foncée, en général noire, violette ou brun-chocolat.

On trouve, au milieu des terrains de transition des Vosges, à KirehenlH^rg et aux environs de Framont, un porphyre assez semblable au porphyre rouge antique. M. G. Rose en aurait également découvert un autre gisement dans l'Altaï.

On a signalé, dans le Sinaï, l'existence du porphyre rouge antique ou tout au moins celle d'une es[>èce fort voisine, mais c'est un fait qui n'est pas encore bien vérifié.

De notre côté, nous avons recueilli, près du partage des eaux de TArabah, [Mirmi les cailloux erratiques qui pro\iennent sans doute du massif du mont Hor, un [K>rphyre tout semblable au porphyn* rouge antique, à structure un [khi bréihoïde, avec des cristaux blancs d'oligokhise noyés dans une pâte pourpre et [mraissiint aussi ivnfermer quelques grains de fer oxydulé.

Le iK>rphyiv rouge antique ne \mn\ii avoir été employé, ni jiar les anciens Égyptiens ni par les Grecs. D'après les recher-

ches du savant Letronne, Texploitation de cette roche n'aurait commencé que sous le règne de Tempereur Claude, serait devenue immense au m* siècle et sous le règne de Constantin. Une ville fortifiée, située près des carrières, servait à contenir les condamnés que Ton y employait comme ouvriers. Ce porphyre a été très-employé au xvi" siècle en Italie, dans la Toscane et par les Médicis.

On cite comme exemple d'utilisation de cette roche, de nombreuses cuves, statues et colonnes; Tobélisque de Sixte-^uint, à Rome; la colonne de Sainte-Sophie, à Constant inople, qui n'a pas moins de 13 mètres de hauteur; la colonne de l'église Saint- Marc, à Venise; le tombeau de sainte Constance, près de Rome; celui du pape Clément XII; le cercueil de Théodoric, à Ravenne, etc....

Nous avons dit plus haut que Lefèvre avait recueilli, au milieu des roches granitiques du jebel Doukhan et en liaison intime avec le porphyre rouge antique, d'autres porphyres feldspathiques à pâte noire, brune, etc.... Ces variétés de coloration sont nombreuses, en Orient, dans les gisements de porphyres de toutes les classes, et il n'est pas rare de les rencontrer dans le môme filon.

L'un des aspects sous lesquels la porphyrite se présente fréquemment en Orient, est celui d'une roche dont la pâte, d'un rouge sombre, est presque entièrement composée de très-petits cristaux allongés de feldspath, enchevêtrés et formant un tissu très-serré et compacte.

On trouve encore, disséminés en petit nombre, dans cette pâte des cristaux de feldspath présentant les indices de gouttières caractéristiques des feldspaths maclés du sixième système ; des cristaux d'amphibole hornblende et une substance d'un vert pâle, assez tendre et à éclat gras qu'on prendrait pour du talc.

La couleur de la pâte est tantôt rouge sombre, tantôt brune, ailleurs chocolat ou enfin verdâtre. Dans ce dernier cas, il est facile de confondre cette roche avec les dioritessi répandus dans ces régions, et qui présentent eux-mêmes des variétés se rapprochant insensiblement de ces porphyrites à oligoklase et à amphibole. On trouve cette variété de porphyre dans le Sinaï : Lefèvre

68 LOUIS LABTBT.

tMi cl rapporté des échantillons du waddy Naseb, près des gîtes de manganèse, où cette roche renferme de la pyrite et coupe la pegmatite du nord au sud . Il en a également rapporté des spécimens du waddy Pharan et, en ce dernier point, la porphyrite traverse le |)orphyre pétrosiliceux, c^ qui établit l'antériorité de cette dernière roche.

Nous avons eu Toccasion d'ol)S(MTer, très-rapidement il est vrai, des gisements de cette variété de porphyre, au milieu des montagnes de l'Idumée et sur le littoral de la mer Morte.

Dans l'Arabah et non loin de la mer Rouge, entre le waddy Haïmeh et le marais salé du waddy Akaba, j'ai recueilli un galet de porphyre rougeàtre à cristaux aciculaires de feldspath qui rentre dans cette variété et devait provenir de quelques-uns des filons nombreux qu'encaisse le granité de cette région.

Au waddy Mafrah, à Test du partage des eaux de TArabah et au sud de Tamphithéàtre porphyrique et gréseux du mont Hor, on trouve un porphyre feldspathique d'un noir tirant tantôt sur le rouge et tantôt sur le vert, dont la cassure est cireuse et dont la pâte, facile à rayer, engloln? des cristaux de feldspath de môme couleur qu'elle.

Non loin de là, est un porphyre feldspathique à moitié décomposé, dans letjuel on reconnaît cependant, au milieu d une pâte brune, des cristaux de feldspath rouge-brique, et une substance d'un vert noirâtre qui pourrait être de l'amphibole altérée.

I^ second gisement de porphyrite que nous cavons eu occasion d'observer se trouve près du littoral méridional de la mer Morte, sur la rive droite du waddv Safieh. Au milieu des alluMons anciennes qui bordent, en ce ])oint, cette petite ri^^ère, on voit poindre des roches brunes qui ne sont autre chose que des dykes de pori)hyre entourés de belles brèches polygéniques à éléments de granité, de porphyre et de diorite (1).

(I) C'est de ce gisement de porphyre dont parle sans doule M. Legh (Account ofSyria nttached to Mac MichneCs Journey ft^m Ma\cou to Constautinoplé). Lorsqu'il rapporte qu'on trouve à rexlrémité sud-est de la mer Morlc, sur le bord de la route qui mène à Kerak; un porphyre rouge et brun au milieu de débris de syénites, de brèches et d'amygdaloldes noires. (Dnubeni/^ fte<cr. nf artive ami rxtinct voicnnnex^ p. 282, 1826.)

Ce porphyre, crun rouge brun, n est pas magnétique; il oflFre trois variétés de texture. En certains points de la masse, cest une pâte d'un rouge brunâtre avec des cristaux de feldspath blanchâtres qui renferment à leur centre une substance grise et des cristaux un peu moins nombreux que les précédents, gris violacés, à cassure fibro-lamellaire qui paraissent être, ainsi que la substance grise dont nous avons parlé, de Tamphibole altérée. Sur d'autres points, la pâte semble être constituée entièrement par des cristaux aciculaires, extrêmement petits, de feldspath rouge, parmi lesquels se montrent quelques cristaux un peu plus gros qui paraissent être de Toligoklase. On n'aperçoit pas trace d amphibole dans cette variété.

Enfin, ailleurs, la masse est plus compacte et plus foncée et Ton n'y distingue plus ni cristaux de feldspath ni cristaux d'amphibole.

Ces porphyres rouges du waddy Safieh et des environs de Petra que Ton retrouve dans le massif du Sinaï et aussi en Egypte (1), et ceux dont nous avons parlé plus haut, ne sont pas les seules variétés de cet intéressant groupe de roches, que l'on observe en Orient.

Nous avons ramassé, dans les alluvions du waddy Chellan, creusé au milieu des granités qui font face au village d'Akaba , à l'extrémité de la mer Rouge, un porphyre dont la pâte rougebrique entoure des cristaux de feldspath rouge et gris verdâtre d'aspect cireux. On y observe aussi des cristaux vert noirâtre d'amphibole qui se trouvent souvent encadrés de feldspath.

En Égj'pte et dans le Sinaï on trouve, en outre, des porphyres de couleur sombre, quelquefois noirâtres, avec de grands cristaux isolés d'un feldspath maclé du sixième système. Quelques exemples, tirés de l'étude des échantillons qu'en a rapportés Lefèvre, feront mieux connaître ces intéressantes variétés.

Au waddy Nasaiph, dans le Sinaï, il existe un porphyre trèspeu amphibolifère et légèrement micacé. Au waddy Pharan,

(1) Burton et Lefèvre l'ont rapporté d*Égyple. Le second de ces voyageurs a reciieillj (){in9 |ç Sinaï des roches iclenl^ues a^vec celles du waddy SaQeh,

70 ijMjm LAI

dans la même région, on rencontre un porphyre dont la pâte, composée de très-petits cristaux de feldspath aciculaires, rouges, englobe de plus grands cristaux d'un blanc verdâtre qui présentent Taspect de Toligoklase.

l^ès de là, on voit un autre porphyre assez semblable, mais dont la pâte est verte et dans lequel les cristaux isolés ont quelquefois pour centre de petits grains de pyrite. Un peu plus loin, la couleur verte de la pâte fait place à une teinte noirâtre.

Dans la chaîne arabique, en %)'pte, il existe aussi quelques variétés remarquables de c^s porphyres.

Près de la montagne de Séphage se trouve un filon, de 15 mètres de puissance, d'une fort belle roche qu'on prendrait, au premier abord, pour un mélaphyre. Elle se compose d'une pâte pétrosilic^use d'un vert noirâtre, au milieu de laquelle se détachent de grands et longs cristaux striés de feldspath dont la couleur varie du vert au rose et qui donnent à la roche un caractère de beauté peu ordinaire.

Au Jebel ez Zeit (montagne de l'huile), sur les bords de la mer Rouge et non loin des puits de pétrole, se trouve un autre porphyre verdâtre dont les cristaux d oligoklase sont encadrés de feldspath rouge et qui contient un peu d amphibole.

Ce porphyre, qui ressemble à certains mélaphyres coupe un filon de diorite qui se trouve lui-même, d'après Lefèvre, enclavé dans le i)orphyre quartzifère.

