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TROISIÈME PARTIE

AFFINITÉS ET RAPPORTS GÉNÉRAUX DE l'iNFRALIAS DANS LES DIF- FÉRENTES PARTIES DE l'eUROPE. — RÉSUMÉ. — CONCLUSION DÉFINITIVE.

Les savants qui se sont occupés de la zone à Av. contorta et de rinfralias ont eu, pour se guider dans leurs recherches et justifier leurs conclusions, les trois éléments généraux qui servent aujourd'hui de base à la géologie : étude pétroyraphique ^ étude stratigraphigue, et étude paléontologigue des couches qu'il s'agissait de classer.

Nous allons passer brièvement en revue les résultats aujour-d'hui acquis à la science, se rapportant à ces trois ordres de faits.

Pétrographie. — En Angleterre, la zone à Av. contorta est constituée par des strates minces marno-calcaires, difiTérant sensiblement des marnes du keuper, mais qui se reproduisent avec les mêmes caractères au-dessus du lias blanc dans la zone à Amm. planorbis.

En Allemagne, nous voyons la zone à Av. contorta formée, dans le Hanovre, par des grès identiques avec ceux du trias, et qui se continuent, sans modification sensible, jusqu'au niveau de la Gryphée arquée. Dans le Wurtemberg, illustré par les travaux de Quenstedt, on voit, depuis le keuper jusqu'au lias moyen, un ensemble de couches alternantes formées de calcaires et de grès, dans lesquelles il n'est pas possible d'établir la moindre division. C'est tout au plus si les assises à Av. contorta sont un peu moins calcaires que celles qui les surmontent. Dans la Souabe, la partie inférieure de la zone est gréseuse, la partie supérieure est calcaire, mais les mêmes fossiles existent dans les deux divisions.

Dans le Voralberg, dans les Alpes bavaroises, à la Spezzia, dans la Lombardie, la zone repose, en général, sur les marnes

Aim. se. 6É0L. I. — 31

48â DDBIJLAFAIT.

et les dolomies du keuper. Elle s'en sépare assez facilement par sa composition, dans laquelle l'élément calcaire domine surtout, et par son aspect général rappelant beaucoup le lias.

En France, la zone présente les deux tj^^es extrêmes, et un troisième se rattachant au premier, mais moins accusé. Dans la région dépendant des Vosges et des Ardenncs, la zone à Av. contorta est gréseuse. Dans la région des Alpes, au contraire, et surtout dans la Provence, la zone est essentiellement calcaire. Autour du plateau central, la zone est exclusivement calcaire, comme dans les Alpes, quand elle est complètement développée ; mais, là où elle est rudimentaire, Télément siliceux et la constitution gréseuse dominent complètement.

Ainsi, à peu près neutre entre le trias et le lias en Angleterre, se rattachant au trias eu Allemagne et en France dans la région des Vosges, ayant des analogies manifestes avec le lias dans les Alpes, les Pyrénées et leurs dépendances, voilà quelles sont, au point de vue pétrographique, les affinités de la zone à Av. contoria en Europe.

Il est évident que ce caractère ne peut rien absolument nous apprendre.

Stratigraphie. — D suffit d'un seul mot pour caractériser la nature des secours qu(î la stratigraphie a pu jusqu'ici fournir à la question des affinités de la zone à Av. contoria. Us sont à peu près nuls. Quelques discordances ont été signalées dans le Wurtemberg, en Hongrie, dans les Karpaths, mais ce sont là des accidents locaux comme en présentent tous les étages.

Ce second caractère, pas plus que le premier, ne peut donc fournir aucune lumière sur les affinités de la zone à Av. coniorta. C'est aussi la conclusion à laquelle arrive M. Martin (1).

« Nous ne croyons donc pas (ju'on puisse raisonnablement » rien conclure du caractère niinéralogi(|ue de cette zone pour » la rapprocher, soit du lias, soit du keuper; car ce qui

(1) Voyez l'excellent livre de notre savant confrère : Zone à Avicula contorta^ ou étage rhétien. Paris, Savy, 1865.

ZONE A AVICIJLA CONTORTA ET INFRALUS. 483

» serait admissible pour une région ne le serait plus pour une » autre (1). »

Ces conclusions, complètement vraies au moment où écrivait M. Martin, ne le sont plus aujourtrhui, puisque nous avons pu établir l'existence d'une discordance complète entre Tinfralias et le trias, des Alpes aux Pyrénées, et, dans la même région, Tabsence du lias inférieur et même du lias tout entier sur de très-grands espaces.

Paléontologie, — Constatons d'abord un point de la plus haute importance, c'est que tout le monde est d'accord aujourd'hui sur la suci^ession relative des diflénMites zones qui s'étendent depuis les marnes irisées jus(|u'aux calcaires avec Gryphées arquées.

Voici cette succession dans Tordre naturel en Angleterre, où elle est le plus complète :

Zone à Gryphée arquée.

Zone à Amm, Buckiamii.

Zone à Amm. aufjulatus.

Zone à Amm, p/anorbis.

Couches à ossements de Sauriens.

