‹ Annales des sciences géologiques (volume 4)Chapitre 41 sur 69 · L008 LARTET · texte numérisé non relu

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sur ce sujet, elles ne peuvent que rendre un compte provisoire, plus ou moins satisfaisant, du petit nombre de faits observés jusqu'à ce jour. Aussi nous paraissent-elles vouées à une imperfection que comporte notre ignorance sur les êtres dont les innombrables sédiments terrestres ont pu conserver les dépouilles.

Le revêtement sédimentaire du globe est en effet masqué sur les deux tiers au moins de son étendue, par les eaux, les glaces et autres obstacles qui en ferment l'accès à nos investigations, et, quant au dernier tiers, représenté par nos continents actuels des zones équatoriales et tempérées, que connaissons^nous donc de sa constitution géognostique ? C'est à peine si les géologues ont pu pousser de rapides reconnaissances sur la moitié de ces terres fermeSi et en étudier, avec quelque soin, la dixième partiel Encore, cette trentième portion de Técorce terrestre est-elle aujourd'hui si imparfaitement connue, même à sa surface , que dans l'Europe [et en France même, il est d'importants massifs montagneux, tels que les Pyrénées, par exemple, dont aucune carte géologique un peu détaillée n'a encore été dressée.

On est donc naturellement enclin à se demander si, en décrétant applicables à la terre entière des lois qu'un premier aperçu leur a fait entrevoir dans un petit coin du monde aussi torturé et déchiqueté que le fut de tout temps l'Europe, les géologues et les paléontologistes n'auraient pas dépassé les limites d'une sage et prudente induction? A cela on peut répondre, à la vérité, que les recherches tentées dans les pays les plus divers ont fourni des faits assez nombreux pour pouvoir établir que partout il existe une même succession générale de terrains caractérisés par des faunes et des flores offrant, pour chacun d'entre eux, les mêmes traits d'ensemble. Mais il ne s'ensuit pas, comme certains paléontologistes ont voulu le croire, que cette similitude générale se poursuive et se vérifie jusque dans les plus petits détails. Il serait difficile, aujourd'hui, de soutenir que les vestiges des anciens habitants de notre planète se trouvent uniformément parqués sur toute sa surface, dans un nombre déterminé d'étages dont le commencement et la fin auraient été témoins du

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renouvellement complet des faunes précédentes et de F anéantissement^ sur toute la surface de la terre, de la faune nouvelle, de telle sorte que, dans les intervalles entre ces extinctions et ces renouvellements, la terre se serait momentanément trouvée inhabitée. On n'oserait plus, afin d'expliquer ces extinctions subites de faunes, aussi bien que les intervalles biologiques apparents qui les séparent, faire intervenir les cataclysmes universels dont l'imagination des premiers géologues fut si prodigue I Les hiatus se comblent peu à peu de nos jours, à mesure que les recherches se multiplient^ acquièrent plus de précision et élargissent le domaine de nos connaissances géognostiques. Les faunes, regardées autrefois comme distinctes, se relient essentiellement les unes aux autres. C'est au point qu'on ne sait plus guère où placer la limite entre les terrains primaires et secondaires, que l'on discute depuis plusieurs années sur la place à assigner aux couches à Térébratules perforées situées à la limite des étages jurassiques et crétacés, et que, pour quelques étages, on a dû admettre l'existence de couches de jonction^ dont les faunes offrent des caractères intermédiaires.

« Nous n'avons sous nos yeux, ainsi que Ta dit si éloquem- » ment Sir Charles Lyell, pour nous guider dans l'histoire du » monde, que des mémoires tenus avec négligence, rédigés dans » unidiome altéré et presque perdu. De cette histoire, nous ne » possédons que le dernier volume, qui contient les événements » passés dans deux ou trois contrées seulement ; de ce volume » lui-même, nous connaissons seulement, ça et là, un court cha- » pitre dont quelques pages ont été conservées, et de chaque )) page quelques lignes qui sont seules lisibles. »

Chaque découverte vient combler quelqu'une de ces nombreuses lacunes, et, en avançant dans l'étude du revêtement extérieur de sa planète, le géologue relie entre eux qtielques anneaux épars de cette grande chaîne de la vie dont les interruptions^ plutôt apparentes que réelles, lui servent provisoirement à établir des divisions dans les âges successifs de notre monde.