On voit, par ce dernier exemple, que les porphyrites semblent être venues au jour à une époque plus récente que celle à laquelle ont apparu les ix)rphyres quartzifères, plus récente même que la date de l'arrivée de certains diorites qui traversent également ces dernières roches. Ce sertiit donc seulement à Tégard du porphyre quartzifère qu'il faudrait adopter l'opinion de Newboldt qui croyait que les diorites perçaient à la fois le granité et le porphyre de rÉgj'pte.

M. Fnuis, auquel on doit d'intéressants et nouveaux renseignements sur quelques gisements de i)orphyrite dans le Sinaï, a mis (Ml relief, dans deux coupes instructives, les relations de cette roche avec les diorites.

Il existe, d'après cet auteur, au milieu des micaschistes du waddy Pharan, un filon de diorite dont la partie centrale est ellemême occupée par un troisième filon de porphyrite; d où il résulte naturellement que cette dernière roche est plus récente que le diorite qui l'encaisse en ce point.

Une autre coupe, relevée dans cette même vallée du waddy Pharan, montre le rejet par des filons puissants de porphyres qui les traversent des nombreux filons de diorite qui sillonnent les micaschistes de cette région .

Il paraît donc incontestable, d'après ces divers exemples, que les porphyrites sont d'une venue postérieure à celle d'une partie au moins des diorites dont les filons sont si nombreux en Orient et dont nous allons maintenant nous occuper.

§ 5. Diorites. — On trouve, dans les massifs cristallins de l'Egypte et de l'Arabie Pétrée, des diorites massifs en filons dans le granité, la pegmatite, les gneiss, les micaschistes, etc.. et des roches stratiformes qui ont, à peu près, la même composition , mais selon toute apparence, une origine très-diflFérente. Ne traitant, en ce moment, que des roches massives, nous ne nous occuperons que des premiers.

Ces diorites massifs sont essentiellement composés d'amphibole hornblende et d'un ou deux feldspaths. Le tout accidenté par des veines et nids d'épidote. Quand il y a deux feldspaths, l'un d'eux se présente avec une couleur blanc verdâtre tandis que l'autre est d'un rouge sale.

C'est sur les variétés granitoïdes de diorite {granitello verde de Eyitto des Italiens) qu'on peut le mieux reconnaître ces éléments constitutifs.

Nous avons recueilli, dans le waddy Akaba, des échantillons de cette roche presque entièrement composés de cristaux d'amphibole hornblende dans les interstices desquels apparaissait seulement le feldspath.

Au Sinaï, les diorites prennent quelquefois une structure porphyroïde grâce à de gros cristaux de feldspath rouge (jebel Cacheby) ou blancs (jebel Barrak) disséminés au milieu de leur masse.

72 LOIIIM LAKTRT.

Ces roches pi-ésentent rarement cette netteté de cri^Uisation que l'on ohserve si souvent dans nos ophites des Pyrénées; cependant un échantillon, rapporté par Ixfèvi-e du jebel Adakar (Sinaï), ressemble, à s'y méprendre, au type le |ilus communément répandu dans notre chaîne française.

Quelquefois les diorites prennent la structna' tiibulaire comme les phonolithes, ce qui les rend sonores eonuue elles et a pu donner lieu à certaines méprises. C'est avec œ ramctére que ces roches se montrent aux environs de la (iuita dans la chaîne' Arahiqued"%yptequi fournirait encore, d'apr-èseertainsauteurs, des vai'iétés orbiculaires de cette môme piei'ix'.

Une autre variélé de structure bien connue en raison de l'emploi qu'en ont fait les anciens est le diorile vert compacte connu sous le nom impropre de basalte vert antique. U's Éfçyptiens travaillèrent cette roche pendant la belle épinp»' de leur art ; ils en firent des statues, des sarcophages, etc.. qui se fout remarquer par la pureté du travail.

Les diorites se présentent fréquemment en Orient sous la forme d'une roche composée de grains Ans rouges et verts, les

premiers, formés de feldspath, les seconds, d'amphibole. Nous avons observé au \Yaddy Chellan, près d'Akabah, des fdons appartenant à cette variété, qui coupent, en ce point, le granit»? en se dirigeant du sud-ouest au nord-twl. Us renferment dans leur masse de l'épidole qui forme, sur leui-s parois, des salbamies se terminant souvent, à leur contact avec le granité, par de^

surfaces }K)lies et onctueuses comme celles de la serpentine. Ces filons, bien qu'assez irréguliers, comme épaisseur et souvent m^me ramifiés, sont sensiblement parallèles entre eux.

Les collections de TÉgypte et du Sinaï nous ont offert de nombreux échantillons se rapportant à ce même type.

Les diorites constituent avec les porphyres feldspathiques la majeure partie des filons qui sillonnent les massifs cristalHns de rOrient. Tous les voyageurs ont été frappés du grand nombre de ces filons qui se dirigent le plus ordinairement du nord au sud en divisant parfois les masses granitiques d'une façon si régulière ((uils semblent, au premier abord, en marquer la stratification générale.

Ld puissance de ces filons est faible relativement à celle des [)orphyres ; cependant le dyke de diorite qui forme la cime du mont Serbal, dans le Sinaï, n'a pas moins de 10 mètres de puissance. En général, leur épaisseur est plus faible et ceux que nous avons vus à Akabah n'avaient guère que 2 ou 3 mètres. Quant aux roches encaissantes dans lesquelles on rencontre ces filons de diorite, ce sont généralement les granités, quelquefois les gneiss (environs de Syène) ; les pegmatites (waddy Pharan et waddy Naseb dans le Sinaï; environs de Cosseir, eu Iilgypte); ou enfin le porphyre quartzifère (jebel Adakar, waddy Hamila, dans le Sinaï, ofi Russegger représente son allure par un diagramme) (1).

Cette roche est quelquefois très-difficile à reconnaître et à caractériser, et elle offre de nombreux passages avec les mélaphyres et la porphyrite qui, néanmoins, comme nous Tavons vu plus haut, la traverse et la rejette. — Il est, d'ailleurs, possible que les filons de diorite ne soient pas tous du môme âge, mais jusqu'ici rien ne peut nous éclairer sur ce point.

Les diorites renferment souvent, en fait de minéraux accidentels, de la pyrite de cuivre, du cuivre carbonate et des veines de fer oligiste, près desquelles on retrouve au waddy Kammanat, en Egypte, des traces d'anciennes exploitations.

(t) heiseit in ^urapa, Asien und Africa^ ti l|, p. Î2|30,

7& IjMIHI labtbv.

Ils sont fréquemment traversés par des filons de quartz blanc, très-faiblemeut métallifères, qui contiennent de Tor, de la galène argentifère, de Targent arseniaté, du sulfure d'antimoine, de la pyrite de fer et du fer titane.

M. Figari-Bey a remarqué que dans presque tous les filons de diorites de la chaîne Arabique de TÉgjpte on retrouve des trac^ d*exploitations et de galeries anciennes qui suivent fidèlement les filons de quartz, et ont dû être pratiquées, sans nul doute, pour leur arracher les parcelles d'or qu'ils renferment, à une époque où ce métal était plus rare que de nos jours. Ces mines d'or sont sans doute celles dont Agatharcide, au dire de Dauville, mentionnait Texistence dans la chaîne arabique et dont Newboldt n'avait pu retrouver les traces.

On trouve aussi de lor dans les collines des Bischarieh, dans la Haute-Égj'pte, et M. Linant-Bey, dans sa carte de TEtbaye (1), a marqué d'une façon toute spéciale les points où les anciens avaient pratiqué lexploitation de l'or et qu'ils nommaient olaki. Les procédés de cette industrie, qui ne s'éloigne pas autant qu'on pourrait le croire au premier abord de celle des mineurs de notre époque, sont heureusement consignés dans les écrits de Diodore de Sicile qui s'étend longuement sur les mines d'or de rÉgypte :

«Entre TÉgypte, TÉthiopie et TArabie, nous dit cet histo- » rien (2), il est un endroit rempli de métaux et surtout d'or » qu on tire avec bien des travaux et de la dépense. Car la terre » dure et noire (3) y est entrecoupée de veines d'un marbre très- » blanc et si luisant qu'il surpasse en éclat les matières les plus » brillantes (4). C'est là que ceux qui ont l'intendance des mé-

(1) Linant de Bellefonds^ Carte de VEthnyeou pays hnhUé par les Arabes Bichons y comprenant les contrées des mines d*or connues des anciens sous le nom d*Olaki^ 1831 et 1832.

Les noms de ces mines d'or sont les suivants :

Om Guereyatte, Ciiga, om Teyour, W. Sohone, W. Hegatte, W. Affave, W. Chawanih^ W. Daguena, Derehib, to Roumie, to Giaflerie, J. Oflenne, J. Aldoulla^ J. Matchouche tennaye, J. om Cabritte, Tawille^ J. Essewed, J. Tellataled, Rafl, Kelli, Absa.

(2) Diodore de Sicile^ t. I, liv. m, § 6. (3j C'est sans doute le diorite dont il parle. (à) Ce sont probablement les filons de quarti.

