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en permettant cependant d'y introduire, lorsqu'on le désirait, des offrandes. De semblables encadremeots sont fréquents dans d'autres districts mégalithiques de la Palestine, et, en Algérie, il existe pareillement, au milieu des dolmens, des caveaux funé-
fiG. 32. — Dolmens d'AU-Salalj près du counuent du widdy Zerki i\ec Ig Joardain, el au pieil des moDtagnes de Gilead (PaleBline).
raires du même genre, connus des Arabes sous le nom de Hamanet. Ces caveaux ou niches sépulcrales de l'Algérie, dé-
Fib. 33. — Niche scpulcralu d'Ali-Salil.
crits en premier lieu par M. Letourneux, ont été depuis étudies par M. Flower, qui a publié une vue de ceux de Gasial, où on les observe, ainsi qu'à Roknia, dans le voisioage des dolmens, absolument comme en Palestine (1). Ce qui ajoute eacore de la valeur à ce rapprochement, c'est que les dolmens de la Palestine ressemblent plus aux dolmens de l'Algérie qu'à ceux des autres pays, et en particulier qu'à nos dolmens gigantesques de l'Europe septentrionale.
(1) FInwcr, (fn Ihe pi-e/ii-tloric srpulchres of Algerin {Traiisaclioiis of the inlermilionalCmgreiSQfprekutoricAnheology, 3' session Un ue & N ont ich en 1868, p. 19*). MH. Pouclier cl Sinilh auruienl ob*enù des lombes du mâme genre ai
6É0L0G1K DE Lk PALESTINE. 19
Le groupe de dolmens d'Ala-Safat n'est pas le seul district mégalithique qui ait été observé en Palestine par Irby et Mangles. Ces voyageurs ont signalé la présence de plusieurs /;2>rr^^ levées et d'une éminence couverte de dolmens, sur les plateaux situés à Test de la mer Morte. Leur description permet encore d'identifier ce groupe de dolmens avec celui de Manfoumieh, que nous avons retrouvé entre le mont Nebo et le djebel Âttarus^ dans le voisinage du waddy Zerka-Maïn; là encore on retrouve les particularités que nous avons signalées à propos de ceux d'Ala- Safat ; les dalles d'entrée de quelques-uns d'entre eux sont creusées d'ouvertures avec encadrement, et au milieu de dolmens on retrouve également des niches funéraires où le corps ne pouvait tenir que dans une posture accroupie, et dont l'entrée était pareillement encadrée.
Irby et Mangles parlent d'une pierre levée de dix pieds de haut qu'ils avaient observée dans cette région. Nous avons en effet rencontré, près des dolmens de Manfoumieh, un menhir de 2°,30 de haut sur 1",44 de large, qui porte le nom significatif de Hajjar el mansoub (la Pierre posée) et dont nous avons pris le croquis suivant :
FiG. 3'!. — Menhir de Manfoumieh (Hajjar cl mausoub).
Outre les groupes de dolmens déjà signalés par Irby et Mangles, nous devons encore citer ceux que M. de Saulcy et l'abbé Michon ont vus près de Textrémité septentrionale de la mer Morte" et au pied des montagnes de l'Âmmonitide. M. de Saulcy
20 LOnS LARTET.
mentionne une vingtaine de dolmens généralement orientés du nord au sud, sur le plateau d'El-Azemieh (l'Ossuaire), situé sur le trajet du mont Nebo au Ghor (1).
Nous avons \u dans la même région, à Ek-Saïb, prèsd'Er- Ramch, des dolmens moins bien conservés que ceux des plateaux, ce qui tient sans doute à ce qu'ils sont construits en dalles de grès au lieu de l'être en dalles calcaires. Le croquis suivant montre que la dalle d'entrée de l'un d'entre eux est creusée d'une ouverture, particularité que nous avons signalée à l'égard des autres nécropoles d'Ala-Safat et de Manfoumieh.
