SUR
LES CROCODILIENS FOSSILES TERTLVIRES
DE SAINT^GÉRAND LE PDY,
Par M. le B* liéon VAlIiliAWT,
Répétit«iir à l'École pratique des bAutoe études ({). '
Depuis l'époque où parurent les célèbres Recherches sur les ossements fossiles par Cuvier, ouvrage qui, pour les Vertébrés supérieurs, doit encore être regardé comme la base de tout travail sur ces animaux, un grand nombre d'observations ont été publiées sur les différentes familles qui rentrent dans ce groupe, et Tune d'elles, celle des Crocodiliens, a été Tobjet de publications très-étendues. Ayant eu l'occasion, grâce à l'obligeance de mon excellent ami M. Âlph. Milne Edwards, d'avoir entre les mains un nombre considérable d'ossements fossiles se rapportant à ces Reptiles, leur étude m'a montré qu'on pouvait encore avec fruit approfondir ce sujet, et qu'il y aurait peut-être quelque intérêt à exposer les considérations auxquelles j'ai ainsi étécon* duit. Bien souvent les auteurs n'ont eu à leur disposition que des échantillons très-incomplets, et, par une tendance trop fréquente en paléontologie, &e sont laissé entraîner à des généralisations au moins prématurées. L'abondance des matériaux qui composent la collection dont j'ai pu me servir me permet, dans le cadre restreint exclusivement descriptif et zoologique où je me suis placé, d'avancer les faits avec quelque confiance.
(1) Uue aotc réiiumaiil ce il avait a été présentée à l'Académie des sciences dans ^a séance du 26 mars 1872 {Comptes rendus, t. LXXIV, p. 872).
ANR. se. GÉÔL. III. 1. — ART. Il<* i*
2 L. \AMULAJMT.
Les ossements dont je m'occupe dans ce mémoire proviennent de ce riche dépôt de Saint-Gérand le Puy, bien connu de tous les paléontologues, et dont la faune, maintes fois étudiée par différents observateurs, a été résumée, il y aura bientôt vingt ans, dans un travail de M. Pomel, sorte de prodrome, comme le dit son auteur, qui malheureusement ne Ta pas depuis publié dans tous ses détails. Ces couches, on le sait, sont rapportées aux terrains miocènes, et les Crocodiliens qui s'y rencontrent nous présentent les caractères généraux des espèces trouvées dans les terrains tertiaires; ils appartiennent à la tribu des Procœliens, telle qu'elle a été établie par M. Owen, se rapprochant donc beaucoup des animaux analogues de Tépoque actuelle.
La nomenclature des Crocodiliens de cette époque présente une confusion qui n'est malheureusement pas sans exemple dans d'autres parties de l'histoire naturelle ; il ne me paraît donc pas inutile tout d'abord d'examiner rapidement, à ce point de vue, les espèces tertiaires, pour reconnaître celles qui, suffisamment connues, devront servir de terme de comparaison à celles que je décrirai plus bas. Pour ce travail de limitation, je crois plus commode de suivre autant que possible un ordre historique plutôt que paléontologique ou zoologique, ce qui permettra au lecteur de reconnaître avec plus de facilité les sources auxquelles j'ai pu emprunter ou qu'il ài'a été donné de connaître,
Cuvier avait déjà signalé différents débris de Crocodiles dans les couches du bassin parisien ou de terrains analogues. Ainsi il cite et figure une tête d'humérus et une dent provenant de l'argile plastique d\\uteuil,ou peut-être des couches subordonnées à celles-ci ; une autre tête d'humérus provenant des lignites de Provence (1), qu'il rapproche de la première espèce ; et quelques autres pièces, provenant de différentes localités, suffisantes pour permettre d'affirmer que des animaux, au moins trèsvoisins des Crocodiliens, ont existé à ces différentes époques, mais non pour autoriser à dos dislinrlions môme génériques,
(1) Cinicr, Os^on. fo<:<:., 4» cdit., IS'iO. t. IX. p. ?>2^ ol 32G, pi. 134, flç:. 18, 10'. 17.
GROGODILIENS FOSSILES TERTIAIRES. 3
sauf peut-être pour les débris recueillis à Argenton, comme on le verra plus bas. Celte réserve, éminemment scientifique et qu'ont avec raison imitée quelques rares auteurs, parmi lesquels je pourrais citer Jobert et Tabbé Croizet, le [regretté E. Lartet, M. le professeur Gervais, Pictet, Marcel de Serres, Quenstedt, etc. , n'a malheureusement pas servi de modèle à tous les zoologo* paléontologistes, qui ne trouvant pas suffisant d'indiquer l'existence d'un groupe à une époque géologique, ont décoré de noms d'espèces une foule de débris évidemment indéterminables, et dont le seul caractère est d'avoir été trouvés dans des couches, parfois même seulement dans des lieux différents.