» taux font travailler un grand nombre d'ou>Tiers. Le roi d'É- » gj'pte envoie quelquefois aux mines, avec toute leur famille , » ceux qui ont été convaincus de crimes, aussi bien que les pri- » sonniers de guerre, ceux qui ont encouru son indignation ou » qui succombent aux accusations vraies ou fausses, en un mot, » tous ceux qui sont condamnés aux prisons. Par ce moyen, il » tire un grand revenu de leur châtiment (1). Ces malheureux, » qui sont en grand nombre, sont tous enchaînés par les pieds et » attachés au travail sans relâche et sans qu'ils puissent jamais » s'échapper.

y> Quand la terre qui contient lor se trouve trop dure, on

» l'amollit d'abord avec le feu, après quoi ils la rompent à grands » coups de pics ou d'autres instruments de fer. Ils ont à leur tête » un entrepreneur qui connaît les veines de la mine et qui les » conduit. Les plus forts d'entre eux fendent la pierre à grands » coups de marteau ; cet ouvrage ne demandant que la force des » bras sans art et sans adresse. Mais comme pour sui\Te les » veines qu'on a découvertes il faut souvent se détourner, et » qu'ainsi les allées qu'on creuse dans ces souterrains sont fort » tortueuses, les ouvriers qui, sans cela, ne verraient pas clair, » portent des lampes attachées à leur front. Changeant de pos- » ture autant de fois que le requiert la situation des lieux, ils » font tomber à leurs pieds les morceaux qu'ils ont détachés. Ils » travaillent ainsi jour et nuit, forcés par les cris et les coups de » leurs gardes. De jeunes enfants entrent dans les ouvertures » que les coins ont faites dans le roc et en tirent les petites pierres I» qu'ils portent à l'entrée de la mine. Les hommes âgés d'envi- » ron trente ans pilent ces pierres dans des mortiers avec des » pilons de fer jusqu'à ce qu'il les aient réduites à la grosseur » d'un grain de millet. Les femmes et les vieillards reçoivent ces » pierres mises en grain et les jettent sous des meules qui sont » rangées par ordre. Se mettant ensuite deux ou trois à chaque » meule ils les broient jusqu'à ce qu'ils aient réduit en une

(1) Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que les anciens aient pu exploiter, par ce procédé, des gites métallifères si pauvres qu'ils n'auraient pas suffi, tnérae à cette époque, à fournir la paye des ouvriers.

76 LOUIS LABTBT.

» poussière aussi fine que la farine la mesure qui leur en a été » donnée.

» Les maîtres recueillent cette espèce de farine et Téten-

» dent sur des planches larçes et un peu inclinées où ils l'arrosent » {ivec beaucoup d eau. Ce qu'il y a de terrestre dans ces mai) tières est emporté par leau, mais l'or demeure dessus à cause » de sa pesanteur. »

Dans le pays des Nubas, au sud du Kordofan et près du Darfour, Russegger cite, au milieu des granités rouges et des gneiss du jebel Scheiboun, de nombreux filons de quartz et de diorite renfermant de la pyrite de fer arsenicale, de la galène et des grains d'or natif en quantité parfois considérable. Toute la plaine qui sépare le jebel Tira du jebel Tui^oun est, d'après cet intrépide voyageur, remplie d'alluvions qui contiennent de ces parcelles d'or. Il en est de même des versants occidentaux et septentrionaux du massif cristallin de TAbyssinie, et comme nous savons, par M. Vignaud, qu'il existe dans cette contrée de nombreux pointements de diorite et autres roches amphiboliques, il est permis de supposer que là cx)nmic en Egypte, en Nubie, dans le Kordofan et dans d'autres contrées aurifères, l'or provient originairement des filons de quartz intimement liés à ceux de diorite.

§6. Euphotide. — De Rozière décrit, comme il suit, une roche qu'il a trouvée à l'état erratique entre Assouan et Koum- Ombou : « C'est, dit-il, une roche granitoïde composée de feld- • spath cireux et de cristaux de diallage verte presque aussi » abondants que ceux de feldspath. Le feldspath y passe ^dujade, » comme dans le verde di corsica; il est très-tenace, difficile à » fondre et plus pesant que d'ordinaire, magnésien et sans » potasse : c'est un jade plus siliceux que celui de Chine et de » Suisse. »

11 est impossible de méconnaître dans cette description l'euphotide, comme aussi ces belles matières vertes et dures si prisées des peuples primitifs, et que l'on réunit vaguement sous le nom de jade. De Rozière, qui avait si justement remarqué les liens qui rattachent ces substances à l'euphotide {^verde di çor^

sica) mentionne encore un pétrosilex jadim, plus tendre, fondant au chalumeau , recueilli par lui près de la fontaine d>l Haoueh en un point plus septentrional de la chaîne Arabique.

M. Figari-Bey signale la diallage smaragdite et la diallage bronzitc dans le massif de roches magnésiennes du waddy Kaninmnat, non loin de Cosseir, et il pense que ces substances ont été utilisées dans les arts par les anciens.

On retrouve, paraît-il, au waddy Kammanat d'anciennes carrières d'euphotide, et au waddy Atalla existent encore celles du Gabbrogiallo antico. M. Figari-Bey cite encore Teuphotide comme existant entre Luqsor et Cosscir, et la variolite^ qui n'est autre chose que de Teuphotide globujifère, comme se trouvant au Jebel Dara et aux environs du Bir Kammanat.

Nous avons enfin observé à Londres, dans la collection rapportée d'Kgypte par M. Hawkshaw, une euphotide à cristaux de feldspath et de diallage verte, contenant des veinules de malachite et provenant de Reyat el Ameryeh, dans la chaîne Arabique. Cet échantillon ne nous laisse aucun doute sur rcxistence, dans cette région^ de Teuphotide et des roches congénères.

§7. Serpentine. — La serpentine, si habituellement apparentée avec Teuphotide dans les principaux gisements, se trouve également associée à cette roche en Orient.

Il semble, en effet, résulter des descriptions de de Rozière que cette roche se montre aux environs d'El Haoueh sur le chemin de la Guita à Cosseir, près du gisement de l'euphotide. Elle renfermerait en ce point des cristaux octaédriques de fer oxydulé. M. Figari-Bey en signale également la présence au waddy Kammanat, où les anciens paraissent l'avoir exploitée.

Elle contient là des cristaux de diallage et des veines d'asbeste. Cette roche se trouve donc dans le même massif de la chaîne Arabique que les euphotides, à peu près vers la latitude de Cosseir.

§ 8. Mélaphyres, — Nous comprenons, sous cette dénomination, des porphyres k couleur foncée, généralement verdâtres ou noirâtres, et qu'il est souvent aisé de confondre, soit avec

78 LMJU LABTBT.

certaines variétés de porphyrite, soit avec des diorites et des euphotides.

Ils sont en général doués d'un pouvoir magnétique peu considérable.

L'un des plus beaux types de cette roche est le porphyre noirâtre du waddy el Kelehe, dans la chaîne Arabique, non loin de Séphage et de la mer Rouge. Ce porphyre est constitué par une pâte grise dans laquelle sont disséminés de grands et beaux cristaux d'un feldspath noirâtre qui paraît être du labrador. On aperçoit, dispersés çà et là dans la pâte, de rares et petits cristaux doués d'un éclat bronzé.

Le Sinaï fournit aussi quelques filons de porphyres analc^ues. L'un d'eux, au waddy Pharan, renferme des cristaux imparfaits de grenat. Un autre, à la montagne Sainte-Katherine, où il traverse le granité et le porphyre, présente, par suite de sa décomposition, le phénomène de la séparation de sa masse en sphéroïdes.

On doit probablement rapprocher de ces roches les spilites qu'on rencontre en Égj'pte et dont les cavités renferment de la terre verte (Jebel Boutrefi, Jebel Cheti); du gj^se, du fer oligiste et du fer oxydulé (puits d el Gandely) ou enfin de la calcédoine (Kalat Rajan, à sept heures au nord-est du Caire). Certaines de ces roches ressemblent beaucoup aux mélaphyres décomposés du Palatiuat, ainsi que nous avons pu le constater en voyant les échantillons recueillis par Lefèvre.

Lorsque ces roches contiennent des minerais de cuivre, les roches qui leur sont superposées en sont imprégnées. D'autres fois, c'est la silice qui s'est déposée dans leurs géodes et les sources qui l'y ont apportée paraissent l'avoir également déposée au milieu des grès qui les recouvrent de façon à leur donner un aspect lustré très-remarquable.

Il est probable que lonyx et la calcédoine rouge [ayekJemain)^ si estimée des Arabes et que Ion trouve dans le sud de l'Arabie, viennent de spilites semblables : Botta a rapporté, en effet, de l'Yemen (Jebel Hamara) des mélaphyres et wackes qui viennent à l'appui de cette supposition.

§ 9. Mimosites. — Il est d'autres roches pyroxéniques qui forment, eu quelque sorte, Tintermédiaire naturel, aussi bien lithologique que géoguostique, entre les mélaphyres et les basaltes; ce sont les mimosites : ces roches, que Ton trouve en Egypte, en Arabie et en Syrie, paraîtraient, d après certaines observations, avoir fait éruption dès l'époque crétacée. Cependant, nous avons observé plusieurs affleurements de ces mimosites en Palestine, et nous n avons pas remarqué qu'il en fût ainsi. Sur le versant nord de la colline de craie, sur laquelle est bâti Kerak, on voit un affleurement de mimosite verdâtre, profondément décomposée, et dans laquelle on reconnaît pourtant le feldspath et les cristaux de pyroxène augite qui la constituent. Autour de cette roche et la recouvrant en partie, sont des couches de craie d'une parfaite horizontalité, qui ne présentent aucune altération à son contact. Il est donc naturel de penser que ce pointement de mimosite exisUiit déjà à cette place, lorsque la mer crétacée est venue former autour de lui ses dépôts réguliers.

Entre Kerak et la mer Morte, du waddy Kerak au waddy ed Draa, nous avons encore observé deux autres pointements de mimosite décomposée qui se désagrège en sphéroïdes.