Fie. 35, — Dolincii ruine d'Ek-Snîb, près d'Er-Ranirli, nu pied du mont Nebo.
Un comiKignon de voyage de M. do Saulcy, M. l'abbé Michori, a décrit, dans le Bulletin de la Société archéologique de la Charente, quelques dolmens du même groupe, dont il constate les diverses orientations {1) et donne des figures ainsi que des plans. On trouve, dans ce dernier travail, la description et la vue d'un singulier et très-intéressant monument funéraire , lormé de pierres grossièrement travaillées, disposées circulai remeut autour d'une chambre sépulcrale. Nous ne pouvons nous empêcher de rapprocher ce monument des bazina et des chouchas de l'Aurèse , en Algérie, dont M. Flower a donné des figures (3).
(1) De Saulcy, Voyage en Ttrre-Sainte, 1865 [Matériaux, fie, 2* année, p. 2i6). U. lie Saulcy a égalciucnt signalé l'eiistcucc de dolmens piés de Cbalaboun, entre Naiaretb et Beyrouth. Un doutic une figure et un plau du dolmen d'EI-Aiemieh, dani l'Ammonitide (Mnlérinur, etc., \oc. cil.).
(2) Bull. Jîot. arch. de In Cliarmle, l, V, p. 47,
(3) Loc. cit., p, 200.
En comparant ces représentations avec celles du monument funéraire de la rive gauche du Jourdain (1), on est frappé de l'analogie que ces sépultures offrent entre elles, et ceci vient encore à l'appui des rapprochements que nous avons précédemment tenté d'établir entre les pratiques funéraires auxquelles se rattache l'érection des dolmens en Palestine et en Algérie.
Ces rapprochements, cependant, ne nous permettraient pas de décider si c*est une même race d'hommes, ou si ce sont des races différentes, et non contemporaiDes, qui ont construit ces* sépultures dans ces deux régions, si distantes l'une de l'autre. Pour arriver à une pareille conclusion, il faudrait pouvoir s'appuyer sur un élément qui nous manque, et connaître les caractères anthropologiques des squelettes h umains que des tombes ont abrités et dont peut-être, malgré les violations auxquelles elles ont dû être sujettes, il reste encore quelques débris ('2). La rapidité dé nos marches n'a pas permis au duc de Luynes de faire exécuter des fouilles dans les dolmens de la Palestine ; j'ai pu seulement recueillir dans l'un d'eux, à Manfoumieh, en grattant le sol de la cavité avec la pointe de mon marteau, un fragment de poterie grossière fort semblable, par sa pâte, à celles que l'on trouve dans nos dolmens d'Europe.
Il ressort de ce qui précède que les monuments mégalithiques de la Palestine (dolmens, menhirs, etc.) sont construits avec des
(1) Matériaux jx^ur servir à f histoire de Vhomme^ 5* année, 1869, p. 133.
(2) J*ai recueilli dans une niche sépulcrale^ à Ala-Safat, des crânes humains; mais ils provenaient d'une sépuUure récente. C'était, sans doute, par suite de quelque meurtre qu'on les avait ensevelis en cet endroit, et le vieux scheickh Ahd-uI-Aziz, de la tribu des Adouans, qui me surprit au moment où je les emportais, me donna à comprendre qu'ils avaient appartenu ù ses contemporains.
La même aventure s'est répétée à propos d'une trouvaille de ce genre dans les caveaux du sanctuaire du mont Nebo, et j'ai recueilli de Gablan , un autre chef des Adouans, les mêmes aflir mations.
Dans leurs rixes continuelles, les Bédouins n'emportent pas leurs morts, et ils profitent, pour les ensevelir, des circonstances favorables offertes par le voisinage de ces anciennes tombes; aussi convient- il d'être très-circonspect à l'égard des découvertes de cet ordre, lorsqu'on n'a pas pris toutes les précautions nécessaires pour en garantir Tauthenticité.
AlIK. 8C. GÉOL. m. 18. -^ ART. N*' 5.