Je ne cite ici tout d'abord qu'avec doute et pour mémoire le Crocodilus macrorhynchus deHarlan (1), décrit en 182/ipar cet auteur, d\après un dentaire portant onze dents ou alvéoles, un fragment d'angulaire et différentes vertèbres. Cette espèce, trouvée avec plusieurs coquilles marines, parmi lesquelles on remarque des Ammonites, appartiendrait par cela seul, comme le Crocodilus clavirostris^ Morton (2), et deux autres espèces décrites beaucoup plus tard par M. Owen (3), au terrain crétacé ; mais je crois devoir mentionner ces Reptiles, les plus anciens représentants du groupe des Procœliens, parce que leur âge n'est pas parfaitement connu, et la comparaison de ces espèces avec celle du conglomérat tertiaire de l'argile plastique conduirait peut-être à d'intéressants résultats.
(1) 0/1 an extinct species of CtocodiU 7iot befove descrihed ; andsome Observations on the geology of West Jersey {Journ, oftheÀcad. ofnat. Se. of Philadelphia^ t. IV, 1» partie^ 1824, p. 15, pi. I. — Communiqué le ^ mai 1824). — Cet article a été reproduit par l'auteur avec la planche^ en 1835 {Médical andPhysical Researches^ or original Mémoire in Medicine^ Surgery, Physiology^ Geology^ Zoology and compa* rative Anatomy^ p. 369). C'est là que le nom spécifique est énoncé.
(2) Description of the Head of a fossil Crocodile ftvm the Cretaceous strata of New^Jersey {Proceed, of the Acad, of nat. Se. of Philadelphia^ 1844*1845, t II, p. 82i — Communiqué le 20 août 1844). — D'après la ûgure sur bois jointe à ce travail pt quelques détails de la dei^criplion, on pouiTait sp demander si cette Ci^pcce ne se rapporte pas plutôt au groupe des Télécî^auriens.
(3) Notes on liemnins of fossil Reptiles discovered by prof» Henry lioyors of Veansyl" vania, U. S., in Greensand Formations of Sew-Jer^'V/ (Quart. Journ. o' London Gcol. 8or., 1849, t. V, p. 380, pi. X).
k L. VAllXAMT.
LesCrocodiliens fossiles d*âge certainement plus récent, signalés les premiers en date depuis le travail de Cuvier, sont ceux qu'a indiqués M. Clift, en 1828, comme trouvés dans les alluvions, quaternaires sans doute, des rives de Tlrawadi (1). Ces débris, qui comprennent un certain nombre de vertèbres et des fragments de mâchoires inférieures, se rapporteraient, suivant lui, à deux espèces, l'une, sinon identique, au moins très-voisine du grand Gavial du Gange, Tautre à une espèce de Crocodile de très grande taille : une planche sur laquelle sont représentés ces échantillons, mais sans explications desGgures, accompagne ces renseignements sommaires. On ne comprend pas bien que, sur de si faibles indications, M. H. von Meyer (2) ait cru pouvoir appliquera ces animaux la désignation spéciûquede Lepiorhynchus Cliftii^ Crocodilus Cliftii^ d'autant plus que l'âge géologique des couches dans lesquelles ils ont été rencontrés peut légitimement faire douter s'ils sont distincts des espèces actuellement existantes dans ces contrées.
Dans son Synopsis Reptilium^ publié en 1831, M. Gray (3) a énuméré onze espèces fossiles toutes nouvelles, au moins de nom ; car, pour ce qui est des pièces elles-mêmes, cet auteur s'en remet à l'appréciation de Cuvier, et ce sont les débris que ce naturaliste avait regardés comme indéterminables, qui se trouvent ici dénommés. En négligeant deux noms qui se rapportent à des espèces étrangères au terrain tertiaire et regardées même aujourd'hui comme ne rentrant pas dans la famille des Crocodiles procœliens, ce sont : les Crocodilus Brongniarli, C. Blavieri, C. Delucii^ C. Cuvieri, C. Rollinati, C. BoriimUf C. Jouanneti, C. Trimmeri, et C. Maimyi. Cette nomenclature, très-simple quant à l'idée qui paraît avoir présidé à sa concep-
{i ) On ihe fossil Remains of two new Species of Mastodon and of oiher i^ertebra" (ed Animais found on the left banks of the Irawadi (Trawr, of the GeoL Soc, of London, 2* Ȏr., 1826-1828, t. Il, p. 375, pi. XLUI, read April 18(lil828).