Avant donc de prétendre à poser des règles trop précises, les géologues devraient, semble-t-il, chercher à raccorder autant

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que possible, par de uombroux intermédiaires, les terrains aujourd'hui séparés par des intervalles si longs dans les phénomènes locaux de la sédimentation. Ils devraient, surtout, s'attacher à suivre la distribution des roches et des fossiles dans les mêmes terrains, à travers toutes les régions continentales de notre globe. Cela leur permettrait de tracer, à la surface des continents actuels, les limites des mers anciennes, dont la connaissance pourra seule permettre de conclure avec quelque rigueur au synchronisme absolu de deux terrains situés dans des régions éloignées Tune de Tautre. On pourrait également alors se rendre compte des influences que les zones homœozoïques, les climats, les provinces naturelles, les courants, et surtout les modifications des bassins maritimes, ont pu exercer anciennement sur les êtres qui vivaient à la surface du globe.

Mais, jusqu'à ce que ces résultats puissent être obtenus, on devra s'attendre à ne pas rencontrer, dans un seul pays, tous les termes des grandes séries vitales que la terre a eues pour partage, et, par conséquent, se garder de vouloir toujours ramener étage par étage, couche par couche, les terrains observés dans une contrée lointaine aux divisions systématiques les plus minutieuses adoptées dans un pays classique.

Par suite de tendances pareilles, on a trop souvent faussé les caractères originaux de beaucoup de terrains, ainsi que ceux des faunes qu'ils renfermaient, et l'on a fait rentrer, dans des types bien connus de fossiles, des formes qui leur étaient simplement alliées.

Si certaines espèces ont eu le privilège, assez rare de nos jours, d'être uniformément répandues sur toute la surface du globe, en conservant partout, à peu près intacts, les caractères typiques de leurs progéniteurs, il a pu s'en trouver, à côté d'ailes et dans le même terrain, qui, pendant celle diffusion, n'ont pas échappé à des modifications plus ou moins importantes, et qui néanmoins ont dû conserver un certain air de parenté avec les représentants plus fidèles du type primitif. C'est ce qui fait souvent, ainsi que l'indique Forbes, que les faunes marines très-éloignées, et dans les mêmes conditions de climat, de profondeur et de fond, main-

tiennent plutôt leur ressemblance par des formes semblables que par des espèces identiques.

Malheureusement, il arrive trop souvent que les paléontologistes, suivant qu'ils ont ou n'ont pas la tendance, si commune de nos jours, de multiplier les espèces, élèveront ces formes semblables à la dignité spécifique, ou bien, par une erreur contrairCi ne tenant nul compte des difiérences légères qu'elles offrent avec les représentants du type, les confondront avec lui. Telle est la source d'un grand nombre de malentendus fort pré-judiciables aux progrès de la géologie. Ces malentendus, qui faussent les comparaisons tentées entre des domaines un peu distants, ne sont pas sans mauvaise influence sur la zoologie elle-même, puisqu'ils empêchent qu'on puisse se rendre un compte suffisamment fidèle du mode de succession des êtres et de l'importance des modifications qu'ils ont pu subir à travers le temps et l'espace, dans leurs nombreuses migrations.

Il semblerait donc que le meilleur moyen de donner une idée un peu exacte de la faune d'un terrain situé dans une contrée lointaine, et dont la connaissance, si précieuse, servira peut-être aux géologues à combler une des lacunes que nous signalions plus haut , ce moyen, disons-nous, n'est pas seulement de fournir de nombreuses listes de fossiles, trop souvent établies au moyen d'identifications forcées et sur de mauvais exemplaires. Nous croyons qu'il importe surtout de faire figurer le plus exactement qu'il est possible les formes qui ne sont pas absolument identiques avec nos types européens et d'insister sur leurs caractères différentiels, quelque légers qu'ils puissent être, sans toutefois se hâter d'y puiser les éléments d'une distinction spécifique.

Telles sont les idées qui nous ont guidé dans nos recherches sur les fossiles de la Palestine et des contrées voisines, lesquels présentent parfois, avec nos types d'Europe, des ressemblances frappantes, mais qui ne vont pas toujours jusqu'à l'identité. Ces légères différences nous ont paru souvent ne devoir légitimer que la création de simples variétés, alors que d'autres naturalistes, conduits par des idées générales différentes, se seraient assurément crus autorisés à les envisager comme des espèces nouvelles.