Lefèvre a rapporté des environs du puits de Naseb, dans le Sinaï, des échantillons d'un filon de mimosite de plus de 90 pieds d'épaisseur, prismatique dans l'intérieur de la masse et se désagrégeant pareillement en boule à la surface. Cette dernière portion décomposée du filon ressemble tout à fiiit aux mimosites des environs de Kerak, tandis que les parties non décomposées de cette roche se distinguent avec peine d'un basalte ou d'un mélaphyre.

Ceci pourrait expliquer pourquoi plusieurs auteurs ont fait mention de roches volcaniques dans la plaine d'Egypte, non loin du Caire, ainsi que sur plusieurs points de la presqu'île du Smai .

Ces roches se retrouvent également en Arabie, et M. Delessert en a rapportées qui viennent d'Anak dans l'Yémen.

80 ËM^în LABTBT.

S* Koch«s ▼oleanl^pies.

§ 10. Boches basnliiijties el irachy tiques^ leur distribution, — Les mimosites nous conduisent par un passage graduel aux basaltes dont elles se rapprochent, tant par leur aspect que j>ar leur composition. Ces dernières roches se montrent assez fréquemment en Orient sous leurs deux formes principales : les basaltes proprement dits et les dolérites. Elles constituent les principaux massifs volamiques des contrées qui nous occupent. Cependant on y rencx)ntre aussi des trachytes^ par exemple sur la cAtc Arabique de la mer Rouge, dans l'Yémen, et sur la cAte Africaine, dans le pays d'Adal. Ces trachytes offrent pareillement les principales variétés de texture que nous leur connaissons en Europe, et on les trouve à l'état porphyroïde, compacte, résinoïde (rétinites), vitreux (obsidiennes), scoriacé (ponces).

Bien que les basaltes et les trachytes soient des roches tivsdifférentes au point de vue de leurs caractères lithologiques, comme ils ont pour origine les mêmes phénomènes volcaniques, nous groupons, dans un même exposé méthodique, les notions que nous possédons sur les manifestations de ces derniers, en ayant soin d'indiquer chaque fois quelle est la roche à rémission de laquelle ils ont donné lieu .

Les roches volcaniques sont très-répandues à lest de la grande fissure qui semble avoir donné naissance à la mer Rouge et de celle qui lui fait suite, en se poursuivant par le golfe d'Akaba et la mer Morte jusqu'au Liban. A Touest de ces deux lignes de fracture, il est assez rare d'en rencontrer, et celles qu on y trouve ne constituent que des accidents d'une moindre impoi'tiincc^.

Dans la Galilée, les coulées du jebel Safed, de Tibériade et des environs de Nazareth, ne sont que de faibles échos des phénomènes volcaniques qui ont couvert de lave le Hauran et le Jaulan, de l'autre cAté du Jourdain. Dans tout le reste de la Galilée et dans la Judée, on ne trouve plus de traces de roches volcaniques.

Arabie Pétrée. — Burkhardt et ({uelques autres voyageurs

ont assuré qu'il en existait sur la rive occidentale du golfe d'Akaba, notamment auprès de son extrémité septentrionale ainsi qu'à Scherm , près de la pointe méridionale de la presqu'île du Sinaï. Burkhardt parle d'escarpements verticaux, en demi-cercle, se suivant sur deux milles de long et de 60 à 80 pieds de hauteur, que Ton trouve en ce dernier point. Ces escarpements seraient constitués par une roche noire, quelquefois rougeâtre et celluleusc, et lui ont paru être les restes d'un cratère volcanique (1). Cependant il n'est pas prouvé que ces roches appartiennent véritablement à la catégorie de celles dont nous nous occupons en ce moment; car, bien que Russegger et Hogg aient adopté cette détermination, comme le prouvent leurs C4irtes, Hunïboldt a considéré ces roches comme étant des porphyres, et nous inclinons à nous rallier à s«i manière de voir.

Ce n'est pas que Burkhardt n'ait été assurément un des plus sagaces et des plus consciencieux observateurs qui aient parcouru l'Orient, mais il lui manquait les connaissances spéciales qui pouvaient seules lui permettre de distinguer un basalte d'avec certains porphyres, mélaphyres et diorites. C'est ce môme défaut de connaissances lithologiques qui doit nous mettre également en garde contre son assertion, encore moins admissible, sur l'existence d'escarpements de roches volcaniques et de tufs basaltiques à Injonction du waddy Pharan et du waddy Mokatteb.

Nous ne pouvons nous empêcher de reproduire ces mêmes réserves à Tégard de déterminations pareilles émanant de M. Figari-Bey qui, dans sa carte géologique du Sinaï, a assigné aux trachytes et aux basaltes des domaines assez étendus. La coUection de LefèATc, qui avait parcouru en détail cette contrée, ne renferme pas trace de ces roches, mais, en revanche, il s'y trouve certains porphyres et quelques roches trappéennes qui s'en rapprochent beaucoup par leur aspect.

Egypte et JSubie. — Les mêmes raisons nous empêchent d'accepter définitivement l'existence des basaltes, trachytes et phonolites que M. Figari-Bey a signalés dans la chaîne Arabique de

(1) Syria, p. 529.

AKK. se. CÊOL. 1. — 6

82 UIUM I<4B1BT.

TÉgypte. De Rozière qui iissuréinent était, \m)Uv sou époque, un bon lithologiste, arait vainement cherché ces roches dans les cours d'eau qui en descendent, et Lefèvre, (jui a parcouru en tous sens cette chaîne, n aurait pas manciué d'en rapporter des échantillons si elles avaient occui)é les étendues (fui leur sont attribuées par M. Figari-Bey (1).

Ce n'est point quMl ne puisse y avoir dans le Sinaï, comme en Egypte , (juoiques manifestations isolées et ih3u importantes de l'activité volamique, mais, d'après ce que nous venons de dire , on voit qu'il Siérait bien étrange que ces roches fussent aussi répandues qu'on l'a voulu et que les observateurs les plus autorisés et les plus siKH'iaux (jui eussent parcouru ces régions les ont aveuglément méconnues et n'en aient iM)int rapporté d'échantillons.

En pesant toutes ces raisons et en i*eniarquant que les roches volc^iniques signalées i)ar div(îi-s auteui's aux environs du Caire se rapportent, selon toute vraisemblanc43, à des dykesde mélaphyre ou de mimosite dont nous avons vu quelques débris dans la collection de Lefèvre, nous croyons pouvoir con(*lure que depuis le Carmel, en Syrie, jus((u en iNubie, il n'y a pas eu à l'ouest de la mer Rouge et du sillon de TAmbah et de la mer Morte, d éruption volc^inique bien importante.

Dans la Nubie, Russegger signale i)lusieiirs gisements de roches volwiniques ; le premier, prèsdtî Dukke, sur la rive gauche du Nil. M. Saint-John (2) avait constaté r<?xistence, en ce jxjint , do cônes noirâtres, plus hauts (jue le Vésuve, couverts de cendres et de laves et qui lui paraissîiient être des volcans éteints. Newboldt a vainement cherché à vérifier ce fait qui n'est pas encore dégagé de toute incertitude. Il en est de même de l 'existence de gisements de même nature qui existeraient près de Derr, sur la rive droite du Nil, et dans les déserts de la Nubie })arcourus par les Bischarieh. De Rozière fait bien mention de fragments

(1) Russegger ne mentionne pas non plus sur ses cartes ces roches volcaniques^ dans la chaîne Arabique.

(2) TrnveLs in Nuhia, cité par Newboldt.

d'obsidienne que les Bischarieh venaient vendre do son temps dans les marchés du Sayd, mais il paraîtrait que ces Arabes les recueillaient assez loin, au sud, et sur les bords de la mer Rouge.

Vu massif volcanique paraissant être à la fois plus important et moins sujet à contestation que les précédents, est celui qui occuperait, d'après Russegger, le centre de l'immense circuit que fait le Nil, de Khartoum à Dongola. Lefèwe l'avait signalé dans sa lettre à Cordier (1) en faisant mention de la présence au milieu du désiTt de Bayouda de collines coniques de basalte péridotique. De vastes coulées, recouvrant des lambeaux de grès, s'étendraient dans celte région, depuis Ambu Kolj use pi'au puits de Bayouda et, d'après Lefèvre, correspondraient k deux périodes d'émission .

lorsque Ruppell visita Dongola, on lui dit qu'il existait, dans les déserts de Nubie , une montagne conique , nommée jebel Koldaghi, qui donnait de la fumée. C'est peut-être du massif basaltique de Bayouda qu'il s'agissait ou bien de quel((u'une de ces montagnes prétendues volcaniques du désert des Bischarieh dont nous avons parlé plus haut, peut-être enœre du pointement volcanique que Russegger indique dans sa carte au nord d'Al)u- Hammed, dans les environs d'Um Kebrit. En admettant l'existence de tous ces gisements, on voit qu'eu égard à l'étendue qu'occupent des massifs cristallins, dans la Nubie, les roches volcaniques n'y jouent qu'un rôle peu important.

Abyssinie. — Il n'en est pas de même pour les régions qui avoisiuent le détroit de Rib-el-Mandeb et pour l'Abyssinie : ces contrées sont couvertes de cônes et de coulées volcaniques.

M. d'Abbadie, dans une lettre adressée à M. Walferdin (2), dit quesur la côte d' Abyssinie, après le Tacazé, dans le Samen et jusqu'à Gondar, toutes les montagnes sont formées de trapp (basalte), et il signale quelques jolis accidents de basalte prismatique.

(1) BulL de la Soc. géoL, 1" sér., t. X, p. 144, 1839.

