AVEC LES TERRAINS ENTRE LESQUELS IL EST COMPRIS
Bapportd avec le trias.
Stratigraphie. — Nous avons établi, dans Tintroduction de ce travail, que le trias., dans le sud-est de la France, était généralement terminé par des amas de cargnieules recouvertes, dans certains cas très-rares, par quelques faibles représentants des véritables marnes irisées, et nous avons été amené à conclure que, dans dans le sud-est de la France, la division supérieure du trias, ou manquait complètement, comme Tavait admis M. Élie de Beaumont, ou était seulement représentée par ses dépôts les plus inférieurs.
La comparaison des sédiments les plus anciens de la zone à Av. contorta avec ceux sur lesquels elle repose immédiatement prouve que les conditions qui ont présidé à la formation de ces deux séries de dépôts étaient non-seulement très-différentes, mais absolument incompatibles. En effet, au point de vue chimique aussi bien qu'au point de vue mécanique, il est impossible de considérer comme la continuation l'une de l'autre, les deux séries sédimentaires dont nous nous occupons. La prédominance de Télément magnésien, Tabsence de stratification, la constitution éminemment caverneuse, etc., de la division inférieure en exclut toute espèce d'analogie, comme origine, avec les dépôts presque cx)mplétenient calcaires, merveilleusement stratifiés, d'une continuité parfiiite, etc., qui caractérisent dès la partie la plus basse la zone kAv. contorta.
Paléontologie. — Nous n'avons pas, en Provence, rencontré de fossiles dans la partie supérieure du trias. Il n'y a donc pas lieu dVîtablir de comparaison, à ce point de vue, entre l'infralias et le trias du sud-est de la France ; mais nous ne doutons pas que si l'on venait à en découvrir, leur signification ne fût eu concor-
&76 MErL.%PAIT.
dance complète avec les résultats si précis de la stratigraphie dont nous venons de rappeler les deux principaux points, résultats que nous formulons de la façon suivante :
Linfralias est^ en Provetice^ isolé du trias de la manière la plus absolue.
■apports avee le lias.
Stratiffrop/iie. — Nous avons vu que dans le bassin de la Méditerranée, on ne rencontre déjà plus nx Amm. planer his^ ni Amm. angulatus. Cependant la comparaison stratigrapbique dans les deux bassins nous a conduit à penser que la zone à Am. planorbis^ au moins, existait dans le midi de la Provence. Mais si des doutes nous restent sur ce point, il n'en est plus de même pour le lias inférieur. Tout nous porte à croire qu'il manque dans le bassin de la Méditerranée. Les rapports stratigraphiques dans les deux bassins seraient suffisants, comme nous lavons vu, pour justifier ces conclusions, mais elles reçoivent des faits suivants une confinnation toute nouvelle.
V II existe en Provence plusieurs grandes directions qui montrent Finfralias et la zone à Av. contorta |)arfaitement visibles. Il en est une qui, piir sa constance, son étendue, la facilité qu'elle offre à l'observation, etc., mérite le premier rang. C'est celle que nous avons suivie tout d'al>ord dans notre description générale.
Elle p<irt du golfe des Lecques, à Textréniité la plus occidentale du département du Var, laisse Toulon au sud, passe par Cuers, Lorgnes, Draguignan, Bai^emont, Grassi?, atteint la rivière du Var et remonte ensuite vers le nord. Or, en m^ligeant tous les accidents que nos croupes représentent en détail, nos recherches nous ont montré que la zone à Av. contorta^ commençant au niveau de la mer, au golfe des U^cques, s'élève coustaniment à mesure qu'on marche vei^s le nord-est jusqu'au village de Oibris (à 4 kilomètres à l'ouest de Grasse), où elle atteint son point culminant (800 mètres).
A partir de ('abris, elle descend . rapidement et atteint
ZOPTÉ A AVICULÀ CONTOUtA ET IimtALtAS. 477
350 mètres aux environs de Grasse ; 150 mètres seulement au pont du Loup, là où cette rivière débouche dans la vallée de le Bar. Elle se relève immédiatement, et, après avoir éprouvé une interruption subite causée par une rupture, elle reparaît en approchant de Tourette, et se montre très -développée près de Vence, à une altitude de 300 mètres.
Si maintenant, à partir du golfe des Lecques, on mène des coupes perpendiculaires à la grande direction que nous venons d'indiquer, on constatera la disparition du lias moyen, du lias supérieur, de Toolite inférieure (moins la zone à Lima heteromoiyha) A\x fuller' s earth ^ à mesure que du Rhône on s'avance vers les Alpes.
Le fait général que nous signalons ici n'avait pas échappé à M. Élie de Beaumont. La Carte géologique de France nous montre, en effet, le lias très-développé dans la partie ouest du Var, allant en diminuant se terminer à Besse, pour ne plus reparaître entre ce village et la frontière d'Italie. Dans la partie où il est figuré, le lias du département du Var devra subir une réduction considérable, mais la direction est très-exacte ; seulement, au lieu de s'arrêter k Besse, il s'avance encore vers l'est d'environ 15 kilomètres, et vient expirer au petit promontoire qui se dresse à l'ouest du Cannet du Luc.
En examinant, à l'aide de nos coupes générales, quelles sont la puissance et la constitution de l'infralias, on ne constate, du Rhône aux Alpes, que des différences tout à fait secondaires.
L'ensemble de ces deux ordres de faits, complètement indépendants, nous conduit à cette conséquence, qu'un mouvement relatif très-considérable a eu lieu en Provence à la fin de l'infralias. Ce mouvement a eu pour résultat de repousser la mer dans la direction du nord-ouest, et de mettre à sec la Provence méridionale. Ainsi s'expliquent avec la plus grande facilité l'absence du lias inférieur dans l'ouest, et l'absence de la formation basique tout entière dans l'est du bassin provençal de la Méditerranée.