(2) Palœologicn zur Geschichtc der Erde und ihrer Geschôpfe, Francrort-suMc- Main, 1832, p. 108.
(3) Synopsis liepliiium, oi slittrl Dtsrviptions of ihe fpedei of Reptii^Sy part. 1 : — Cataphractu, Torfoiscs, Crocodiles mal Enaiiosaurians, London, 1831, p. 60 a 62.
CROCODILIINS FOSSILES TERTIAIRES. 5
tiou, est basée en général sur les noms des personnes qui ont Fait la découverte des fragments ou qui les possédaient; la quatrième porte le nom de Tauteur qui les a fait connaître. M. Gray, n'ayant rien ajouté, au sujet de ces espèces, à ce qu'en a dit Cuvier, et les renseignements, de laveu de tous, étant insufBsants, elles doivent être considérées comme nominales et rejetées de la nomenclature. Il n'y aurait à faire exception que pour le Crocodihis BoUinad, auquel ses dents comprimées et dentelées sur les bords donnent un caractère si spécial, qu'il serait convenable, suivant la remarque de iM. Gervais, d'en faire un genre à part, le genre Pristichampsus^ comme Ta proposé l'auteur de la Paléontologie française (1).
Quelques années plus tard, dans des contrées voisines de celles explorées précédemment par Clift, MM. Cautley et Falconer (2) signalèrent, avec plusieurs espèces perdues de Mammifères, des ossements de Crocodiles assez voisins de deux espèces actuellement vivantes, le Crocodilus biporcatus et le Gavialis gangeticus, pour qu'ils n'aient pas cru devoir les en distinguer nominalement. On trouve cité dans Giebel (3), Piclet (4) et M. Oven (5) une troisième espèce, le Crocodilus crassidens, provenant des mômes localités et devant être rapproché des Gavials, suivant ce dernier auteur; mais je n'ai pu, malgré toutes les indications biblio* graphiques reproduites dans leui*s dififérenls ouvrages, recourir à la source originale. Enfin, MM. Falconer etWalker(6) ont
(1) Comptes rendus des séances de t Académie des sciences , 1853, t. XXXVI, p. 376.
(2) Cautley et Falconer, Synopsis des genres et des espèces d'animaux fossiles découverts dans les couches supérieures des dépôts tertiaires des montagnes Sewa/ik de t Himalaya [Ânn, des se. nnt., 2* série, 1837, t. Vil, p. 62; exlr. Journ.ofthe Asia» tic Soc. ofBengal. Cnlcutta. Decemb. 1835). — Voyez aussi Joum. of the Asiatic Soc. of Bengal, 1835, t. IV, p. 58.— Cautley, Soie on the fossil Crocodile o f the Sewalik Hills {Asiatic Researches of Calcutta, 1836, t. XIX, p. 25).
(3) Pauna der Vorwelt, 1847, !•' vol., 2« part., p. 122.
(4) Traité de paléontologie , 2« édit , 1853, t. I, p. 482.
(5) Palœontology or a Systematic Summary of exiinct Anima/s and their geolo^ gical relations. Edinburgb, 1860, p. 278.
(6) Descriptive Catalogue of the fossil Hemains of Vertebrata from the Sewalik Hills ^ the NerbuddOj Perim islnnd, etc., in the Muséum ofthe Asiatic Society ofBengal, CnIrntU, 1859, p. 200.
G L. VAILLAXT.
signalé, loujuui's des mômes régions, un granil nombre de débris de Crocodiliens fossiles, la plupart indiqués simplement par des noms génériques ; Tun cependant, désigné comme Crocodilus palœindia(s,$evsi\l voisin du Crocodilus bombifrons. Ce sont des espèces de catalogue incomplètement décrites et non 6gurées, sur lesquelles il convient d'attendre des renseignements ultérieurs pour en connaître la valeur.