ARH. se. GéOL. 111. 17. — èRT. W* 5»

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Comme nous iodiquons le cantonnement et les caractères distinctifs de ces variétés ou races, s'il nous arrivait d'avoir tort en cela, le mal serait facile à réparer ; mais nous conserverons la conviction d'avoir mieux rendu le fades original de ces faunes étrangères, en agissant ainsi.

Nous avons aussi cherché, ainsi qu'on l'a vu dans la première partie de ce travail, à éviter d'établir des synchronismes trop étroits entre les couches qui, en Europe, en Afrique et en Asie, renferment quelques fossiles communs. Ces synchronismes, pour avoir de la valeur, lorsqu'il s'agit de régions aussi éloiguées et aussi incomplètement connues, doivent être compris largement et ne point s'appliquer à de simples horizons fossilifères régionaux . La preuve en est dans la difficulté qu'éprouvent encore « en France, nos meilleurs géologues, lorsqu'ils veulent établir minutieusement le synchronisme des dépôts crétacés des trois bassins anglo*parisien, aquitanien et provencien.

C'est sous le bénéfice de ces observations générales que nous allons maintenant présenter l'étude des fossiles que renferment les roches des pays dont nous nous sommes occupé dans ce travail.

Les faunes antérieures à l'époque crétacée ne nous sont connues que par des indices trop peu nombreux et quelquefois trop peu authentiques (1).

Quant à la faune crétacée elle-même, elle n'est représentée avec quelque richesse, dans les contrées que nous décrivons, qu'au sein des couches de la portion moyenne de ce terrain.

L'existence du terrain néocomien, dans le Liban, est à la vérité incontestable; mais nous n'en connaissons encore, ainsi que pour le terrain jurassique, que des fossiles peu nombreux. C'est l'étage cénomanien qui nous fournit, à cet égard, les indica* tiens les plus nombreuses et les plus complètes, et la faune ofiPre des ressemblances bien prononcées avec la faune cénomanienne

(1) A part le CidarU ylandiferus et le CoUyrites bicordata du Liban el de l'Aiiti- Liban, qui paraissent appartenir décidément aux terrains jurassiques, on n'a trouvé jusqu'ici rien de bien caractérisé se rapportant à ces époques anciennes. ARTICLE Vi!^ 5.

de TAlgérie, dont on doit surtout la connaissance aux travaux deM. Coquand.

Nous avons déjà insisté, dans la première partie de ce travail (1), sur cette parenté de la craie d'Arabie, de Syrie et d'Egypte, avec les couches qui représentent en Algérie l'étage cénomanien. Nous avons montré que cette ressemblance se maintenait sur une longue bande tropicale s^étendant du Maroc à l'Inde, comme si, à l'époque crétacée, il y avait eu déjà des zones homœozoïques. La profusion des Oursins et des Huttres dans les assises inférieures de ce terrain feraient penser qu'au moment de son dépôt, le nord de l'Afrique, la Syrie et l'Arabie formaient des fonds peu profonds et rapprochés des rivages de la mer cénomanienne. Les Ammonites et les Rudistes, qui leur succèdent dans les horizons moyens et supérieurs du même étage, semblent indiquer une submersion postérieure plus complète des mêmes régions.

Parmi les Mollusques, ce sont les Huîtres qui sont le mieux représentées. LesExogyres dominent, et leurs formes se groupent souvent autour de certains types comme autant de variétés d'une même espèce, ou comme des espèces proche alliées. Telles sont notamment les diverses formes de XOstrea Mermeti,(\\xQïvo\xs aurons occasion de décrire plus loin et que nous avons fait figurer (pi. X, JSg. 8 à 16). Si Ton ne possédait un assez grand nombre d'échantillons pour permettre de relier ces diverses variétés par des formes intermédiaires, on pourrait les considérer comme autant d'espèces différentes, et c'est, sans nul doute, ce que feront les naturalistes pour lesquels des différences trèslégères dans la taille ou l'accentuation plus ou moins grande, soit des stries d'accroissement, soit des plis du crochet, sont des caractères distinctifs suffisants pour légitimer la création d'une espèce.