Couches calcaires marneuses.

Couches analogues aux précédentes avec PuWistrn arenicoL

Calcaires blanchâtres.

Calcaires noduleux.

Calcaire lithographique (marbre de Cotham).

Zone à Avicula contorta,

Bone-befl (débris de Poissons).

Marnes irisées.

Si le classement relatif des différentes couches qui constituent TinfraHas est adopté par tous les géologues, il n'en est plus de même de la manière de les grouper entre elles, de façon à obtenir des divisions d'un ordre plus important.

Nous allons d'aboixl résiim(*r sous forme de tableau les opinions des géologues (|ui ont le mieux laissé voir leur pensée à cet égard.

(1) Op. cit.

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ZONE A AVICULA CONTORTA ET INFRALIAS. 486

A rinspection du tableau précédent, il est facile de reconnaître des zones qui semblent assez distinctes, quand on examine seulement chacun des points où Tinfralias a été signalé ; mais si Ton essaie de synchroniser les dépôts et d'établir dans Tinfralias des lignes générales et indépendantes des lieux, on voit aussitôt toutes les divisions se rattacher les unes aux autres, les couches formant une seule zone dans un pays appartenir à plusieurs dans un autre, et, souvent même, ces différences se produire dans une même contrée. C'est ce qui a lieu en Angleterre, en particulier. Tune des contrées où Tinfralias acquiert son plus complet développement.

Il est impossible, en effet, de saisir la moindre ligne de démarcation un peu valable et d'établir deux divisions dans l'ensemble des terrains relevés en 1860 par M. Wright, aux environs de Binton ; et les choses sont à ce point, que l'année suivante, M. Moore, dans un mémoire d'ailleurs extrêmement important, critique fortement la division établie par M. Wright. Il distrait de la zone à Amm, planorbis les assises renfermant les débris de Sauriens, et il en fait un groupe qu'il appelle Enaliasaurian zone. Pour M. Moore, cette zone est indépendante des parties supérieures, et, tout en conservant une individualité propre, se rattache par ses affinités à la zone inférieure.

Or, les ossements de Sauriens et les débris d'Insectes qui leur sont associés remontent, ainsi que le démontre de la manière la plus incontestable la coupe de M. Wright à Binton, jusque dans les parties élevées de la zone à Amm. planorbis ; ces restes, si importants, servent ainsi de lien entre les deux parties. Et C43 qui donne aux conclusions précédentes une valeur toute particulière, c'est que M. Wright, répondant à son contradicteur, M. Moore, quatre ans après, se rend, en partie du moins, à ses obseiTations, et nous puisons dans ce dernier travail de M. Wright des arguments plus puissants encore que dans les précédents, pour nous convaincre qu'il n'y a pas de ligne de séparation du premier ordre dans Tensemble des dépôts que nous désignons sous le nom d'infralias.

En effet, M. Wright scinde le lias blanc en deux parties, et eu,

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examinant son travail, on ne voit rien absolument, ni au point de vui* minéralogiijue, ni au point de vue stratigraphique, ni même, malgré la détermination prist» pr M. Wright, au point de vue paléontologique qui justifie l'établissement, et surtout l'indépendance des deux divisions établies par ce géologue dans les dépôts qui nous occupent.

Voici, du reste, les observations présentées à ce sujet par M. Martin, et qui cx)nfirment pleinement ce que nous voulons établir :

M Pour qu'un pareil conflit puisse s'engager entre les deux » géologues anglais (MM. Wrigth et Moore), il faut assurément » que le point de partages entre cette formation prétendue » distincte (la zone Ai\ conforta) et la zone à Amm, planorbis » soit bien vague et bien incertain ( 1 ) .

» D'après ces nouvelles recherches (celles de M. Wright en » 1864), on voit que la transition minéralogique entre la zone » susdite (zone à Ai\ contorta) et le lias (zone à Amm. planorbis) » ne saurait être plus complète, puisque dans œtte région il » parait impossible de fixer la ligne de démarcation des deux » terrains sans le secours des fossiles (2). »

M. Martin dit encore (3) : « Du reste, bone-bed et infralias (4) » sont pétrographi(jueintMit si voisins l'un de l'autre dans cette » région, (lu'on n'est pas encore d'accord sur le jx)int où il » convient d'en fixer la limite. »

En Franct*, la zone à Av, rnntortak^^{ jrem^ralement considérée comme une déj>endance d'une division pins complète.

Quelques géologues ^M. Levallois, M. Teniuem, etc..) isolent tout ce (pii est inférieur à la Z(»ne à Amm, planorbis et en font un étage ijue M. LeNallois avait api>el(^ roar/ips de /'onction^ et M. Terquem. é/a/jr du hano-lwd.

M. Levallois a établi que dans la Lorraine, la Souabe, etc.,

(1) op. nf., p. 18.

(2) Of). Cl/., p. 158.

(3) O/.. çxi^, p. i(»1.

(i) M. M.irlin empliMe le mot. ' // - > comnio synonyme de r^T >\ Amm. jtianorbts et Anwi, nn'ju/ntu< : c^esi. du reste, l'infralias de >!. Leymerie.