M. Hermann von Meyer (1), en 1838, dans une communication faite à M. Bronn, a signalé à Stein, sur le Rhin, une espèce fort remarquable, le Crocodilus pienidem. Les termes dont se sert cet auteur sembleraient indiquer qu'il avait déjà rencontré ailleurs ce même Saurien, sans qu'il m'ait été possible de trouver l'indi* cation bibliographique de celte première découverte. Cet animal se distinguerait de tous les Crocodiliens connus par ses dents pleines et non en cône creux, caractère si exceptionnel, que Pictet (2) se demande s'il ne s'agit pas là d'une anomalie. En admettant cette différence anatomique comme réelle, le genre PlerodonYL. von Meyer, fondé pour cette espèce (3), devrait certainement être regardé comme suffisamment établi, et adopté. Plus tard, dans les environs de Weisenau, le même paléontologiste (4), tant par ses recherches personnelles que par les objets rencontrés dans différentes collections, a pu examiner un grand nombre d'ossemenis de Crocodiliens, puisque, d'après les dents recueillies, il n'en estime pas le nombre à moins de trente ou quarante individus. En considérant les débris des crânes, il pense pouvoir établir quatre espèces : Crocodilus Bmchii, moitié moins grand que le Crocodile vulgaire ; Crocodilus Rathii, moitié moins grand que le précédent; Crocodilus merf^w^, intermédiaire pojr la taille aux deux autres; enfin, Crocodilus Brauniorum^
(1) Mittheilungen an Prof essor Bronn gerichtei, Frankfurt, 18 sept. 1838 (Iconh, und Bronn neues Jahrh. f. Min. Geogn., etc., 1838, p. 667),
(2) Loc.cit,, 1853, p. 481.
(3) Leonh, und Bronn neues Jahvb, f. Min» Geogn,, etc., 1839, p. 77.
(4) Summarische Vebersichi der fossUen Wirbelthiere des Mainzer Teriiàr- Beckens, mit besondere Rûcksicht aufWeisenau{ Leonh. und Bronn îieues Jahrh, f. Min,
Geogn.^ etc., 1843, p. 393 et siiiv).
CROCODILIENS FOSSILES TËUTIÂIRES. 7
moitié moins grand que le second. Avec ces renseignements, qui ne sont pas môme établis sur des tètes entières, Tauteur ajoute que, par la longueur de la symphyse de la mâchoire inférieure et la forme des intermaxillaires, ces êtres s'éloignent des Gavials et paraissent se rapprocher des Caïmans ; ce qui est encore confirmé par la disposition de Tintermaxillaire, « car une fosse qui » s'y trouve ménagée reçoit, lors du rapprochement des mâ- » cboires, la troisième ou quatrième dent inférieure, d Cette dernière remarque est importante à noter. Dans les Crocodiles vivants, c'est toujours la troisième dent inférieure, plus développée, qui se loge dans la gouttière intermaxillo-maxillaire oula fossette qui la remplace chez les Caïmans ; on verra au contraire que chez certains Crocodiliens fossiles, la troisième et la quatrième dent affectent la disposition signalée par H. von Meyer. Mais à laquelle des espèces s'applique ce caractère ? Est-ce à toutes les quatre? La brièveté, ou plutôt l'absence de description régulière et de figure empêche de le savoir, et ces espèces doivent être rejetées comme nominales. C'est d'ailleurs, sans doute, l'opinion à laquelle s'arrête l'auteur même de ces noms, puisque dans un travail très-complet (1), que j'aurai à citer plusieurs fois, sur un animal du même groupe trouvé dans la molasse d'eau douce de Suisse, le Crocodilm Buticonen^is, il dit à propos des comparaisons qu on pourrait établir : o On aurait encore à citer » plusieurs autres animaux tertiaires du genre Crocodile, mais je » ne crois pas devoir en faire mention, soit qu'il n'en ait pas été » fait jusqu'ici de publication satisfaisante, excepté pour ce qui » est de leurs noms, soit que les parties qu'on en connaît » n'offrent aucun point de comparaison important avec le » crâne de Suisse. »
Je n'ai pu consulter le travail original dans lequel Prangner a décrit sous le nom à'Enneodon Ungeri un Crocodilien fossile des terrains tertiaires de Styrie ; mais il eu a été publié une analyse très-complète dans le journal de MM. Leonhard etBronn,
(i) Grocodilus Buticonensis, aus (fer Sûsswasser'-Molasse von Bûtikon in Jer Schweiz {PaltEontographica , 1856, t. IV, p. 67, pi. XH\
8 L. YAIL.L.%NT.
il est vrai sans les figures (i). Toutefois on peut Irès-bien y leconnattre que cette espèce se rapprochait des Gavials par plusieurs caractères, entre autres la disposition réciproque des nasaux et des intermaxillaires. On sait que la particularité anatoniique d*une dent impaire, sur laquelle repose le genre, a été démontrée par M. Fitzinger (â) comme le résultat d'une fausse appréciation, et celle espèce doit rentrer dans le grand genre Çrocodilus^ en conservant la dénomination spécifique imposée par Prangner.