22 LODM LAUTiCT.
dalles brutes, toujours empruntées aux roches du voisiuage, qui sont d'une extraction facile.
Les dolmens sont généralement associés à des caveaux ou niches dont l'entrée est encadrée, et leur dalle d'entrée est assez souvent percée d'une ouverture quadrangulaire ou semi-lunaire encadrée de la même façon (1). Ils ne sont pas orientés d'une manière uniforme; ils sont disposés sur de petites élévations et par groupes irrégulièrement distribués , principalement dans l'Âmmonitide.
Par leurs dimensions, qui sont moins considérables que celles des dolmens du nord de l'Europe, et par leur association, soit a\ec des niches sépulcrales, soit avec certains monuments dont on retrouve les analogues en Algérie, ces tombes se rapprochent des dolmens de l'Afrique septentrionale plus que tout autre monument du même genre, et datent probablement d'une époque plus récente que celle des dolmens de la Bretagne.
Quant à la destination de ces monuments mégalithiques, il nous paraît assez évident que ce sont des tombes, bien que Ton ait voulu y retrouver les autels des hauts lieux et les pierres de témoignage A^Wihvewx^ dont il est fait mention dans la
Bible (*2).
Dès lors il est peu admissible que ce soit aux Hébreux qu'il faille en attribuer la construction. A Tépoque d'Abraham, en effet, ils observaient d'autres rites funéraires, puisque ce dernier acheta une caverne pour y ensevelir Sarah.
La Bible parle des géants qui habitaient la Palestine avant la venue des enfants d'Edom, d'Ammon,de Moab et d'Israël, i^sus d'Abraham. L'Ammonitide, où se trouvent disséminés ces dolmens, y est spécialement indiquée comme l'un de leurs territoires.
(1) La dalle d'entrée des dolmens de Tlnde porte aussi une ouverture, mais celle-ci est circulaire, plus petite, et n'est point encadrée, comme on peut le voir sur les dessins qu'en a donnés Sir John Lubbock {Prehistoric Times, 2' édition, p. 120 et 4 21).
On sait d'ailleurs que certaines tribus montagnardes de Tlndc continuent à élever
des dolmens et des menhirs dans leurs cérémonies Tunéraires.
(2) Henri Martin, Origine des monuments mégniithiqnesy lecture faite au Congrès international celtique de Saint- Brieuc {Revue des cours liUéraires, ^^ année, 1867).
ARTICLG n^ 5.
GÉOLOGIB Di!; LA PALESTINE. 2&
« Ce pays, dit T historien sacré, est aussi réputé pays des » Rephaïm. Les Rephaïm y avaient demeuré auparavant et les n Ammonites les appelaient Zomzommim. C'était un peuple 9 grand, considérable, de haute stature comme les Enakim; i> TËternel les détruisit de devant eux, ils les dépossédèrent et » ils s'établirent à leur place (1). »
Serait-ce à ces hommes de haute stature qu'il faudrait attribuer l'érection des dolmens et des menhirs de la Palestine, ou faudrait-il remonter encore plus haut dans les temps préhistoriques ? C'est une question que résoudraient peut-être des fouilles suivies dans ces curieuses nécropoles et aussi dans certains tertres artiQciels, analogues à des tombelles que l'on observe dans la vallée du Jourdain. D'ailleurs, on retrouve des monuments mégalithiques d'un caractère encore plus grandiose dans les régions centrales de l'Arabie où n'ont jamais pénétré les Hébreux.
M. W. Palgrave a observé, dans son aventureux voyage à travers la presqu'île arabique (2), des pierres levées gigantesques, brutes, disposées en cercle, et dont l'érection est attribuée, parles Bédouins du Schomer, au sorcier légendaire Darim. Dans la vue qu'a donnée M. Palgrave de ces monuments situés entre la contrée montagneuse du Schomer et le Nedjed, dans le Kazim et près de Kowarah, se trouvent tigurés deux de ces piliers bruts surmontés d'un quartier de rocher qui sert de linteau à ce singulier portail et le fait ressembler aux mégalithes analogues du monument, également circulaire, de Stone-Henge, en Angleterre. Ce cercle de menhirs n'est pas d'ailleurs le seul qu'on trouve dans ce pays. M. Palgrave en signale deux autres, à Rass et à Hevakia. Il est donc probable que ces monuments sont dus à des peuples antérieurs aux Hébreux.