(2) BulL de la Soc. géoL, t. X, p. 121, 1839.

8& LOUIS LABTBT.

D'après Russegjçer, le lac Tzana, près de Goiidar, la capitale de TAbyssinie, est entouré d'un vaste cirque de montagnes volcaniques.

M. Vignaud qui a fiiit, en 1841, d'intéressantes obsc*r%'atîons géologiques dans le Tigré, province d'Âbyssinie située près du littoral de la mer Rouge, a vu, aux environs de Massouah, un basalte péridoticjue (jui perçait là les granités et les porphyres.

« Plusieurs volcans, dit-il, dont on retrouve la trace dans cotte » pallie du littoral de la mer Rouge, devaient exister avant le » temps où les IHolémées vinrent fonder des établissements sur » les côtes d'Abyssinie; mais un mouvement général ayant eu » lieu peu de temps après la fondation des villes dAdulis et » autres, tous ces établissements dont on retrouve encore les 9 ruines, furent engloutis en partie ; les montagnes voisines furent » soulevées et le sol de cette partie fut recouvert de nouveau ter- » reau. Cependant les volcans existent encore et les sources d'eau » chaude qu'on trouve sur les cAtes viennent confirmer mon opi- 9 nion, quelques-unes d entre elles, notamment à Aflat, ont de » 64 à 65 degrés (1). »

On trouve également de nombreux cônes volcaniques dans rinter>alle qui sépare l'Abyssinie de la mer Rouge.

Dans TAnihara, près d'Edd, un volain aurait môme fait éruption le 7 mai 1861 , à la suite d'un tremblement de terre, et lancé au loin une pluie de cendres.

Dans le pays d'Adal, on a constaté Texistence d'une longue série de cônes volcaniques courant du sud-ouest au nord-est, d'Ankobar au détroit de Bab-el-Mandeb, sur une étendue de plus de 400 milles. L'un de ces volcans, le jebel Abida, a, d'après le docteur Kirk, 4 000 pieds de haut et son cratère aurait 2 milles et demi de diamètre.

Le lac Assal, le plus déprimé de tous les lacs après la mer Morte, et dont les eaux paraissent ôtre par\'enues à un degré de concentration encore plus grand que celui de cette mer intérieure, se trouve au milieu de cette série de cônes; il est séparé

(i)Buii. (le ia Soc, géoL de France^ t. XIV, p. 492, 1843.

d'une nappe d'eau voisine, nommée Ubat el Kherab, dont il paraît avoir fait partie jadis, par une coulée de lave fendillée.

Enfin, près du détroit de Bab-el-Mandeb se dressent, sur la rive africaine, les pics volcaniques des Hauts frères, et à rentrée de la baie Tadjoura (Tagurri), la crique du Jarbul Khareb semble être un ancien cratère submergé; ses bords sont couverts de laves, de scories et ses eaux laissent encore dégager des gaz eu abondance.

Dans la mer Rouge, elle-même, les îles qui avoisinent le détroit sont presque toutes volcaniques; Tîle de Périm et le pic de Bab-el-Mandeb sont couverts de laves.

Ptolémée mentionne dans ces environs une île brûlante, et Niebuhr décrit une montagne située au milieu de la mer, comme étant un ancien volcan. Elle doit se trouver parmi les îles Zebir. Le jebel Teir, lune de ces îles, a donné, de nos jours et pendant près d'un siècle, des traces d'activité. Lorsque Bruce le visita, en 1774, il fumait encore et Ton disait qu'il jetait, de temps en temps, des pierres et des flammes. Ce voyageur constata, dans cette île, la présence de coquilles marines empâtées dans la lave.

On a vu encore le jebel Teir en feu vers 1828 et 1830 et Ion prétend qu'il a fait éruption en 1846 (1).

Le jebel Teir est une île de 500 pieds de haut, entièrement couverte de cendres et de scories ; près du sommet, il y a quinze petits cratères d'où s'échappe continuellement de l'air chaud, et quelquefois de la fumée.

Arabie. — C'est surtout, comme nous l'avons dit, à l'orient du sillon de la mer Rouge, du golfe d'Akaba et de la mer Morte que les massifs volcaniques abondent et prennent de l'importance. Un géographe arabe, cité par Wettstein, affirme qu'entre le détroit de Bab-el-Mandeb, à l'extrémité méridionale de la mer Rouge, et Damas, en Syrie, il n'y a pas moins de vingt-huit districts volcaniques.

Dans l'élude du côté occidental du sillon, nous avons procédé

(1) Buist, Voknnoes of Indin (Transaci, ofthe Bombay géogr. Soc,^ 1850-52, t, X, p. 139).

86 UIUIS LARTI^T.

du nord au sud, noujs marcherons maintenant en sons inverse, le long du rivage oriental, en partant du détroit do Bab-el-Maudeb auquel nous sommes ainsi panenus,

D'abord, à l'angle sud-ouost de TArabie, l'Yémeu nous offVc la continuation de la région volcanique du pays d'Adal situé sur le bord africain du détroit que toutes ces éruptions ont dû avoir pour effet de resserrer de plus en plus.

Comme les caps du Ras Amran et du jebel Hassan qui Tavoisinent, la presjiu'île sur hupielle est bâtie la ville d'Aden est volcanique et n'a pas été toujours réunie au continent, ainsi que le prouvent les lignes de galets et de coquilles marines qui l'environnent. La partie médiane de cette presqu'île est occupée par une montiigne volcanique (jui offre de nombreux cratères dont le principal se trouve au centre. Elle est couverte de laves, d'obsidienne, de ponces noires et rouges (l).Burr évalueàl 776 pieds la hauteur des escarpements de lave (|ui forment les bords de l'inipensc cratère, au milieu du(juel la ville d'Aden est bâtie (2), Enfin, un volcan, voisin d'Aden, serait, d'après les traditions arabes, de l'époque historique (;i).

Nous avons dit que le jebel Hassan et le Ras Amran, les doux caps qui succèdent vers l'ouest à celui d'Aden, ont la môme nature que ce dernier. Ces volcans se continuent dans cette direction juscju'au détroit de Bab-el-Mandeb où l'île de Périm est, ainsi que nous l'avons dit, occupée par un pic volcanique. De là, vers le nord, le même terrain se i)oursuit encore par une chaîne de basses collines qui longe, à 20 milles du bord, la mer Rouge, sur un espace de 200 milles et jusiju'au 16" degré de latitude.

Derrière cette chaîne basse s'en trouve une autre plus élevée, composée de granités et de schistes avec quehiues accidents volcaniques.

Botta décrit la plaine comprise entre ces montagnes et la mer

(1) Buisl, hc. cit,

(2) Jorn-H, de Lcon/i. et Bronn^ iSVl, l^*" cahier.

(3) liiill. de la Soc. de rjêny,-., l. \1I, 1839, 2« s6r., p. 377.

GÉOLOGIE m LA PALESTINE. 87

€t connue sous le nom de Tchama, comme une plage soulevée , bornée par un horizon de montagnes granitiques et trachy tiques. Il a envoyé au Muséum d'histoire naturelle de Paris des échantillons de roches provenant de ces montagnes et notamment du mont Saber, parmi lesquelles se trouvent, en effet, des trachytes et des Spilites.

M. Delessert a également recueilli, à Moka, des roches volcaniques.

De Moka à Sana, on rencontre des basaltes et à Sana même des laves ordinaires. Badia (Ali-Bey), en se rendant de Djedda à cette ville, traversa plusieurs montagnes volcaniques couvertes de lave noirâtre.

Niebuhr dit que les montcignes qui bordent la Tchama sont composées de schistes et de basalte ; le célèbre voyageur a observé des colonnades basaltiques à Kahme, près de Beit el Fakeh, ainsi qu auprès de Hadil el Kachma.

Au nord de rYémcn, les côtes de TArabie présentent encore de nombreuses manifestations de l'activité volcanique comme on peut s'en convaincre par les récits de divers voyageurs, Seetzen, Burkhardt, Ali-Bey, etc.

AMédine, ilparatty avoir eu, d'après Burkhardt, plusieurs éruptions, dont la dernière s'est effectuée vers le xiii* siècle. Toute la plaine est d'ailleurs basaltique et le torrent de lave qui menaça la ville se voit encore dans son voisinage.

Nous n'avons trouvé aucun renseignement se rapportant à l'existence» de roches volcaniques le long de la mer Rouge, dans rintervalle compris entre Médine et l'extrémité du golfe d*Akabah. Dans le waddy Akabah qui lui fait suite, nous n'avons observé aucun caillou basaltique aux débouchés des waddys (jui descendent des monts Seir, c^ qui porte à croire qu'il n'existe pas de district volcanique important dans cette chaîne.

Idumée. — Près du seuil de l'Arabah , certains voyageurs avaient signalé la présence de roches volcaniques, fait dont s'emparèrent aussitôt les partisans de la communication ancienne de la mer Morte? avec la mer Rouge, qui virent dans ces prétendues éruptions la cause de la séparation de ces deux nappes

88 lAUia LAHTinr.

(l'eau et de la formation du toit (1) ou ligne de fatte au milieu de l'Arabah. Mais nous avons eu beau chercher ces roches dans cette r^on, uous n'avons trouvé que les granités et les porphyres feldspathiques dont nous avons pi-éa'dcunnent parlé.

Plus au noi-d, Burkhardt, et plus tard Irby et Mangles, ont cité plusieurs volcans situés dans la chaîne d'Edom.

