DEUXIÈME PARTIE
TRAVAUX ANTÉRIEURS. COMPARAISON DE l'iNFRALIAS DANS LES
DEUX BASSINS DE LA DURANCE ET DE LA MÉDITERRANÉE. — RÉSUL- TATS STRATIGRAPHIQUES ET PALÉONTOLOGIQUES NOUVEAUX. — RAPPORTS DE l'iNFRALLVS AVEC LES TERRAINS ENTRE LESQUELS IL EST COMPRIS. — CONCLUSIONS GÉNÉRALES SUR l'iNFRALIAS DANS LE SUD-EST DE LA FRANCE.
Parmi les géologues qui se sont occupés avant nous de la Provence, deux seulement; M. Hébert et M. Coquand, ont parlé de rinfralias.
Tout le monde sait que Texistence de la zone à Av. conforta, et par suite de l'infralias, a été signalée en Provence par M. Hébert (1). C'est sous l'influence de cette grande découverte que se sont effectués les travaux exécutés depuis lors sur cet horizon dans le sud et le sud-est de la France.
La découverte de M. Hébert date de 1862. Deux ans après, M. Coquand retendit jusqu'au bord de la Méditerranée.
Dans son mémoire (2), M. Coquand ne partagea pas en plusieurs points Topinion de M. Hébert. Nous devons insister brièvement sur les deux suivants, les seuls (jui se rattachent directement à notre travail actuel :
l** Place relative des dépôts de cargnieules.
2'' Lias inférieur dans le bassin de la Méditerranée.
Cargnieules. — M. Hébert avait admis que les cargnieiiles occupaient toujours le môme niveau, celui des marnes irisées. M. Coquand voulait qu'elles occupassent deux horizons distincts, qu'elles fussent triasiques dans les environs de Digne, et appartinssent au lias inférieur dans le bassin de la Méditerranée.
Nous avons démontré (3), par la découverte de la zone à
(1) Bail, de la Soc. gcol., t. XIX, p. 100
(2) Ifnd., t. XX, p. 426.
(3) lùid., l. XXni, p. 309
ZONE A AVICULA CONTORTA KT INFBALIAS. a69
Av. conforta au-dessus des carjçnieules dans le lieu même pris pour type par M. Coquand, que les cargnieules étaient sur le même horizon dans tonte l'étendue de la Provence. Nous ajouterons que, depuis lors, toutes nos observations n'ont fait que confirmer, de la manière la plus rigoureuse, les conclusions que nous venons de rappeler.
Caluirei m
BTec Àvicula cycnipes.
Bri'che Irèe-grosiière h la base El ne montrant rucun Tossile.
S ^ 1 Calcsirn et lehiBles i Gryphiea u -S 1 ""<'"• Ammontlfs iSueklandi
Calcaires en gras bancs durs.
Ainmonitef ptnnurtis.
Calcaires ei
CoJcairea en t)ancs compauli
Calcaire! dalniiiilii|ucl.
CalcairEB grU tt schistes.
> Calcflirea et schisles à Av. miiloi
Lias inférieur. — M. Hébert avait pensé que le lias inférieur le se rencontrait pas dans le bassin de la Méditerranée.
M. Coquand, qui admet à priori qu'aucun étage ne manque en Provence, voyait le représentant sans fossiles du lias inférieur dans les cargnieules et les dolomies qui, partout dans la Provence méridionale, succèdent au muschelkalk.
L'introduction des cai^nieules dans le lias inférieur constituait une erreur complète, comme nous l'avons démontré. En est-il de même pour les dolomies ?
Puisque la série jurassique inférieure est complète aux environs de Digne, la première chose à faire est de lui comparer celle de la Provence méridionale. Le tableau de la page précédente renferme tous les éléments nécessaires à cette comparaison. Pour rétablir, nous prenons deux plans limites qui ne peuvent donner lieu à aucune contestation : celui de VAv. con-torta et celui de VOstrea cymbium.
La comparaison des deux séries précédentes prouve immédiatement, sans qu'il soit nécessaire d entrer dans aucun développement, que le bassin provençal de la Méditerranée ne montre ni représentant, ni équivalent du lias inférieur.
COMPARAISON DE L INFRALIAS DANS LES DEUX BASSINS DE LA DUR ANGE ET DE LA MÉDITERRANÉE.