Nous croyons, dans tous les cas, qu'on ne peut attribuer c^s monuments, pas plus que les silex taillés dont nous avons parlé, aux Hébreux.
Tout dernièrement, M. l'abbé Richard a annoncé à TAcadé-
(1) Deutéronome, ii, 20 et 21.
(2) W. Palçravc, Récit d'un voyage d'une année dans r Arabie du centre et de Vest^ pendant 1862 et 1863.
2/i LOOS LARTET.
mie {Comptes rendus^ 1871 , t. LXXII, p. 5ù0) ta découverte de silex taillés à Galgal, près de Jéricho, et à Tibneh, sur remplacement supposé du tombeau de Josué. S*appuyant sur les textes bibliques, M. Tabbé Richard aflSrme que ces silex sont historiques et ne sont autres que ceux qui ont servi à la circoncision du peuple hébreu ; il insiste sur leur ressemblance avec les silex taillés qui ont ocx)upé l'attention des savants en Europe, dans ces dernières années, silex qu'on veut, dit-il, être nécessairement préhistoriques. Nous n'insisterons pas sur les évidences de cette dernière proposition que le savant hydrogéologue méconnaît ; ce qui, ajouté à sa singulière théorie des éruptions de grès du jebel Âhmar, près du Caire, théorie aussi risquée que surannée, et dont nous avions espéré que M. Figari-bey aurait été le dernier apôtre, tendrait singulièrement à affaiblir son autorité en tant que géologue.
Nous savions que la pierre taillée était employée dans la pratique de la circoncision par les Hébreux, et cet usage a été continué de nos jours. I^s Égyptiens se servaient aussi de couteaux de pierre dans la préparation de leurs momies. Nous n'aurions donc pas été surpris par ces découvertes, si nous n'avions remarqué tout d'abord le singulier silence que M. l'abbé Richard garde sur la question des conditions du gisement, la plus importante de toutes, et sur le mélange de ces couteaux de silex avec des scies, pierres plates et autres instruments peu propres à la circoncision, et qui font tout de suite penser à la possibilité d'utie ancienne station préhistorique dont il aurait, par hasard, recueilli les vestiges.
Ce qui nous parait probable, d'après les découvertes mentionnées plus haut, c'est que, avant l'arrivée des Hébreux en Palestine, ce pays a été habité par des peuplades se servant exclusivement de pierres taillées suivant nos types européens, ainsi que par des populations faisant usage, pour leurs sépultures, de dolmens analogues à ceux de l'Algérie et de la France.
Les peuples que les Hébreux trouvèrent établis dans le pays, et les géants qu'ils y défirent, étaient-ils les successeurs ou les descendants de ces populations faisant usage de silex taillés et
ARTICLE n<» 5.
de dolmens, ou faudrait-*il voir en eux ces populations ellesmêmes? Telle est la question qu'il serait intéressant d'étudier.
Mais nous nous apercevons que nous sommes ici sur le point de franchir la limite commune qui sépare la paléo-anthropologie de Tarchéologie et de l'histoire. On nous pardonnera cette digression sur les œuvres de l'homme préhistorique en Orient , puisque ses traces, depuis l'époque quaternaire, n'y sont encore connues que par les débris de son industrie, et qu'on ne possède, à notre connaissance, aucun vestige de son squelette, sur lequel on puisse baser une détermination ethnologique.
Nous allons maintenant passer rapidement en revue les animaux dont les débris ont été jusqu'à présent recueillis en Orient, au milieu des terrains dont nous avons étudié la succession dans la première partie de ce travail.