Au nord de Scholiek (mont Royal) et près du waddy Ghuweir, ces deux derniers voyageurs mentionnciit la présence d'éminences bi'unes volcaniques ({ui se di''t)\chent connue des Ilots noirâtres au milieu de la plaine sablonneuse 4|ui les environne. A droite de ce groupe ils ont encoi-e rencontré une montagne volcanique eonvertc de scories ronges, poreuses et très-légères (2).

Irby et Mangles ont traversé égiilement d'antres coulées volcaniques an nord de cette région et sur les Iwrds dn vvaddy cl Ahsy. Pi'és de ce derniei- point, se tninveut des sources chaudes connues des Arabes sous le nom de « bains île Salomon » .

Nous pouvons ici ajouter notre témoignage à ceux d'Irby et Mangles et à celui de Burckhardt qui avait auparavant observé ces mêmes coulées, non pas que nous ayons vu ces dernières, mais parce que nous avons pu constater l'abondance' des galets de basalte dans le lit du waddy Safieh cpii foi-me la c^Mitinuation naturelle du waddy el Ahsy.

Ce basalte est très-compacte, et en le cassant on obtient des surfaces rendues brillantes par une infinité de très-petites facettes cristallines, visibles à la loupe; il contient des grains de péridot d'un jaune verdàtre assez clair.

Bords de la mer Morte. — Les roches volcaniques manquent

(1) V^rèlMtWM TCligaan, 1m InbM donneraient le nom A'el tati (1« toil] ■ ca

, Syria nnd J.in miaor .lu,;nj tlit year 1817-18,1823,

: obierré, prè* de U rortereiH de gauche da ca poial deux cratèref, <le U 1«T«. Il lignale encore de*

complètement sur le rivage occidental de la mer Morte, malgré les affirmations contraires de quelques voyageurs modernes, mais, à Test de ce lac, dans la Moabitide et TAmmonitide, ces roches se montrent sur des points nombreux.

Le plateau calcaire sur lequel se trouvent les ruines de Rabbath-Moab, au nord de Kerak, est couvert de débris basaltiques. Dans la construction des édifices de cette ancienne cité, on a fait un fréquent usage de matériaux d'origine volcanique, et nous avons pu voir une enceinte assez vaste entièrement pavée en basalte.

De cette hauteur, on aperçoit au loin, vers lest, et à la place occupée sur les cartes de Van de Velde par le jebel Guwireh, une montagne noirâtre qui pourrait bien être le centre d'émission des nombreuses coulées qu'on rencontre dans cette région. Le voisinage d'un camp d'Arabes ennemis de ceux qui nous accompagnaient, nous a empêché de pousser plus loin notre reconnaissance ; mais un des hommes de notre escorte, interrogé sur la nature des pierres qui constituent cette montagne, répondit en montrant les fragments de basalte épars sur le sol. Il ne faudrait cependant pas trop se fier k ce renseignement, les Arabes ayant pour habitude de répondre dans le sens qu'ils supposent devoir vous être le plus agréable.

Le basalte, employé dans les anciens édifices de Rabbath Moab est une lave très-peu celluleuse, d'un noir brunâtre. Ses cavités , visibles seulement à la loupe, sont en partie remplies de carbonate de chaux. I^ péridot s'y présente en grains très-petits et très-nombreux qui se fondent dans la pâte et contribuent à lui donnersa teinte brunâtre. On y voit également une multitude de petites facettes cristallines dues au feldspath et au pyroxène qui constituent la masse de cette roche.

A quelques kilomètres au nord de Rabbath, on trouve encore des débris de basalte et le jebel Schihan qui s'élève à 848 mètres est couronné d'une nappe de basalte noir compacte.

De cette hauteur, on aperçoit de vastes coulées couronnant au même niveau les plateaux que découpe la vallée du waddy Mojib. Ces coulées sont donc plus anciennes que le phénomène qui

90 LMjis ËJkwnnt.

a creusé ces waddis et peut-être partent-elles du même point, du jebel Ghuwireh, par exemple.

Dans le lit du ivaddy Mojib, on trouve de nombreux cailloux d'un basalte un peu différent de celui du jebel Schihau et qui ont été probablement charriés par ce cours d'eau des régions plus orientales où il prend sa source. Ce basalte est d un gris assez clair et présente quelques grandes vacuoles tapissées d aragonite. Sur sa pâte très-feldspathique se détachent de nombreux grains de péridot auxquels un commencement d'altération a donné une couleur brune.

Au nord du waddy Mojib, la vallée du waddy Haïdan est creusée au milieu de grès, de marnes et de calcaires. Le jebel Houra qui la limite vers l'est est un haut plateau qui paratt couronné d'une nappe de l)asalte dont on aperçoit de Schihan la continuation sur les hauteurs qui dominent le waddy Mojib. Au fond de la vallée, se trouve une autre coulée plus moderne qui semble partir d'un mamelon de bas^ilte situé à mi-côte sur les flancs du jebel Houra et encombré de scories.

En remontant encore vers le nord le waddy Haïdan, ou trouve son lit occupé par une coulée de basalte d'une couleur brune et tacheté de parties noirâtres. Sur va fond sombre se d('v tachent de nombreux points blancs qui ne sont autre chose que de petites vacuoles remplies d'aragonite.

Entre le waddy Haïdan et le waddy Zerka Main se trouvent des montagnes calcaires dont le jebel Attarus constitue le sommet le plus élevé. A l'est de cette montagne, on voit encore des plateaux qui paraissent couronnés par des coulées, à des niveaux peu différents de ceux qu'occupent celles du jebel Houra et de Schihan.

Sur les flancs septentrionaux du jebel Attarus, en un point qui porte le nom significatif d'el Hannué et d'où l'on domine une grande partie de la vallée du waddy Zerka Maïn, se trouvent des amas considérables de scories, peperinos et brèches basaltiques qui paraissent recouvrir la tête d'une coulée moderne dont on peut suivre, de Toeil, la direction vers le nord-ouest.

Cette coulée descend d'abord vers le lit du Zerka Maïn, le tra-

GÉOLOOie DE LA PiUJBSTlNE. 94

verse et passe sur sa rive droite qu'elle longe pendant un certain temps, puis revient sur la rive gauche en présentant, sur les bords de la rivière, le phénomène du retrait prismatique, Elle se dirige ensuite vers la mer Morte en passant près des sources chaudes de Callirhoé, De el Hammé, on voit de vastes nappes de basaltes s'étendre sur les falaises de la mer Morte, près de l'embouchure du Zerka Maïn.

De la mer Morte, elle-même, on aperçoit ces mômes nappes ainsi que le montre la vue du rivage oriental de la mer Morte^ annexée à la carte géologique du bassin de la men' Morte qui accompagne ce travail.

Au sud de la plaine de Zara, où émergent de nombreuses sources chaudes incrustantes, on aperçoit, de loin, une coulée qui descend d'une éminence nommée Mountar ez Zara. Au nord de la même plaine, le basalte couvre d'une nappe assez épaisse les falaises de grès jusqu'à rembouchure du waddy Zerka Maïn. Ce basalte est noir, compacte et renferme de très-petits grains de péridot visibles seulement à la loupe.

Parmi les fragments charriés par la rivière ou éboulés des parties supérieures, on trouve des tufs incrustants, ainsi qu'une brèche k éléments de basalte cimentés par du carbonate de chaux cristallisé.

Sur le même rivage de la mer Morte et près de son extrémité septentrionale, un peu au nord du débouché du waddy Ghuwier, se trouve une coulée de lave qui s'avance jusqu'à la mer et disparaît sous ses eaux. Cette coulée descend en serpentant d'une monttigne qui m'a été indiquée par le scheikh Gablan sous le nom de Mergab es Suweimeh. Elle est formée de basalte noirâtre, peu scoriacé, dont les vacuoles sont tapissées de carbonate de chaux et dans lequel on distingue, à la loupe, des cristaux de pyroxène. Ce basalte est, en d'autres points, très-scoriacé et cellulaire.

Un peu au nord de ce point, se trouve une autre branche de la coulée qui disparaît également dans la mer Morte. Elle se compose d'un basalte noirâtre légèrement scoriacé avec quelques cristaux jaunes de péridot et des cristaux noirâtres de pyroxène.

92 LOUIS LARTBT.

Sur les bords et au-dessous de cette lave, se montre un calcaire concrétionné jaune et rouge, très-dur, qui renferme en certains points des fragments de basalte et passe à l'état de brèche.

Galilée. — Au nord de la mer Morte, on ne rencontre plus d'éruptions volcaniques et il faut arriver dans les environs du lac Tibériade pour retrouver les roches ignées. Nous avons déjà parlé, au commencement de ce chapitre, des coulées que Ton observe à louest de ce lac. Nous ajouterons maintenant quelques détails à ce que nous avons déjà dit, afin d'en rapprocher la description de celle des roches semblables et voisines du Jaulan .

Le point le plus méridional où nous ayons observé des basaltes entre la Méditerranée et la vallée du Jourdain, se trouve dans la plaine d'Easdrealon, près de Zerin (Jisreel). Cette plaine est formée par un sol gras parsemé de débris basaltiques qui abondent particulièrement à el Fuleh.

Des coulées basaltiques existent, près de là, sur les flancs occidentaux et septentrionaux du jebel Duhy (petit Hermon), à Duhy et au Tell el Ajul.