M. Giebel (3), dans une revue générale des animaux vertébrés fossiles, au milieu d*un grand nombre d'espèces (dix-neuf, plus le Plerodon crocodiloides^ Meyer), dont la plupart, empruntées à des auteurs antérieurs, ont été citées plus haut, en a cependant créé six nouvelles. S'appropriant, malgré tous droits, les fragments cités par Cuvier comme trop mal connus, et d'ailleurs déjà dénommés par M. Gray dès 1831, l'auteur allemand en a formé les Crocodilus parisiensis, C. inde termina tus, C. provin^ cialis, C, communisy C. Dodunii^ C. Delucii^ avec les noms, soit des localités, soit des personnes qui les ont découverts, ou même avec des épithëtesqni, surtout la seconde, indiquent d'une façon naïve Tétat de ses connaissances au sujet de ces pièces. On trouvera plus bas un tableau indiquant la concordance de ces noms avec ceux de M. Gray; il n'est peut-être pas inutile toutefois de faire remarquer que parmi ces espèces, toutes nominales, sauf le Crocodilus communis {=Pristickampsus Bollinati, Gray, sp.), deux portent des noms semblables chez les deux auteurs : pour l'une, le Crocodilus Dodunii^ la concordance est exacte; mais pour l'autre, Deluc ayant par malheur donné deux échantillons à Cuvier, Tun de Sheppy a été désigné de son nom par
(1) Veber Enneodon Ungeri, ein nettes Genus fossiler Saurier aus den Tertiâr^ Geli'den zur Wies im Marburger Kreise Steyermarks {Leonh, und Bronn neues Jahrh, /. Min. Geogn,, etc., 18A6, p. 112).
(2) Bemerkungen ùber Prangner* s Enueodon Ungeri aus der TertiâT' Formation von Sleîermark {Leonh, und Bronn neues Jarhrb. f. Min. Geogn., etc., 1846, p. 188).
(3) Fauna der Vorwelt mit steter Berùcksichtigung der lebenden Thiere^ !•' vol. 2* part., Leipzig, 1847, p. 120.
ARTICLE n^ 1.
GROGODIUBNS FOSSILES TERTIAIRES. 9
M. Gray, tandis que M. Giebel a préféré donner celte appellation à une espèce de Brenlfort.
Une annéeavant la publication du précédent travail, M. Pomel, dans un premier mémoire (1), annonçait la découverte dans le département de l'Allier de deux âges d'un Crocodile pour lequel il proposa le nom de Crocodiltis Ratelli, Ce fut toutefois un peu plus tard (2) qu'il donna à ce sujet des explications plus dé* taillées. Dans cette note publiée en 1847, ce savant annonce qu'il possède « deux espèces de Crocodiles caractérisées par des têtes »> presque entières, et de nombreux ossements du reste du sque- » lette, qui appartiennent au genre Caïman {Alligator), mais qui » pourraient constituer dans ce genre une section caractérisée par D la plus grande étendue des deux fossettes du crâne, et surtout 9 par la disposition des dents. Ce sont, en effet, les troisième et ï» quatrième dents de la mandibule qui, très-rapprochées, très- » fortes et presque égales, pénètrent ensemble dans la cavité de la y» mâchoire supérieure, située à la réunion du maxillaire et de x> l'intermaxillaire ; les dents sont aussi moins nombreuses que » dans les espèces vivantes. On peut les nommer Diplocynodon. »
Plusieurs années après, dans un travail bien connu sur les Vertébrés fossiles (3), M. Pomel a exposé d*une manière plus didactique les caractères de ce nouveau genre et de l'espèce qu'il y fait rentrer ; mais il n'est plus question de la seconde, à moins qu'il ne s'agisse du Diplocynodon Hantoniense {Alligator Hantoniensis, Wood.), qu'il indique comme devant y être rapporté. M. Gervais (4) a cité l'espèce de M. Pomel sous le nom de Crocodilus Elaveris de Bravard ; le travail de ce dernier auteur (5)
(i) Mémoire pour servi»" à la géologie paléoniohgique des terrains tertiaires du département de rAllier (Buli. delà Soc. géoi. de France, 2* série, 1846,t. III, p. 372)'
(2) Note sur les animaux fossiles découverts dans le département de l'Allier. — Addition au Mémoire sur la géologie paléontologique^ etc, {BulL de la Soc, géoL de France, 2« série, 1847, t. IV, p. 383, pi. 4, fig. 10).