Les Rudistes sont, en général, très-mal conservés, et leur détermination n'a pu être faite jusqu'à présent avec assez de soin pour qu'il soit possible d'en tirer quelques données bien positives.

(i) Première partie, chapitre VII, conclusion.

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Les Êchinodermes le disputent en importance aux Huttres, dans les couches cénomaniennes de la Palestine. Les Hemiaster y sont abondamment répandus et Ton y retrouve une espèce assez cosmopolite, V Heterodiadema libyciim^ qui caractérise aussi ces niveaux en Algérie et en France.

Les Foraminifères microscopiques^ qui pullulent dans certains horizons de notre craie de Syrie, offrent entre eux, d'après M. Terquem, à Texamen duquel nous les avons soumis, de nombreux passages et des variations très-multiples qui viennent confirmer les observations de M. Garpenter.

Quant aux Poissons crétacés de la Syrie, ils sont venus appor^ ter aux vues générales de MM. Agassiz et Pictet une importante confirmation en prouvant une fois de plus que, contraire* ment aux autres animaux, les Poissons avaient subi leurs plus profondes modifications dans Tintervalle de temps qui a séparé le dépôt du terrain jurassique de celui du terrain crétacé, et non dans le passage de Tépoque crétacée à Tépoque tertiaire, où se manifeste un si grand changement général dans les formes des Mollusques. Les Téléostéens s'y trouvent déjà en grand nombre, tandis qu'on n'y rencontre déjà plus de véritable Ganoïde.

Malgré la présence en Egypte et en Arabie Pétrée de quelques espèces qui paraissent appartenir aux horizons supérieurs de la craie, on n'a jusqu'à présent, ainsi que nous l'avons vu, rencontré dans ces contrées, non plus qu'en Palestine, aucun représentant bien authentique de la craie supérieure.

La faune si problématique des marnes crayeuses à silex, sur laquelle nous avons déjà insisté (l), et que nous avons cru devoir maintenir dans la craie à cause des relations stratigraphiques et des caractères lithologiques du dépôt qui les contient, celte faune n'offre d'espèce commune avec aucun terrain, ce qui ne permet pas delà classer définitivement. L'abondance des Turritelles carénées, des Leda et des Scalaires, lui donne un cachet tout particulier.

Quaul aux faunes tertiaires, elles ne sont guère représentées

(1) Première partie, chapitre VII, ARTICLE N<* 5.

en Palestine et en Idumée que par des Nummulites. En ce qui concerne TÉgypte, où les faunes éocènes et miocènes sont plus riches et mieux connues, les listes de fossiles que nous donnons d'après divers auteurs, auxquels nous laissons la responsabilité de leurs déterminations, en donneront un aperçu.

La faune quaternaire marine n'oifre guère que des espèces actuelles. Nous avons vu qu'elle a été établie d'après les fossiles conservés au sein des plages soulevées, le long des côtes.

Les dépôts continentaux de cette époque ont été jusqu'à présent explorés avec trop peu de soin pour pouvoir donner une idée bien juste de la faune terrestre et fluviatile de ce temps.

Une énumération paléontologique bien complète aurait dû comprendre également l'indication des flores, et notamment celle des espèces végétales dont ou retrouve les vestiges silicifiés dans les forêts pétrifiées des environs du Caire ; mais nous ne possédons encore à ce sujet que quelques déterminations trop peu nombreuses pour donner une idée des caractères de cette flore.

Dans rénumération sommaire des diverses faunes, nous avons cru devoir adopter l'ordre zoologique, en séparant cependant, dans chaque grande division, les animaux par périodes et même par étages.

Les espèces nouvelles sont décrites à la place qu'elles occupent dans cet ordre général. Il en est de même des variétés.

Depuis les découvertes qui ont reculé si loin dans le passé Tapparition de l'Homme, la Paléontologie comprend trois branches d'études : la Paléo-anthropologie, I4 Faléozoologie et la Paléophytologie. La première de ces sciences, la paléo-anthropologie, a pris, dans ces derniers temps, de tels développements, qu'elle mérite que nous lui consacrions un chapitre spécial.

Dans cette étude des êtres anciens qui ont habité la Syrie, l'Egypte et l'Arabie, à des époques antérieures à la nôtre, nous commencerons donc par l'Homme, en recherchant les vestiges qui font remonter son existence en Orient bien au delà de l'époque historique.

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