La plaine d'Ard el Hamma est également couverte de débris basaltiques; enfin une coulée qui semble partir de Kurn Hattin , à l'ouest de Tubarieh (Tibériade), vient atteindre les bords du lac du même nom, près de cette ville. Le basalte qui la constitue est péridotique et renferme, d'après Russegger,dans ses vacuoles des cristaux de zéolites et notamment de mésotype. Le docteur Anderson en a donné l'analyse suivante :

silice 38,41

Alumine 14,62

Fer oxydé 23,15

Carbonate de chaux 12,70

Magnésie 7,01

Alcalis 3,42

Au nord-ouest de Tibériade, à Cabul, nous avons trouvé un pointement de basalte qui se présente, en ce point, dans des conditions anormales et qu'on est assez étonné de rencontrer en- Ci) on. report, p, 199.

chassé dans les calcaires crétacés. Ce basalte de Cabul est d'une couleur gris de fer assez foncée avec de rares et petites vacuoles remplies de carbonate de chaux et des grains nombreux de péridot roussâtre, visibles à la loupe.

Directement au nord de Tibériade, se trouve le massif volcanique du Safed signalé, par Burkhardt, comme basaltique, et que Russegger regarde comme le centre des éruptions de cette région. Des coulées étendues se sont répandues au sud de ce point dans la direction du lac, tandis qu'au nord-ouest le docteur Robinson aurait découvert à el Jish un véritable cratère.

Telles sont les principales manifestations de l'activité volcanique que l'on observe à l'ouest du lac Tibériade et du Jourdain.

A l'est de ce lac et de ce cours d'eau, ces phénomènes ont pris une importance beaucoup plus considérable.

Lorsque du haut des montagnes calcaires d'Adjloun, on regarde vers le nord, on voit s'étendre devant soi de vastes nappes de basalte interrompues cà et là par de petites éminences coniques. Ces plateaux noirâtres du Jaulan viennent se terminer brusquement au pied de l'Anti-Liban, et THermon est comme un cap avancé contre lequel sont venus se briser ces flots basaltiques. A droite s'étend une plaine immense d'où surgit, comme une tle, le sombre et imposant massif volcanique du Hauran.

Près d'Irbid, nous avons pu reconnaître la nature des plaines étendues qui entourent ces montagnes; c'est une terre brune et grasse, parsemée de cfébris basaltiques. Ces plaines élevées, ou pour mieux dire ces plateaux, sont sépjirés du Jourdain par des coteaux calcaires que surmontent en beaucoup de points des coulées, tandis que les plus modernes de ces dernières ont suivi le lit des torrents actuels. L'une de celles-ci occupe le fond de la vallée du Scheriat el Mandhur (Nahr Yarmuk) qui va se jeter dans le Jourdain un peu au-dessous du lac Tibériade. D'autres coulées se trouvent à mi-coteau, entre Um Keis (Gadara) et le Nahr Yarmuk.

Les ruines de Gadara renferment de nombreux et gros blocs de basalte que l'on a utilisés dans l'architecture de cette ville, notamment pour les tombeaux. On en a fait des autels votifs, des

9tl LOVIS LABTBT.

sarcophages, des linteaux de porte, des colonnes, le tout sculpté avec soin; mais c'est surtout dans la curieuse nécropole do cotte ancienne cité, véritable ville des morts située à cAté de celle des vivants, que l'on a prodigué le basalte. On a môme travaillé cette roche en forme de portes massives tournant sur des gonds sculptés dans la roche et servant à fermer rentrée des caveaux funéraires.

Ce basalte, qui a également servi à paver une voie romaine conduisant à Gadara, est une lave grise, vacuolaire, avec des grains rougeâtres de péridot altéré.

Toute la rive orientale du lac de Tibériado est couverte de débris basaltiques et plusieurs coulées descendent jusque sous les eaux du lac, comme aux débouchés du waddy Sik et du waddy Semak, par exemple. Près de ce dernier waddy, la coulée est formée de basalte gris avec grains rougeâtres de péridot altéré. Cette roche est criblée de vacuoles que le carbonate de chaux tapisse.

Jaulan et Anti-Liban. — Les basaltes continuent à se montrer jusciu a lextrémité septentrionale du lac où le Jourdain se trouve étroitement encaissé au milieu des épancbements basaltiques qui s'étendent au loin vers l'est. Ces coulées couvrent tout le Jaulan et semblent provenir de la petite chaîne volcanique du jebel Hisch, avant-garde des c-ônes plus nombreux et plus importants du Hauran. Du lac Tibériade à Baniiis, au pied de l'Anti-Liban, on marche deux jours entiers sur ce^ coulées. Ali-Bey les traversa, en 1807, et il décrit ce pays comme étant une région d'un aspect infernal. Il est certain que les scories et les blocs de laves, parfois entassés les uns sur les autres, donnent un caractère étrange et fiintastique à cette contrée et y rendent la marche du voyiigeur très-pénible. Il semble impossible que ces plateaux rocailleux, nus et formés d'une pierre aussi dure que la fonte^ puissent nourrir des habitants. Nous y avons cependant traversé un petit campement d'Arabes d'Abd-el-Kader qu'on a relégués, eux et leurs maigres troupeaux, dans ces régions stériles et ingrates.

Le basalte du Jaulan est rarement scoriacé et généralement

assez compacte, d'une couleur noirâtre tirant sur le bleu et parsemé de nombreux cristaux de péridot d'un jaune clair.

A Banias, une coulée descend dans la vallée, contourne le pied du jebel es Scheikli et s'étale dans la plaine d'Ârd el Huleh on laissiint échapper des masses d'eau souterraines qui se frayent uo chemin sous elle et vont sortir à Banias et à Tell el Kadi où elles sont connues sous le nom de sources du Jourdain (1). Le

- Vue de la coulée de laie de Buiias et dei gourci

qui émergent au pied de l'Anli-Liban.

r. Caluiru ■ Collfrlia biamlaïa. | b. BsiaJ

dite! du Jourdun

basalte de cette coulée est d'un gris de fer très-foncé, presque noir, compacte, et parsemé de cristaux de péridot jaune clair.

En remontant le Nahr Hasbany jusqu'aux véritables sources du Jourdain, on retrouve encore de petites éruptions basaltiques le long de la chaîne de l'Anli-Liban. Ces roches basaltiques se montrent notamment à Kurwaah, entre KhiemetMariyeh,àHasbeya et à Rasheya et sont sensiblement alignées comme les deux chaînes qui les comprennent.

Le basalte de Khiem est composé d'une pâte noirâtre remplie de petites facettes crlstîillines et renfermant des cristaux noirs de pyroxène ainsi que des grains jaunâtres de péridot.

Haitran. — Quelque important que soit le rôle des phéno-

(]) Danviile prétend (Géogra/iliii^ miciennf ahrégéf, p. tOi) que les ob^ti Jetts dans I* bc Phiala (lituË au milieu des couléei du Jaulan et qui paraît Itre ua anden cratère) reparaiME'nt à Baniai, aux sourcea appareatei du Jourdain. Bien que celte uierlioD mériUtd'ttre Térillée. il a'; aurait rien d'étonnant dam ce fait, el lei eaux du lac Phiala panmienl Taire un trajet beaucoup plui long encore mu» la laTe.

Danviile a cité, uns doule, ce fait d'après l'historien Josèpbe. qui prétend que si l'on jette une paille dan» le lac Pblala, elle reparaît à Bania».

96 I.OVt« LARTST.

mènes volcaniques clans le Jaulan, c'est dans le Hauran qu'ils ont atteint leur plus grand développement. I^s laves couvrent une contrée qui n'a pas moins d'un degré de long sur un degré de large et forment, au sud-est de Damas, des montagnes élevées que Josèphe désigne sous le nom de « li^ripow of^og » la monta- (jiie de fer, et qu'il dit s'étendre du lac de Génésareth à la terre des Moahites. On ne voit, dans cette contrée, que cônes et cratères et d'immenses coulées volcaniques recouvertes, en partie, d'un terreau gras que perce à chaque instant le basalte.

M. Wettstein, consul de Prusse k Damas, et M. Guillaume Rey, notre compatriote, ont donné des cartes détaillées de ces régions, et il est facile, à leur simple inspection, d'y reconnaître les alignements de nombreux cônes volcaniques et les vastes coulées qui en sont sorties.

MM. de VogiJé et Waddington ont également parcouru cette contrée, ainsi que le Safa, autre district volcanique, situé au nord-est du Hauran. C'est, en grande partie, aux obligeantes communications de >DI. de Vogiié et Rey que nous devons de pouvoir parler de ces massifs basaltiques que nous n'avons pu qu'apercevoir de loin.

Au nord-est du Hauran proprement dit, s'étale un vaste et bas plateau ayant la forme d'un triangle dont un des sommets touche à cette montagne, tandis (jue la base s'aligne parallèlement à la chaîne de l' Anti-Liban. Ce plateau, qu'on appelle le Leja ou Ledja, est une vaste nappe de basiilte qui paraît avoir été vomie par quatre cônes volcaniques, alignés du sud-ouest au nord-est et serrés les uns près des autres au sommet du triangle dont nous venons de parler.

On ne peut mieux faire pour donner une idée de cette coulée que de citer l'excdlente description qu'en ont donnée MM. Rey et Deblet :

« Arrivés sur ce plateau, dit M. Rey (1), nous nous trouvons » au milieu d'un labyrinthe de coulées de lave laissant entre elles » des espaces creux et profonds où la terre apparaît, quoique

(1) Voyage dam le Haouran, 1857-58^ p. 55.

» couverte de débris volcaniques. On dirait une immense mosaï- » que couverte d'arabesques en relief, et c'est à peine si les laves » solidifiées des environs de Cataue peuvent en donner une idée.»