(3) Catalogue méthodique et descriptif des Vertébrés fossiles découverts dans le bas' sin hydrographique supérieur de la Loire, et surtout dans la vallée de son affluen principal r Allier. Paris, 1853, p. 123.
(h) Zoologie et paléontologie française, 1859, 2' édit., p. 443.
(5) Considérations sur la distribution des Mammifères terrestres fossiles dans le
10 L. >aiixa:%t.
date, il est vrai, de 18/13 : cela ue peut toutefois constituer aucun droit de priorité en sa faveur, attendu qu'il s'agit là d'un simple nom de catalogue, sans description ni figure. Les différentes publications de M. Pomel se rapportent trop directement aux études dont je vais avoir à ni'occuper, pour que je croie utile de m'y arrêter davantage, devant y revenir à chaque instant dans ce mémoire pour les comparaisons à établir.
Le travail le plus complet sur les Crocodiliens procœliens fossiles tertiaires, est celui qu'a publié l'éniinent anatomiste M. Richard Owen, dans sa monographie des Reptiles fossiles de l'argile de Londres (1). J'aurai souvent à m'appiiyer sur ces recherches, et je me bornerai ici à quelques remarques sur la nomenclature des espèces. 11 en admet cinq : les Crocodilus Toliapicus^ Owen; C, champsoides, Owen; C, Hastingsiœy Owen; Alligator Hantoîiiensis , Wooil (2); Gavialis Dixoni^ Owen. Comme on le voit, les trois genres actuellement vivants de la famille se seraient trouvés réunis en ce point à la même époque, puisque les trois dernières espèces paraissent appartenir au même étage de Téocène supérieur, les deux autres sont un peu plus anciennes. D'après une indication bibliographique que je n'ai pu contrôler, donnée par M. Owen et répétée par Pictet à propos du Crocodilus Toliapicus^ Ruckland, dans son Bridgewater Treatise, aurait antérieurement donné à cette espèce le nonj de Crocodilus Spencer i^ eu l'indiquant d'une manière il est vrai très-brève, mais en figurant des pièces assez complètes : ce nom avait même été d'abord adopté par M. Owen lui-môme (3); cependant, sur une remarque de iM. Charles
département du Puy-de-Dôme {Ann. scient., it'tt, et indw^tr. de l'Auvergne^ ClermonU Ferraiid, 1843, t. XVI, p. 439).
(1) Monogroph on the fossU Heptiiia of the London day. Part. U, Crocodilia and Ophidia {Palœontographical Society, London, 1850)«
(2) Quoique cette espèce soit rapportée au nom de Wood, c'est, je crois, à If. Owen qu'on en doit la connaissance complète ; il n'en est fait, au moins dans le traToii du premier de ces auteurs que j'ai été à mcme de consulter, qu'une simple mention sans description ni flgurc (Record of the discovery ofan Alligator with several neu) ^tammalia in the freshwater Straia at Uordwell, in Ann. and Mag. of nat.Hist.^ 1844, t. XIV, p. 349).
(3) On the Fossils obtained hy the Mnrchionexs of Hastings from the frêshutater
AITICLB N'^ 1.
CROCODlLltNS FOSSILES TERTIAIRES. 11
Kônig, que cet animal était identique avec l'espèce désignée par Cuvier comme Crocodile de Sheppy^ et que celte désignation devait avoir la priorité, il a adopté le nom de Crocodilus Toliapicus qui en serait la traduction. Il est juste d'ajouter que, pour justifier en quelque sorte ce changement, Fauteur s'empresse de dire qu'il a conçu des doutes sur l'assimilation de l'espèce de Buckland, qui pourrait tout aussi bien être le Crocodilus champsoides à propos duquel est répétée avec un point de doute la même indication bibliographique (1). Cette manière de procéder me semble en dehors des règles habituelles de la nomenclature. Pour ce qui est du nom employé par Cuvier, il ne saurait établir aucun droit de priorité ; cet auteur, en indiquant la découverte d'ossements dans une localité par la simple mention de celle-ci, n'a certainement pas eu l'intention d'établir une espèce qu'il eût sans nul doute désignée d'une manière plus régulière, suivant la méthode de Linné ; c'est ce qu'avait parfaitement senti M. Gray en lui appliquant le nom de Crocodilus Deluciij sur lequel je me suis expliqué plus haut. Maintenant, lorsqu'un auteur ayant trouvé dans une localité une espèce qu'il décrit et figure, des recherches ultérieures font découvrir au même endroit d'autres espèces assez voisines pour qu'il soit difficile de savoir exactement celle qu'il a voulu désigner, est-on en droit de rejeter son travail comme non avenu pour dénommer à nouveau toutes les espèces? Je ne le crois pas. Il est plus juste de choisir entre toutes l'espèce qui se rapproche le plus du type, en lui conservant la première désignation, et de ne créer de noms que pour les autres. D'après ces principes universellement adoptés, et malgré les raisons données (2) sur l'ambiguïté des caractères du crâne étudié par Buckland, le nom de Crocodilus Spenceri me semble, suivant la première manière de voir de M. Owen,
Eocene Beds ofthe Hordie Cliffs {Hep, of the Brii, Assoc, i 847, Tram, of thp Sections, p. 66.)