Dans le bassin de la Duranceles choses se passent tout autrement.
&78 DIEVLAFAIT.
La partie supérieure de l'infralias se modifie peu à peu; les calcaires deviennent de plus en plus marneux, et laissent bientôt apparaître de nombreuses Gryphées arquées accompagnées des Ammonites et des autres fossiles les plus caractéristiques de cet horizon . On comprend parfaitement que ce changement dans la constitution des dépôts correspond à un changement dans le régime des mers; mais il parait infiniment probable qu'il n'y a eu, dans toute cette région, aucun temps d'arrêt entre la fin de rinfralias et le commencement du lias inférieur.
Si, quittant momentanément la Provence, onexamine la base des terrains jurassiques du Languedoc, on constate un ensemble de faits nouveaux que nous avons récemment fait connaître (1), et Ton verra comment ils se relient avec ceux de la Provence.
Nous avons démontré l'existence des trois niveaux fossilifères de rinfralias dans l'Ardèche, la Lozère, l'Aveyron (î), le Gard et l'Hérault; nous avons établi que dans tout le grand massif compris entre Mende, Séverac, Saint-Rome, Lodève, Saint- Hippolyte du Gard et Florac, on ne rencontre ni Gryphées arquées, ni aucun des fossiles spéciaux à cet horizon. Dans cette partie du Languedoc, les dépôts compris entre la zone à Av. contorta^ et les bancs du lias moyen bien caractérisé par ses fossiles ordinaires, sont constitués par des calcaires blanchâtres siliceux, se débitant souvent en fragments polyédriques, présentant absolument le même aspect et le même faciès que ceux qui occupent le même niveau en Provence.
Nous arrivons donc, pour cette région, aux mêmes conclusions que pour la Provence méridionale, c'est-à-dire qu'il existe probablement dans le polygone limité plus haut, et sans doute bien au delà, une lacune correspondant au commencement du lias inférieur.
A l'est du plateau central, et notamment entre Aubenas et Alais, il en est tout autrement. Le lias à Gryphées arquées se montre très-développé, comme l'ont depuis longtemps établi les travaux de M. Hébert.
(1) BulL de la Soc. géoL, t. XXVI.
ZONE A AVICULA CONTORTA ET INFR ALIAS. 479
Voici œmment nous concevons qu'on puisse expliquer les faits précédents :
Pendant la période infraliasique, une mer largement développée entourait complètement le plateau central et couvrait la Provence. A la fin de cette période, un mouvement mit à sec toute la Provence méridionale et la partie sud et sud-ouest du plateau central, tandis que la mer jurassique continuait à exister et à déposer ses sédiments sur le versant oriental. Elle s'étendait à l'est jusqu'au delà de Castellane, et au nord-ouest jusqu'au delà de Sisteron; elle s'élevait, au nord, dans l'emplacement actuel de la vallée du Rhône et allait, comme l'attestent les dépôts infraliasiques de la Verpillière, de Saint-Quentin et du Lyonnais, se rattacher, d'un côté aux moîitagnes du Jura, de l'autre aux collines du Maçonnais, et, par suite, à celles de la Bourgogne. C'est beaucoup plus tard, à l'époque correspondant à l'apparition de l'O^/r^a cymÔ2wm, que la mer reprend son extension primitive et couvre de nouveau le Languedoc. Nous devons même spécialement rappeler ici, ce que nous avons établi précédemment, qu'à cette époque la portion méridionale de la Provence comprise entre le méridien de Lorgues (Var) et Nice resta complètement hors des eaux, et qu'elle fut seulement de nouveau submergée par la mer de l'oolite inférieure (zone à Lima heteromorpha) .
2° L'examen de la constitution de l'infralias nous a révélé un autre fait qu'il importe de mettre ici en évidence. On sait, comme nous l'avons établi, que l'infralias est formé dans le bassin méditerranéen de trois parties très-distinctes : deux divisions calcaires, l'une en haut, l'autre en bas, et au milieu une division constituée par des assises calcaires, magnésiennes et siliceuses. Dans une foule de cas, la division supérieure manque complètement : c'est ce qui a lieu notamment dans la coupe si importante du cap delà Cride. Parfois même la division moyenne est très-réduite. Or, comme les points où l'infralias est complet et ceux où il est incomplet sont trop nombreux et surtout trop rapprochés, pour qu'on puisse attribuer ces effets à la sédimentation de la mer de l'infralias, il faut bien admettre qu'il y a eu
&8Ô BiKtXAFAlT.
une dénudation plus ou moins complète de cet étage, et, par conséquent, une perturbation géologique considérable correspondant à la fin de Tinfralias. Nous dirons en outre que cette perturbation a dû avoir lieu avant le commencement des dépôts du lias inférieur; car, s'il en était autrement, il parait tout à fait impossible qu on ne retrouvât pas, dans la Provence méridionale, quelques traces de cet étage, surtout quand il existe d'énormes surfaces très-facilement observables.
L'ensemble des faits exposés dans les pages précédentes nous conduit à formuler sur les rapports de Tinfraliasavec les terrains qui les recouvrent la conclusion suivante :
Dans le sud de la Provence {et probablement dans le sud du Languedoc)^ l' in fr alias est complètement isolé ^ à la partie supérieure^ par t absence du lias inférieur^ et par V absence de la formation liasiçue tout etitière dans F est du bassin méridional de la Prove^ice.
CONCLUSIONS GÉNÉRALES RELATIVES A l'inFRALUS DANS LE SUD-EST