Et plus loin (1) : « Rien ne peut donner une idée des formes » fantastiques qu'ont prises les torrents de laves en se solidifiant, » que Taspect des vagues soulevées par une violente tempête ou r bien encore de gigantesques écailles de tortues k demi bri- D sées »

Cette lave affecte, en d'autres points , Taspect de multitudes de petits cônes ouverts à leur sommet et doit ressembler à la coulée du Jorullo, décrite et figurée par Humboldt.

«Dans son ensemble, dit le docteur Delbet (2), la physionomie » du Ledja rappelle un peu celle d un vase d'eau de savon dans » lequel on se serait amusé à souffler des bulles; ici, ces bulles » sont en laves. Quelques-unes sont bien véritablement creuses. » Nulle part il n'y a de cône de basalte parfaitement fermé. »

Les quatre cônes latéraux d'où paraît provenir cette coulée , qui doit être l'une des plus récentes du Hauran, sont, du nord au sud : le Tell Schihan, le Tell Garrarat el Kebir, le Tell Djemal et le Tell Garrarat el Kiblije.

Le Tell Garrarat el Kebir est un véritable Puy, semblable à ceux d'Auvergne, avec un cratère béant qui est plein de scories rougeâtres.

Le Tell Djemal, couvert également de scories rouges et noirâtres, a un cratère ouvert au nord-nord-ouest par lequel semblent avoir été vomies ses déjections, dans la direction du Ledja. On a, d'ailleurs, reconnu dans ce Tell les traces de trois cratères successifs.

M. Rey pense que la coulée du Ledja provient de ces quatre cônes volcaniques, et tout semble confirmer cette hypothèse.

M. Wettstein a bien, il est vrai, indiqué sur sa carte un « çros courant de lave » parti du Kleib, le plus haut sommet du Hauran, et se dirigeant en droite ligne vers le Ledja. Mais le Ledja n'est

(1) Loc.cit,, p. 63.

(2) Cité par M. Rey, hc, cii.^ p. 116.

Ami. se. QÉOU I. — 7

98 M>UM LARTBV.

pas la seule coulée qui se soit étalée sur ces plaines ; il en est de plus anciennes que recouvrent aujourd'hui Thumus et le terreau, et le courant de lave du Kleib peut d'autant mieux se rapporter à Tune de cesanciennes coulées qu'il est difficile, à tous les points de vue, de séparer celle du Ledja des quatre cônes qui en occupent Textrémité et qui ont dû suffire à la produire.

La partie haute et centrale du tiauran est munie d'un certain nombre de cônes et de cratères dont les plus importants sont le Kleib, TAbu Tumès et le Guwelil.

Le Kleib a un cratère ouvert au nord et encombré de scories. Quant à TAbu Tumès, le basalte qui le constitue est remarquable par ses propriétés magnétiques. Il diffère d'ailleurs d'aspect avec celui de laMoabitide et celui du Jaulan. Plus compacte, il est d'un gris bleuâtre taché de zones violacées et chargé de nombreux grains de péridot. On y distingue, à la loupe, beaucoup de cristaux de feldspath blanc vitreux, et chaque morceau de ce basalte constitue une sorte d'aimant naturel, muni de ses deux pôles, propriété qu'il doit sans doute à une forte proportion de fer oxydulé titanifère répandue dans sa masse.

Le même basalte forme également le Tell Hod, au sud-ouest du précédent.

D'autres échantillons de basalte noir, bleuâtre, compacte, avec péridot, et attirant fortement Taiguille aimantée, ont aussi été recueillis par M. Rey, près de Hit, à la pointe septentrionale du Hauran.

A l'orient, ce massif est également flanqué d'une série de cônes volcaniques. On en trouve en outre un certain nombre, au nord et au sud de cette montiigne.

Au nord-est du Hauran, la carte de M. Wettstein indique un nouveau massif volcanique proscpie aussi considérable, et la topographie de ces régions suftiniit à elle seule [)our en établir le caractère volcanique.

On siiit en effet, aujourd hui, que le DinH el Tulul et le Safa sont couverts de cônes et de coulées dont quelques-unes, d'une étendue innnense, S(^ prolongent, d'après M. de Vogïié, fort loin à Test, dans le dési*rt de Svrie.

Il y a, dans le Safa, un grand cratère, dont le plan et la vue ont été pris par M. de Vogué, et qui contient à son intérieur trois petits cônes plus récents, rangés suivant un de ses diamètres.

Les échantillons de roches rapportés par le savant archéologue sont des basaltes compactes, d'un noir bleuâtre, avec grains jaunes de péridot et des laves doléritiques, grises, trè&-pauvres ^n péridot.

Ces roches sont sans influence sur Taiguille aimantée et ressemblent, sous ce rapport comme sous quelques autres, beaucoup plus aux basaltes du Jaulan qu'à ceux du Hauran.

On voit, par ce que nous venons de dire, que dans ce dernier massif, comme aux environs du lac Tibériade et de la mer Morte, il doit y avoir eu plusieurs époques distinctes d'éruptions séparées par d'assez grands intervalles de temps. C'est dans ces intervalles qu'ont été creusées les vallées actuelles et que s'est formé le terreau qui recouvre les anciennes coulées.

Les laves les plus modernes, comme celles du Ledja et du Jaulan, et celles qui suivent le fond des vallées, dans les environs du lac Tibériade et de la mer Morte, sont dues à des phénomènes volcaniques dont l'homme a peut-être été le témoin . Nous avons vu, en eflFet, que de nos jours, il s'est produit dans ces régions des manifestations de l'activité interne du globe, dont les nombreuses sources thermales et les fréquents tremblements de terre que l'on y observe prouvent la permanence. Le jebel Teir a fait éruption au milieu de la mer Rouge, à des époques très-récentes, ainsi que le volcan d'Edd, sur la côte d'Abyssinie. Les auteurs grecs donnent pour cause à l'émigration des Phéniciens des bords de la mer Erythrée (mer Rouge), qu'ils habitaient avant qu'ils ne soient venus fonder Sidon, le bouleversement de leur pays par suite d'éruptions volcaniques. Ënfiu, Burkhardt a recueilli, dans un livre arabe, au Caire, le récit d'une éruption volcanique qui a eu lieu dans l'Hedjaz, vers le milieu du xni' siècle, et a menacé de détruire la ville de Médine.

Voici ce document qui est d'un haut intérêt, surtout en raison du voisinage de Médine, avec les districts volcaniques que nous venons de passer en revue :

100 LOUIS LARTRT.

« Le l*' du mois de Djomat el Akhir de Tan 63ft. A. H., ou » ressentit dans la ville (Médine) un léger tremblement de terre; » le 3, une secousse plus forte se fit sentir pendant le jour. Vers » deux heures de la nuit suivante, des secousses violentes et ré- » pétées réveillèrent les habitants; elles augmentèrent de force » pendant la matinée et continuellement, par intervalles, jus- » qu'au 6 du mois. Beaucoup de maisons et de murs s'écrou- » lèrent.

» Le vendredi matin, un bruit épouvantable se fit entendre et D vers midi le feu fit éruption. Dans Tendroit où il sortit de terre, » il s'éleva d'abord une fumée qui obscurcit complètement le » ciel. Vers la fin du jour, les flammes furent visibles à l'est de » la ville. C'était une masse de feu d'un volume immense qui » off'rait l'apparence d'une grande ville avec ses murs crénelés » et des minarets montant vers le ciel ; il sortit, de cette flamme, » un torrent de feu rouge et bleu accompagné de roulements de » tonnerre. Les vagues enflammées roulaient de\^nt elles des » rochers entiers et, plus loin, les entassaient en monceaux très- » hauts. Le torrent s'approchait de la ville quand la Pro\idence » envoya un vent frais qui arrêta la marche de ce côté. Toute la » population de Médine passa la nuit dans la grande mosquée.

» La réverbération du feu changea les ténèbres en jour. Le » torrent de feu se dirigea au nord et se termina au jebel Ouaïra, » montagne située dans le waddy el Schaltat, qui est un peu à » lorient du jebel Ohod (à 2 milles et demi de Médine). Pen- » dant cinq jours, la flamme ne cessa de s'élever ni le torrent » de brûler pendant trois mois. La chaleur empêchait le monde » d'en approcher. Il détruisit tous les rochers, mais comme c'é- » tait le territoire sacré de Médine où le prophète avait ordonné » çu aucun arbre ne fut coupé dans un certain espace^ il épargna » tous les arbres qu'il rencontra dans son cours (1).

D La longueur entière de ce torrent fut de quatre farsakh

(1) On suit que ce phénomèno arrive souvent dans les éruptions volcaniques. M. Fou» que Vu récemment encore constaté au Vésuve, et il l'explique par l'état sphéroïdal que prendrait l'eau u la surracc de ces arbres, ce qui les protégerait contre la haute température de la lave.

» (12 milles); sa largeur de un farsakh et quart (fi, milles); son » épaisseur de 8 à 9 pieds. La vallée du Schaltat fut compléte- » ment obstruée et la partie où cet encombrement existe encore » a reçu le nom de el Sched. - \

» La flamme fut aperçue à Yambo et à la Mecque. Un AraUe » de Teïna (petite ville du désert, à six ou huit jours de marche » au nord-est de Médinc) écrivit, pendant la nuit, une lettre à la » lueur que la flamme produisait à cette distance. »

On voit encore, k Médine, remplacement de cette coulée qui a dû être précédée, du reste, par d'autres plus anciennes, comme le prouve la nature volcanique du sol de cette région (1).

Ce récit ne laisse, d'ailleurs, aucun doute sur la nature du phénomène et montre que, dans cette région septentrionale de l'Arabie, les éruptions se sont continuées jusqu'à nos jours.

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