‹ Annales des sciences géologiques (volume 4)Chapitre 7 sur 69 · L. \AÊMJLA^V · texte numérisé non relu

L. \AÊMJLA^V

on sait que, suivant les individus, il se présente sous ce rapport des différences très -notables. «( La principale difficulté, dit » M. Gray (1), pour la distinction des espèces (chez les Croco- » diles vivants), résulte des changements déforme considérables » qui se rencontrent dans Tapparence et les proportions de la » tête de l'animal à ses différents états de développement : mais » comme ces changements paraissent à peu près semblables, » quelle que soit l'espèce, une fois prévenu, on peut aisément en » faire la part. Ces différences peuvent être rapportées à trois » états, par exemple le jeune, l'individu presque entièrement D développé et Tadulte ou l'individu âgé. La tète et le museau » sont généralement déprimés chez le jeune avec des saillies et » des enfoncements symétriques plus ou moins distincts , et ces » caractères se modifient graduellement jusqu'à ce que l'animal » atteigne sa taille presque complète, le crâne devenant plus épais » et plus solide, bien que gardant la plupart des caractères qui » distinguent son état jeune. Après cette période, à mesure que i> l'animal accroît en âge, le crâne devient de plus en plus con- » vexe, inégal, pesant, et prend une forme extérieure très-diffé- » rente. » Ces faits, qu'il est facile de vérifier sur des séries un peu complètes de crânes de Crocodiliens^ montrent suffisamment que les différences de force, d'épaisseur, d'aspect plus ou moins rugueux entre les deux Crocodiles dont je m'occupe actuellement, n^ont qu'une importance tout à fait secondaire. Mais je ne crois pas qu'il en soit de même de la position des fossettes de réception. Il est vrai que M. Ovven (2), à propos de Y Alligator Hantoniensisj paraît pencher, on l'a vu plus haut, vers celte opinion que, chez les Crocodiliens fossiles au moins, ce caractère^ pour la dentcanineinférieure, ou de passer dans une échaucrure, ou d'être reçue dans une fossette, n'a pas une aussi grande importance que chez les espèces actuelles. D'après les pièces dont j'ai donné la ilescription et la figure, il semble que cette diffé -

' (1) Synopsis of ilte Species of récent Crocodilians or Emydosûunnns^chtefiy foufi' ded on ihe spécimens in the British Muséum and the Royal Collège of Surgeons {Trans. of the ZooL SoCé of London^ 1869, t. VI^ p. 128. Communique le décembre 1862). (2) Loc. cit, 1850, p. 43.

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rence, constante chez les Crocodiles de TAIlier à toutes les périodes de développement^ doit être prise en sérieuse considération. En tout cas le caractère tiré de la position réciproque des dents supérieures et inférieures ne me paraît pas donner prise à la même critique, et je crois qu'il est d'autant plus important, que dans les trois genres le plus généralement admis dans la famille des Crocodiliens, nous le voyons se prononcer en quelque sorte de Tun à l'autre, les dents étant peuchées et passant tout à fait en dehors chez les Gavials, se trouvant dans un même plan, intrantes, chez les Crocodiles, tandis que chez les Caïmans véritables elles se placent en dedans. Pour le caractère des ca^nines extérieures et des séries dentaires directement superpo^ sées, \d Diplocynodon gracile se rapprocherait donc des Croco^dites, tandis que, sous ces deux points de vm^le Diplocynodon Ratelli aurait plus d'afQnité avec les Alligators. Ce caractère à lui seul me parait, jusqu'à nouvel ordre, suffisant pour justiQer la distinction des deux espèces. Quant à ce qui est de ne voir dans ces différences que des différences sexuelles, les éléments manquent absolument pour décider cette question, attendu que jusqu'ici il est rare, pour les individus placés dans les collections, que le sexe soit conuu d'une manière certaine.

Ces deux Crocodiles étant regardés comme distincts, lequel doit porter le nom imposé par M. Pomel à celle des deux espèces de lui connues qu'iladénomméeetdécrite? C'est une question difficile à résoudre» car il existe des raisons pour et contre, et Ton ne peut décider ce point sans, je l'avoue, quelque peu d'arbitraire.

Les descriptions et la figure données par Tauteur précité conduisent à attribuer à la seconde espèce le nom de Diplocynodon Ratelli \ l'auteur dit en effet d'une manière expresse, comme on Tavu^ que les Crocodiles qu'il a observés <t appartiennent au genre Alligator t ; c'est-à-dire ont les canines inférieures intranles, el que celles-ci <c pénètrent dans la cavité de la mâchoire supérieure ». La portion de mâchoire inférieure représentée dans les Bulletins de la Société géologique de France parait aussi se rapporter à une espèce à os forts et massifs.