Fixons d'abord un point très-important.
Dans le biissin du nord et dans tout(»s les régions où la série est complète, il existe, i^ntre les dernières assises renfermant \Av. contorta et les dépMs dans lesquels on rencontre les premières traces de VAmm, planorbis ou do la faune qui la caractérise, il existe, disons-nous, u\\ enscMiible de dépôts puissants qui ne montrent ni Av, contorta^ ni Atnm, planorbis. Il est évident, dès lors, que si l'on fait usage des expressions zone à Av, cofHorla, zone à Amm. planorbis, il faudra désiîj^ner d'une façon (juelconque les dépôts intermédiaires.
Sans vouloir créer un nom univoque, nous désii^jnerons Tenseml)le des dépôts dont il s'agit par Texpression de zone supérieure à FAv. conforta.
ZONE A AVICULA CONTORTA BT INFRALUS. 471
ZONB A AVICULA CONTORTA.
Stratigraphie. — Le tableau (page 469) montre immédiatement que dans le bassin de la Durance et dans le bassin de la Méditerranée, il existe une correspondance parfaite entre les deux zones à Av. contorta. La nature des sédiments, la constitution lithologique des dépôts, la disposition relative des assises, etc., etc., sont absolument identiques dans les deux bassins.
Paléontologie. — Dans le sud et dans le nord de la Provence, les mêmes espèces, avec un faciès semblable, accompagnent toujours \Av. contorta.
ZONE SUPÉRIEURE A l' AVICULA CONTORTA.
Stratigraphie. — Dans les deux bassins, la nature des sédiments, la constitution des assises, la puissance de l'ensemble, etc., présentent partout Tanalogie la plus complète. Quand on observe cette division dans les Basses-Alpes ou dans le sud du Var, on reconnaît immédiatement qu'on se trouve en présence des sédiments d'une même mer.
Paléontologie. — En dehors de la zone à Av. contorta, on n'a jamais, avant nous, rencontré, de fossiles dans Tinfralias de la Provence méridionale. Pendant longtemps nous avons parcouru et examiné les roches de cet étage sans plus de succès que nos prédécesseurs; mais, comme il était infiniment peu probable que dans ces masses d'assises, mesurant parfois plus de 60 mètres, il n'existât aucun fossile, nous ne perdions pas l'espérance d'arriver à un résultat positif . Seulement, après plusieurs années de recherches absolument infructueuses, il nous sembla établi qu'il ne devait pas exister dans ces assises de fossiles ofirant une dimension un peu considérable. Nous entreprîmes alors, la loupe constamment à la main, l'étude de l'infralias, et marquant soigneusement le point où nous nous arrêtions le soir pour reprendre
&72 BIKIXAFAIT.
là les observations le lendemain, nous remontâmes la série jusqu'aux bancs à Osirea cymbium.
Cette fois, des fossiles apparurent même à plusieurs niveaux, et, ce qui était surtout capital, ces fossiles avaient une signification précise.
Le niveau principal^ celui qui nous a fourni les fossiles cités plus bas, n'a pas un centimètre d'épaisseur. Use trouve vers le milieu de la division moyenne (dolomies siliceuses) de l'infralias.
Comme la détermination des fossiles dont il s'agit avait, pour la solution de la question qui nous occupe, une importance du premier ordre, nous avons voulu que ces nouveaux documents apportés à la discussion prissent place dans la science avec toute la valeur qu'ils comportaient. Nous avons, dans ce but, adressé à notre savant confrère M. Martin un nombre suffisant de nos échantillons, en le priant de vouloir bien les examiner. Ce savant géologue nous a adressé, à ce sujet, une note que nous transcrivons ici, en remerciant notre savant confrère d'avoir bien voulu, dans cette question délicate, nous prêter le secours de ses lumières et lappui de son opinion si autorisée.
« Dijon, 13 mai 1868.
» Les petits fossiles contenus dans les roches (jue vous m'avez envoyées appartiennent très-certainement ii la zone à Av. contorta. J'y ai reconnu trois ou quatre jeunes individus du Myophoria inflata, un joli échantillon du Cardita austriaca, un autre un peu incomplet du Myophoria Emmerichi; de nombreuses petites Gervillies, qui ne sont très-probablement que de jeunes spécimens du Gervillia prœcursor; un Monotis decvssata ; enfin de trèsnombreuses petites coquilles que Stoppani a classées parmi les Nucules, et qui appartiennent probablement à plusieui*s genres. (Voyez sa planche 30, fig. Il, 19, 20, 21, 30, etc.) Nous avons ici des plaques gréseuses tout à fîiit analogues et couvertes, comme les vôtres, d'innombrables fossiles ; seulement ils sont beaucoup plus gros, quoique appartenant aux mêmes espèces.