(1) L'indication est à la page 29: « Crocodilus Spenceri Buckland, Bridgewater Treatisc, vol. V, 1, p. 251 : Crocodile with a short and broad snoui, vol. II, p. 36, pi. 25, flg. !• » A la page 31, cette citation est reproduite i peu près dans les mêmes termes ; le texte indique suFAsamment qu'il s'agit du même renvoi.
(2) Owen, loc, cit., 1850, p. 33.
12 L. yjuuLAmr.
devoir êlre conservé, en rejetant celui de Crocodilus Tolia^ picus. Parn\i les autres Crocodiles étudiés dans ce travail, V Alligator Hantoniensis ^hv^Xlsi voisin A\x Crocodilus Hastingsiœ^ que Tauteur de celte dernière espèce hésite à le regarder comme distinct, le seul caractère, d'après les pièces connues, étant la présence dans la première d'une fossette de réception à la mâchoire supérieure, pour la quatrième dent inférieure; et M. Owen « serait disposé à regarder ce caractère, malgré sa » constance dans les espèces d'Alligators vivants, comme une » simple variété dans le fossile d'Hordwell. » La disposition réciproque de la canine inférieure avec la mâchoire supérieure n'aurait donc pas l'importance absolue que lui ont attribuée les auteurs. Ceci serait conOrmé par la remarque de M. Huxley, que dans les espèces d'Alligators, dont est formé le genre Jacare^ Gray, la canine passe dans une gouttière qui peut devenir une fossette par les progrès de l'âge (1).
J'indiquerai ici, pour terminer cette énumération, une espèce que Blainville (2) u fait connaître par la figure d'une tète presque complète, surtout dans ses parties supérieures, et d'une portion considérable de la mâchoire inférieure, provenant d'un Crocodilien à formes massives, quoique présentant, quant à Tiucisive inférieure, le caractère des Crocodiles vrais : cette espèce trouvée dans les terrains tertiaires inférieurs, a été nommée par lui Crocodilus depressifrons. Ce nom est celui qu'a adopté M. Gervais (3) dans sa Paléontologie française^ en y réunissant l'espèce nominale de M. Pomel, le Crocodilus cœlorhinus (û). Depuis, M. G. Piaulé (5) adécrit et figuré différentes autres pièces
(1) Joum, ofihe Proceed. ofthe Linn. Soc. Zool. London, 1859, t. IV, p. 5.
(2) De Blainville, Osléographie^ ou Description icotiographiquf; comparée du squeieUe et du système dentaire des Mammifères récents et fossiles. Allas, t. IV, Reptiles émydosauriens, G. Crocodile, pi. 6, Crocodiles fossiles. Paris, 1839-1864.
(3) Loc, cit., 1859, p. A46, pi. 58, fig. 12.
(4) Sur la flore et la faune fossiles du terrain pisolithique . Extrait d'une lettre de M. A. Pomel adressée aux rédacteurs de la Bibliothèque universelle (Supplément à la Bibliothèque universelle de Genève^ Archives des sciences physiques et naturelles^ 1847, t. y, p. 302).
(5) Sur les lignites inférieurs de Fargile plastique du bassin parisien {Bull, de la Sor.gt'ol. de France, 1869-70. t. XXVII, p. 204, pi. 1).
CROCODILIENS FOSSILBS TERTIAIRES. ItS
trouvées également dans le conglomérat inférieur de Targile plastique, et qui doivent être rapportées à la même espèce. Tous ces échantillons se trouvent dans les collections du Muséum , et ces différents travaux font que cette espèce est aujourd'hui fort bien connue.