A8 JL. ¥AllJLA!iT.

Mais, par contre, la pièce déposée par M. Pomel dans les galeries du iMuséuDi, et qui porte le nom de Croœdilus Ratelli^ est trèscertaioeiDent de l'espèce que je désigne comme Diplocynodan gracile. J'ai cru toutefois devoir donner la préférence à la description , dont la netteté et la précision laissent peu de prise au doute et se rapportent très-exactement aux échantillons que j'ai eus entre les mains; tandis que les exemplaires du Muséum, étant précisément incomplets dans des parties très-importantes» peuvent laisser sous ce point de vue plus d'incertitude.

Crocodilus iEDmcus, nov. spec.

(Fig. 4, 6, 9, 11, 13.)

La tète de cette espèce est la seule partie qui me soit con-^ nue, comme je l'ai dit ; une portion des ossements qui ont été trouvés isolément devraient sans doute y être rapportés. Empâtée dans une sorte de calcaire compacte, elle est dans un état admirable de conservation ; cependant, par suite même de la dureté de la gangue qui l'entoure, il a fallu renoncer à voir certains détails qu'on ne pourrait découvrir sans compromettre Vensemble de cette magnifique pièce. Elle est entièrement dégagée pour toutes les parties extérieures, et il ne manque que les portions des mâchoires inférieures en arrière du grand trou postérieur.

Ce Crocodile se distingue au premier coup d'œil de la première espèce, par son museau plus régulièrement décroissant (1), qui donne à l'ensemble de la tète la forme nette d'un triangle dont les côtés sont presque droits; la saillie latérale des maxillaires supérieurs est en efiet presque nulle, et la gouttière de réception de la quatrième dent inférieure, quoique trèsvisible, n'est pas cependant très-profonde. Le chanfrein (*2), à partir de la saillie notable formée entre les deux fosses orbitaires par le frontal principal, est très-visiblement concave, jusqu'au bord postérieur de l'ouverture nasale. Le museau est d'ailleurs

2 Fig. A.

AATICLS R<» 1.

CROCODILIENS FOSSILES TERTIAIRES. 49

fortement convexe dans le sens transversal, surtout sur les côtés ; vers la partie médiane, il est à peu près plan. Malgré ces particularités, frappantes lorsque Ton compare ce crâne à celui du Diploa/nodon gracile^ les proportions générales sont très-peu différentes, la largeur prise au niveau des condyles tympaniques étant à la longueur mesurée du condyle occipital au bout du museau : : 10 : 19, c'est-à-dire à très-peu pràs moitié, et la largeur prise au niveau de Tangle antérieur des orbites à cette même longueur : : 10 : 26, à peu près : : 2 : 5 (1), ces différences sont trop peu sensibles pour mériter d'être prises en considération.

L' intermaxillaire (2) forme en arrière un angle un peu plus aigu que chez les espèces précédentes entre le nasal et le maxil-* laire, il offre un bourrelet assez saillant autour de ToriBce des narines ; l'état de conservation de la pièce ne permet pas de voir à la région palatine la suture intermaxillo-maxillaire. Les dents manquent aussi en très-grande partie et les alvéoles ne sont pas visibles, aussi ne peut-on reconnaître qu'une chose, la saillie considérable de la quatrième dent.

Le maxillaire (3) parait étroit ; sa longueur est à sa largeur prise vers le milieu : : 9 : 2 environ ; la courbure dans le sens transversal est régulière, sans portion horizontalement aplatie en haut et en dedans. Il porte quatorze dents, ce qui donne pour la mâchoire supérieure le nombre total de 19, en admettant qu'il y en ait 5 à Tintermaxillaire. La neuvième et la dixième, à en juger par Talvéole pour cette dernière, étaient remarquablement développées; la première, qui existe à peu près en entier du côté gauche^ dépasse la mâchoire inférieure et de* vait faire une forte saillie sur le vivant, lorsqu'elle était pourvue de sa pointe, comme cela se voit dans plusieurs autres espèces, telles que Crocodilus Hastingsiœ^ Owen, et le Crocodilus irUer^ médius^ Graves. On ne reconnaît pas exactement sur cette pièce

(1) C*e8t par erreur que dans la note présentée à l'Académie des sciences, ce rapport a été donné comme exprimé par la formule :: 5 : 7.