ZONE A AVICULA CONTORTA ET INFRALIAS. 487

OÙ les couches qui nous occupent sont très-dé veloppées, il existe entre ces couches et la zone Amm, planor bis un hn,uc d* argile rouge épais de 3 ou 4 mètres, et d'une constance parfaite. C'est là un fait que nous considérons certainement comme ayant une valeur très-réelle, mais qui ne comporte que des conclusions particulières applicables à une région déterminée.

Un autre géologue français, M. Martin, qui a étudié avec tant de succès en Bourgogne les couches qui nous occupent, a, dans ses derniers travaux, compris les bancs à Av. contorta dans son étage rhétien. Mais cet étage ne s'étend pas jusqu'au niveau de V Amm . planorbis , de sorte qu'il ne correspond pas au bone-bed de M. Terquem, ni aux couches de jonction de M. Levallois. D'un autre côté, enfin, M. Martin se met manifestement et volontairement en désaccord avec les géologues anglais en rejetant systématiquement de son étage rhétieii l'importante division qu'on appelle en Angleterre le lias blanc.

Si nous considérons maintenant l'opinion des illustres auteurs de la carte géologique de France, celle de M. Hébert, de M. d'Archiac, etc., nous constatons des divergences bien plus grandes encore, puisque ces savants placent, dans ce qu'ils ont appelé infralias, la zone à Av. contorta^ la zone à Amm. planorbis et la zone à Amm. angulatus.

En Allemagne, nous arrivons au même résultat.

Oppel avait compris sous le nom de zone à Av. contorta toutes les couches inférieures à l'horizon de l'A/wm.jofoworto; mais, outre que plusieurs géologues allemands n'ont pas admis cette division, il est encore arrivé que les dépôts dont nous nous occupons sont très-incomplets en Allemagne, que le niveau à Amm. planorbis n'existe pas toujours ou n'a pas encore été reconnu partout, et dès lors on ne sait pas où finit la division plus ou moins représentée par la zone à Av. contorta d'Oppel. Il nous sufBra, pour justifier ce qui précède, de reproduire les paroles suivantes empruntées à M. Martin :

« En lisant avec attention et en détail les citations de M. Gum- » bel, on ne comprend pas comment il a pu limiter sa for- » mation rhétique du côté du lias dans un pays où il est

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» souvent impossible de trouver les différents termes de cette » série (1) ».

L'examen des travaux des géologues des Alpes, MM. Favre, Lory, Vallet, Pillet, Renevier, etc., etc., nous conduit exactement aux mêmes conclusions que ceux des savants dont nous venons de nous occuper.

Ainsi l'examen des faits aujourd'hui connus nous amène forcément à cette conséquence :

Il est impossible de tracer, dans 1 étage sinemurien de d'Orbigny, une ligne déterminant deux divisions que l'on puisse retrouver partout où l'étage est suffisamment développé, alors même que ces deux divisions seraient tout à fait artificielles.

Et cependant combien n'a-t-on pas écrit, discuté, sur les affinités de la zone à Av. conforta^ que les uns rapportent au trias, d'autres au lias, que d'autres enfin considèrent comme un étage distinct plus ou moins complètement indépendant. Chaque géologue, dans ce débat, n'a-t-il pas voulu seul avoir raison? M. Dittmar, et après lui M. Martin, n'ont-ils pas dressé la liste des géologues qui se sont occupés de la zone dont il est question, en groupant ensemble ceux qui ont la même opinion?

Avant d'avoir examiné la masse considérable des travaux publiés sur cette grande question dans les différentes parties de l'Europe, nous nous demandions, à l'inspection des listes de M. Dittmar, comment on pouvait trouver dans des camps opposés MM. Agassiz et d'Ai'chiac, MM. Elie de Beaumont et Levallois, MM. Hébert et Oppel, etc., etc., et dans une position intermédiaire MM. Studer, Wright, Deffner, Fras, etc., etc.

Maintenant l'explication est des plus simples.

Quand on veut résoudre un problème de la nature de celui qui nous occupe, il y a quatre choses à fiiire : 1** Poser ce problème avec précision. — 2° liétmir un nombre suffisant de données. — S*" Déterminer la véritable valeur de chaque donnée. — 4** Comerver toujours à chaque donnée la valeur qui lui aura été attribuée.

(1) Op. cit., p. 161.

ZONE A AVICUIA GONTORTA ET IXFRALUS. &89

Voyons d'abord si les savants qui ont étudié la question se sont astreints à ces quatre conditions.

En premier lieu, le problème est-il posé avec précision? Non.

En effet, Tancien lias inférieur, le sinemurien de d*Orbigny, s'étend depuis le commencement de la zone à Av. contorta jusqu'à la fin des dépôts à Gryphée arquée.

Le même intervalle est divisé en deux dans la Carte géologiq ue de France.

Les géologues actuels reconnaissent quatre zones dans ce même ensemble :

f Gryphée arquée.

' ( Amm. Buckiandi,

S. Amm, angulaius,

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