Âfln de résumer ces faits d'une manière plus frappante, j'ai cherché à exprimer dans le tableau suivant la synonymie des espèces de Crocodiliens fossiles tertiaires et quaternaires, telle qu'elle résulte de ce qu'on vient de lire. Une première colonne contient par ordre alphabétique tous les noms que j'ai pu recueillir ; dans une seconde se trouvent leur auteur et la date de la création ; une autre indique la valeur de ces espèces; la qua* trième renferme quelques indications sur la localité d'où proviennent les échantillons types.
TABLBAU SYNONYMIQUE DES CROCODIUKNS TERTIAIRES ET QUATERNAIRES.
Alligator HAicTOïdSRsis.
Crocodiles Becquereli, •
— BIPORCATUS,CuV. aff.
— Biavieri
— Brauniorum
— Bruchii
— BUTICONBNSIS
CHAMFSOmSS
c lifta
cœlorhinus.
— communis
CRASSIDBIfS.
Cuvieri, , .
Delucii
Deludî
DEPRBSSIFHOlfS
Dixonû .
Dodunti,
.Dùduniù . . . .
Ëlaveris . . . .
Gervaisu. . . . Hantoniensis, Hastingsia. ,
heterodus
inde terminât us, . . .
Jounnneti ^ray, 1831
Mauniji Mir.»y, 1831
VVood, 4844
Gray, 1831
Caiitley et Falconor, 1835.
Gray, 1831
H. V. Meypr, 1843
H. V. Meyer, 1843
H. V. Meyer^ 185J
Owen, 1850.
Pictct
Pomel, 1847.
Giebel, 1847
Cautley et Falcouer ?.
Gray, 1831
Pictct
Gray, 1831
Kspèce décrite par wen Espèce nomiaalc
Espèce nominale.
Espèce nominale.
Ëspècô nominale.
Leptorhynchus Cliftii.
Espèce nominale.
= C. depressi/rons ?
Pristichampsus Roltinati Gray, sp.
viray^ lo«51
Giebel, 1847
Biainville
Giebel; 1847
Bravard, 1843
Aymard?
Pi'ctet
Owen, 1847
Pomcl, 1847
Giebel, 18i7
Espèce nominale. . . .
Espèce nominale. . . .
C Trimmeri.
Gavialis Dixoni Owen.
Espèce nominale
Espèce nominale
Espèce nominale
Espèce nominale. • . .'?
Alligator Hanloniensis,
Hordwell.
Croc. d'Auteuil, Cut.
Scwalik.
Croc.de Provence, Ou v.
Weiscnan.
Weiscnau.
Molasse d'eau douce
de Suisse.
Argile de Londres.
Espèce nominale
CroQO'lilus U.'cquereli.
Espi'ce nominale, • .
Espèce nominale.. . . .
Sewalik.
Croc, des pUtrières,
Guv.
Croc, de Sheppy, Guv.
Conglomérat de l'argile
plastique.
Bracklesbam.
Groc. des graviers de
Castelnaudary, Guv.
Idem.
Antoin.
Ronion.
Hordwell.
Cuise-la-Mottc.
Groc. de Blaye, Guv.
Croc* du Mausj Guv.
CnocoDitus mediwt
— obtusidens
— palœindicus
— parisiensis
— plenidens
! L. ¥.tJIXA.liT.
— provincialis,
— Ratelli
— Rathii
— Roiiinati. . .
H. V. Meyer, 1843.
Poinel, 1847
Falconcr et Walker, 1859.
Giebel, 1847
H. V. Meyer, 1838
Giebel, 1831
Pomel, 1846
H. V. Meyor, 1843.
Gray, 1831
— Spemceri
— toliapicus (Cuv. ?) . .
— Trimmeri
— Ungeri
D1PLOCTNOD05 Ratelli . .
— Hantoniense. ......
Enneodon Vngtri
Gavialis Dixon
— liAKGBTicuSjGml. aff.
leptorynchus CUfiit. . . .
Plerodo5 crocodiloides .
PftlSTICHAIlPSlîS ROLLINATI.
Bucklond, 18
OweD, 1850
Gray, 1831
Prangner sp.
Pomcl, 1847
Pomcl, 1847
Prangner, 1845
Owcn, 1850
Cautley ci Falconer, 1835.
H. v.Mejer, 1832
Espèce nominale
Espèce nominale
Espèce nominale
C Cuvieri.
Type du genre Piero-
don Mcver