(2) Fig. 4. et 9, a.

(8) Fig. ft, 9, et 18, 6.

AHH. se. OiOL. m. 4 — ART. M" 1.

50 L. \AMlJLAmV.

le nombre et la position des fossettes^ mais Tengrèuement des dents montre, d'une manière évidente, qu'elles sont sur la ligne dentaire, comme chez le Diplocynodon gracile.

Les os nasaux (1) s'étendent jusqu'à l'oriGce antérieur des fosses nasales entre les intermaxillaires, le rapport de la longueur à la largeur est : : 7:1, comme dans la première espèce.

Le lacrymal (2), très-allongé, ne présente pas de gibbosité appréciable ; 'son extrémité antérieure se trouve d'ailleurs, pro«portionnellement à la longueur totale, répondre au point où elle se trouve chez le Diplocynodon gracile.

La plaque fronto-pariétale (3) est presque carrée ou du moins très-peu moins large en avant qu'en arrière. La cloison orbitaire formée par le frontal principal est élargie et dans le rapport : : 2 : 8, avec la dimension transversale de l'orbite.

A la partie inférieure, les palatins (&) réuuis> formant une sorte d'extrémité en spatule, s'avancent jusqu'au niveau de Tintervalie qui sépare la douzième de la treizième dent ; en arrière ils s'articulent avec un court prolongement fourni par les ptérygoïdiens (5). LesoriGces postérieurs des narines, de forme allongée verticalement, sont visibles, qu'on regarde le crâne par sa face inférieure ou par sa face postérieure.

Cette dernière (6), mieux conservée que dans la première des espèces décrites plus haut, montre plus nettement les sutures, et en particulier, que l'occipital supérieur (7) est loin d'atteindre le grand trou postérieur de la cavité crânienne.

L'arcade jugo-frontale (8) se trouve assez exactement au milieu de la fosse temporo-oculaire. Les trous fronto-pariétaux, de

(1) Fig. & et 9, k.

(2) Fig. 9, w

(3) Fig. 9, H, hfy m, n, 9.

(4) Fig. 13, e.

(5) Fig. 13, f.

(6) Fig. 11,

(7) Fig. 11, g.

(8) Fig. 9, d.

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forme ovalaire, sont peu développés ; les trous palatins remontent en avant jusqu'au niveau de la quinzième dent.

La mâchoire inférieure (1) est briséeà sa partie postérieure, au niveau du grand trou externe à gauche, un peu plus en avaut à droite ; en sorte que du côté le plus complet il n'existe que le dentaire, Toperculaire etde petites portions des angulaires et surangulaires ; le complémentaire serait sans doute visible, au moins en partie, sans la gangue pierreuse qui comble Tintervalle laissé entre l'os transverse et la mâchoire inférieure. La hauteur au niveau du bord antérieur du trou externe est relativement plus grande que chez le Diplocynodon gracile. L'angle symphysaire mesure 40% le présymphysaire 20\

Les dents antérieures, engagées sous la mâchoire supérieure, ne sont pas visibles; on en voit une très-forte qui évîdemmentdoit être la quatrième et s'engage dans une échancrure intermaxillomaxillaire; la dent qui la précédait n était pas d'un volume considérable, car elle se trouve cachée sous Tintermaxillaire. Ces caractères éloignent cette espèce du groupe des Diplocynodon pour la faire rentrer dans celui des Crocodiles proprement dits. Au delà les dents sont toutes visibles, sauf la sixième. Les septième, huitième et neuvième sont très-écartées ; c'est entre elles que passent les neuvième et dixième dents supérieures si développées; la face externe de la mâchoire inférieure présente de légères dépressions en forme de gouttière pour les recevoir. Au delà (2)^ les espaces de séparations entre les dents inférieures jusqu'àla quatorzième et quinzième, présentent pour les dents supérieures des fossettes de réception, qui, d'abord tout à fait externes, viennent graduellement se placer sur la ligne dentaire. Le nombre total des dents est de dix-sept, ce qui donne-

rail pour la formule générale rrrr, autantqu'on en peut juger.

Ces organes sont dirigés verticalement, sauf peut^tre la sep« tième dent inférieure et les dents avoisinantes ; il est bien entendu qu'il n'est pas question ici des trois premières, qui ne me sont

(i) Fig. ty Ui

(2) Fig. 6.

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