» Je possède également des échantillons anglais qui ont la plus
ZONE A AVICULA CONTOHTÀ ET INFRALIAS. 473
grande ressemblance avec les vôtres. C'est ce que, dans ce pays, les géologues appellent le Monotis bea.
» Tenez donc pour certain, monsieur et cher confrère, que les assises qui contiennent ces fossiles appartiennent encore à la zone à Av. contorta^ ainsi que je vous le disais tout à Theure.
» n reste donc parfaitement établi que les dolomies supérieures aux calcaires marneux renfermant \Av. contorta, non-seulement n'appartiennent pas au lias inférieur, mais sont plus anciennes que rhorizon de VAmm. planorbis. »
Les données précises de la stratigraphie ne permettaient pas, comme le montre le tableau page i69, d'arriver à une autre conclusion ; mais les petits et si nombreux fossiles que nous avons découverts n'en ont pas moins une très-grande importance, en ce sens que leur présence au sein des dépôts dolomitiques confirme de la manière la plus complète les conclusions de la stratigraphie pure.
ZONE A AMMONITES PLANORBIS.
M. Hébert n'a pas signalé, dans les Basses-Alpes, la présence de la zone à Amm. planorbis^ mais elle y existe très-développée, et renferme, outre VAmm. planorbis, un grand nombre de fossiles appartenant à cet horizon. Or, bien que nous n'ayons pas rencontré VAmm. planorbis dans les lieux mômes explorés par M. Hébert, nous croyons que ce niveau correspond, dans la coupe du savant professeur, à la base des calcaires compactes faisant saillie (1), qui, aux environs de Digne, supportent les assises à Amm. angulatus.
Stratigraphie. — Au point de vue lithologique et slratigraphique, cette division se rattache complètement au système infraliasique.
Paléontologie. — Dans le bassin de la Durance, la faune, très-développée, montre d'abord fréquemment XAmm. piano rbis
(1) N« 11, de la coupe de M. Hébert (Bull., U XIX, p. 107).
&7& BIEULAFAIT.
elle-même, et ensuite les types les mieux caractérisés rencontrés à ce niveau dans Test de la France (>IM. Terquem et Piette), dans la Bourgc^e (M. Martin], dans le Lyonnais, TÂrdèche, le Gard, etc. (M. Dumortier).
Dans le bassin de la Méditerranée il en est tout autrement.
La correspondance stmtigraphique mise en évidence par notre tableau général (page 469), indique bien que cette zone doit exister dans le sud de la Provence; mais nous sommes obligé de reconnaître que, dans le bassin méditerranéen, il nous a été jusquïci impossible de constater l'existence de VAnwi. planorbis.
ZONE A AMMONITES ANGULATUS.
Stratigraphie. — Par Tensemble de ses caractères stratigraphiques généraux, la zone à Amm. angulatus^ dans le bassin de la Durance, se rattache encore de la manière la plus complète, comme la précédente, au système infraliasique. D'un autre côté, sîi composition toujours magnésienne, la grande compacité de ses bancs, etc., ne permettent pas de la rapprocher des assises minces, calcaires et marneuses par lesquelles débute le lias inférieur.
La comparaison stratigraphique (pîige 469) n'établit plus Texistence de la zone \\ Amm, angidatiis dans le bassin de la Méditerranée; elle conduit même plutôt a y faire supposer son absence.
Paléontologie. — Dans le bassin de la Durance, la zone est parfait(»ni(Mit caractérisée, comme l'a montré M. Hébert. Nous ajouterons que dans tout le centre et le midi des lîasses-Alpes, où nous avons rencontré Tinfralias facilement observable, nous avons nîtrouvé la faune» de VArnin. angulaius ini niveau indiqué par M. Hélicrt dans les environs de Digne.
ZONE A AVICULA CONTORTA ET INFRALIAS. 475
RAPPORTS DE L'INFRALIAS